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mercredi 5 décembre 2012

RAPHAEL LES DERNIERES ANNEES - EXPOSITION - MUSEE DU LOUVRE - PARIS

Comment ne pas être séduit par une telle affiche ?
Il faut absolument aller voir cette exposition.
Pourquoi ?
Parce que Raphael est un maître de l'équilibre, de la lumière, des couleurs, c'est le peintre de la beauté dans ce qu'elle a d'essentiel et de surhumain.

Que retenir de cette exposition ?

D'abord que toutes les oeuvres présentées ne sont pas de Raphaël. Que les choses soient claires. A cet égard on peut regretter le manque de clarté de l'intitulé de l'exposition.
Beaucoup de tableaux ont été peints par les assistants de Raphaël (plus de la moitié des oeuvres présentes) Giulio Romano et Gian Francesco Penni.

Ensuite, mais là nous sommes informés (voir le titre de l'expo), seules les oeuvres postérieures à 1510 sont présentées.

Enfin, et c'est l'évidence, on ne peut voir de Raphaël que des oeuvres "transportables", il faut se contenter de photos pour découvrir les appartements pontificaux décorés par le maître.

Cela fait en définitive peu de tableaux du maître sur les quelques 80 qui lui sont attribués par les experts (professeur Pier Luigi De Vecchi en particulier ).

Après ces quelques réserves, il faut avouer que j'ai apprécié tout particulièrement les portraits réalisés par le maître. En particulier ceux de Laurent de Médicis (1518) et de Bindo Almoviti (1516-1518), mais aussi celui de la Donna Vellata (1514-1515), ci-après présentés.







Pour les autres oeuvres, et notamment celles à sujet religieux, je vous renvoie à l'exposition au musée du Louvre.

Une remarque :
A Rome se sont cotoyés à la même époque un certain Léonard de Vinci qui a fortement influencé Raphaël et aussi un certain Michel-Ange, admiré par ce dernier, mais avec lequel les rapports furent difficiles. Quelle époque quand même !

Une phrase : « La première condition du génie, disait Goethe, c’est la vérité, » et s’il y a quelqu’un à qui ce précepte puisse s’appliquer, c’est Raphaël ; ne cherchons plus, le mot du penseur de Weimar éclaire tout, l’individu, l’œuvre, l’existence et le charme infini qui de ce nom même se dégage comme un parfum de fleur céleste.
Henri Blaze de Bury in Revue des Deux Mondes tome 25, 1878

mercredi 28 novembre 2012

NIGERIA AU QUAI BRANLY

L'exposition "Arts de la vallée de la Bénoué" réserve au visiteurs de magnifiques surprises. En France on connaît plus les masque et statuettes des pays d'Afrique francophone comme le Mali, le Burkina Faso, la Cote d'Ivoire ou le Bénin.
Le Nigéria est un pays très peuplé qui abrite de très nombreuses ethnies ayant chacune leurs croyances, leurs rites et leurs représentations du monde de l'au-delà, du monde des esprits.
Depuis quelques temps je m'intéresse plus particulièrement aux statuettes et aux masques des ethnies TIV, IGBO, URHOBO ou encore CHAMBA ou MUMUYE.
Le nombre des oeuvres présentées ne permet qu'une vision extrèmement partielle de la production sacrée de ces peuples, mais au moins les pièces présentes sont d'une excellent qualité plastique.

samedi 8 octobre 2011

" EDWARD MUNCH, L'OEIL MODERNE" AU CENTRE POMPIDOU : REMARQUABLE !

 



Cet été, je suis allé passer 15 jours de vacances en Norvège. Hélas, pris par le temps, je n'ai pas pu visiter le Musée Munch d'Oslo. J'ai eu juste l'occasion de contempler une dizaine de toiles de Munch exposées à la National Gallery d'Oslo, dont le fameux "Cri". J'étais resté sur une impression mitigée.
Après cette exposition intitulée "Munch, l'oeil moderne" à Beaubourg, je suis beaucoup plus enthousiaste sur la peinture de Munch. Je ne sais pas d'ailleurs si "enthousisate" est le mot qui convient réellement, car l'oeuvre de Munch est plus génératrice d'angoisse que d'enthousiasme.
Je crois que ce qui m'a séduit dans les oeuvres présentées, c'est d'abord l'enchaînement des thèmes et le regard porté par Munch sur le monde qui l'entoure.
On a l'impression que Munch pressent en quelque sorte l'avenir, en nous faisant partager ses propres visions, il nous délivre la vérité de son regard. C'est cela qui est angoissant.

