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mardi 27 septembre 2016

VOYAGE AU PHARE DE VIRGINIA WOOLF

Je suis resté un peu désemparé après avoir lu les premières pages de ce roman en grande partie autobiographique. M. et Mme Ramsay deux des personnages clés du livre sont fortement inspirés par les parents de Virginia.
Le thème du roman est difficile à cerner, il n'y a ni histoire, ni intrigue, il s'agit d'impressions sur un lieu, une maison en Ecosse sur l'île de Skye, sur des instants, une période de vacances, sur des personnages, la famille Ramsay et leurs amis.
La romancière dans son approche romanesque semble fortement s'inspirer de la technique picturale de l'époque pour brosser quelques lumineux tableaux de cette maison située au bord de la mer et des personnages qui l'habitent.
Lorsque le lecteur a pris le parti d'abandonner ses habitudes de lecture et de se laisser entraîner par les longues phrases pleines de circonvolutions et de virevoltes, alors la vraie nature du livre de Virginia apparaît. C'est à la fois un livre sur les émotions et sur l'éternité de l'éphémère. Dès la première page, une clé nous est donnée : "...comme chez ces personnes, même en leur prime enfance, la moindre oscillations de la roue des sensations peut cristalliser et pétrifier l'instant qu'elle enténèbre ou illumine..."
Telle est la préoccupation de Virginia qui est incarnée par l'artiste Lily Briscoe qui n'arrive pas à saisir avec ses pinceaux la vision fugitive qu'elle a d'un instant, d'un bout d'espace, d'un personnage.
La construction même du roman, en trois parties, présente une originalité. La première partie intitulée "La fenêtre" nous fait pénétrer par effraction non pas seulement dans cette grande maison familiale, mais bien dans la sensibilité de chacun des personnages. Chacun observe les autres, cultive ses attentes et face au comportement des autres rentre en lui-même sans rien dire. Il suffit de lire les visages, d'observer les gestes pour comprendre.
Pendant ce temps Lily-Virginia n'arrive pas à exprimer ce qu'elle sent : "... C'est à l'instant où elle saisissait son pinceau que tout changeait. C'est pendant ce vol éphémère entre l'image et la toile que les démons se lançaient sur elle, l'amenant plus d'une fois au bord des larmes, et rendant ce passage de la conception à l'exécution aussi terrible que pour un enfant la traversée d'un couloir obscur. Cette sensation, elle la connaissait bien lorsqu'elle livrait un combat terriblement inégal pour conserver son courage; pour affirmer "mais c'est cela que je vois; c'est cela que je vois" et par là serrer contre sa poitrine un misérable lambeau de sa vision, que mille forces s'acharnaient à lui arracher."
Il en va de même pour le sentiment qu'elle porte à M. Ramsay. "Impossible d'exprimer ce qu'on a dans l'esprit."
Au fil des pages, nous pénétrons dans l'univers affectif de Mrs Ramsay, de M. Ramsay, de leurs enfants et des autres personnages. C'est une approche par petites touches posées dans une apparente incohérence, tout est subtil, évanescent, mais aussi puissant, violent sous la poussée des pulsions intérieures :
" Mais son fils le haïssait. Il le haïssait de venir vers eux, de s'arrêter et de les regarder; il le haïssait de les interrompre; il le haïssait de l'exaltation et de la sublimité de ses gestes; de la magnificence de sa tête; de son exigence et de son égotisme (en effet il restait planté là, leur ordonnant de le servir); mais par dessus tout il haïssait le pincé et le tremblé de l'émotion paternelle, qui les assiégeant de ses vibrations, troublait la simplicité et le bon sens parfaits de ses relations avec sa mère." On est en plein Oedipe n'est-ce pas ? (le roman est publié en mai 1927).
La seconde partie du livre tranche par le style très impersonnel, objectif, qui évoque un temps froid désincarné, inhabité. Soudain, on apprend que la mort s'est abattue sur quelques membres de la famille. Nous nous situons dans une autre dimension où les émotions n'ont pas leur place, celle du temps implacable de la vie réelle, temps qui s'écoule très vite et sur lequel les hommes n'ont pas de prise.
Et puis, il y a la dernière partie, intitulée " Le phare", celle du temps retrouvé. 10 ans ont passé. La maison restée à l'abandon se remplit à nouveau, comme dans un théâtre qui s'anime, les personnages arrivent les uns avec les autres, les uns après les autres... il y a aussi l'absence de ceux qui sont morts et à qui l'on pense à chaque instant.
Vient enfin le moment tant attendu de la promenade en mer vers le phare. Il y a ceux qui font la promenade en bateau, contraints par M. Ramsay et ceux qui restent dans la maison. La distance grandissante qui s'établit entre les deux groupes permet à Lily d'atteindre enfin, fugitivement ce qu'elle cherchait. Mystère de la présence oppressante, mystère de l'éloignement libérateur on est au coeur de la problématique de Virginia.
Un très beau livre. De la vraie littérature !

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