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mercredi 5 décembre 2012

RAPHAEL LES DERNIERES ANNEES - EXPOSITION - MUSEE DU LOUVRE - PARIS

Comment ne pas être séduit par une telle affiche ?
Il faut absolument aller voir cette exposition.
Pourquoi ?
Parce que Raphael est un maître de l'équilibre, de la lumière, des couleurs, c'est le peintre de la beauté dans ce qu'elle a d'essentiel et de surhumain.

Que retenir de cette exposition ?

D'abord que toutes les oeuvres présentées ne sont pas de Raphaël. Que les choses soient claires. A cet égard on peut regretter le manque de clarté de l'intitulé de l'exposition.
Beaucoup de tableaux ont été peints par les assistants de Raphaël (plus de la moitié des oeuvres présentes) Giulio Romano et Gian Francesco Penni.

Ensuite, mais là nous sommes informés (voir le titre de l'expo), seules les oeuvres postérieures à 1510 sont présentées.

Enfin, et c'est l'évidence, on ne peut voir de Raphaël que des oeuvres "transportables", il faut se contenter de photos pour découvrir les appartements pontificaux décorés par le maître.

Cela fait en définitive peu de tableaux du maître sur les quelques 80 qui lui sont attribués par les experts (professeur Pier Luigi De Vecchi en particulier ).

Après ces quelques réserves, il faut avouer que j'ai apprécié tout particulièrement les portraits réalisés par le maître. En particulier ceux de Laurent de Médicis (1518) et de Bindo Almoviti (1516-1518), mais aussi celui de la Donna Vellata (1514-1515), ci-après présentés.







Pour les autres oeuvres, et notamment celles à sujet religieux, je vous renvoie à l'exposition au musée du Louvre.

Une remarque :
A Rome se sont cotoyés à la même époque un certain Léonard de Vinci qui a fortement influencé Raphaël et aussi un certain Michel-Ange, admiré par ce dernier, mais avec lequel les rapports furent difficiles. Quelle époque quand même !

Une phrase : « La première condition du génie, disait Goethe, c’est la vérité, » et s’il y a quelqu’un à qui ce précepte puisse s’appliquer, c’est Raphaël ; ne cherchons plus, le mot du penseur de Weimar éclaire tout, l’individu, l’œuvre, l’existence et le charme infini qui de ce nom même se dégage comme un parfum de fleur céleste.
Henri Blaze de Bury in Revue des Deux Mondes tome 25, 1878

vendredi 9 mars 2012

MUSEE D'ORSAY - REGARD SUR LES IMPRESSIONNISTES DANS LES NOUVELLES SALLES QUI LEUR SONT CONSACREES



Tous les jours je m'émerveille des possibilités qu'offre Paris en termes d'opportunités culturelles.

Ce matin j'ai décidé de me rendre au Musée d'Orsay, avec une objectif précis : découvrir le nouvel agencement des salles du 5ème étage consacrées aux peintres Impressionnistes.
Et je dois dire qu'une nouvelle fois j'ai été époustouflé par l'extraordinaire beauté des toiles exposées. L'agencement des salles respecte à la fois un certain ordre chronologique mais aussi une logique thématique. La première salle est consacrée à la "naissance de l'Impressionnisme". Elle présente les chefs6d'œuvre de la collection Moreau-Nelaton.
Bien évidemment la première toile à laquelle s'attache le regard du visiteur est " Le déjeuner sur l'herbe" d'Edouard Manet, qui date de 1863 et qui est aussi parfois dénommée "Le bain" ou d'une manière plus triviale " La partie carrée". A l'époque, c'est l'audace du sujet peint par Manet qui a d'abord choqué. Cette toile fut refusée au Salon des Indépendants de 1863. Mais, heureusement elle fut exposée au Salon des Refusés, créé pour la circonstance par Napoléon III.

Sur la toile, au premier plan, les restes du repas éparpillés à côté d'un panier à moitié renversé, ensuite deux hommes assis qui semblent converser avec une femme à leurs côtés,qui vient de sortir du bain et qui est complètement dénudée. Cette femme, assise de profil regarde de manière provocante le spectateur qui se sent un peu comme un intrus face à cette scène. Enfin, plus loin dans la profondeur de la clairière, une autre femme, le buste penché en avant, se baigne dans la rivière, elle est revêtue d'une chemise entièrement transparente. Le contraste entre la nudité des deux femmes et la tenue habillée des deux hommes génère un érotisme certain. Les quatre personnages, de par leur attitude semblent totalement accoutumés à ce genre de pique-nique libertin. C'est ce qui a principalement choqué une partie de l'opinion à l'époque.

Quant à la technique picturale utilisée par Manet, elle a été décrite par un grand ami du peintre, Emile Zola : " Ce qu'il faut voir dans le tableau, ce n’est pas un déjeuner sur l'herbe, c'est le paysage entier, avec ses vigueurs et ses finesses, avec ses premiers plans si larges, si solides, et ses fonds d'une délicatesse si légère ; c'est cette chair ferme modelée à grands pans de lumière, ces étoffes souples et fortes, et surtout cette délicieuse silhouette de femme en chemise qui fait dans le fond, une adorable tache blanche au milieu des feuilles vertes, c’est enfin cet ensemble vaste, plein d'air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste, toute cette page admirable dans laquelle un artiste a mis tous les éléments particuliers et rares qui étaient en lui."
Dans les commentaires rédigés par les experts on note que : " Le style et la facture choquèrent presque autant que le sujet. Manet abandonne les habituels dégradés pour livrer des contrastes brutaux entre ombre et lumière. Aussi, lui est-il reprochée sa "manie de voir par taches". Les personnages ne semblent pas parfaitement intégrés dans ce décor de sous-bois davantage esquissé que peint, où la perspective est ignorée et la profondeur absente. Avec Le déjeuner sur l'herbe, Manet ne respecte aucune des conventions admises, mais impose une liberté nouvelle par rapport au sujet et aux modes traditionnels de représentation."

