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lundi 28 mai 2012

LE FILS : DE JON FOSSE




Au départ je suis allé voir cette pièce parce qu'elle réunissait deux grands comédiens de théâtre : Catherine Hiegel et Michel Aumont.
Jon Fosse, je ne connaissais pas, mais j'aime son pays la Norvège.
Et puis je me suis retrouvé assis au troisième rang dans une salle aux trois quarts pleine pour cause de Week-end de Pentecôte.
Le décor est sombre, sinistre. Un canapé, un fauteuil et une rampe d'escalier en bois qui donne accès à l'entrée de la maison. Dans le fond, un décor reproduisant un fjord à la nuit tombante. Une lumière très atténuée. Voila quelle est l'atmosphère dans laquelle se déroule la pièce.
Un homme et une femme sont assis sur un canapé et ils débitent de manière lente et articulé des banalités. Ils expriment ce qu'il voient, ce qu'ils pensent c'est à dire rien ou presque. Ils vivent ( c'est peut-être même un bien grand mot) dans un monde obscur, qui n'en finit pas de mourir.
Ils ont un voisin, qui a perdu sa femme et qui boit.
Ils ont un fils qui est parti et qui ne donne jamais de ses nouvelles.

Et puis un autocar arrive : deux voyageurs en descendent : le fils... qui vient frapper à la porte... et le voisin... qui les rejoindra, complètement ivre.

Le langage des personnages est creux, comme est creuse leur vie. Le fils n'a rien à dire, les parents non plus. Le voisin dit que le fils a été en prison. Le fils dit qu'il ment. Il s'en suit un pugilat. Le voisin, malade meurt. Le fils s'en va. L'homme te la femme reste. Maintenant ils sont seuls.
Pièce minimaliste. Un bruit de fond, ou une musique ? en permanence.
Une description de la condition humaine qui est un avant goût de la mort !




Mon avis
Très honnêtement, je ne suis pas fasciné par ce théâtre où l'on s'ennuie fort. Rien ne bouge vraiment, rien ne change. Le rythme est lent. Un évènement se produit, est subi plutôt. Et puis plus rien. C'est comme avant, mais avec encore moins de vie.

A l'imagination du spectateur de travailler !
Bravo aux acteurs. Un accessit pour la mise en scène de Jacques Lassalle.

lundi 5 mars 2012

LA TRILOGIE DE LA VILLEGIATURE AU THEATRE EPHEMERE : UN REGAL !





















Goldoni est un prince du théâtre, ce n'est pas un scoop. Son décryptage de la société du XVIIIème met en évidence notamment des phénomènes sociaux transposables de nos jours et c'est ce qui fait aujourd'hui le piment des trois volets de la Villégiatura, rarement  présenté en intégralité au cours d'une même représentation.

  • L'intrigue en deux mots

Deux familles et leurs domestiques se lancent avec fièvre dans les préparatifs d'un séjour estival à la campagne (Les Manies de la villégiature),sur le thème de faut-il y aller ou pas ? Personne ne résiste à l'attraction de la Villégiature, véritable rituel social, tous de retrouvent dans la douceur de l'été, à la campagne dans une oisiveté, propice aux intrigues amoureuses, mais parallèlement apparaissent des rivalités féroces entre les protagonistes, tandis que chacun dépense sans compter (Les Aventures de la villégiature). Les deux familles, de retour à la ville, retrouvent une réalité sans concession qui donnera raison à l'intérêt plutôt qu'aux sentiments ( Le Retour de la villégiature).

  • Une société factice où tout n'est qu'apparence

Le décryptage de cette société oisive et vulnérable opéré par Goldoni peut être symbolisé par quelques mots-clés : argent, économie, dettes, réputation, mode, jeu d'argent, mariage, intérêt... La villégiature elle-même représentant, cette terre promise, cette société factice à laquelle on ne peut accéder que par l'argent.

Quant à l'amour, il est certes présent, mais il est systématiquement contrarié, voire piétiné par des conflits d'intérêts et c'est ce qui donne ce ton quelque peu amer à la trilogie. Bref c'est bien l'argent qui mène le monde et les acteurs de la comédie humaine, plutôt que de partir à la recherche du bonheur, se font violence et font passer leurs sentiments bien après les convenances, les apparences et l'appât du gain.

Goldoni va encore plus loin, au milieu de cette classe de rentiers et d'oisifs désargentés il dépeint la classe des domestiques que leurs maîtres entrainent dans leur déshonneur, leur ruine et surtout dans l'impossibilité de réaliser leurs sentiments.

Les domestiques ne sont pas dupes, ils sont pleins de bon sens et de justesse dans leur comportement. Parfois, ce sont eux, les domestiques, qui prêtent leur propre l'argent à leur maître et selon ces derniers, ce n'est que justice puisque cet argent leur appartenait avant. Paolo, le serviteur de Leonardo, ira même en prison pour avoir défendu son maître devant la foule hurlante des créanciers. L'Italie du XVIIIe connaissait déjà le surendettement !

