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jeudi 5 mai 2016

UNE PHRASE DE PAUL RICOEUR A MEDITER



" Ces domaines (scientifiques et techniques) sont devenus si compliqués, nous dit-on, qu'il faut nous en remettre au jugement de ceux qui savent. Il y a là, en réalité, une sorte d'expropriation du citoyen. La discussion publique se trouve ainsi captée et mobilisée par les experts. Il ne s'agit pas de nier l'existence de domaines où des compétences juridiques, financières ou socio-économiques très spécialisées sont nécessaires pour saisir les problèmes. Mais il s'agit de rappeler aussi, et très fermement, que, sur le choix des enjeux globaux, les experts n'en savent pas plu que chacun d'entre nous." 

Paul Ricœur 1991 (philosophe français décédé en 2005)

lundi 21 décembre 2015

LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, de Laurent BINET


LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, de Laurent BINET, publié chez GRASSET

 

 
 
Voila un roman totalement neuf, qui a du souffle, de l’audace, du piment, de l’intelligence surtout, qui nous conduit en compagnie des plus brillants intellectuels des années 1980 dans une intrigue à la Indiana Jones.

 

Ma première réaction à la lecture des premières pages du roman a été de m’interroger sur la frontière entre la réalité et la fiction.

Les premières pages sont tellement ancrées dans le réel que toutes les situations semblent vraies. Ainsi l’accident de Roland Barthes renversé par une camionnette de blanchisserie à deux pas du Collège de France, après un déjeuner avec François Mitterand rue de Bièvres est relaté avec une telle méticulosité que tout ce qui est écrit parait fidèle à la réalité. Seuls quelques détails nécessaires à la construction de l’intrigue romanesque ont été ajoutés.

Alors très vite je me suis pris au jeu : « qui a tué Roland Barthes ? » Binet a gagné son pari.

 

Ensuite, j’ai éprouvé une réelle fascination pour les intellectuels et autres philosophes  qui dans les années 1980 tenaient le haut du pavé au Collège de France, à Normale Sup, à Vincennes ou à la Sorbonne, Binet en fait des personnages de son roman ; ainsi voit-on évoluer, parfois dans des situations rocambolesques, voire ridicules pour certains, les Barthes, Foucault, Althusser, Lacan, Derrida, Deleuze, Guattari, Umberto Eco et les Jean Edern, BHL, Julia Kristeva, Sollers également… Binet nous offre le grand bonheur de partager avec eux quelques instants de vie, à Paris, à Bologne, à Venise ou encore dans une université américaine. Il invente des dialogues entre Foucault et Derrida par exemple ou plus exactement il recontextualise des paroles prononcées et des phrases réellement écrites par ses personnages dans la vie réelle ce qui contribue à plonger le lecteur dans la fiction tout en gardant l’impression qu’il se situe dans la réalité.

Le terme de « jubilatoire » à été utilisé par plusieurs critiques pour qualifier ce roman, je le fais mien car il exprime exactement ce que j’ai ressenti en dévorant une à une les pages de ce récit très brillant.

L’une des conséquences inattendue de la lecture du roman de Binet a été de me redonner l’envie de lire ou de relire Foucault, Deleuze et peut-être même Derrida ou Althusser et de redécouvrir ainsi l’excitation intellectuelle que j’avais pu ressentir à l’époque à la lecture de « L’archéologie du savoir » ou des « Mots et des choses ».

Enfin, Binet est un admirateur d’Umberto Eco, il en fait d’ailleurs l’un des personnages de son roman, et nul doute que celui qui a apprécié « Au nom de la rose » se délectera de la « Septième Fonction du Langage ».

Une vraie prouesse romanesque qui construit un monde à deux versants celui du réel et celui de la fiction et qui perd le lecteur de le labyrinthe de l’imagination créatrice, pour son plus grand plaisir.

dimanche 2 septembre 2012

ELOGE DU VIDE


On a certainement tout écrit sur le sujet.

Peu importe, car la sensation de vide est une expérience intime, chacun vit sa propre expérience. Mais ce n'est pas de ce vide dont je veux parler. C'est du vide qui s'impose, du vide nécessaire, du vide élément clé de la respiration et de la création.

Faire le vide, c'est un peu comme le "faire table rase" de Descartes.
Pour retrouver l'essentiel, chasser tout l'encombrant. Et quand on chasse l'encombrant, que reste-t-il ?

La vie, la respiration première, ce mouvement essentiel qui permet de tout entreprendre.