Je reste un bon moment devant cette toile que j'ai déjà vu exposée plusieurs fois dans des lieux différents. A ce jour j'imagine que des centaines de milliers de personnes, voire même des millions, sont venues la contempler chaque jour depuis l'an 1863, et cela me fait réfléchir non pas sur la toile elle-même, mais sur les sensations qu'elle provoque aujourd'hui chez des admirateurs venant de toutes les régions du monde et qu'elle a provoquées dans le passé auprès d'autres générations. Pour moi, c'est là que se situe le grand mystère de l'art et de la vie de l'art, sans cesse en renaissance. L'art est une sorte de communion, au delà de l'espace et du temps entre un créateur (fixe, mais non pas figé), une oeuvre dotée de sa vie propre et un public en éternelle mouvance. Ce rapport entre l'artiste, son oeuvre et celui qui la regarde est renouvelé à chaque minute, à chaque seconde, c'est cette relation, cette communion d'un instant qui génère des flux d'émotions, qui libère un effet de plaisir (pas systématique). Qui y a-t-il de plus extraordinaire ?

Pour moi, " Le déjeuner sur l'herbe " d'Edouard Manet évoque une certaine continuité par rapport au passé dans le choix même du thème, mais aussi une rupture puissante en terme de peinture des couleurs et des formes, et de construction du tableau, enfin une ouverture vers des mondes nouveaux, vers la modernité.
Vous me direz qu'on peut dire la même chose de tout chef-d'œuvre qui se respecte. Et alors ? Cela ne retire rien à chacune de ces œuvres, bien au contraire. Les grandes œuvres, celles qui ont un caractère universel (attention à l'européocentrisme !) matérialisent des ruptures esthétiques qui sont en quelque sorte le pendant des ruptures épistémologiques qu'on observe dans le domaine des connaissances scientifiques.
Ainsi, chaque œuvre d'art symbolisant le manifeste d'une nouvelle école artistique exprime à l'évidence une "critique" des idées et des règles instaurées par les écoles précédentes. C'est l'aspect destructeur de l'oeuvre, et cette destruction est nécessaire. Chez Manet, la destruction des normes anciennes s'exprime par ces fameuses taches de couleurs qui permettent de produire des paysages, par ces oppositions entre les corps, par ces décalages dans l'espace entre les personnages et le décor, par la remise en question de la perspective... Les barrières sautent, les conventions sont bafouées, partout on crie au scandale comme lors de la première représentation d'Hernani ! C'est bien la preuve qu'on assiste à un phénomène de première importance.

Mais cette destruction des règles est aussi construction. Manet ne fait pas table rase pour faire table rase, il cherche à explorer de nouvelles pistes - de telle sorte que spectateur puisse remettre en question son propre regard sur les œuvres, que bien au delà des thèmes présentés, il change sa manière d'appréhender les couleurs et les formes -, à poser de nouveaux procédés picturaux, à utiliser de nouveaux matériaux (tubes, brosses etc.)

Enfin, mais Manet ne le sait pas encore, son tableau ouvre la voie à la modernité. Et c'est tout l'intérêt de le voir aujourd'hui dans un ensemble d'autres œuvres réalisées "après", par Manet lui-même, par les autres Impressionnistes, et par les peintres qui leur succéderont dans l'histoire de la peinture jusqu'à aujourd'hui.

samedi 8 octobre 2011

" EDWARD MUNCH, L'OEIL MODERNE" AU CENTRE POMPIDOU : REMARQUABLE !

 



Cet été, je suis allé passer 15 jours de vacances en Norvège. Hélas, pris par le temps, je n'ai pas pu visiter le Musée Munch d'Oslo. J'ai eu juste l'occasion de contempler une dizaine de toiles de Munch exposées à la National Gallery d'Oslo, dont le fameux "Cri". J'étais resté sur une impression mitigée.
Après cette exposition intitulée "Munch, l'oeil moderne" à Beaubourg, je suis beaucoup plus enthousiaste sur la peinture de Munch. Je ne sais pas d'ailleurs si "enthousisate" est le mot qui convient réellement, car l'oeuvre de Munch est plus génératrice d'angoisse que d'enthousiasme.
Je crois que ce qui m'a séduit dans les oeuvres présentées, c'est d'abord l'enchaînement des thèmes et le regard porté par Munch sur le monde qui l'entoure.
On a l'impression que Munch pressent en quelque sorte l'avenir, en nous faisant partager ses propres visions, il nous délivre la vérité de son regard. C'est cela qui est angoissant.

Il ne m'intéresse pas d'entrer dans le débat stérile : Munch est-il un peintre du XIXème ou un peintre du XXème. Quelle importance ?
Ce qui compte : c'est le regard qu'il pose sur les hommes de son époque et surtout le regard qu'il porte sur lui-même en tant qu'homme et en tant que peintre.
Toutes les toiles présentées, sans exception, sont puissantes et révélatrices à la fois des angoisses de Munch, mais aussi de sa maîtrise picturale et de sa modernité.