  •  Une trilogie d'une étonnante actualité

Tout ceci donne à cette pièce un ton de modernité qui rend aisé la transposition du XVIIIe au XXIe siècle. Car que voit-on aujourd'hui, si ce n'est une classe très fortunée, celle des hommes d'affaires, des traders, de certains artistes, de certains sportifs et à la remorque de tout cela une foule d'envieux canalisés par la mode, le buzz, les yeux rivés sur les top ten du foot, du tennis et du showbiz.

Cette pièce est donc d'une inquiétante modernité, elle baigne dans une légèreté tragique et dans un humour corrosif, admirablement servie par des interprètes de premier ordre, à l'exclusion peut-être de Vittoria (Anne Kessler) qui semble surjouer son rôle. Une mention spéciale à Michel Vuillermoz, qui interprète le personnage de Ferdinando, totalement cynique et intéressé et à Hervé Pierre, qui incarne un Filippo truculent, versatile et lâche au possible.

Comme souvent c'est un vrai régal de voir jouer les acteurs du Français, qui plus est dans un lieu inhabituel qui sent bon le bois de nos montagnes !

Un spectacle que je recommande sans réserve !

dimanche 26 février 2012

LE GROS, LA VACHE ET LE MAINATE AU THEATRE DU ROND POINT

Voilà le prototype de ce qu'on pourrait désigner comme une pièce ultra parisienne pour public branché.
Dans ces temps difficiles, je suis plutôt à la recherche de spectacles qui me font rire. Alors, lorsque j'ai entendu le chroniqueur de France 2 recommander cette pièce qui arrive en fin de période, j'ai illico prix deux billets sur Internet.

Les deux compères-acteurs Pierre Guillois, un très jeune auteur et directeur de théatre et Bernard Menez (mise en scène) se sont complètement lâchés dans cette pièce, parfois même peut être un peu trop pour faire dans la qualité totale.

De quoi s'agit-il ?
La première image dévoile un bonheur absolu et improbable. Olivier, ventre gonflé, attend un enfant de Paul. Ils chantent, repeignent les murs ouatés de la maison idéale. Mais des morceaux de plafond leur tombent sur le coin de la gueule. Début du carnage. Deux tantes, travelos en guerre, visitent le couple. Elles s’écharpent, s’insultent, crachent et grognent. Gorgones suprêmes et ratées superbes. L’enfant naît en tuant le père porteur. Un deuil à faire entre la cuisine et le ménage. Le postier, tantôt livreur, électricien ou escort boy, promène ses fesses délectables que tout le monde vise. Tout dégénère et casse et l’espoir avec. Tout finit en ruine et le public en larmes (extrait du synopsis)
Effectivement nous avons ri, et sur ce point il n'y a rien à dire. Le sous-titre de la pièce était d'ailleurs très clair à cet égard : opéra barge.
Certaines scènes particulièrement iconoclastes m'ont amené à m'interroger sur la relation entre auteur, acteurs et publics.
En réalité le contenu de cette pièce est aujourd'hui complètement intégré par notre société, du moins par la société parisienne qui se rend au théatre. Un livreur de pizza en tièrement qui se fait palper les fesses par les deux vieilles tantes, bien enteu jouées par des hommes, deux jeunes hommes faisant l'amour sur scène, une vieille femme urinant sur un bébé dans un berceau... tout cela dans un bain d'humour, tout passe... Le public en redemande.

J'ai imaginé une telle pièce présentée dans un théâtre d'une petite ville de province, il y a quarante ans .
Que se serait-il passé ?
- La pièce aurait déjà pu être interdite : un homme attend un enfant d'un autre homme. Je ne suis pas sûr que les notables, le clergé local, les militaires, les associations familiales et autres, les syndicats.
- Au cours de la pièce on aurait peut-être eu des manifestations, des gens auraient pu quitter la salle
- Des critiques particulèrement virulentes auraient pu être faites dans la presse locale le lendemain de la représentation... que sais-je encore ?

Enfin, c'est ce que j'imagine aujourd'hui... Peut-être à tort car ne l'oublions pas "les bonnes" de Jean Genêt ont été mises en scène par Jouvet en 1947, les "Paravents" en 1966.
Voici le récit de l'une des représentations des Paravents :
Fumigènes, cris, jets de chaises et d’objets blessants, hier soir au Théâtre de l’Odéon, le spectacle était… dans la salle !
Quinze jours après la première de la pièce de théâtre Les Paravents de Jean Genet mis en scène par Roger Blin, dans la presse et les esprits, la grogne ne fait que monter avec en chef de file Jean-Jacques Gautier, rédacteur de la page théâtre au Figaro. Mais hier soir, ça n’était plus des mots : la douzième représentation a été violemment interrompue par des « paras » qui commencent par crier : « Un scandale ! », « Une insulte faite aux morts et à l’armée ! », « Une pièce immorale ! Une honte pour la France qui se laisse insultée ». Et des mots, naturellement, ils en sont venus aux mains. Les forces de l’ordre ont du intervenir pour que la pièce puisse reprendre (http://www.live2times.com/1966-les-paravents-de-jean-genet-par-roger-blin-e--10339/)
Il y eu ensuite "Théorème" de Pasolini sorti en salle en 1968. Un jeune homme d'une étrange beauté s'introduit dans une famille bourgeoise. Le père, la mère, le fils et la fille succombent à son charme. Son départ impromptu ébranle tous les membres de la famille. Le film fit scandale au festival de Cannes. Ulcérés, les conservateurs bien pensants accusent l'œuvre de « pornographie » (ce qui aujourd'hui paraîtrait sans doute aberrant). Il est vrai qu'à y regarder de plus près, le film s'attaque férocement aux valeurs traditionnelles de la bourgeoisie, la religion la première.