On peut laisser courir la force de l'habitude, c'est-à-dire reproduire constamment et machinalement ce qu'on sait faire, mais sans innover, sans progresser, et alors on est dépassé, écrasé, enfoncé.

On peut aussi faire table rase,extérieurement et intérieurement, pour construire... sachant que plus tard tout sera détruit : aedificabo et destruam. Ce qui est essentiel, c'est l'acte, plus que le résultat !

On est dans une société où seul le résultat compte. On a des objectifs, on les atteint, on a des résultats. On a réalisé ce que d'autres ont programmé pour que les apparences soient sauves et pour que le "divertissement" fonctionne à plein. Surtout ne pas sortir du moule, ne pas prendre conscience. Se divertir, être diverti en permanence, société du spectacle, société muette !

Mais on peut aussi s'arrêter, souffler, réfléchir, prendre du recul et acquérir l'absolue nécessité de "faire le vide".

Faire le vide apparaît comme un moment clé qui permet de relancer la respiration, sa respiration, mais aussi l'inspiration, son inspiration. Les habitudes, la routine sont nos pires ennemies. On a vite fait d'être pris dans une toile d'araignée, sans s'en rendre compte. Et lorsqu'on s'en rend compte, il est trop tard. On ne peut plus rien sauver, la respiration n'est plus possible, on suffoque.

On peut donc faire l'éloge du vide, car le vide, le vide volontaire, le vide-rupture, le vide générateur de vie permet de prendre conscience du pouvoir qui est en nous. Le pouvoir d'inventer, le pouvoir de créer.
Pour une illustration de ce concept dans le domaine de l'architecture cher à mon ami Pergame, on peut lire avec intérêt : " Eloge du vide, réduction, production et réception en architecture", par Jorge Cruz Pinto (http://www.lecarrebleu.eu/allegati/LCB_2-2010%20-%20web.pdf) ,article sur lequel je suis tombé grâce à Google, alors même que j'avais écrit mon texte, et auquel j'adhère totalement, dans l'approche philosophique tout au moins, pour le reste je ne suis pas assez connaisseur en architecture pour apprécier la portée des propos de Cruz Pinto.

samedi 7 novembre 2009

LE RUBAN BLANC, EXTRAIT



SANS COMMENTAIRE !

UNE SCENE MAGNIFIQUE DU RUBAN BLANC D'HANEKE



Pour visionner cette scène dans de bonnes conditions cliquez sur l'image avec le bouton gauche de la souris vous arriverez directement sur You Tube

mercredi 4 novembre 2009

RESUME SUCCINCT DE L'APPORT SCIENTIFIQUE DE LEVI-STRAUSS, SELON WIKIPEDIA

Les structures de la parenté
Claude Lévi-Strauss a appliqué à l'anthropologie l'analyse structurale exploitée dans le domaine linguistique par Ferdinand de Saussure puis Roman Jakobson. L'anthropologie prenait traditionnellement comme objet fondamental de son étude la famille, considérée comme une unité autonome composée d'un mari, d'une femme et de leurs enfants, et tenait pour secondaires les neveux, cousins, oncles, tantes et grands-parents. Lévi-Strauss estime que, de manière analogue à la « valeur linguistique » chez Saussure, les familles n'acquièrent des identités déterminées que par les relations qu'elles entretiennent les unes avec les autres. Il renverse ainsi le point de vue traditionnel de l'anthropologie en mettant en premier les membres secondaires de la famille et en centrant son analyse sur les relations entre les unités plutôt que sur les unités elles-mêmes.

En analysant comment se forment les identités au cours des mariages intertribaux, Lévi-Strauss remarque que la relation entre un oncle et son neveu (A) est à la relation entre un frère et sa sœur (B) ce que la relation entre un père et son fils (C) est à celle qui relie un mari à sa femme (D) : A est à B ce que C est à D. De la sorte, si nous connaissons A, B et C, nous pouvons prédire D. L'objectif de l'anthropologie structurale de Lévi-Strauss est donc d'extraire de masses de données empiriques des relations générales entre des unités, ce qui permet d'isoler des lois à valeur prédictive, telles que : « A est à B ce que C est à D ».
Dans les Structures élémentaires de la parenté, avec l'aide ponctuelle du mathématicien André Weil, il dégage le concept de structure élémentaire de parenté en utilisant la notion de groupe de Klein.