L'exposition commence par des sujets peints et repeints presque à l'identique à plusieurs années d'intervalle : "Le Baiser", "Puberté" ou encore "L'Enfant malade".
Quand on observe bien, on peut décrypter le chemin parcouru par l'artiste dans sa vision intime du monde extérieur.
Comme Paul Gauguin, comme Van Gogh, il ne cherche en aucun cas à transcrire le monde réel, mais bien sa propre perception du monde qui l'entoure. Dans les portraits qu'il fait par exemple, aucune ressemblance avec des êtres vivants tels qu'ils sont dans la réalité, mais bien l'expression de formes, de couleurs ressenties par l'artiste ou encore de sentiments très forts comme l'angoisse, l'inquiétude, la peur, la fatigue, le mal-être... Qu'on en juge par les quelques reproductions ci-après !

Quant à la forme de l'exposition elle-même, je n'y trouve rien à redire, les tableaux sont bien présentés et bien éclairés, les espaces entre les toiles permettent un mise en valeur appropriée, le nombre d'oeuvres exposées est idéal pour en apprécier la substance sans trop se fatiguer et sombrer dans une lassitude physique, les textes de présentation sont clairs, le catalogue est bien fait et de surcroît, l'affluence un  vendredi soir à 19h était raisonnable, ce qui m'a permis de contempler les tableaux de Munch dans d'excellentes conditions.

Bref, une exposition très réussie pour un très grand peintre européen, que je vous invite à aller voir sans aucune restriction.




"Puberté", 1894-1895, huile sur toile, National museet for kunst, Oslo



"Travailleurs rentrant chez eux." 1913-1914, huile sur toile Munch museet, Oslo





Série "La Meurtrière", 1907, huile sur toile, Munch museet, Oslo

dimanche 10 avril 2011

VOYAGE AU PAYS DES IMPRESSIONNISTES



Dans les années 1870-1880 les Impressionnistes sortent de Paris  et vont peindre sur les bords de la Seine, in situ, grâce à l'invention des couleurs en tubes qui date des années 1840. Renoir, Monet Caillebotte, mais aussi Pissaro fréquentent assidûment les rives de la Seine à Chatou, Croissy, Rueil, Bougival et ailleurs...
La première ligne de chemin de fer reliant Paris à Saint-Germain en Laye est ouverte en 1837. Les Parisiens se ruent alors sur ce qu'on appellera les guinguettes des bors de Seine. Les plus célèbres au nord de Paris seront : la Grenouillère à Croissy, la Maison Fournaise à Chatou, le Bal des Canotiers à Bougival, La Maison Lemaire à Carrières-sur-Seine, La Maison Giquel à Rueil et Robinson à Bezons. Dans ces fameuses guinguettes à l'aspect populaire, on y mange, on y boit, on y danse, on y pratique aussi le canotage ou la pêche à la ligne.
Les peintres suivent le mouvement et découvrent dans ces lieux de plaisir et d'insouciance une lumière exceptionnelle, notamment à certaines heures de la journée. Ce sera une source inépuisable d'inspiration.
Pierre-Auguste Renoir peindra plusieurs toiles à la Maison Fournaise devenues célèbres dans le monde entier :
- Le déjeuner des canotiers qui date de 1880-1881 :


Nous avons nous-mêmes pris place à l'endroit où le tableau a été peint, en un très beau dimanche d'avril, ce fut un moment plein d'émotion et particulièrement agréable.
























(c) G. Morin, La terrasse de la Maison "Fournaise" aujourd'hui




Aujourd’hui, il ne reste aucune guinguette en activité et les bâtiments ont pour la plupart été détruits. Mais quelques associations tentent de redonner vie à ce patrimoine : la Maison Fournaise à été sauvée et transformée en musée et restaurant, les Amis de la Grenouillère à Croissy entretiennent la mémoire du célèbre établissement peint par Monet et Renoir, à travers leur musée et des actions pour la réhabilitation du site historique et à Rueil, l’association des Amis du chantier Giquel anime et remet en état l’ancien café restaurant et garage à bateau.


Après le déjeuner chez Fournaise nous avons fait une balade sur les bords de Seine jusqu'à Bougival. Ce fut l'occasion de prendre quelques photos.




(c) G. Morin, la Seine à Chatou, au fond le pont maintes fois peint par les Impressionnistes



(c) G. Morin, bords de Seine à Chatou













Un dimanche au bord de l'eau...

jeudi 28 octobre 2010

vendredi 11 juin 2010

DEUX PEINTRES NORMANDS : ANDRE HARDY ET CHARLES LEANDRE

Nous avons visité avec un vif intérêt le musée André Hardy à Clécy dans le Calvados et le musée Charles Léandre à Condé sur Noireau également dans le Calvados.
Que dire de ces deux peintres "régionaux" qui n'ont pas vraiment connu la gloire qu'ils pouvaient espérer.

André Hardy
Normand d'origine, ilo enseigne comme instituteur à Caen. il est ensuite nommé à Puteaux et il est reçu premier au concours de professeur de dessin de la ville de Paris.
Il n'est pas mobilisé en 1914, mais simplement recruté comme auxiliaire en 1917. Les années de guerre, même s'il n'est pas au front, ont un effet déplorable pour sa santé et il regagne sa Normandie natale. Il restera professeur toute sa vie.
Comme peintre, il est prolifique, mais il ne veut pas vendre ses tableaux. Il s'exerce à la peinture sur toile, au fusain au pastel à la sculpture, il excelle dans tous les domaines. Au musée de Clécy, nous avons pu admirer son talent comme peintre de la vie rurale de la première moitié du 20e siècle dans le petit musée de la ville de Clécy. Malheureusement il n'existe aucun catalogue à ma connaissance, si ce n'est ceux des salles des ventes et les reproductions sont rares.
J'ai quand même pu réunir quelques reproductions qui permettront d'apprécier le talent de ce peintre post-impressionniste.