dimanche 29 janvier 2012

L'HOTEL DES ROCHES NOIRES AU THEATRE DU XXEME A PARIS : UNE INVITATION A LEVER LE VOILE


Je ne suis jamais descendu dans cet hotel célèbre de Trouville et pourtant j'ai l'impression de le connaître. Enfin pas de le connaître réellement, mais de le connaître dans sa dimension onirique. Car, vous ne le saviez pas, mais chaque lieu mythique sur terre a son double dans un autre monde... Vous savez ce monde qui ne connaît pas de limites, peuplé de créatures imaginaires qui ne savent pas compter mais qui débordent d'amour, qui se nourrissent de souvenirs et de jeux et que nous ignorons toute notre vie durant parce que nous sommes aveugles...
Ces lieux mythiques sont indestructibles dans cet autre monde, car ils sont dans nos têtes, prisonniers privilégiés mais insoupçonnés, comme est prisonnière la jeune fille dans la tête de l'un des personnages de la pièce intitulée l'Hôtel des Roches Noires.
Pièce que je suis allé voir avec un groupe d'amis et qui m'a donné l'occasion d'interroger son auteur sur le processus de création de cette pièce.

Au départ, un attrait puissant pour les grands hôtels, pas de ces 5 étoiles clinquants, bruyants et baignant dans une turbulence clownesque permanente dans le style du César Palace, mais ces hôtels majestueux à l'ambiance feutrée implantés dans des lieux magiques où se sont rencontrés jadis et nagère des êtres raffinés en quête de voyages, d'aventures, de rencontres ou au contraire de solitude...
L'Hôtel des Roches Noires est l'un de ceux là, il a été hanté par des écrivains, des artistes, des grands voyageurs, mais aussi par des milliers d'anonymes qui ont pu jouir pleinement de l'esprit ou de l'âme des lieux. Entre eux se sont noués des intrigues, des belles histoires d'amour, mais aussi des drames dont les échos se sont perdus.
La clé pour ouvrir les portes de ce monde ignoré, c'est, l'espace d'un instant, de sentir vibrer le coeur de ces mystères passés derrière les murs et les tentures de ces grandes salles parfumées de cuir et de tabac, de ces suites donnant sur une mer murmurante et ondoyante, illuminées par les pâles rayons d'un soleil embrumé et de chercher à s'en imprégner, et à découvrir ce qu'ils nous disent.
Enfin... de savoir faire partager ces découvertes intimes et fugitives à d'autres, grâce au théatre.
Heureusement, ce monde "d'entre d'eux" dans lequel évoluent les "hippopotames", où rien ne disparait jamais, où tout se chante et se danse, existe bien, il est devenu réalité ce soir, pour nous spectateurs, l'espace d'un instant grâce au théatre, à Françoise Cadol, à son compère Stefan Corbin et à une pléiade d'interprètes joviaux.
Merci à eux d'avoir mis à portée de nos regards et de nos coeurs, ce monde fabuleux que nous aurions pu croire à jamais disparu, mais qui est ancré en chacun de nous.

Allez voir cette pièce, vous découvrirez ce qui se cache derrière les murs des grands hôtels !

vendredi 30 septembre 2011

COLLABORATION : ZWEIG, RICHARD STRAUSS ET LES NAZIS







Enfin une bonne pièce servie par des bons acteurs, Didier Sandre-Stefan Zweig et Michel Aumont-Richard Strauss ! Au départ Michel Bouquet devait jouer le rôle de Strauss.

Deux personnages, l'un à côté de l'autre, puis l'un face à l'autre. Richard Strauss d'une part, le musicien allemand créateur du poème symphonique "Also sprach Zarathustra" son morceau le plus connu par les non mélomanes grâce au film de Kubrick "2001 ...", et Stefan Zweig d'autre part, l'incarnation du citoyen européen avant l'heure, juif et intellectuel pourchassé par les nazis, victime des autodafés et à terme... programmé pour être éliminé.

"Collaboration", la pièce de Ronald Harwood, qui a fait l'adaptation du film "Le Pianiste" entre autres, est un titre ambigu : de quelle collaboration s'agit-il ?