Il ne m'intéresse pas d'entrer dans le débat stérile : Munch est-il un peintre du XIXème ou un peintre du XXème. Quelle importance ?
Ce qui compte : c'est le regard qu'il pose sur les hommes de son époque et surtout le regard qu'il porte sur lui-même en tant qu'homme et en tant que peintre.
Toutes les toiles présentées, sans exception, sont puissantes et révélatrices à la fois des angoisses de Munch, mais aussi de sa maîtrise picturale et de sa modernité.

L'exposition commence par des sujets peints et repeints presque à l'identique à plusieurs années d'intervalle : "Le Baiser", "Puberté" ou encore "L'Enfant malade".
Quand on observe bien, on peut décrypter le chemin parcouru par l'artiste dans sa vision intime du monde extérieur.
Comme Paul Gauguin, comme Van Gogh, il ne cherche en aucun cas à transcrire le monde réel, mais bien sa propre perception du monde qui l'entoure. Dans les portraits qu'il fait par exemple, aucune ressemblance avec des êtres vivants tels qu'ils sont dans la réalité, mais bien l'expression de formes, de couleurs ressenties par l'artiste ou encore de sentiments très forts comme l'angoisse, l'inquiétude, la peur, la fatigue, le mal-être... Qu'on en juge par les quelques reproductions ci-après !

Quant à la forme de l'exposition elle-même, je n'y trouve rien à redire, les tableaux sont bien présentés et bien éclairés, les espaces entre les toiles permettent un mise en valeur appropriée, le nombre d'oeuvres exposées est idéal pour en apprécier la substance sans trop se fatiguer et sombrer dans une lassitude physique, les textes de présentation sont clairs, le catalogue est bien fait et de surcroît, l'affluence un  vendredi soir à 19h était raisonnable, ce qui m'a permis de contempler les tableaux de Munch dans d'excellentes conditions.

Bref, une exposition très réussie pour un très grand peintre européen, que je vous invite à aller voir sans aucune restriction.




"Puberté", 1894-1895, huile sur toile, National museet for kunst, Oslo



"Travailleurs rentrant chez eux." 1913-1914, huile sur toile Munch museet, Oslo





Série "La Meurtrière", 1907, huile sur toile, Munch museet, Oslo

vendredi 11 juin 2010

DEUX PEINTRES NORMANDS : ANDRE HARDY ET CHARLES LEANDRE

Nous avons visité avec un vif intérêt le musée André Hardy à Clécy dans le Calvados et le musée Charles Léandre à Condé sur Noireau également dans le Calvados.
Que dire de ces deux peintres "régionaux" qui n'ont pas vraiment connu la gloire qu'ils pouvaient espérer.

André Hardy
Normand d'origine, ilo enseigne comme instituteur à Caen. il est ensuite nommé à Puteaux et il est reçu premier au concours de professeur de dessin de la ville de Paris.
Il n'est pas mobilisé en 1914, mais simplement recruté comme auxiliaire en 1917. Les années de guerre, même s'il n'est pas au front, ont un effet déplorable pour sa santé et il regagne sa Normandie natale. Il restera professeur toute sa vie.
Comme peintre, il est prolifique, mais il ne veut pas vendre ses tableaux. Il s'exerce à la peinture sur toile, au fusain au pastel à la sculpture, il excelle dans tous les domaines. Au musée de Clécy, nous avons pu admirer son talent comme peintre de la vie rurale de la première moitié du 20e siècle dans le petit musée de la ville de Clécy. Malheureusement il n'existe aucun catalogue à ma connaissance, si ce n'est ceux des salles des ventes et les reproductions sont rares.
J'ai quand même pu réunir quelques reproductions qui permettront d'apprécier le talent de ce peintre post-impressionniste.