Autoportrait. Huile sur papier.


Le retour du bateau. Huile sur isorel. André Hardy.

L'Orne. René Hardy


Devant  l'âtre. André Hardy.

Charles Léandre
Ce peintre a quant à lui connu une notoriété nationale, mais essentiellement comme caricaturiste, dessinateur et illustrateur.
On peut penser que son académisme lui a nui à une époque où Picasso et les autres peintres avant gardistes de l'époque commençaient à avoir du succès. Du coup Léandre a orienté sa carrière différemment, il s'est consacré à la peinture humoristique. Son talent s'est exprimé pleinement et a fait des ravages dans la société politique parisienne de l'époque.


Autoportrait. Charles Léandre.
























 Je dors mon coeur veille. 1889. Musée de Condé-sur-Noireau.


Portait des nièces de Charles Léandre.

Le bal masqué. Huile sur toile. Collection particulière. Charles Léandre (1862-1934)


 La chevauchée de la reine Victoria et de son ministre. Charles Léandre. Pierre noire et sanguine. Vire, Musée.

Deux découvertes qui témoignent de la qualité des musées des villes normandes, l'un très modeste, celui de Clécy, qui mériterait quelques subventions pour mettre au mieux en valeur les oeuvres de Hardy, l'autre, exemplaire selon nous, qui a su admirablement présenter la diversité des oeuvres de Charles Léandre.
Amateurs, faites les salles des ventes. Peut-être trouverez-vous des Hardu et des Léandre, dans ce cas n'hésitez pas!

mardi 19 janvier 2010

L'AGE D'OR HOLLANDAIS A LA PINACOTHEQUE DE PARIS

Me promenant dans Paris, je passe devant la Madeleine et je tombe par hasard sur la Pinacothèque. "L'âge d'or hollandais", l'affiche est séduisante, même après la petite déception de notre récente visite à Jacquemart-André. Je n'hésite pas je prends un billet.
D'emblée, la présentation qui est faite de l'exposition éclaircit  l'esprit du visiteur. L'âge d'or hollandais c'est d'abord l'explosion de nouveaux thèmes en peinture. C'est la naissance de la peinture de genre. On quitte les références religieuses pour se consacrer à la vie quotidienne, aux paysages, aux marines, aux natures mortes et aux portraits. C'est un grand coup de balai dans le monde académique.
Tolérance religieuse, richesse des idées, commerce, accession de nouvelles classes au pouvoir, tous ces bouleversements expliquent cette liberté dans la création picturale, par ailleurs fortement influencée par la peinture italienne.
Les commanditaires ne sont plus les institutions, l'Eglise ou les princes, mais bien des corporations et des mécènes, armateurs, riches commerçants, grands bourgeois...

Quelques très beaux tableaux illustrent cette ballade dans cette nouvelle peinture du Nord (la République des Provinces Unies).
Au premier rang bien sûr les Rembrandt, même s'il est évident que ce peintre génial échappe à toute classification : j'ai particulièrement remarqué le "Portrait de Titus" (son fils) et surtout "Le reniement de Pierre" en raison de la maîtrise de la lumière dont fait preuve le peintre.
Viennent ensuite des portraits de Franz Hals : "le portrait d'homme" de 1635 notamment.
Les paysages de Jan Van Goyen et de Meindert Hobbema, en particulier : "Le moulin à eau" (1666)
Le "Benedicite" de Cornelis Bega et "La vieille femme en prière" (1650-1660) de Nicholaes Maes sont deux superbes tableaux qui témoignent plus du poids de la religion sur les gens ordinaires que de leur religiosité. Du moins c'est comme cela que je l'ai ressenti.
Enfin l'exposition présente un Vermeer, magnifique : "La lettre d'amour" (1669-1670) et un tableau de  Pieter de Hooch  "Scène d'intérieur avec mère épouillant son enfant", admirable notamment pour sa composition et pour les jeux de lumière.


La lettre d'amour de Vermeer

Vous trouverez quelques commentaires éclairés sur certains des tableaux de l'exposition dans la vidéo ci-dessous. Mais bien sûr le mieux est de se précipiter pour aller voir cette exposition avant sa fermeture.


jeudi 7 janvier 2010

EXPOSITION RENOIR AU GRAND PALAIS : LES BAIGNEUSES


Les Baigneuses, 1918-1919, Musée d'Orsay

Les commentateurs ont pour coutume de dire que ce tableau est la synthèse de toute l'oeuvre de Renoir, certains parlent même de son testament artistique.
Dans le Guide de l'Exposition, on trouve le commentaire suivant : " Les Baigneuses de Renoir", longtemps désignées comme des nymphes, se situent en dehors du temps et de toute géographie précise. Le paysage est brossé d'un pinceau léger, avec une transparence qui évoque l'aquarelle. Il suggère plus qu'il ne décrit un cadre méditerranéen idéalisé. La taille des baigneuses alanguies du premier plan est disproportionnée par rapport à celle des arbres et des baigneuses qui s'ébrouent à l'arrière-plan. Le tableau, sans doute peint dans l'atelier de verre que Renoir s'était fait aménager à Cagnes, est un mixte entre le plein air et l'atelier. De la même façon, observation directe des modèles et libre invention se combinent au profit d'un effet décoratif. La justesse anatomique cède ses droits devant les courbes et les arabesques décoratives recherchées par le peintre. Renoir livre une idylle obéissant aux lois de la peinture et du tableau, sur lesquelles la mort et la guerre mondiale qui s'achève n'ont pas de prise."
Quant aux commentaires figurant sur le site Internet du Musée d'Orsay, voici ce qu'ils disent :
"Les deux modèles allongés au premier plan et les trois baigneuses jouant au fond de la composition ont posé dans le grand jardin planté d'oliviers des Collettes, la propriété du peintre à Cagnes-sur-Mer dans le Sud de la France. Le paysage méditerranéen renvoie à la tradition classique de l'Italie et de la Grèce, lorsque "la terre était le paradis des dieux". "Voilà ce que je veux peindre", ajoutait Renoir. Cette vision idyllique est marquée par la sensualité des modèles, la richesse des coloris et la plénitude des formes.