Elle pose le problème récurrent du choix entre la complaisance face à un pouvoir totalitaire d'une part, et la révolte individuelle trempée dans les principes de la non-violence d'autre part. Deux attitudes qui conduisent l'une à la complicité objective et au mépris de soi-même, et l'autre à l'impasse de l'invidualisme intelligent et au suicide. Triste constat, mais oh combien réaliste !
Y a-t-il d'autres moyens pour combattre le mal absolu ? L'Histoire a apporté ses réponses, mais à quel prix ?
Ce qui m'a intéressé dans cette pièce, c'est la subtilité de certaines situations où l'on observe que si on laisse faire, si on ne réagit pas à temps devant les violations des libertés on se retrouve bientôt dans une impasse. D'un côté Strauss se voit dans l'obligation de collaborer avec les nazis qui d'un  côté lui offrent la présidence de la Reichsmusikkammer en 1935 et qui de l'autre, font peser une menace sur ses petits enfants qui ont une mère juive. Collaboration objective !
De l'autre, Zweig est plongé au coeur de l'antisémitisme et de la chasse aux intellectuels, mais devant la terreur, il part à l'étranger et en spectateur désespéré, il choisit la solution ultime du suicide avec sa jeune femme. A travers lui, c'est l'Europe créatrice, l'Europe rayonnante autrichienne qu se fait hara kiri.
La pièce montre, au fur et à mesure de la construction du Reich, le cheminement des deux hommes et le fossé qui se creuse entre les deux artistes, les deux amis.
Richard Strauss, fils d'un musicien de l'Orchestre royal de Munich, compositeur allemand au summum de son art, jouissant d'un grand prestige, mais à court d'idées créatrices depuis la mort du dramaturge autrichien Von Hofmannstahl en 1929, a besoin d'un librettiste de génie pour continuer à exercer son art. Zweig est l'homme talentueux qu'il lui faut, il est au coeur de la société viennoise qui rayonne sur l'Europe, sollicité de toutes parts, il rencontre chez Strauss le talent et l'amitié, mais aussi l'Allemagne orgueilleuse et sûre d'elle-même, l'Allemagne du deuxième Reich, celle qu'incarne la femme de celui-ci, l'ex-soprano Pauline de Ahna, originaire d'Ingolstadt en Bavière et fille du Général Adolf de Ahna, qui a un caractère bien trempé.

Cette pièce est donc aussi l'histoire de la collaboration fructueuse entre les deux hommes qui débouche sur un opéra "La femme silencieuse" (Die Schweigsame Frau). Les nazis exigeront que le nom du librettiste Zweig qui est juif, disparaisse de l'affiche. Strauss s'y opposera. Mais plus par orgueil et par amitié que par conviction ! Les nazis lui demanderont de composer l'hymne olympique pour les jeux de Berlin de 1936, il s'exécutera.
Strauss voudrait que la collaboration avec Zweig se poursuive par tous les moyens. Mais la conscience, la volonté et le départ de Zweig la rendront impossible. L'art peut-il s'exprimer dans un contexte politique cataclysmique où une partie de l'humanité extermine une autre partie de l'humanité ?
L'un pense que oui car l'art est au dessus de tout, l'autre dit non... jusqu'à la solution ultime.

« Puissent mes amis voir encore l'aube après la longue nuit, moi je ne peux plus attendre, je pars avant eux. » Telle est la dernière phrase écrite par Zweig.

Que faut-il en déduire ?
Que l'individualisme, même courageux, même éclairé est une impasse dans un monde totalitaire. C'est mon point de vue.
Selon l'auteur Ronald Harwood, mais je ne suis pas sûr que le metteur en scène Georges Werler soit dans le même registre, dans la pièce il s'agit d'abord d'une rencontre, voire d'un amour entre deux génies créateurs du XXème siècle plongés au coeur de la tourmente et du Mal absolu.
Ce que je retiens de tout celà personnellement, c'est que lorsque la démocratie est en place, les artistes exercent leur talent en pleine liberté et c'est leur élan créateur qui s'exprime au bénéfice des autres.
Mais qu'il advienne une grave crise, suivie de la montée en puissance du totalitarisme, du nazisme et de l'antisémitisme et rien n'est plus possible. Il faut se compromettre, fuir ou résister. Mais peut-on résister seul ? Et en tout cas, il faut agir quand il est temps, ne pas se laisser avoir, ne pas être complaisant...

Une pièce qui ne laisse pas indifférent, une mise en scène sérieuse mais classiques, d'excellents acteurs : Didier Sandre et Michel Aumont... une pièce que je recommande vivement d'aller voir et entendre !

dimanche 7 mars 2010

JEAN PIAT, UN GRAND ACTEUR DE THEATRE QUI NOUS PROPOSE UN CERTAIN REGARD SUR CE QUI NOUS ATTEND !


Jean PIAT au Théâtre des Champs Elysées dans "Vous avez quel âge ?"

Le sujet : la vieillesse, l'auteur : Françoise Dorin ! Passons !

Je ne pense pas que j'aurais été voir cette pièce de mon propre chef.
Mais l'occasion s'est présentée et je ne regrette pas.