Autoportrait. Huile sur papier.


Le retour du bateau. Huile sur isorel. André Hardy.

L'Orne. René Hardy


Devant  l'âtre. André Hardy.

Charles Léandre
Ce peintre a quant à lui connu une notoriété nationale, mais essentiellement comme caricaturiste, dessinateur et illustrateur.
On peut penser que son académisme lui a nui à une époque où Picasso et les autres peintres avant gardistes de l'époque commençaient à avoir du succès. Du coup Léandre a orienté sa carrière différemment, il s'est consacré à la peinture humoristique. Son talent s'est exprimé pleinement et a fait des ravages dans la société politique parisienne de l'époque.


Autoportrait. Charles Léandre.
























 Je dors mon coeur veille. 1889. Musée de Condé-sur-Noireau.


Portait des nièces de Charles Léandre.

Le bal masqué. Huile sur toile. Collection particulière. Charles Léandre (1862-1934)


 La chevauchée de la reine Victoria et de son ministre. Charles Léandre. Pierre noire et sanguine. Vire, Musée.

Deux découvertes qui témoignent de la qualité des musées des villes normandes, l'un très modeste, celui de Clécy, qui mériterait quelques subventions pour mettre au mieux en valeur les oeuvres de Hardy, l'autre, exemplaire selon nous, qui a su admirablement présenter la diversité des oeuvres de Charles Léandre.
Amateurs, faites les salles des ventes. Peut-être trouverez-vous des Hardu et des Léandre, dans ce cas n'hésitez pas!

dimanche 31 janvier 2010

L'ART D'ETRE UN HOMME AU MUSEE DAPPER

Comme souvent au Musée Dapper un très belle exposition sur le thème des parures des hommes en Afrique et en Mélanésie.
L'avantage des expositions de Dapper est qu'elles sont à dimension humaine et qu'on n'est pas trop gêné par la foule. Enfin les oeuvres présentées sont toujours de très grande qualité et elles sont bien mises en valeur.
Les parures des hommes sont généralement des signes de pouvoir et de reconnaissance.
Reconnaissance surtout des différentes étapes d'un cheminement initiatique.
Comme on peut l'imaginer, les parures présentées sont d'une extrême diversité. La notion d'Afrique n'était pas forcément une catégorie reconnue par les différents peuples du Congo, du Nigéria ou de Cote d'Ivoire.
Chaque peuple, chaque tribu avait ses propres croyances, ses propres mythes et donc ses propres ornements. Le fait de montrer cette diversité nous fait nous interroger sur la réalité de cette Afrique aussi différente d'un endroit à un autre, d'un peuple à un autre.
Beaucoup de pièces ont retenu notre attention, nous ont émerveillés. Malheureusement, il n'est pas possible de prendre des photos et les quelques photos qu'on trouve sur le site du Musée ne correspondent pas nécessairement à nos choix personnels.
Voici donc 3 photos de statuettes (ce sont mes objets préférés) qui peuvent donner une idée de ce qu'on trouve dans cette belle exposition.
Deux régions sont privilégiées : la Mélanésie et l'Afrique centrale, en particulier le CONGO. Beaucoup de pièces viennent en effet du Musée royal de TERVUREN en Belgique. Il faut absolument que je m'y rende, mais je crois savoir qu'il est en rénovation.
Allez voir cette exposition au Musée Dapper, vous ne serez pas déçus.


 BANGWA - CAMEROUN, Statue commémorative d'un roi
Bois et pigments. H. : 79 cm


 Statuette Congo - Bois et pigments
Scarifications et parures.