L'analyse des mythes et les mythèmes
De manière similaire, Lévi-Strauss voit dans le mythe un acte de parole dans lequel on peut découvrir un langage. Comment donc, sans cela, des contes si fantastiques et si arbitraires pourraient-ils se ressembler autant d'une culture à l'autre ? Il part donc à la recherche des unités fondamentales du mythe : les « mythèmes ». Partant de l'idée qu'il n'y a pas une version unique « authentique » du mythe mais que toutes les versions sont des manifestations d'un même langage, il analyse chaque version en une série de propositions, chacune consistant en la relation entre une fonction et un sujet. Les propositions pourvues de la même fonction sont regroupées sous le même numéro : il s'agit des mythèmes.
En examinant les relations entre les mythèmes, Lévi-Strauss déclare qu'un mythe consiste uniquement en oppositions binaires. Le mythe d'Œdipe, par exemple, c'est à la fois l'exagération et la sous-évaluation des relations de sang, l'affirmation d'une origine autochtone de l'humanité et le déni de cette origine. Sous l'influence de Hegel, Lévi-Strauss pense que l'esprit humain organise fondamentalement sa pensée autour de telles oppositions binaires et de leur unification (thèse, antithèse, synthèse), ce mécanisme permettant de rendre la signification possible. De plus, il considère que le mythe est un stratagème habile qui transforme une opposition binaire inconciliable en une opposition binaire conciliable, créant ainsi l'illusion ou la croyance qu'elle a été résolue.

mercredi 28 octobre 2009

LE DERNIER FINKIELKRAUT


Je déteste les idées défendues par Finkielkraut, le philosophe le plus réactionnaire de notre époque. Mais je suis curieux de lire son dernier livre "Le coeur intelligent". Il y parle des livres et de la littérature parait-il. Comme je m'efforce d'être,  dans la mesure de mes possibilités, un peu tolérant, je vais me lancer.
Pourquoi ?
Parce que j'ai lu ceci sur un blog : "La philosophie regarde, la littérature hume et touche", dit AF. dans le magazine "Lire" de septembre. Il affirme que la littérature lui permet de sortir de lui-même, de s'identifier à d'autres points de vue que les siens, de "se quitter, s'oublier", "dans un va et vient entre l'oeuvre et l'existence de celui qui la lit", dans ce qu'elle "déploie tout l'éventail des sentiments et des sensations". L'idée est séduisante, voyons !
A bientôt pour en reparler ici-même.

lundi 17 août 2009

LE CREDO DE JEANSON



Evidemment Jeanson est âgé, malade, il n'a plus la vigueur d'antan, mais sa pensée reste claire et son credo me semble encore d'actualité.

DISPARITION DE FRANCIS JEANSON


La mort de Jeanson me touche. Profondément.
A plusieurs titres.
C'est d'abord au philosophe et à l'essayiste que je pense : Lettre aux femmes et la Foi d'un Incroyant sont deux livres que j'avais lu avec beaucoup d'intérêt.
«L'univers est peut-être une "machine à faire des dieux". Mais la vraie foi consiste à parier que l'espèce humaine est capable d'incarner Dieu, de le réaliser, "d'en finir avec lui" en inventant sa propre humanité.» (in La Foi d'un Incroyant).
Je n'oublie qu'il a fait partie de la tribu des "Temps Modernes" autour de Sartre qui a été sans aucun doute un des maîtres à penser de la génération 68.
Lorsque j'étais étudiant en licence de philo à Dijon, combien de soirées enfumées passées avec mes amis à discuter de l'existentialisme, du marxisme, du maoïsme, du colonialisme ...!

C'est ensuite l'intellectuel engagé qui a été important pour moi. A milles lieues d'un BHL qui recherche médias et effets de manche, Jeanson a été un acteur de la lutte contre le colonialisme en Algérie, position à la fois courageuse et extrêmement risquée. Qui de ma génération n'a pas entendu parler du réseau Jeanson ?
Il sera condamné par contumace à 10 ans de réclusion, puis amnistié.
Voici ce qui explique le caractère d'intellectuel marginal de Jeanson :
"Face aux tortures et aux massacres d’une guerre de moins en moins légitime, Jeanson osa briser le mur du silence dans lequel s’enfermèrent socialistes et communistes et sut incarner une attitude fidèle aux idéaux fondateurs de la gauche. Elle ne lui pardonna jamais d‘avoir dénoncé ses compromissions et ses reniements entre 1957 et 1962." (Roland Pintat)