Pourquoi ?
Tout simplement parce que j'ai pu voir et entendre (surtout) pendant une heure et quinze minutes un comédien de grand talent qui prend du recul sur son état, qui joue de son apparente jeunesse sans être dupe et qui se sert du théâtre pour nous parler de nous.
Avec Jean Piat qui nous convie à une promenade littéraire et théatrale, on redécouvre une certaine élégance de la vieillesse !
Je dis bravo !

vendredi 8 janvier 2010

"LE CAS JEKYLL" AU THEATRE NATIONAL DE CHAILLOT AVEC DENIS PODALYDES



Denis Poladydès sur la scène de Chaillot dans "Le cas Jekyll".

Il s'agit d'une adaptation de l'oeuvre de Robert-Louis Stevenson. Le texte est de Christine Montalbetti.
Ce qui est avant tout remarquable dans la pièce que nous avons vue hier soir, c'est la performance d'acteur... et de metteur en scène de Denis Poladydès. A l'évidence c'est un rôle qui lui va comme un gant et qu'il interprète avec finesse, souplesse et justesse.

De quoi s'agit-il ?
D'une sorte de dissection du moi intérieur d'un homme qui nous renvoie notre propre image, tel un miroir. Encore une fois le théâtre nous renvoie à nous-même à ce que nous avons à la fois d'unique et d'universel. Comme il est dit dans la pièce, en chacun de nous nous avons un "bon" et un "mauvais", pour faire simple. Mais ces deux parties de notre moi, qui peuvent se révéler à tout moment, ne sont jamais figées, selon les situations, selon les personnes, selon les passions et les pulsions, l'une cherche à l'emporter sur l'autre. Tantôt Docteur Jekyll, tantôt Mister Hyde, nous sommes ainsi faits. Et encore cette description binaire est fort réductrice. La transformation physique du personnage, quasi-impossible à réaliser au théâtre, la métamorphose, est ici très habilement présentée. Il y a beaucoup de pédagogie dans cette pièce et les clins d'oeil quasi-permanents de l'acteur en direction du public ne font que renforcer cette dimension.
Plusieurs lectures de cette pièce sont possibles, le spectateur a le choix entre une lecture simple, physique, des lectures intermédiaires qui vont jusqu'à la psychanalyse et une lecture plus philosophique.
Qui sommes-nous vraiment ? Sommes-nous un être unique ou un être multiforme comme Jelyll, une sorte de Shiva des faubourgs de Londres ?
La réponse apportée est claire, la recherche de l'unité passe par le triomphe du bien ou du mal au sein même de notre conscience. La question est "qui décide d'impulser son énergie à Jekyll et à Hyde ?" Tout se passe comme si Jekyll était double, tel Janus, et Hyde, unique, tel Lucifer. Selon cette hypothèse, Hyde ne peut que remporter la bataille. C'est d'ailleurs ce qui se passe. Curieusement dans la scène finale c'est bien Jekyll qui disparait (sous la forme d'un polochon), mais il partt affublé des oripeaux de Hyde. Cela signifie en fait que la dualité a disparu et qu'il reste un seul être unique qui est Hyde. C'est du moins mon interprétation.
Une pièce de théâtre est toujours éphémère et notre attention est tantôt forte tantôt affaiblie selon ce qui peut se passer dans notre environnement immédiat ou même dans notre propre état physique et mental. On ne prend, on ne perçoit que ce que l'on veut bien prendre. 300 spectateurs, 300 visions différentes de la pièce.
Pour approfondir, il me parait indispensable de lire le texte à tête reposée. C'est ce que je vais faire. J'y reviendrai peut-être.
Denis Poladydès, dans une interview reconnaît que le texte de la pièce lui fait penser à une gravure de Goya : le Sommeil de la raison engendre des monstres. Il évoque la dimension fantastique de l'oeuvre et c'est une autre dimension qui apparaît.


Francisco de Goya : Le Sommeil de la raison engendre des monstres, 1797, Musée du Prado, Madrid

En tout cas, bravo M. Poladydès, vous avez démontré hier soir que vous étiez un grand acteur.

jeudi 7 janvier 2010

DOUZE HOMMES EN COLERE, PIECE DE REGINALD ROSE (1953)



"Douze hommes en colère "Théâtre de Paris, 5 janvier 2010.
J'ai eu l'occasion de regarder hier soir sur France 2 TV la pièce intitulée "Douze Hommes en colère". Jadis j'avais été impressionné par le film de Sydney Lumet avec Henry Fonda.
Rien à dire sur les acteurs de la pièce qui sont tous bons, y compris Michel Leeb. J'ai un faible pour André Thorent, qui a beaucoup vieilli, mais qui est très présent sur scène.
Dans un premier temps, j'ai été gêné par les vociférations de ces jurés confinés dans une salle où ils doivent décider du sort d'un jeune homme de 16 ans qui est accusé d'avoir tué son père de plusieurs coups de couteau à cran d'arrêt. Il risque la chaise électrique. L'atmosphère ne correspond pas à l'idée que je me fais d'un jury d'assises qui délibère. Mais après réflexion, le titre de la pièce n'est-t-il pas  "Douze hommes en colère". Donc leur colère est légitime sur scène.