 Statuette TEKE - CONGO - Coiffure et scarifications

jeudi 7 janvier 2010

EXPOSITION RENOIR AU GRAND PALAIS : LES BAIGNEUSES


Les Baigneuses, 1918-1919, Musée d'Orsay

Les commentateurs ont pour coutume de dire que ce tableau est la synthèse de toute l'oeuvre de Renoir, certains parlent même de son testament artistique.
Dans le Guide de l'Exposition, on trouve le commentaire suivant : " Les Baigneuses de Renoir", longtemps désignées comme des nymphes, se situent en dehors du temps et de toute géographie précise. Le paysage est brossé d'un pinceau léger, avec une transparence qui évoque l'aquarelle. Il suggère plus qu'il ne décrit un cadre méditerranéen idéalisé. La taille des baigneuses alanguies du premier plan est disproportionnée par rapport à celle des arbres et des baigneuses qui s'ébrouent à l'arrière-plan. Le tableau, sans doute peint dans l'atelier de verre que Renoir s'était fait aménager à Cagnes, est un mixte entre le plein air et l'atelier. De la même façon, observation directe des modèles et libre invention se combinent au profit d'un effet décoratif. La justesse anatomique cède ses droits devant les courbes et les arabesques décoratives recherchées par le peintre. Renoir livre une idylle obéissant aux lois de la peinture et du tableau, sur lesquelles la mort et la guerre mondiale qui s'achève n'ont pas de prise."
Quant aux commentaires figurant sur le site Internet du Musée d'Orsay, voici ce qu'ils disent :
"Les deux modèles allongés au premier plan et les trois baigneuses jouant au fond de la composition ont posé dans le grand jardin planté d'oliviers des Collettes, la propriété du peintre à Cagnes-sur-Mer dans le Sud de la France. Le paysage méditerranéen renvoie à la tradition classique de l'Italie et de la Grèce, lorsque "la terre était le paradis des dieux". "Voilà ce que je veux peindre", ajoutait Renoir. Cette vision idyllique est marquée par la sensualité des modèles, la richesse des coloris et la plénitude des formes.

" Les Baigneuses" doivent beaucoup aux nus de Titien et de Rubens, tant admirés par Renoir. Elles traduisent un plaisir de peindre que n'ont pas vaincu la maladie et les souffrances endurées par le peintre à la fin de sa vie."

En ce qui me concerne, je reste perplexe devant ce tableau. Si je ne le situe pas par rapport à l'oeuvre passée de Renoir, si je ne me place pas dans la position d'un historien de la peinture, que vois-je ?
Un tableau dont tout l'espace est occupé par les formes et les couleurs, on observe deux morceaux de ciel bleu avec quelques légers nuages en haut à gauche et à droite. Le tableau est donc particulièrement dense, le spectateur en prend plein les yeux. Mais ces couleurs et ces formes ne transcrivent pas la réalité, ils restituent la vision du peintre, celle qu'il a dans sa tête. Ainsi, les deux baigneuses créent elles-mêmes un environnement qui leur ressemble. Les corps sont potelés, sensuels et en même temps un peu diformes. Certains commentateurs ont même observé que le coude droit de la baigneuse du premier plan pouvait apparaître comme un troisième sein.
A cet égard "les Baigneuses" tranchent avec les tableaux de la période impressionniste.
En revanche, ce qui est extraodinaire ici c'est le rendu de la chair et de la peau des deux femmes ainsi que la transparence du tissu qui va de l'une à l'autre établissant un lien sexuel magique entre les deux corps. On retrouve également un chapeau de paille en premier plan à gauche, accessoire indispensable dans les pays du soleil.
Curieusement, ce tableau annonce les évolutions futures de la peinture. Les corps des femmes qui semblent peints sous plusieurs angles - ce qui donne de la masse aux silhouettes - préfigurent certaines femmes de Picasso, voire de Botero. On retrouve aussi quelques traits de la période ingresque de Renoir.
En définitive, je reste sur ma fascination pour le Renoir impressionniste, fascination que je ressens beaucoup moins pour le Renoir du XXème siècle.

mercredi 6 janvier 2010

EXPOSITION RENOIR AU GRAND PALAIS (suite)