Plus cher dans mes souvenirs est le Francis Jeanson, directeur de la maison de la Culture de Chalon-sur-Saône, nommé par Malraux. C'est là que je l'ai rencontré avec sa femme.
La première fois que je l'ai vu, j'ai été frappé par son regard à la fois perçant et très mobile auquel rien n'échappait et par sa parole : chaque mot prononcé il ente donnait l'impression d'avoir été mûrement réfléchi et avant chaque phrase il y avait une imperceptible attente, ensuite les mots précis, ciselés, scandés nous arrivaient en pleine figure. J'ai admiré sa puissance de réflexion, son charisme, sa foi en ce qu'il croyait et son action en faveur de la culture, notamment dans les zones rurales et ouvrières.
Dans chacune de ses actions, Jeanson a toujours eu un projet. C'était un homme de conviction et qui savait convaincre. Nous étions jeunes, étudiants, disponibles, Jeanson représentait une alternative au dogmatisme et aux idéologies toutes faites. C'est ce que j'ai aimé chez lui, même si je n'ai participé qu'à une ou deux de ses actions culturelles.
Ces quelques lignes l'auraient certainement fait sourire ! Elle sont un tout petit témoignage d'un homme qui a compté dans ma vie d'étudiant.

J'ai beaucoup de mal à trouver une photo de Jeanson qui me convienne. Tant pis, je mets la plus ressemblante.

dimanche 2 août 2009

VERONIQUE TADJO : "L'OMBRE D'IMANA"

"L'Ombre d'Imana" a pour thème le génocide du Rwanda.
Ce livre m'a marqué, profondément.
Le récit de ce qui s'est passé à travers les témoignages de survivants pose une multitude de questions que je m'étais déjà posées en lisant "les Bienveillantes" ou "Si c'est un homme".
L'écriture nous fait approcher du "mal absolu". Tel est bien le dessein de Véronique Tadjo.
Le voyage commence comme n'importe quel voyage : les bagages perdus, les voisins bruyants et sympathiques dans l'avion, les contrôles à l'aéroport. Puis, petit à petit dans un pays où les apparences premières ne révèlent rien, l'auteur nous fait pénétrer dans un monde inimaginable. L'émotion fait vaciller notre raison, notre bon sens. Le contraste est saisissant entre le calme apparent, voire l'apathie de ceux qui ont vu, de ceux qui ont souffert le pire des drames que l'on puisse connaître dans l'humanité et l'horreur des violences subies par ceux dont la seule faute était d'appartenir à une ethnie ou à une autre.
Pas de compassion, pas de jugement, seulement des témoignages et un style qui donne toute sa force à ce livre.
Je vous laisse méditer sur ce passage qui pose la question de la fonction de l'écrivain confronté à de telles circonstances :
" Le génocide est le Mal absolu. Sa réalité dépasse la fiction. Comment écrire sans parler du génocide ? L'émotion peut aider à faire comprendre ce qu'a été le génocide. Le silence est pire que tout. Détruire l'indifférence. Comprendre le sens réel du génocide, l'accumulation de la violence au fil des années.
L'oralité de l'Afrique est-elle un handicap pour la mémoire collective ? Il faut écrire pour que l'information soit permanente. L'écrivain pousse les gens à lui prêter l'oreille, à exorciser les souvenirs enfouis. Il peut mettre du baume sur la déchirure, parler de tout ce qui apporte un peu d'espoir.
Le grain est enfoui dans la terre. Il meurt afin de pouvoir renaître.
Les chiens se sont nourris de cadavres. Ils étaient enragés. Les oiseaux se sont nourris des yeux des cadavres. Les fruits de la paix se cueuillent sur l'arbre de la peine.
La réconciliation ?
Il faut reconnaître le Mal. L'exorciser par la justice, par une tentative de réelle justice.
Tant qu'il n'y aura pas cela, la peur restera. Elle est là. Elle n'est pas partie. Tout crime non puni engendrera d'autres crimes. Les Hutus ont peur des Tutsis parce qu'ils sont au pouvoir. Les Tutsis ont peur des Hutus parce qu'ils peuvent s'emparer du pouvoir. La peur est demeurée par les collines."