Qu'ai-je retiré de cette pièce ?
Tout d'abord un constat simple : il ne faut pas prendre tous les témoignages à charge ou à décharge comme argent comptant. Le doute est indispensable. Chaque témoignage doit être approfondi et soumis à la critique. Généralement c'est le travail des avocats, mais dans ce cas précis, l'avocat de la défense, commis d'office, n'a pas vraiment joué son rôle. C'est l'un des jurés (le n°8) qui émettra des doutes, remettant en cause au fur et à mesure des débats les certitudes des autres jurés. Certitudes souvent fondées sur des préjugés.
Deuxième point : une majorité de plus de 90% au départ peut être renversée si l'on fait marcher son esprit et si l'on utilise des arguments forts et convaincants. Il ne faut pas partir vaincu d'avance et faire preuve de lâcheté ou de déresponsabilisation. Chacun doit juger en son âme et conscience, l'enjeu est tout simplement la vie ou la mort d'un homme.
Enfin, chaque juré apprécie a priori  la situation qui lui est soumise en fonction de sa propre histoire, de sa propre culture. Or, en de telles circonstances il est nécessaire de relativiser, de prendre le recul nécessaire sur sa propre vie, si l'on ne veut pas aboutir à une erreur judiciaire.
Douter, ne pas baisser les bras devant la majorité, relativiser sa propre manière de penser sont des attitudes de maturité, de responsabilité et de sagesse qu'il est important d'adopter dans des circonstances aussi graves qu'un procès d'assises.

mercredi 25 novembre 2009

dimanche 22 mars 2009

ONCLE VANIA (suite...)

Marie Bunel (Elena), Didier Bénureau (Oncle Vania) et Astrov (Philippe Torreton)

Un sentiment de déception.
Que dire de la vision de Claudia Stavisky, sinon qu'elle nous propose une mise en scène qui gomme toutes les subtilités du texte de Tchekov et un jeu d'acteurs totalement incohérent.
Commençons par le jeu d'acteurs ;
- Sonia la jeune fille amoureuse du médecin a un jeu totalement décalé par rapport à celui des autres acteurs, en aucun cas elle n'a le comportement d'une jeune femme laide qui se réfugie dans le travail. Sa diction, la puissance de sa voix, sa gestuelle, ses poses extravagantes (un moment on a l'impression qu'elle va faire de la gymnastique en se pendant au linteau de la porte), font qu'on se demande si elle joue bien dans la même pièce que les autres acteurs. Elle rend incrédible son personnage.
- Quant à Elena, elle est transparente, sans consistance, habillée d'une robe moulante de chez La Redoute, elle prend des poses en rupture totale avec le texte de Tchekov. Lorsqu'elle se pelotonne contre le professeur avec des contorsions quasi-érotiques, elle est grotesque. Son personnage manque totalement d'unité, de finesse. La sensualité qu'elle dégage est loin d'être évidente. Parfois elle parait totalement sotte. Comment peut-on tomber amoureux d'une telle femme ? Il fallait en faire un personnage d'ouverture, tout en apparences, mais aussi faussement naïf. Un personnage où le non dit était révélateur d'une richesse imainative intérieure. Le non dit, c'est le sur-moi. Alors cette façon de mimer l'envie amoureuse avec des postures de femme de cabaret, non !
- Astrov, le médecin joué par Torreton, prend les apparences d'un homme blasé, alors qu'il est une sorte de visionnaire. C'est un homme intelligent, talentueux mais qui ne voit chez les autres que ce qu'il veut bien voir, ce qui l'intéresse. Quand à l'accent parisien de Torreton, il nous déconcerte. Lorqu'il entame une vieille chanson russe, on a envie d'éclater de rire. Où sont d'ailleurs les références à la Russie dans cette pièce ? Reconnaissons cependant que cet acteur a du talent. Mais il est mal dirigé ici, il n'y a pas d'autre explication.
- Vania, personnage subtile s'il en est, porteur d'une vie intérieure très puissante, est représenté comme un enfant attardé qui se roule par terre lorsqu'il est éconduit par Elena, comme un jaloux, puis comme un demi-fou qui pour se sauver se réfugie dans le travail, mais de manière tellement artificielle que cela devient risible. Certes, le comédien Didier Bénureau a également beaucoup de talent, mais son personnage apparaît comme une suite de comportements qui se juxtaposent au lieu de se combiner pour nous faire sentir la profondeur de cet homme resté silencieux et discret pendant les trois-quarts de sa vie. Lorsqu'il tire avec son pistolet dans le pot de fleurs, on se croirait dans un vaudeville. Il se dégage néanmoins de son jeu une certaine crédibilité.
- du professeur, il n'y a pas grand chose à dire sinon qu'on en fait ici une caricature, de même que la Gaufre, personnage outrancier, sans unité et complètement grotesque.
- La mère fait de la figuration, comme la nourrice, alors que ce sont des personnages qui font contrepoids dans la pièce.
Quant à la vision de la pièce, il y aurait beaucoup à dire.
Une impression de confusion générale, une absence de subtilité, un parti pris de caricaturer les personnages, aucune référence au contexte de l'écriture, une fausse modernité des comportements.
Chaque personnage est présenté comme une entité correspond à une vision individualiste. Il n'y a pas de prise en compte du système de relations entre eux, tissé avec génie par Tchekov. Tout ce qui efait la subtilité relationnelle et finalement l'incommunicabilité première disparait sous caractérisation de chaque personnage taillée à la serpe et sortie de son contexte.
Je n'ai donc pas retrouvé tout ce dont mon imaginaire s'était nourri à la lecture de la pièce. L'ayant lue le matin même de la représentation, j'avais parfois l'impression de connaître par coeur certaines répliques. Mais bien évidemment, j'ai situé ma lecture dans le contexte de la Russie de la fin du XIXe, je n'ai pas cherché à montrer quelque chose, une vision du monde qui serait la mienne et non celle de l'auteur. C'est ce qui fait la différence entre une lecture pour soi et une lecture pour monter la pièce et la présenter à un public. Le metteur en scène doit certainement se dire, "qu'est ce que je peux montrer, de cette pièce, jouée et rejouée, connue par tous, qui pourrait mettre l'accent sur une vision nouvelle, la mienne."
C'est là toute la difficulté du théatre. Que va voir le spectateur, une pièce, un texte, un auteur ou bien une interprétation du texte de la pièce par un metteur en scène et par des acteurs, dirigés ou pas ?
En définitive, l'interprétation faite par C. Stavisky ne me convient pas, elle retire à la pièce toute sa puissance subtile, toute sa finesse. Elle brouille les pistes. Je n'ai pas senti non plus ce que la lecture faite par une femme aurait pu apporter de neuf. Bref, je suis sorti déçu. Reconnaissons qu'il y avait sur scène de forts bons acteurs qui ont par leur présence et par leur professionnalisme de "sauver les meubles".