" Les Baigneuses" doivent beaucoup aux nus de Titien et de Rubens, tant admirés par Renoir. Elles traduisent un plaisir de peindre que n'ont pas vaincu la maladie et les souffrances endurées par le peintre à la fin de sa vie."

En ce qui me concerne, je reste perplexe devant ce tableau. Si je ne le situe pas par rapport à l'oeuvre passée de Renoir, si je ne me place pas dans la position d'un historien de la peinture, que vois-je ?
Un tableau dont tout l'espace est occupé par les formes et les couleurs, on observe deux morceaux de ciel bleu avec quelques légers nuages en haut à gauche et à droite. Le tableau est donc particulièrement dense, le spectateur en prend plein les yeux. Mais ces couleurs et ces formes ne transcrivent pas la réalité, ils restituent la vision du peintre, celle qu'il a dans sa tête. Ainsi, les deux baigneuses créent elles-mêmes un environnement qui leur ressemble. Les corps sont potelés, sensuels et en même temps un peu diformes. Certains commentateurs ont même observé que le coude droit de la baigneuse du premier plan pouvait apparaître comme un troisième sein.
A cet égard "les Baigneuses" tranchent avec les tableaux de la période impressionniste.
En revanche, ce qui est extraodinaire ici c'est le rendu de la chair et de la peau des deux femmes ainsi que la transparence du tissu qui va de l'une à l'autre établissant un lien sexuel magique entre les deux corps. On retrouve également un chapeau de paille en premier plan à gauche, accessoire indispensable dans les pays du soleil.
Curieusement, ce tableau annonce les évolutions futures de la peinture. Les corps des femmes qui semblent peints sous plusieurs angles - ce qui donne de la masse aux silhouettes - préfigurent certaines femmes de Picasso, voire de Botero. On retrouve aussi quelques traits de la période ingresque de Renoir.
En définitive, je reste sur ma fascination pour le Renoir impressionniste, fascination que je ressens beaucoup moins pour le Renoir du XXème siècle.

mercredi 6 janvier 2010

EXPOSITION RENOIR AU GRAND PALAIS (suite)


La Ferme des Collettes, Cagnes 1914, Providence Museum of Art

J'ai particulièrement apprécié la partie de l'exposition consacrée aux paysages méditerranéens.
Renoir choisit de figurer la façade principale de la vieille ferme, on la devine au fond entre les arbres.
" Comme souvent dans les tableaux de cette époque, aucun espace de la toile n'est laissé vide, le peintre préférant des compositions denses et saturées. Il place des figures, petites touches colorées qui se fondent totalement dans le paysage, pour former la scène et donner vie à l'ensemble." in Renoir au XXème siècle, Album de l'exposition