Dans un autre passage du livre, Véronique Tadjo nous fait part de sa propre peur et des questions qui la hantent (rappelons qu'elle est ivoirienne) :
" Et j'ai peur quand j'entends parler chez moi d'appartenance, de non-appartenance. Diviser. Façonner des étrangers. Inventer l'idée du rejet. Comment l'identité ethnique s'apprend-elle ? D'où surgit cette peur de l'Autre qui entraîne la violence ?
Un jour la vie quotidienne s'efface pour faire place au chaos. Où étaient enfouies les graines de la haine ? Dans la nuit de l'aveuglement, qu'aurais-je fais si j'avais été prise dans l'engrenage du massacre ? Aurais-je résisté à la trahison ? Aurais-je été lâche ou courageuse ? Aurais-je tué ou me serais laissé tuer ?
Le Rwanda est en moi, en toi, en nous.
Le rwanda est sous notre peau, dans notre sang dans nos tripes. Au fond de notre sommeil dans notre esprit en éveil.
Il est le désespoir et l'envie de revivre. La mort qui hante notre vie. La vie qui surmonte la mort.

Ne jamais couper le chemin du retour.
Entendre comme une chanson à fredonner, que le monde tient debout et que l'image que nous nous en faisons nous-mêmes est bien vraie."

Sans faire de démagogie, on est loin de la littérature de salon ou de l'art pour l'art. Les questions posées ci-dessus, je les reconnais, je me les suis posées maintes fois moi-même. Elles sont inscrites de manière indélébile dans le miroir de notre conscience. Se les poser, ce n'est en aucun cas les résoudre pour soi, mais c'est en quelque sorte construire pas à pas une pré-science des dangers qui nous guettent individuellement, mais surtout collectivement. Le génocide n'est pas une somme de meurtres individuels, c'est un massacre organisé et accompli de manière collective. Au Rwanda, il n'y a pas eu de meurtres perpétrés par des individus isolés, il y a eu des chasses à l'homme et des tueries collectives. La justification de la violence et de l'horreur des uns est nourrie par les exactions commises par d'autres, ceux de la même ethnie, ceux à qui l'on a dit "si tu ne les tues pas, ce sont eux qui te tueront".

Après la lecture de ce livre, je persiste à croire que la fonction de l'écrivain et de la littérature se situent dans cette perspective. L'artiste en général, le poête, le créateur est celui qui sait nous mettre en face de la réalité passée, présente ou en devenir. Au moyen de son art et de la force des émotions qu'il nous transmet, il nous pose des questions graves qui touchent à l'essentiel : la vie, la mort, la violence, le mal... A nous d'y répondre !



Véronique Tadjo

jeudi 2 avril 2009

WILLIAM BLAKE A PARIS !


William Blake m'a toujours intrigué. Je me souviens avoir acheté un volume de ses poèmes il y a fort longtemps. J'ai appris hier à l'Ecole du Louvre qu'une exposition de ses oeuvres picturales commençait aujourd'hui-même.
Je ne vais pas m'y précipiter. Je préfère reprendre d'abord contact avec l'homme, le poète, le peintre, le créateur. De manière ensuite à pouvoir tirer meilleur profit de ma visite.
Bien entendu je ferai un compte rendu de mes impressions sur ce blog.
Blake est associé dans mon esprit à un souvenir triste : une personne qui m'était chère, aujourd'hui disparue, avait souhaité que je lise un poème, qu'elle attribuait à Blake, le jour de ses obsèques.
Je ne veux pas trop donner dans le mélo, mais bon, c'est aussi l'occasion de réfléchir sur la mort.
Le voici, en français :
« Je suis debout au bord de la plage » :
Un voilier passe dans la brise du matin, et part vers l’océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse à l’horizon.
Quelqu’un à mon côté dit : « il est parti ! »
Parti vers où ? Parti de mon regard, c’est tout !
Son mât est toujours aussi haut.
Sa coque a toujours la force de porter sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi, pas en lui.
Et juste au moment où quelqu’un près de moi dit : « il est parti »,
Il y en a d’autres qui, le voyant poindre à l’horizon et venir
Vers eux, s’exclament avec joie : « le voilà ! C’est ça la mort ! »
William BLAKE
Aujourd'hui je m'aperçois que ce poème a été attribué à d'autres, mais peu importe !
Voici le texte anglais :
What is dying?
I am standing in the sea shore,
a ship sails to the morning breeze
and starts for the ocean.
She is an object of beauty
and I stand watching her
till at last she fades
on the horizon
and someone at my side says,
‘She is gone.’
Gone! Where?
Gone from my sight--that is all.
She is just as large in the masts, hull and spars
as she was when I saw her,
and just as able to bear her load of living
freight to its destination.
The diminished size and total loss of sight is in me,
not in her;
and just at the moment when someone at my side says,
'she is gone’
there are others who are watching her coming,
and others take up a glad shout—
‘There she comes!’ - and that is dying."
Charles H. Brent

