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dimanche 11 novembre 2012

ROMAN "PESTE & CHOLERA" DE PATRICK DEVILLE





 
Contrairement peut-être à une majorité de lecteurs du livre de Patrick Deville, je connaissais un peu le personnage de Yersin. D'abord parce que lors de mon voyage au Vietnam en 2006, j'ai pu constater que là-bas c'était un homme vénéré. Il existe une rue Yersin à Ho Chi Minh ville (ex Saïgon), comme il existe un duong (rue) Pasteur, alors que tous les anciens noms de rue français ont été remplacés par de nouvelles appellations, ce qui est plus que normal d'ailleurs. Mais c'est dire l'importance du rôle qu'a joué ici au Vietnam, Yersin et par ricochet son maître Pasteur.
Ensuite parce que l'une de nos amies qui a travaillé pendant plusieurs années à Pasteur et qui consacre sa vie à la lutte contre les maladies tropicales, et qui comme Yersin a parcouru le monde, nous a parlé de cet homme avec admiration.
 
 
Scientifique, médecin, découvreur génial, membre de la bande à Pasteur, mais aussi un individualiste curieux qui parcourt le monde et qui est sans cesse à la recherche de l'innovation, parfois ombrageux, intransigeant, fuyant l'inutile et les bavardages de salon. Un vrai personnage de roman en quelque sorte.
C'est ce qui a fait tilt dans l'esprit de Deville et il a eu mille fois raisons de lui consacrer les 220 pages de son dernier roman.
J'ai littéralement dévoré ce livre écrit dans un style à la fois alerte, il n'y a qu'à lire les premières pages pour en avoir une idée, et en même temps évanescent, qui traduit bien le caractère même de Yersin et sa démarche, passion pour un thème, travail méthodique, découverte et très vite on passe à autre chose.
Certes Yersin est docteur en médecine, reconnu par ses pairs pour avoir  notamment découvert le bacille de la peste, mais il a sa propre approche des phénomènes, ce qui en fait un "pasteurien" à part.
" Pour Yersin, adepte d'une manière de maïeutique, rien de ce qui peut s'enseigner ne mérite d'être appris, même si toute ignorance est coupable. Toute sa vie il demeurera un brillant autodidacte et n'aura que mépris pour les besogneux. Il suffit de savoir observer. Si on ne sait pas on ne saura jamais..." p. 11.
 C'est aussi un explorateur fasciné par Livingstone, toujours cet esprit de découverte, cette soif de nouveauté et d'observation scientifique. Il ouvre des passages entre l'est et l'ouest de la péninsule indochinoise, maculant ses carnets de relevés topologiques qui seront ensuite exploités par les ingénieurs et les constructeurs de toute sorte. Yersin aurait pu être un des grands conquistadors des Amériques, il aurait pu également participer à la campagne d'Egypte avec les savants de Napoléon... Bref Yersin, c'est un personnage, c'est un esprit aventureux qui ne s'enferme nulle part.
Pour cet homme l'important est de bouger, de ne pas tomber dans la routine. Certes il trouvera un point fixe à Nha Trang au Viet Nam. Mais ce point fixe restera en permanence connecté au reste du monde, dans tous les domaines : scientifique, médecine bien sûr mais aussi physique, chimie, mécanique, aéronautique, botanique, zoologie, agronomie, astronomie... Entre Nha Trang et le reste du monde ce seront des va-et-vient incessants. Deville sait d'ailleurs rendre à merveille la griserie des premières traversées entre Marseille et Saïgon sur l'Oxus, le fleuron des Messageries Maritimes de l'époque, ainsi que les vols aux multiples escales.
L'un des attraits du livre consiste également à nous faire cotoyer de multiples personnages rencontrés ou non par Yersin, outre Louis Pasteur soi-même et les "membres de sa bande", le lecteur découvre au fil des pages Louis Ferdinand Céline, le "pasteurien renégat", Paul Doumer l'ancien gouverneur à Hanoï devenu président de la République qui mourra assassiné, Lyautey, Arthur Rimbaud le poète mais aussi l'aventurier, le capitaine Flotte, Ho Chi Minh, Serpollet le constructeur de voitures, Loti l'écrivain et les Dunlop, Michelin et autres futurs rois du caoutchouc... Tout un monde revit sous nos yeux émerveillés.
Le livre nous met en prise avec une époque à la fois époustouflante de créativité, d'innovation, mais aussi terrifiante avec l'avènement des deux grands conflits mondiaux qui se traduiront par des millions de morts. D'un côté, la médecine et les vaccins qui tentent de préserver les hommes des grandes épidémies et de l'autre les canons et les bombes qu anéantissent une partie de l'humanité. Et au milieu de tout cela un homme, un original, un individualiste qui conduit sa vie comme il l'entend, à la recherche de tout ce qui bouge, de tout ce qui peut se transformer pour améliorer le sort des hommes. Point de guerre subie, point d'attaches amoureuses, seul Yersin face au monde, face à lui-même, avec son génie et ses découvertes scientifiques capitales.
Que reste-t-il de tout cela ? Une tombe bleue, un nom de rue à Saïgon, un nom de lycée à Hanoï ? Des vies épargnées ? Peut-être une éthique, un modèle de vie, une droiture dans la démarche et en définitive une absence de compromis ?
Bien sûr j'ai une réticence par rapport au roman : quelle est la vérité sur Yersin ? Comment imaginer un personnage qui a vécu, que d'autres ont connu, et imposer sa vérité d'écrivain ? On me dira qu'il s'agit d'une œuvre littéraire et non d'une biographie. Finalement qu'est ce qui importe ? Connaître la vraie vie de Yersin ou être fasciné par un personnage romanesque qui peut nous amener à changer notre regard sur notre propre vie ?
J'ai ma réponse à moi !

J'ai noté une phrase qui peut-être explique certaines de mes motivations à voyager et à se poser un certain temps en Afrique ou en Asie: " Cette sorte de liberté sauvage dont on jouit ne peut être comprise en Europe où tout est si réglé par la civilisation." p. 194
Merci à Patrick Deville pour ce beau voyage dans la science en marche, dans la découverte de nouvelles contrées. L'espace de quelques pages, j'ai voyagé sur l'Oxus, accroché au bastingage, j'ai bu un verre de champagne dans le dernier avion qui quittait le Bourget avant l'arrivée de l'envahisseur allemand, j'ai bivouaqué dans la forêt des montagnes du royaume annamite, j'ai regardé la mer assis dans le fauteuil en rotin de Yersin, j'ai posté mon courrier à la grande poste de Saïgon, j'ai bu un verre au Majestic, j'ai parcouru les rues arborées d'Hanoï au volant d'une magnifique voiture... Bref j'ai voyagé ! Ca fait du bien de lire !
 
 
L'Oxus à quai à Saïgon


La grande Poste de Saïgon en 2007 (photo G. Morin)

1 commentaire:

  1. Après ça, difficile de faire un texte sur Everybody Knows ! Tu as compris que je l'avais quasiment Goncourifié !

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