mardi 5 janvier 2010

BRUEGEL, MEMLING, VAN EYCK... LA COLLECTION BRUKENTHAL

Affiche prometteuse et... grosse déception.
Tout d'abord, par rapport à l'affiche, on reste un peu sur sa faim, les Bruegel, Memling et Van Eyck se comptent sur les doigts de la main et ils ne sont pas réellement mis en valeur dans un environnement qui n'est pas adapté à ce type d'exposition.
Ensuite, les conditions de visite sont à la limite de l'acceptable. Nous, nous avions un billet coupe-fil, mais d'autres personnes ont attendu plus d'une heure et demie dans un froid glacial dans la rue d'abord, puis sous le long porche fusillées par des courants d'air de toutes sortes... Une fois entrés dans le musée, on traverse les magnifiques salles de la collection permanente et on aboutit à un goulot d'étranglement lorsqu'on arrive enfin dans les salles de l'exposition temporaire. Dans la queue je me suis trouvé par hasard juste derrière une sorte de Gargantua à cheveux longs et veste de cuir qui n'arrêtait pas d'ôter et de remettre sur son dos un gigantesque sac informe contenant on ne sait quoi, mais qui ne sentait pas très bon. J'ai du me prendre cet objet mou et crasseux au moins une demi-douzaine de fois dans la figure au fur et à mesure des ascensions et des descentes du dos largissime de ce Gargantua échappé de la road 66. Littéralement impulsés dans la première salle après avoir franchi la zone de contrôle où l'on vous compile par groupes de quatre comme dans des boites à sardines, on a l'impression de pénétrer dans les cabinets d'un lilliputien. Il fait aussi sombre que dans le tunnel sous la Manche par jour de panne électrique, on regarde les murs espérant découvrir le haut du bout du cadre d'un tableau, en réalité on ne fait que deviner le plafond de ce réduit pour nyctalope où grouille une cinquantaine de personnes sur une surface non habitable de 10 mètres carrés à la puissance -2. Impossible de contempler quelque oeuvre que se soit tranquillement. Ici tout n'est qu'agitation, désordre et rigidité . On apprend en saisissant au vol quelques commentaires de septuagénaires adipeux, que là derrière il doit y avoir un Bruegel qui est extraoooordinaire et là un paysage non moins soooomptueux d'un dénommé... je n'arrive pas à lire le nom !!! Avant de suffoquer sous la pression des paquets de sardines désarrêtées nous sommes expulsés vers la salle suivante comme des noyaux de mirabelles ejectés de la bouche en cul de poule d'une grande bourgeoise d'Ozoir-la-Ferrière. Là, même situation, même combat. Subrepticement je tente de m'orienter vers une issue de dégagement, histoire de respirer un air où je puisse humer un peu moins de 80% de transpiration spongieuse et là, de manière totalement fortuite, en obliquant sur ma gauche je tombe sur le couloir des toilettes, les vraies cette fois-ci ! Le décor du lieu s'apparente à celui d'une morgue après un réveillon de Noël. Quelques vieillards harassés, exténués, décomposés attendent sur des banquettes inconfortables que des enfants hurlants aient fini de faire leur pipi avant que les mamans à la limite de l'apoplexie les remmaillotent pour continuer une expédition mille fois plus hard que la croisière jaune de 1931. Dans les autres salles, c'est encore pire, car plus on avance plus l'espace se réduit, des nuées de spectateurs s'aggrippent aux tableaux comme des mouches sur de la confiture de griottes : des petits, des grands, des gros, des bancales, des obèses dégoulinants, des branlants sur une ou deux pattes, des paumés sans boussolle, des bébés cacochymes, des antiquités mal restaurées, des reliftées ratées mal rasées... bref c'est n'importe quoi ! De plus les tableaux sont accrochés très bas accessibles seulement aux lumbagomanes et aux polyarthriteux, la lumière est plus que tamisée ce qui fait qu'on ne lit que très difficilement les hiéroglyphes blanc-gris pâle sur fond beige-marron-glacé situés à vingt centimètres du sol. Dans cette atmosphère plus que suffocante, quasi-tropicale, les gens n'arrêtent pas d'éternuer, de se moucher, de se râcler la gorge sans pouvoir expectorer (alors ils ravalent en émettant un gloups voluptueux), de se bousculer, parfois même de s'apostropher... Quant à ceux qui viennent se planter juste devant un tableau que vous essayez en vain de regarder pendant une demi-seconde ils sont légions, vous avez très humblement envie de les marteaupicoriser, de les bulldozériser, de les rouleauàtartiser, avant de les aplatir à coups de talonnettes présidentielles jusqu'à ce qu'il rentrent dans les interstices du parquet de chêne de ce magnifique hôtel particulier du boulevard Haussmann...
Je dois reconnaître toutefois que j'ai eu la chance totalement inespérée de découvrir pendant le quart d'une moitié de seconde le fameux "Homme au chaperon bleu" de Van Eyck, le clou de l'exposition. C'est un portrait tellement petit qu'il faudrait presque une loupe pour en saisir les détails. Il est accroché dans le fond d'une petite salle submergée en permanence par des hordes de peintophiles, de peintomanes et de picturophages. Imaginez comme il est aisé de s'imprégner de l'extraodinaire finesse de cette oeuvre dans un environnement aussi insécurisé. Brice devrait faire quelque chose n'est-ce pas ?



Finalement on est l'oin d'être mécontent lorsqu'on arrive dans la dernière salle un peu plus spacieuse où sont exposées les Natures mortes de ces Messieurs les Maîtres Flamands. En fait les natures mortes c'est nous !
Mais comme on se sent frustré, on repart pour un tour, et hop on retrouve les mouches, les grenouilles, les cafards qui se télescopent, qui se battent, qui se méprisent, qui se haient, qui s'entretuent... le jeu en valait-il la chandelle ?
Rentré à la maison je me suis rué sur le site Internet de l'exposition pour enfin avoir une idée des tableaux des grands maîtres flamands qui étaient exposés ce jour-là à Jacquemart-André.

dimanche 3 janvier 2010

EXPOSITION RENOIR AU GRAND PALAIS (suite)


J'ai beaucoup aimé les "Jeunes Filles au piano", tableau de 1892 qui est généralement classé dans la période dite "nacrée" de Renoir (1889-1897).

Pourquoi ?
D'une part parce qu'il y a à la fois une continuité avec les toiles plus anciennes, impressionnistes et aussi rupture avec la période "sèche" ou "ingresque" qui se caractérisait par une plus grande rigueur des formes, des couleurs plus froides et une répartition uniforme de la lumière, d'autre part parce que ce tableau dégage une atmosphère quasi-magique, on a l'impression de sentir la douce chaleur qui émane des corps graciles des deux jeunes filles, de humer leur parfum léger, d'entendre le subtil froissement de leur robe qui trouble comme un frisson la douce mélodie des notes jouées par la main droite effleurant l'ivoire du piano.
Les couleurs du tableau sont admirables, elles génèrent une totale harmonie entre les personnages et le décor et donnent une impression de réalisme et de volupté.
L'espace du tableau est totalement rempli, la lumière semble venir de plusieurs lampes placées derrière le spectateur. La position même de la jeune fille blonde révèle à la fois une volonté d'apprendre, de découvrir, mais aussi une certaine difficulté à déchiffrer le morceau qui se traduit par l'utilisation d'une seule main sur le clavier et par un visage tendu en direction de la partition.
Le mouvement des fleurs dans le vase ajoute également à la tension du tableau, on a l'impression qu'elles (les fleurs) regardent la scène se dérouler et qu'elle participent en spectateurs assidus à l'interprétation musicale.
Une dernière raison, plus technique explique aussi ces changements dans la peinture de Renoir et en particulier dans ce tableau : «Il s'aperçut en effet, à cette époque, que ses œuvres de jeunesse se craquelaient et que les tons s'altéraient. Il surveilla donc ses mélanges, qu'il réduisit, comme Rubens, au minimum, et se contenta d'une couche mince et unique» ( André Lhote ).
Comment ne pas souligner enfin la grâce de ce tableau ?