La Ferme des Collettes, Cagnes 1914, Providence Museum of Art

J'ai particulièrement apprécié la partie de l'exposition consacrée aux paysages méditerranéens.
Renoir choisit de figurer la façade principale de la vieille ferme, on la devine au fond entre les arbres.
" Comme souvent dans les tableaux de cette époque, aucun espace de la toile n'est laissé vide, le peintre préférant des compositions denses et saturées. Il place des figures, petites touches colorées qui se fondent totalement dans le paysage, pour former la scène et donner vie à l'ensemble." in Renoir au XXème siècle, Album de l'exposition

mardi 5 janvier 2010

BRUEGEL, MEMLING, VAN EYCK... LA COLLECTION BRUKENTHAL

Affiche prometteuse et... grosse déception.
Tout d'abord, par rapport à l'affiche, on reste un peu sur sa faim, les Bruegel, Memling et Van Eyck se comptent sur les doigts de la main et ils ne sont pas réellement mis en valeur dans un environnement qui n'est pas adapté à ce type d'exposition.
Ensuite, les conditions de visite sont à la limite de l'acceptable. Nous, nous avions un billet coupe-fil, mais d'autres personnes ont attendu plus d'une heure et demie dans un froid glacial dans la rue d'abord, puis sous le long porche fusillées par des courants d'air de toutes sortes... Une fois entrés dans le musée, on traverse les magnifiques salles de la collection permanente et on aboutit à un goulot d'étranglement lorsqu'on arrive enfin dans les salles de l'exposition temporaire. Dans la queue je me suis trouvé par hasard juste derrière une sorte de Gargantua à cheveux longs et veste de cuir qui n'arrêtait pas d'ôter et de remettre sur son dos un gigantesque sac informe contenant on ne sait quoi, mais qui ne sentait pas très bon. J'ai du me prendre cet objet mou et crasseux au moins une demi-douzaine de fois dans la figure au fur et à mesure des ascensions et des descentes du dos largissime de ce Gargantua échappé de la road 66. Littéralement impulsés dans la première salle après avoir franchi la zone de contrôle où l'on vous compile par groupes de quatre comme dans des boites à sardines, on a l'impression de pénétrer dans les cabinets d'un lilliputien. Il fait aussi sombre que dans le tunnel sous la Manche par jour de panne électrique, on regarde les murs espérant découvrir le haut du bout du cadre d'un tableau, en réalité on ne fait que deviner le plafond de ce réduit pour nyctalope où grouille une cinquantaine de personnes sur une surface non habitable de 10 mètres carrés à la puissance -2. Impossible de contempler quelque oeuvre que se soit tranquillement. Ici tout n'est qu'agitation, désordre et rigidité . On apprend en saisissant au vol quelques commentaires de septuagénaires adipeux, que là derrière il doit y avoir un Bruegel qui est extraoooordinaire et là un paysage non moins soooomptueux d'un dénommé... je n'arrive pas à lire le nom !!! Avant de suffoquer sous la pression des paquets de sardines désarrêtées nous sommes expulsés vers la salle suivante comme des noyaux de mirabelles ejectés de la bouche en cul de poule d'une grande bourgeoise d'Ozoir-la-Ferrière. Là, même situation, même combat. Subrepticement je tente de m'orienter vers une issue de dégagement, histoire de respirer un air où je puisse humer un peu moins de 80% de transpiration spongieuse et là, de manière totalement fortuite, en obliquant sur ma gauche je tombe sur le couloir des toilettes, les vraies cette fois-ci ! Le décor du lieu s'apparente à celui d'une morgue après un réveillon de Noël. Quelques vieillards harassés, exténués, décomposés attendent sur des banquettes inconfortables que des enfants hurlants aient fini de faire leur pipi avant que les mamans à la limite de l'apoplexie les remmaillotent pour continuer une expédition mille fois plus hard que la croisière jaune de 1931. Dans les autres salles, c'est encore pire, car plus on avance plus l'espace se réduit, des nuées de spectateurs s'aggrippent aux tableaux comme des mouches sur de la confiture de griottes : des petits, des grands, des gros, des bancales, des obèses dégoulinants, des branlants sur une ou deux pattes, des paumés sans boussolle, des bébés cacochymes, des antiquités mal restaurées, des reliftées ratées mal rasées... bref c'est n'importe quoi ! De plus les tableaux sont accrochés très bas accessibles seulement aux lumbagomanes et aux polyarthriteux, la lumière est plus que tamisée ce qui fait qu'on ne lit que très difficilement les hiéroglyphes blanc-gris pâle sur fond beige-marron-glacé situés à vingt centimètres du sol. Dans cette atmosphère plus que suffocante, quasi-tropicale, les gens n'arrêtent pas d'éternuer, de se moucher, de se râcler la gorge sans pouvoir expectorer (alors ils ravalent en émettant un gloups voluptueux), de se bousculer, parfois même de s'apostropher... Quant à ceux qui viennent se planter juste devant un tableau que vous essayez en vain de regarder pendant une demi-seconde ils sont légions, vous avez très humblement envie de les marteaupicoriser, de les bulldozériser, de les rouleauàtartiser, avant de les aplatir à coups de talonnettes présidentielles jusqu'à ce qu'il rentrent dans les interstices du parquet de chêne de ce magnifique hôtel particulier du boulevard Haussmann...
Je dois reconnaître toutefois que j'ai eu la chance totalement inespérée de découvrir pendant le quart d'une moitié de seconde le fameux "Homme au chaperon bleu" de Van Eyck, le clou de l'exposition. C'est un portrait tellement petit qu'il faudrait presque une loupe pour en saisir les détails. Il est accroché dans le fond d'une petite salle submergée en permanence par des hordes de peintophiles, de peintomanes et de picturophages. Imaginez comme il est aisé de s'imprégner de l'extraodinaire finesse de cette oeuvre dans un environnement aussi insécurisé. Brice devrait faire quelque chose n'est-ce pas ?