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samedi 21 mars 2009

EXERCICE THEATRO-LITTERAIRE

Je tente l'expérience.
Ce matin, je viens de terminer la lecture du texte de la pièce de Tchékov, Oncle Vania.
Voici quelques impressions à chaud.
Tchekov a écrit cette pièce en 1897. Il est né en 1860 et il mourra en 1904.
Il avait donc trente six - trente sept ans au moment de l'écriture. Avait-il un pressentiment de sa mort prochaine ?
Un lieu, la campagne, plus exactement une maison de famille à la campagne.
Des personnages issus d'une famille décomposée, recomposée, et des fidèles (médecin, nourrice...).
Deux grandes catégories : les gens des villes et les gens de la campagne. Lorsqu'ils sont à la campagne les gens des villes sont oisifs et ils chamboulent totalement le rythme de vie des gens de la campagne. Les gens de la campagne sont vulnérables lorsqu'ils lèvent la tête.
Parmi ces deux catégories de personnages des destins individuels très différents qui se sont croisés à un moment ou qui tentent de se croiser.
Mais en définitive rien ne se produit, chaque catégorie retourne à ses origines nonobstant les envies, les sentiments avoués, les désillusions et une tentative de meurtre.
Chaque personnage, dans le cadre du quotidien est appelé, malgré soi, à faire le bilan de sa vie. Il y a celui qu'on fait soi-même et celui que les autres font pour vous. Les écarts sont grands.
Chacun porte son regard sur l'autre avec des références qui lui sont propres et au fond de lui-même chacun prévoit le destin de l'autre. Chacun a une pré-science de l'avenir.
Pour Vania qui a dépassé ses illusions premières, il ne peut rien venir de bon du professeur Sétébriakov. Lorsque celui-ci annonce qu'il veut vendre la maison à laquelle Vania et sa nièce ont consacré toute leur vie, la logique des personnages est poussée à l'extrême et il ne peut en résulter que la suppression physique de l'autre qui est devenu littéralement insupportable. C'est d'ailleurs pourquoi le meurtre est raté. Il n'y a pas volonté réelle de tuer l'autre, il s'agit simplement d'effacer, de nier une réalité trop brutale, qui met à mal le sens même de votre vie.
Quant à l'amour, il est ramené à une vérité biologique, binaire, fataliste. Il n'y a que des occasions ratées également, des jalousies étroites, des envolées non crédibles. Chacun est dans son monde, est englué dans ses habitudes. Lorsqu'elles sont remises en cause, la seule fin à laquelle tendent les personnages est le retour l'équilibre premier. Un "Paradise Lost" sans paradis en quelque sorte !
Tout se passe comme si chaque personnage était une planète auprès de laquelle passent à grande vitesse d'autres planètes, des météorites ou des comètes. Lorsque l'une essaie de se se frotter à une autre ou de se mettre en orbite autour d'elle autre cela provoque soit une déflagration, soit un mouvement centrifuge. Notre univers est rempli de ces planètes qui co-existent en s'ignorant, qui tournent sur elles-mêmes et qui ne peuvent se rapprocher qu'en provoquant l'anéantissement de l'une, de l'autre ou des deux.
Les bilans de vie ne sont pas faciles à entreprendre.
Le professeur comprend que sa vie, celle dont il a rêvé, celle qu'il a construite, est définitivement terminée. La campagne, pour lui c'est l'exil, c'est le commencement de la fin.
Vania réalise qu'il a passé les trois-quarts de son existence à travailler et à se priver pour envoyer de l'argent au professeur, lequel ne lui en sait absolument pas gré, il n'a jamais augmenté ses appointements pendant toutes ces années. Aujourd'hui, il veut vendre le domaine de Sonia pour placer les revenus de la vente dans des opérations financières en faisant fi des aspirations des autres et de Sonia et de Vania en particulier.
Quant au docteur, lui aussi il est est submergé de travail, il soigne les paysans tous les jours de la semaine. Il redoute d'être appelé en pleine nuit. Lorsqu'apparait Eléna il est pris par un désir violent qui n'a rien de romantique. Il boit. Il a conscience d'un monde en destruction (que dirait-il aujourd'hui ?) Il ne sent pas l'amour que Sonia lui porte et il passe à côté d'Elena, qui en définitive retourne à la ville.
Sonia est laide, elle entretient de bonnes relations avec son oncle Vania. Elle déteste Eléna. Elle est amoureuse du docteur. Mais elle n'est pas payée de retour comme on dit. Elle se résigne. Elle fait des confidences à Eléna. Celle-ci en profite pour tenter une aventure avec le médecin. Mais elle renonce. Hypocrite, elle concluera la chose par unique et dernière étreinte.
Astrov, le médecin, aura le mot de la fin : "C'est un peu étrange... On se connaissait, et, soudain, on ne sait pas pourquoi... on ne se verra jamais plus. Tout est comme ça en ce monde."
Effectivement, c'est ce "on ne sait pas pourquoi" qui pose problème. La logique des autres on ne la comprend jamais. D'autres voient dans ce "on ne sait pas pourquoi" l'expression d'un principe universel d'incommunicabilité.
En définitive, pour Tchekov, le vrai sens de notre vie, n'est-il pas dans notre pratique du quotidien? A quoi bon lever le nez et se frotter aux autres, nous n'en tirerons que des déceptions ? Ce que je fais, c'est ce que je suis et basta !
Le professeur écrit des livres et fait des conférences, le médecin soigne les malades, les régisseurs régissent, les domestiques servent et Eléna, incarnation de la beauté dérange le quotidien de tous : de son mari, de Vania, du médecin, de Sonia...
Mais la beauté, lorsqu'elle n'est qu'apparence, est source de destruction pour ceux qui s'y frottent. Attention !
Demain, après avoir vu la pièce jouée aux Bouffes du Nord, on verra si je confirme les quelques impressions qui précèdent ou si le metteur en scène et les comédiens ont levé le voile sur d'autres aspects de la vision de Tchekov.
Il se peut également que j'aie tout faux ! Mais c'est la règle du jeu.
A demain !