Tout dans les gestes des deux jeunes filles exprime la légèreté, mais aussi la femme naissante, sensuelle.

samedi 2 janvier 2010

EXPOSITION PIERRE-AUGUSTE RENOIR AU GRAND PALAIS A PARIS


Renoir, Autoportrait, 1899

Ce sont les derniers jours, il faut s'y précipiter!
J'avoue avoir découvert Renoir jadis plutôt dans sa période impressionniste. 
J'ai souvenir d'oeuvres qui sont présentées dans les grands musées comme à Chicago, à Washington ou à Orsay et qui ont contribué au peu de connaissance que j'ai de ce peintre . Ainsi "La Grenouillère", "Bal au Moulin de la Galette", "Chrysanthèmes", "Fruits du Midi", "Déjeuner au restaurant La Fournaise", "Claude Monet" "Madame Henriot" ou encore "Régates à Argenteuil" sont des oeuvres que j'ai eu l'occasion de voir et qui datent de l'époque impressionniste.
Ici, l'exposition est centrée sur le Renoir du XXème siècle, celui des dernières périodes, celui qui est en grand partie ignoré. C'est tout l'intérêt de cette manifestation que de mettre l'accent sur un Renoir non pas novateur, mais qui cherche à pousser sa peinture au delà de nouvelles limites.

Voici l'introduction à l'exposition qu'on trouve sur le site Internet consacré à l'exposition :
"Renoir jouit d’un prestige incontesté sur la scène artistique du début du XXe siècle. Le peintre y est salué comme une figure emblématique de l’impressionnisme des années 1870 mais il est aussi admiré pour sa capacité à avoir dépassé et renouvelé un mouvement de plus en plus largement accepté.

A l’instar de ses contemporains et amis Paul Cézanne et Claude Monet, Renoir est une référence pour de jeunes générations d’artistes. Pablo Picasso, Henri Matisse, mais aussi Pierre Bonnard ou Maurice Denis professent leur admiration pour le maître, et en particulier pour sa « dernière manière », celle du tournant du XXe siècle.
De grands amateurs de l’art moderne, tels Leo et Gertrude Stein, Albert Barnes, Louise et Walter Arensberg ou encore Paul Guillaume, collectionnent Renoir aux côtés de Cézanne, Picasso ou Matisse.

Depuis, l’appréciation du « dernier Renoir » a bien changé : les tableaux de cette période sont peu connus et souvent mal aimés. Si le paysage (« Renoir’s Landscapes 1865-1883 », Londres-Ottawa-Philadelphie 2007-2008) et le portrait (« Renoir’s Portraits », Ottawa-Chicago-Fort Worth 1997-1998) chez Renoir ont suscité de récentes expositions, les années tardives du peintre n’ont pas fait l’objet d’études et de manifestations spécifiques, comme cela a été le cas pour Monet ou Cézanne (« Monet in the 20the Century », Boston - Londres, 1998-1999 ; « Cézanne, les dernières années (1895-1906) », Paris – New York, 1978). C’est à l’exploration de ces années fécondes que l’exposition est dédiée."

Que découvre-t-on dans cette exposition ?
S'agissant des thèmes, les femmes sont omniprésentes, souvent nues avec des chairs pleines, des constitutions robustes, des visages enfantins, avec des proportions souvent imaginées par le peintre... Des paysages aussi, méditerranéens, ceux de Cagnes et de sa région. Des portraits encore, de la famille, des amis...
Et puis sont également proposées au regard du visiteur différentes formes artistiques utilisées par Renoir à cette époque, des dessins et des sanguines, des sculptures avec la collaboration de Guino et bine sûr des toiles, des toiles et encore des toiles.

Mais l'originalité, la création, propres à cette période: où se trouvent-elles ?
Mon projet n'est pas ici de refaire la visite par ordre chronologique des salles, cela n'aurait aucun intérêt à la fois pour ceux qui ont vu cette exposition et pour ceux qui ne l'ont pas vue.
J'ai beaucoup aimé les deux tableaux "Dans à la ville et "Danse à la campagne". Tous les deux ils appartiennent à la collection du Musée d'Orsay. Ils datent tous les deux de 1882-1883, ils forment à la fois un ensemble, mais ils s'opposent sous différents aspects.


Danse à la campagne, Pierre-Auguste Renoir, 1883, Paris Musée d'Orsay.

Dans la "Danse à la campagne" on remarque un couple réaliste, en mouvement, l'atmosphère semble joviale. L'homme semble convoiter la femme au contact de son corps, la femme regarde ailleurs en direction du peintre, ou du spectateur, mais elle abandonne son corps plantureux aux bras de son cavalier. Le décor laisse apparaître outre les deux accessoires de mode que sont le chapeau rouge de la femme et l'évantail japonais, une chaise et une table, un balcon dont les deux barres en bas à gauche permettent d'entrevoir deux têtes de jeunes femmes et au premier plan, ce qui semble être un chapeau renversé. L'impression qui se dégage de cette toile est faite de sensualité, de mouvement, on ne peut qu'imaginer ce qui va se passer après la danse, après la soirée au restaurant. L'authenticité des deux êtres transparait, mais aussi leur culture, leurs moeurs et leurs désirs.
