Finalement on est l'oin d'être mécontent lorsqu'on arrive dans la dernière salle un peu plus spacieuse où sont exposées les Natures mortes de ces Messieurs les Maîtres Flamands. En fait les natures mortes c'est nous !
Mais comme on se sent frustré, on repart pour un tour, et hop on retrouve les mouches, les grenouilles, les cafards qui se télescopent, qui se battent, qui se méprisent, qui se haient, qui s'entretuent... le jeu en valait-il la chandelle ?
Rentré à la maison je me suis rué sur le site Internet de l'exposition pour enfin avoir une idée des tableaux des grands maîtres flamands qui étaient exposés ce jour-là à Jacquemart-André.

dimanche 3 janvier 2010

EXPOSITION RENOIR AU GRAND PALAIS (suite)


J'ai beaucoup aimé les "Jeunes Filles au piano", tableau de 1892 qui est généralement classé dans la période dite "nacrée" de Renoir (1889-1897).

Pourquoi ?
D'une part parce qu'il y a à la fois une continuité avec les toiles plus anciennes, impressionnistes et aussi rupture avec la période "sèche" ou "ingresque" qui se caractérisait par une plus grande rigueur des formes, des couleurs plus froides et une répartition uniforme de la lumière, d'autre part parce que ce tableau dégage une atmosphère quasi-magique, on a l'impression de sentir la douce chaleur qui émane des corps graciles des deux jeunes filles, de humer leur parfum léger, d'entendre le subtil froissement de leur robe qui trouble comme un frisson la douce mélodie des notes jouées par la main droite effleurant l'ivoire du piano.
Les couleurs du tableau sont admirables, elles génèrent une totale harmonie entre les personnages et le décor et donnent une impression de réalisme et de volupté.
L'espace du tableau est totalement rempli, la lumière semble venir de plusieurs lampes placées derrière le spectateur. La position même de la jeune fille blonde révèle à la fois une volonté d'apprendre, de découvrir, mais aussi une certaine difficulté à déchiffrer le morceau qui se traduit par l'utilisation d'une seule main sur le clavier et par un visage tendu en direction de la partition.
Le mouvement des fleurs dans le vase ajoute également à la tension du tableau, on a l'impression qu'elles (les fleurs) regardent la scène se dérouler et qu'elle participent en spectateurs assidus à l'interprétation musicale.
Une dernière raison, plus technique explique aussi ces changements dans la peinture de Renoir et en particulier dans ce tableau : «Il s'aperçut en effet, à cette époque, que ses œuvres de jeunesse se craquelaient et que les tons s'altéraient. Il surveilla donc ses mélanges, qu'il réduisit, comme Rubens, au minimum, et se contenta d'une couche mince et unique» ( André Lhote ).
Comment ne pas souligner enfin la grâce de ce tableau ?