mercredi 28 janvier 2009

LE DIABLE ROUGE, D'ANTOINE RAULT, AU THEATRE MONTPARNASSE

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Soirée théâtre hier. Au coeur du quartier des théâtres, au théâtre Montparnasse.

J'adore aller dans ce quartier, même en hiver. La rue de la Gaieté porte bien son nom. Malheureusement les petits troquets font place aux usines à Sushis et aux hôtels froids et luxueux et à terme on imagine ce qui se passera ici.

Ce soir on joue "le Diable Rouge". En tête d'affiche Claude Rich et Geneviève Casile. Le premier franchit allègrement les années avec un profil de jeune homme et une voix qui n'arrivera jamais à être grave. Claude Rich, c'est Claude Rich et on vient ici ce soir pour voir Claude Rich. Quant à Geneviève Casile c'est le prototype de la comédienne du Français. La dernière fois que je l'ai vue sur scène, c'était il y a peut-être trente ans. Elle n'a pas changé.

Je ne connais pas l'auteur de cette pièce aux accents modernes. Pièce sur le pouvoir, le devoir, la politique, le mensonge érigé en système, en règle du jeu. Pièce qui n’a rien d’historique. Tout est prétexte ici pour permettre à Claude Rich de s’amuser comme un jeune comédien.

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Mise en scène, jeux de scène remarquables de Christophe Lidon. Egalement un inconnu pour moi. Un homme à suivre.

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Excellente soirée, beau moment de théatre.
Deux bémols toutefois, Claude Rich n'a rien d'un Mazarin machiavélique. Son personnage reste fondamentalement celui d'un rêveur, d'un ingénu, il n'a rien d'un italien, d'un homme du sud. Mais après tout cela n'est que convention. Claude Rich en faisant du Claude Rich arrive à nous faire croire à un Mazarin plein d'humour, mais aussi de vanité. On prend et on en redemande
Geneviève Casile charge trop son jeu, je l'ai connue plus sobre. Elle est à la limite du crédible et c'est bien dommage compte tenu du talent de cette actrice. Lorsqu'on regarde un portrait d'Anne d'Autriche, on est à des années lumière du modèle.
Enfin, les acteurs qui incarnent les autres personnages, Louis XIV jeune, Colbert et Marie Mancini sont plutôt convaincants.
Un détail : moyenne d'âge des spectateurs 65-70 ans. Et alors ?