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mardi 27 avril 2010

REPRISE D'UN ARTICLE PARU DANS LE BIEN PUBLIC SUR AUGUSTE MORIN-GACON

Auguste Morin-Gacon : premier maire socialiste de DIJON


Auguste MORIN, mon grand-père ( collection personnelle G. Morin )

Avec son équipe du parti ouvrier, le modeste citoyen maire mène une audacieuse expérience de démocratie directe : un référendum pour une réforme fiscale plus juste, mais pas du goût de tous, et qui précipitera sa chute.

La salle des mariages de l'hôtel de ville est bien trop petite, ce 20 mai 1896, pour accueillir le nouveau conseil municipal. C'est que la foule des grands jours s'y presse, personne ne voudrait rater un événement aussi exceptionnel : pour la première fois dans l'histoire de la ville, un maire socialiste va fouler le sol du palais des Ducs de Bourgogne ! Et procéder à l'installation de son assemblée, faite de gens du « petit peuple » aux allures de roturiers. De partout, on crie « assis ! », on veut entendre et surtout voir le citoyen Auguste Morin-Gacon prononcer son premier discours… et si le Bien public, deux jours plus tard, parle, « d'un vrai bacchanal », cette fête populaire n'a rien d'une débauche « bachique ». Ce sont certes des vignerons mais aussi des menuisiers, plâtriers, typographes, chauffeurs et bouchers qui, fraîchement élus, remplacent les notables d'hier, les seuls habilités, selon certains, à diriger éternellement les affaires de la ville.

Un fabricant de pompes
Morin-Gacon vient d'ailleurs lui-même des faubourgs, du fond industrieux de la rue des Moulins où il fabrique des pompes. Son défi ? : « Montrer que les ouvriers peuvent aussi bien faire que les bourgeois, avec un peu d'expérience ». Les Conservateurs comme les Républicains modérés n'y croient guère mais la raillerie laisse la place à la consternation lorsqu'est exposée la manière nouvelle et radicale d'aborder les questions sociales. D'autant plus que ses adjoints s'appellent Étienne Charlot et Alfred Marpaux, personnalités socialistes reconnues.


D'abord la moralisation
La chasse aux abus est sa priorité : des concessions d'eau sans compteurs, aux indemnités excessives des élus, en passant par ces aides aux pauvres qui n'arrivent jamais… Il faut alors « soustraire le service d'assistance à toute ingérence politique ou religieuse ». Un comité laïque de quartier en contrôlera désormais la distribution… Le ton est donné.

Puis les actions
Un bulletin municipal hebdomadaire est édité, on rétablit les subventions aux caisses de chômage syndicales, on crée un service public d'assistance médicale, des cantines scolaires gratuites (2 000 enfants en bénéficient en 1898) le lycée de jeunes filles est achevé, et surtout, un « asile de vieillards et des invalides du travail » voit le jour, pour tous ceux, insiste le maire, « qui ont contribué toute leur vie à la richesse de notre société ». Dans l'opposition, on s'inquiète, jusqu'où ira le petit fabricant de pompes ?

Référendum contre l'octroi
Car tout ceci a en effet un coût. La ville cherche alors de nouvelles ressources du côté des impôts. Elle désire d'abord supprimer l'octroi -ces taxes sur les produits de consommation entrant à Dijon et qui frappent indistinctement riches et pauvres- la Révolution l'avait fait un temps et les élus l'ont souvent évoqué mais ils ont toujours craint de perdre la moitié des recettes de la ville, considérant l'octroi comme une entrave aux échanges commerciaux, de l'alcool, des comestibles, des fourrages, des matériaux… Morin-Gacon trouve juste de les remplacer par des « centimes additionnels » taxant les propriétaires et les gros commerçants.

En mars 1897, il soumet la réforme par référendum à ses concitoyens. Certes le oui l'emporte mais seulement 2 742 électeurs ont voté sur 16 847. Faut-il alors engager la suppression progressive des octrois ? Le conseil se déchire, les conservateurs se déchaînent, la loi s'y oppose mais le maire passe outre, même ses alliés lui reprochent son intransigeance, et dès 1897 les octrois disparaissent progressivement, avant même la ville de Lyon. Car, dit le premier magistrat, « Il y a assez longtemps que le pauvre paye pour le riche »

Levée de bouclier… fiscal
Le maire se retrouve seul aux élections de 1900, face à une opposition coalisée : ce sont des républicains modérés, libéraux et une droite cléricale, derrière laquelle s'activent des groupes « anti Dreyfus et anti Zola ». L'ère Morin-Gacon se termine…

Victoire ou défaite ?
Les ouvriers retournent dans leurs ateliers et les notables reviennent… Et pourtant, en mars 1900, le parlement donne raison au maire si bien qu'en 1906, tous les octrois sont supprimés, on les remplace par la taxe d'habitation et le foncier bâti. Dijon devance Paris et Bordeaux ! Morin-Gacon vivra jusqu'en 1909, assez longtemps pour obtenir gain de cause mais pas assez pour voir le XXe siècle lui tourner le dos… avant que la municipalité de François Rebsamen ne donne son nom, en 2005, à un rond-point. Peut-être un symbole ? Tant les enjeux et les débats municipaux ont « tourné » depuis toujours, autour des problématiques soulevées, à sa manière, par le citoyen maire Morin-Gacon, modeste fabricant de pompes de la rue des Moulins.

Alain BELASSENE


Le maire de Dijon accueillant le Président de la République Emile LOUBET, en 1899
Le cortège officiel rue de la Liberté à Dijon ( collection personnelle G. Morin )


 Le maire de Dijon accueillant le Président de la République Emile LOUBET, en 1899 ( collection personnelle G. Morin )


Sources : 
- Des marcs d'argent au franc nouveau (archives municipales) ;
- Le XXe siècle à l'hôtel de ville de Dijon, Charles Marquès (l'Armançon) ;
- Histoire de la Côte-d'Or, Pierre Palau (1978) ;
- archives du Bien public

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    Je découvre avec plaisir l'article du BP concernant votre grand-père que vous mettez en valeur, et c'est justice! J'en suis l'auteur. Je me permets de vous informer que cette évocation, enrichie, fait désormais partie d'un livre que je viens de publier (ed Escargot savant)qui reprend un grand nombre de portraits de maires depuis l'origine de la commune de Dijon.
    Alain Belassène

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  2. Merci pour votre commentaire, j'ai beaucoup apprécié votre article et je vous en remercie vivement.
    J'ai cotoyé pendant plusieurs années l'actuel maire de DIJON, lors de ma jeunesse estudiantine à la fac et j'ai eu l'occasion de le remercier lorsque sa municipalité, de son propre fait, a voté l'attribution à un rond-point de la ville du nom d'Auguste Morin-Gacon.
    Mon père qui était également dijonnais avait initié à l'époque une démarche en ce sens auprès du chanoine Kir pour qu'il accepte de proposer à son conseil l'attribution du nom de mon grand-père à une rue de Dijon, comme cela était le cas pour tous les autres anciens maires de Dijon.
    Il n'avait pas obtenu de réponse.
    Il est vrai que le chanoine et mon grand-père n'étaient pas tout à fait du même bord politique.
    Gérard MORIN

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  3. Bien entendu je me ferai un plaisir de commander votre livre.
    Gérard MORIN

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