Tout dans les gestes des deux jeunes filles exprime la légèreté, mais aussi la femme naissante, sensuelle.

samedi 2 janvier 2010

EXPOSITION PIERRE-AUGUSTE RENOIR AU GRAND PALAIS A PARIS


Renoir, Autoportrait, 1899

Ce sont les derniers jours, il faut s'y précipiter!
J'avoue avoir découvert Renoir jadis plutôt dans sa période impressionniste. 
J'ai souvenir d'oeuvres qui sont présentées dans les grands musées comme à Chicago, à Washington ou à Orsay et qui ont contribué au peu de connaissance que j'ai de ce peintre . Ainsi "La Grenouillère", "Bal au Moulin de la Galette", "Chrysanthèmes", "Fruits du Midi", "Déjeuner au restaurant La Fournaise", "Claude Monet" "Madame Henriot" ou encore "Régates à Argenteuil" sont des oeuvres que j'ai eu l'occasion de voir et qui datent de l'époque impressionniste.
Ici, l'exposition est centrée sur le Renoir du XXème siècle, celui des dernières périodes, celui qui est en grand partie ignoré. C'est tout l'intérêt de cette manifestation que de mettre l'accent sur un Renoir non pas novateur, mais qui cherche à pousser sa peinture au delà de nouvelles limites.

Voici l'introduction à l'exposition qu'on trouve sur le site Internet consacré à l'exposition :
"Renoir jouit d’un prestige incontesté sur la scène artistique du début du XXe siècle. Le peintre y est salué comme une figure emblématique de l’impressionnisme des années 1870 mais il est aussi admiré pour sa capacité à avoir dépassé et renouvelé un mouvement de plus en plus largement accepté.

A l’instar de ses contemporains et amis Paul Cézanne et Claude Monet, Renoir est une référence pour de jeunes générations d’artistes. Pablo Picasso, Henri Matisse, mais aussi Pierre Bonnard ou Maurice Denis professent leur admiration pour le maître, et en particulier pour sa « dernière manière », celle du tournant du XXe siècle.
De grands amateurs de l’art moderne, tels Leo et Gertrude Stein, Albert Barnes, Louise et Walter Arensberg ou encore Paul Guillaume, collectionnent Renoir aux côtés de Cézanne, Picasso ou Matisse.

Depuis, l’appréciation du « dernier Renoir » a bien changé : les tableaux de cette période sont peu connus et souvent mal aimés. Si le paysage (« Renoir’s Landscapes 1865-1883 », Londres-Ottawa-Philadelphie 2007-2008) et le portrait (« Renoir’s Portraits », Ottawa-Chicago-Fort Worth 1997-1998) chez Renoir ont suscité de récentes expositions, les années tardives du peintre n’ont pas fait l’objet d’études et de manifestations spécifiques, comme cela a été le cas pour Monet ou Cézanne (« Monet in the 20the Century », Boston - Londres, 1998-1999 ; « Cézanne, les dernières années (1895-1906) », Paris – New York, 1978). C’est à l’exploration de ces années fécondes que l’exposition est dédiée."

Que découvre-t-on dans cette exposition ?
S'agissant des thèmes, les femmes sont omniprésentes, souvent nues avec des chairs pleines, des constitutions robustes, des visages enfantins, avec des proportions souvent imaginées par le peintre... Des paysages aussi, méditerranéens, ceux de Cagnes et de sa région. Des portraits encore, de la famille, des amis...
Et puis sont également proposées au regard du visiteur différentes formes artistiques utilisées par Renoir à cette époque, des dessins et des sanguines, des sculptures avec la collaboration de Guino et bine sûr des toiles, des toiles et encore des toiles.

