Ecrire est parait-il une chose difficile. Encore faut-il s'entendre sur la signification de ce verbe. Ecrire quand on est analphabète est chose impossible, sauf à recopier des lettres préexistantes. Ecrire quand on est aveugle de naissance ou paralysé des membres supérieurs est aussi chose impossible. Il s'agit dans le premier cas d'un impossibilité immédiate, mais qui peut être surmonté dans le futur. En revanche dans le second cas la possibilité d'écrire soi-même avec ce type de handicap est irrémédiablement compromise. Il existe toutefois des solutions inventées par l'homme : le braille d'un côté et l'utilisation d'outils technologiques comme le fait le célèbre physicien britannique, professeur à Oxford Stephen W. Hawking, atteint d'une maladie dégénérative qui le paralyse totalement, la sclérose latérale amyotropique. Ce dernier a recours à un ordinateur synthétiseur de paroles pour communiquer avec son entourage et pour conduire ses recherches.
Voila pour ce qui est de l'acte physique d'écrire. Mais lorsqu'on parle d'écrire on sous-entend mille autres choses.
Une autre question se pose : écrire pour quoi faire ?
Dans la vie courante, on écrit pour communiquer avec des personnes que l'on n'a pas en face de soi et à qui l'on souhaite faire parvenir un message ou des informations. Pour ce faire on écrit des lettres et on utilise la messagerie électronique ou la messagerie de son téléphone mobile (SMS ou texto), en fonction de la nature du message et du destinataire. L'utilisation du courrier papier ou électronique intervient aussi bien dans un cadre privé que dans un cadre professionnel.
Chronologiquement l'enfant commence par écrire des signes puis des lettres, des mots et enfin des phrases et des textes dans le cadre de l'apprentissage scolaire. L'écriture est l'outil privilégié de l'apprentissage. A chaque période de la vie scolaire on écrit pour établir la preuve de ses acquis.
Parallèlement, dans la vie privée, on écrit des courriers, des mémos, des listes de choses à faire, des notes personnelles, des recettes de cuisine, mais aussi des lettres d'amour, des chèques, des déclarations administratives etc. et des milliers d'autres choses encore. Lorsqu'on accède à la vie professionnelle selon le métier qu'on exerce on peut être appelé à écrire en permanence ou à de très rares occasions; je ne m'étendrais pas sur cette question.
Mais il existe aussi des métiers qui ont pour objet même l'écriture pratiquée comme un art. Ce sont les métiers de la création littéraire. Et dans ce cas bien précis, écrire signifie faire oeuvre créatrice, pratiquer l'art de la littérature. L'homme de lettres comme on dit encore écrit des romans, des poèmes, des pièces de théâtre, des paroles de chanson...
Et lorsqu'on parle d'écrire, au sens noble du terme, on parle de l'art de l'écrivain qu'il faut bien distinguer d'autres métiers dans lesquels l'écriture n'est qu'un moyen de communiquer des travaux de recherche historique, scientifique, philosophique ou tout simplement d'informer ses contemporains (journalisme).
Ecrire au sens noble du terme est possible pour toute personne qui maîtrise la pratique de l'écriture. Mais la difficulté est d'écrire des textes ou des livres reconnus par des tiers comme de véritables oeuvres littéraires. C'est là que réside la difficulté, voire l'impossibilité. Cette symbiose entre celui qui écrit et celui qui lit une oeuvre n'implique pas que le talent nécessaire de celui qui écrit, elle suppose l'aptitude des autres, les lecteurs, à recevoir à un moment précis, dans des circonstances précises, ce que le créateur veut transmettre. Que dire aujourd'hui de ceux qui ont traîné Charles Baudelaire devant un tribunal pour avoir commis "Les Fleurs du Mal" ?
Si on prend un exemple dans le domaine de la peinture, certains des plus grands peintres impressionnistes comme Manet, Pissarro ou Whistler ont aussi exposé au salon des Refusés, parce qu'on leur avait refusé l'accès au Salon des Artistes Français sous Napoléon III. Rappelons également que Van Gogh n'a pas vendu une seule toile de son vivant. Tout cela pour dire que derrière la création artistique se cache une véritable alchimie dans laquelle chacun prend sa part. L'artiste n'est pas le seul responsable de son art.
Néanmoins, l'artiste, qu'il soit peintre, sculpteur, musicien ou écrivain, se distingue des autres à la fois par la maîtrise technique des matériaux qu'il utilise pour créer, mais aussi et surtout par son originalité, c'est-à-dire par sa propre vision du monde (à ne pas confondre avec la Weltanshauung des philosophes allemands qui relève du domaine conceptuel). L'artiste est celui qui ouvre des voies, c'est celui qui sait nous faire éprouver des émotions grâce à son art. Certains clament sans ambiguïté que l'artiste, le créateur, c'est avant tout un style !
Prenez Victor Hugo, Céline, Proust, Michel Ange, Vinci, Le Greco, Picasso ou Dali, Bach, Mozart ou Stravinski, Shakespeare, Racine ou Brecht, ce qui fait leur génie, c'est bien leur style. Et leur style c'est quoi ? C'est une combinaison de la maîtrise technique et d'une perception originale du monde, qu'ils cherchent à nous faire partager.
De cela on peut déduire que pour écrire, c'est-à-dire pour être un écrivain créateur, il faut maitriser la langue écrite avec tout ce que cela implique, mais il faut aussi être habité par une vision du monde originale. Le terme de "vision du monde" n'est pas totalement satisfaisant car le mot vision renvoie souvent à une image contemplative. En fait, ce serait plutôt une forme d'intuition particulièrement puissante. Il s'agit pour l'artiste de découvrir derrière le voile de la réalité dans laquelle nous sommes plongés, une sphère vierge, immédiate, qui s'impose et que pénètre la sensibilité de l'artiste. L'oeuvre littéraire, comme toute autre oeuvre de création artistique naît de cette combinaison entre la matière, la technique et la perception intuitive et créatrice de celui qui prétend au statut d'artiste.
Il est probable que la plupart des humains sont porteurs de leur propre vision du monde, vision qui est le fruit de leur culture, de leur éducation, de leur hérédité, de leurs aptitudes et de leur expérience personnelle. Mais peu d'entre eux ont la faculté de la faire partager aux autres. Car pour faire partager, il faut d'abord communiquer, c'est-à-dire utiliser et maîtriser des codes et surtout il faut séduire, captiver, parfois même bousculer et violenter de manière à percer les carapaces et à faire passer des émotions. L'art s'adresse à l'intime, à ce qu'il y a de plus profond en nous, il faut savoir ouvrir les portes.
Quelle dissertation que je découvre seulement ce matin !
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