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samedi 24 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA - CHAPITRE 10 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

L'ACACIA CHAPITRE 10 - 1940

  • Les quatre cavaliers de l'apocalypse
Le brigadier est à cheval. Il fait partie d'une troupe composée de quatre cavaliers, deux officiers, dont le colonel à la silhouette osseuse, un jockey qui joue le rôle d'ordonnance du colonel et un cheval sans cavalier. Les préoccupations du brigadier sont très concrètes, comment tenir sur un cheval dont les étriers ont été réglés pour un autre ?
Absurdité de la situation. Cette troupe dépareillée progresse lentement sur le " ruban serpentant et vide " d'une route de campagne alors qu'à tout instant peuvent survenir des attaques.
A noter ce passage où Simon analyse le mécanisme du souvenir : " plus tard, quand il essaya de raconter ces choses, il se rendit compte qu'il avait fabriqué au lieu de l'informe, de l'invertébré, une relation d'événements telle qu'un esprit normal (c'est-à-dire celui de quelqu'un qui a dormi dans un lit, s'est levé, lavé, habillé, nourri) pouvait la constituer après coup, à froid, conformément à un usage établi de sons et de signes convenus, c'est-à-dire suscitant des images à peu près nettes, ordonnées, distinctes les unes des autres, tandis qu'à la vérité cela n'avait ni formes définies, ni adjectifs, ni sujets, ni compléments, ni ponctuation (en tout cas pas de points), ni exacte temporalité, ni sens, ni consistance sinon elle visqueuse, trouble, molle indécise, de ce qui lui parvenait à travers cette cloche de verre plus ou moins transparente sous laquelle il se trouvait enfermé..." (p. 286 et 287)
Explication : la cloche de verre dont parle Simon, c'est une "pellicule visqueuse et tiède ", faite de " fatigue, de crasse et de manque de sommeil " qui isole le cavalier du monde extérieur comme le ferait précisément une vitre ou une cloche de verre. (p. 283)
Mais ce qui est important dans cette description c'est la distinction que fait Simon entre la réalité telle qu'elle a été perçue, immédiatement, dans le présent et le souvenir même de cette réalité, l'interprétation qu'en donnera celui qui l'a vécue. Dès lors on comprend mieux, le style et la technique d'écriture de Simon qui incorpore des éléments qui seront eux-mêmes une réalité et donc eux mêmes générateurs d'impressions chez le lecteur.

  • Les techniques simoniennes
Pour atteindre son objectif, Simon casse le récit, joue avec la ponctuation ou l'absence de ponctuation, insère systématiquement des parenthèses et même des parenthèses dans les parenthèses, joue avec la construction des phrases (par exemple le recours fréquent aux propositions subordonnées comparatives : " comme si..."), introduit des redondances (déjà citées), formule des imprécisions (ou... ou...), utilise dans certains passages systématiquement le participe présent (p. 303 ou 305 par exemple), reformule des bribes de souvenirs, intègre des figures de style, distille des mots qui reviennent sans cesse dans les descriptions comme " chose ", " vide ", "élytre", " chuintement du vent" ou encore des adjectifs comme " inéluctable ", " glacial", " grisâtre " etc.
On peut évoquer aussi une nouvelle fois, au-delà même du sens de la rythmique de Simon dans la composition de ses textes, les résonances résultant des bruits mécaniques, des bruits de la guerre qui contrastent avec les bruits de la nature : ainsi le bourdonnement ou le rugissement du moteur des avions, le crépitement  des mitrailleuses, mais aussi celui des sabots des chevaux de l'escadron. Et dans ce chapitre en particulier, le bruit du canon " solitaire se faisant entendre à intervalles fixes, assez espacés... avec la régularité d'un métronome." (p. 287) Ces bruits mécaniques scandent cette vie hors du temps, ce vide porteur de mort.
Simon continue sa description détaillée de l'errance de cette troupe à travers les débris de villages en ruine, le carnage des champs de bataille après la mitraille; il évoque tour à tour le comportement du jockey avec son cheval, puis celui du colonel toujours aussi cassant et méprisant avec les hommes de troupe. Il nous régale en décrivant avec humour cet homme hautain et dédaigneux montant un cheval de trait, un percheron qui n'a plus rien à voir avec " son fringant pur sang astiqué comme un meuble d'acajou ".
  • La peur et la mort
A un moment, Simon évoque à nouveau une "chose", cette "chose", qu'on ne nomme pas, mais qui envahit tout, " cette chose qui dans le vocabulaire cohérent et logique devait avoir pour nom peur, sauf qu'elle ne se manifestait par rien de logique ou de sensé comme s'enfuir bride abatture mais se traduisait au contraire sous le grand soleil par une innommable sensation, de vide, de glacial, d'irrémédiable, et si ça avait une couleur, c'était couleur de fer, grisâtre, comme s'il était entré pour ainsi dire maintenant dans un état de mort virtuelle ". (p. 296)
Deux pages plus loin, Simon revient sur cette sensation " la cloche de verre de plus en plus épaisse, le  monde extérieur comme visqueux, gluant, de plus en plus douteux, tandis qu'à l'intérieur était maintenant installée, rigide et inexorable, cette chose grisâtre, glaciale." ( p.298)
En d'autres termes, le brigadier est comme mort. La chose évoquée plusieurs fois dans le roman c'est-à-dire la guerre, se traduit chez les hommes par la peur, la peur c'est la mort qui rode.
Arrive alors ce qui devait arriver. La petite troupe des hommes à cheval se fait prendre par la mitrailleuse, mais l'événement est relaté à travers le souvenir qu'en a six mois plus tard le brigadier " essayant de se rappeler (mais c'était déjà impossible), d'être de nouveau comme il avait été sur ce cheval trop grand ou plutôt aux étriers trop longs dans l'éblouissante lumière de mai, déjà plus un être vivant, attendant passivement cette chose brève, brutale, gris-noir, qui allait d'un moment à l'autre lui arriver, le frapper avec violence, le jeter à bas de son cheval..." (p. 303)
Le colonel est, à cheval, sabre à la main, assumant ainsi son destin d'officier. Le jockey et le brigadier s'échappent avec le troisième cheval au galop...
  • Mes impressions
Cheminement surréaliste du restant d'un escadron, dépareillé, réunissant  des hommes très différents, ayant chacun des perceptions très différentes de la réalité et qui accomplissent chacun malgré soi le destin qu'on a écrit pour eux. Ce sont à l'évidence des morts vivants. La fuite du jockey et du brigadier, non programmée, instinctive chez l'animal et chez l'homme évitera la mort au brigadier.
Au niveau de l'écriture, ce chapitre est un condensé des techniques littéraires utilisées par Claude Simon.

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