Mais l'originalité, la création, propres à cette période: où se trouvent-elles ?
Mon projet n'est pas ici de refaire la visite par ordre chronologique des salles, cela n'aurait aucun intérêt à la fois pour ceux qui ont vu cette exposition et pour ceux qui ne l'ont pas vue.
J'ai beaucoup aimé les deux tableaux "Dans à la ville et "Danse à la campagne". Tous les deux ils appartiennent à la collection du Musée d'Orsay. Ils datent tous les deux de 1882-1883, ils forment à la fois un ensemble, mais ils s'opposent sous différents aspects.


Danse à la campagne, Pierre-Auguste Renoir, 1883, Paris Musée d'Orsay.

Dans la "Danse à la campagne" on remarque un couple réaliste, en mouvement, l'atmosphère semble joviale. L'homme semble convoiter la femme au contact de son corps, la femme regarde ailleurs en direction du peintre, ou du spectateur, mais elle abandonne son corps plantureux aux bras de son cavalier. Le décor laisse apparaître outre les deux accessoires de mode que sont le chapeau rouge de la femme et l'évantail japonais, une chaise et une table, un balcon dont les deux barres en bas à gauche permettent d'entrevoir deux têtes de jeunes femmes et au premier plan, ce qui semble être un chapeau renversé. L'impression qui se dégage de cette toile est faite de sensualité, de mouvement, on ne peut qu'imaginer ce qui va se passer après la danse, après la soirée au restaurant. L'authenticité des deux êtres transparait, mais aussi leur culture, leurs moeurs et leurs désirs.
























Dans à la ville, Pierre-Auguste Renoir, 1883, Paris Musée d'Orsay.

Dans l'autre tableau "Danse à la ville", qui ets le pendant du premier, l'impression qui se dégage est fort différente. Le décor est composé de plantes et de fleurs élégantes et abondantes et de murs nus, le tout se combinant avec élégance. La scène se passe à l'intérieur, dans un salon probablement, il se dégage une sensation d'espace. Le tableau a plus de profondeur que le premier, le couple semble également plus éloigné, il ne remplit pas tout l'espace. A l'exception de la fleur dans les cheveux de la jeune femme et des gants longs qu'elle porte aucun accessoire n'apparaît dans le décor. Les mouvements du couple sont élégants et maîtrisés, la femme, sensuelle, distinguée, semble porter son regard vers l'extérieur, son corps en revanche épouse celui du cavalier, qui est lui légèrement penché en avant dans une sorte de courbure conquérante. La robe de la danseuse est de belle facture, le rendu du drapé et des bouillons par Renoir est extraordinaire, l'homme est en queue de pie. Le spectateur a l'impression d'entendre une musique de valse avec des violons. Ici l'atmosphère est bourgeoise, on a de l'éducation Monsieur ! Mais le désir n'en est pas moins présent.

Deux décors différents, des manières différentes, une façon de s'habiller différente, un maintien des corps différents, mais une expression parallèle du désir de deux corps en mouvement.

à suivre dans les prochains articles...

samedi 22 août 2009

CONTRASTES ET LUMIERE : WILLY RONIS A ARLES CET ETE - LA COMEDIE DU QUOTIDIEN


(c) Willy Ronis
Au mois de juillet j'ai eu le privilège de visiter l'exposition consacrée à Willy Ronis à Arles.
Que dire ?
Il n'y a qu'à ouvrir les yeux. Ronis privilégie les personnages, l'instant, la lumière et une expression particulière : spontanéité, force, sensualité...



(c) Willy Ronis, Deena de dos



(c) Willy Ronis, le Nu Provençal, 1949



(c) Willy Ronis, La grève, mars 1938


(c) Willy Ronis, Rue Muller à Montmartre, Paris, 1934


Willy Ronis a aujourd'hui 99 ans. Il a définitivement raccroché ses appareils en 2001.
Un grand Monsieur de la photographie, plein d'humilité, de jeunesse intérieure et de malice dans le regard. Regardez et écoutez.




Les moments de grâce de Willy Ronis (interview) sur Culturebox !
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Pour ceux qui aiment bien Ronis et Michel Onfray, je recommande cet ouvrage :

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