Dans à la ville, Pierre-Auguste Renoir, 1883, Paris Musée d'Orsay.

Dans l'autre tableau "Danse à la ville", qui ets le pendant du premier, l'impression qui se dégage est fort différente. Le décor est composé de plantes et de fleurs élégantes et abondantes et de murs nus, le tout se combinant avec élégance. La scène se passe à l'intérieur, dans un salon probablement, il se dégage une sensation d'espace. Le tableau a plus de profondeur que le premier, le couple semble également plus éloigné, il ne remplit pas tout l'espace. A l'exception de la fleur dans les cheveux de la jeune femme et des gants longs qu'elle porte aucun accessoire n'apparaît dans le décor. Les mouvements du couple sont élégants et maîtrisés, la femme, sensuelle, distinguée, semble porter son regard vers l'extérieur, son corps en revanche épouse celui du cavalier, qui est lui légèrement penché en avant dans une sorte de courbure conquérante. La robe de la danseuse est de belle facture, le rendu du drapé et des bouillons par Renoir est extraordinaire, l'homme est en queue de pie. Le spectateur a l'impression d'entendre une musique de valse avec des violons. Ici l'atmosphère est bourgeoise, on a de l'éducation Monsieur ! Mais le désir n'en est pas moins présent.

Deux décors différents, des manières différentes, une façon de s'habiller différente, un maintien des corps différents, mais une expression parallèle du désir de deux corps en mouvement.

à suivre dans les prochains articles...

mercredi 4 mars 2009

UNE RENCONTRE MAGIQUE

Comme tous les mercredi soir, j'ai assisté au cours d'histoire de l'art de la fondation Rachel Boyer à l'Ecole du Louvre. Ce soir le thème était : "L'Italie au XVIIème siècle". L'intervenant était Arnauld Brejon de Lavergnée, conservateur général du patrimoine, directeur du département des collections, Mobilier national.
Quelques secondes avant l'heure, je vis un homme en pardessus, l'air pressé, descendre les marches de l'amphi rapidement. L'homme, escalada deux à deux les marches conduisant à l'estrade. Il s'assit, on coupa les lumières et nous entrâmes instantanément dans le vif du sujet.
En quelques mots il nous expliqua qu'il ne disposait que d'une heure et qu'il allait faire en sorte de nous présenter un nombre réduit d'oeuvres créées par deux peintres révolutionnaires : Carrache et Le Caravage.
Il nous expliqua que ce qu'il allait nous dire ne figurait pas dans les livres et que ce qui était essentiel était de savoir décrypter un tableau.
L'ensemble de l'auditoire de l'amphi Rohan comprit très vite que notre intervenant maîtrisait totalement sa matière, ce qu'il nous confirma en avouant qu'il participait aux cours de la fondation depuis plus de 25 ans.
La conférence commença, nous embarquâmes tous dans le même bâteau et nous découvrimes très vite ce qu'était l'art et ceux qui le font pour un passionné, pour un amoureux. En l'écoutant commenter tel ou tel tableau, telle ou telle fresque, je me sentais vibrer intérieurement. Il faut entendre parler cet homme de la couleur d'un tableau de Carrache, des angelots d'une fresque du même artiste, de la beauté tragique de la lumière dans les tableaux du Caravage qui était un bretteur et un querelleur, qui tua même trois hommes ou plus dans sa vie, des filiations entre Carrache, Le Dominiquin et Nicolas Poussin, des stéréotypes de la seconde école de Fontainebleau... Bref je fus littéralement ébloui !
Merci Monsieur Brejon. Continuez à faire partager votre passion, votre enthousiasme !
Ce n'était plus de la curiosité ou du désir de savoir, c'était la révélation d'un feu qui couvait en moi. Quel métier sublime que celui de professeur, d'enseignant lorsqu'on est animé d'une passion et qu'on aspire à la faire partager.
Ci-après l'un des tableaux extraordinaires du Caravage commenté d'une manière époustouflante par M. Brejon.

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Le Caravage, "L'annonce faite à Matthieu", 1599 - 1600
Ce tableau à été qualifié par les critiques de laïc, païen, d'anti-religieux. Tous ces gens n'y ont rien compris. Utilisons la méthode dialectique. En fait la grande nouveauté de ce tableau est qu'il introduit pour la première fois la religion dans le quotidien. C'est une clef pour comprendre ce tableau. Il y a rupture totale avec la représentation d'un monde idéal d'un Raphaël. Le Caravage n'a pas été compris. Le Christ, à droite est monumental, classique, autoritaire, d'une autorité à la Masaccio. A droite, devant le Christ, savez-vous qui est ce personnage ? Personne ne trouve ? Mais voyons, c'est Pierre. De la main, il répète timidement le geste du Christ. Au milieu, entre le jeune homme et le vieillard, assis, c'est Matthieu. Il dit au Christ, "c'est moi que tu appelles". Dans ce tableau, le divin est représenté par le Christ, l'homme, vous, moi, c'est Matthieu et Pierre est l'intercesseur entre le divin et l'homme. A noter la croisée de la fenêtre symbolisant la croix du salut de la religion chrétienne, la lumière intense qui illumine la scène à une origine sacrée, le clair-obscur est magnifique. En regardant ce tableau, on est en présence d'une scène de la vie quotidienne. Nous nous trouvons dans un bureau de douane, les hommes jouent aux cartes et comptent leur argent... Nous sommes de plain pied avec les personnages, il n'y a aucune barrière entre eux et nous.