LE CREATEUR

"Un créateur, c’est pas un être qui travaille pour le plaisir. Un créateur ne fait que ce dont il a absolument besoin."
Gilles Deleuze
Qu’est-ce que l’acte de création ? Conférence donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis - 17/05/1987

NOUS AVONS TOUS LE DESTIN DES FEUILLES MORTES !

jeudi 5 mars 2009

JANKELEVITCH, PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE A LA SORBONNE

Pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion de connaître Vladimir Jankélévitch, je vous invite à vous rendre sur le site de l'INA et à taper Jankelevitch dans la zone de recherche. Une vidéo d'Apostrophes est disponible.

lundi 19 janvier 2009

CONTRASTE : DEFINITION DE L'ABECEDAIRE DE LA CALLIGRAPHIE CHINOISE

CONTRASTE
Principe qui peut être défini comme étant l'opposition affirmée entre deux éléments, chacun mettant l'autre en valeur. Ce phénomène survient lorsqu'on varie les dimensions des formes et des surfaces. Le contraste est une notion à laquelle les maîtres chinois ont été très attentifs. Un tel principe que les japonais nomment taï sho sei et que l'on relève abondamment dans la nature a été appliqué par les artistes orientaux, avec la cohérence et la virtuosité que l'on sait.
Quelle que soit l'époque ou la discipline d'art considérée, le contraste se vérifie toujours et apparaît comme l'élément immuable le plus sûr. La loi du contraste a depuis longtemps été mise en évidence, notamment en Chine. Une simple expérience permet de l'expliciter : l'oeil humain exècre les configurations mal définies et les égalités statiques. En revanche, des masses bien contrastées semblent satisfaire pleinement le sens de la perception.
(Je rappelle qu'on parle ici de calligraphie).

« Dans l'écriture d'un caractère ce n'est pas seulement la composition qui importe, c'est aussi la force du coup de pinceau. Faites que votre trait danse comme le nuage dans le ciel, parfois lourd, parfois léger. C'est seulement alors que vous imprégnerez votre esprit de ce que vous faites et que vous arriverez à la vérité. » Li Sseu (210 av. JC.)

Autrement dit en appliquant la loi du contraste en calligraphie, on peut arriver à la vérité, donc à la lumière ! Nous sommes bien d'accord.
Selon Fan Ji (peintre de la fin du 18e s.) : "Dans la peinture, on fait grand cas de la notion de Vide-Plein. C’est par le Vide que le Plein parvient à manifester sa vraie plénitude. Cependant, que de malentendus qu’il convient de dissiper ! On croit en général qu’il suffit de ménager beaucoup d’espace non-peint pour créer du vide. Quel intérêt présente ce vide s’il s’agit d’un espace inerte ? Il faut en quelque sorte que le Vide soit plus pleinement habité que le Plein. Car c’est lui qui, sous forme de fumées, de brumes, de nuages ou de souffles invisibles, porte toutes choses, les entraînant dans le processus de secrètes mutations. Loin de “diluer” l’espace, il confère au tableau cette unité où toutes choses respirent comme dans une structure organique. Le Vide n’est donc point extérieur au Plein, encore moins s’oppose-t-il à celui-ci. L’art suprême consiste à introduire du Vide au sens même du Plein, qu’il s’agisse d’un simple trait ou de l’ensemble. Il est dit : “Tout trait doit être précédé et prolongé par l’esprit.” Dans un tableau mû par le vrai Vide, à l’intérieur de chaque trait, entre les traits, et jusqu’en plein cœur de l’ensemble le plus dense, le souffle-esprit peut et doit librement circuler."
Traduction François Chang
Autrement dit, pour révéler la lumière le contraste ne doit pas être mou. Il y a bien deux énergies qui se rencontrent et se combinent, s'entrelacent et bientôt ne font plus qu'un, lorsque le sens jaillit.

samedi 10 janvier 2009

UNE PETITE PIQÛRE D'EDGAR, C'EST TOUJOURS BENEFIQUE !


Il y a deux ans déjà, grâce à notre ami François Soulages, professeur de philosophie, nous avons eu l'occasion d'entendre Edgar Morin, pendant deux heures environ à la maison de la Photograpie dans le Marais.

En sortant de l'amphi, nous avions l'impression d'être plus intelligents qu'en entrant.

La première partie de l'intervention ci-dessus aurait pu être intégrée en tête de ce blog. Comment développer et pratiquer la compréhension ?

N'oublions pas que le mot "compréhension" signifie à la fois : faculté de comprendre, mais aussi "tolérance" !