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samedi 9 juin 2012

MARGIN CALL***** : SOIS LE PREMIER, LE MEILLEUR OU TRICHE !





Ce film est criant de vérité. Il décrit sur un monde obscur dans lequel quelques traders et banquiers d'affaires ont tous les leviers en main pour détruire nos vies.

Il m'est arrivé dans une vie antérieure de cotoyer des jeunes traders et des banquiers d'affaires. J'ai retrouvé, certaines sensations que j'avais eues à l'époque en découvrant leur univers, dans le film oh combien juste de J.C. Chandor !
Le synopsis s'inspire en grande partie de la faillite de la banque américaine Lehman Brothers.

1er constat : un système hiérarchisé où chacun roule pour soi
Plusieurs points m'ont frappé :
- D'abord, la jeunesse et l'absence de maturité de ces jeunes traders de 23-29 ans qui jouent des sommes colossales dans les casinos de la finance que sont les salles de marché des grandes banques. Peter Sullivan, celui qui découvre les erreurs du modèle financier sur lequel s'appuie la stratégie de la banque a reçu une formation de "spécialiste en fusées". Ce n'est ni un actuaire, ni un diplomé de la haute finance.


- Ensuite, le cynisme des managers "intermédiaires", implacables et froids quand il faut appliquer les décisions de la hiérarchie qu'il s'agisse de virer sine die leurs plus proches collaborateurs ou de se rendre complices de manipulations frauduleuses. Chacun  pour soi. Chacun a son domaine de compétence et ses limites. Un coup dur, et c'est le parapluie : "C'est pas moi c'est les autres !"



- Enfin, au sommet de la pyramide, le patron dont les seuls objectifs sont d'anticiper l'évolution des marchés avant tout le monde et de faire apparaître une croissance à deux chiffres afin d'empocher un maximum de bonus et autres stocks options, alors qu'il ne comprend rien aux opérations nouées et dénouées par les traders.
" Parlez-moi anglais " dit-il à son trader, lorsqu'il lui demande ce qui se passe. C'est ce qui peut faire frémir les spectateurs impuissants que nous sommes. C'est ce qui a pu expliquer d'ailleurs en partie l'affaire Behrings ou l'affaire Kerviel. Tant que la banque gagne de l'argent, on laisse les traders faire le travail, on ferme les yeux sur les pratiques de trading. Qu'une catastrophe survienne et ce sont les traders qui trinquent. Les patrons ne savaient pas !




2ème constat : un système déshumanisé
La finance est un monde de requins dans lequel l'humain n'a aucune place. Ainsi quand la moitié des collègues sont virés de la salle des marchés, ceux qui restent applaudissent, on leur dit que s'ils restent, c'est parce qu'ils sont les meilleurs.
Au début du film, le directeur des risques, Eric Dale, est viré dans l'instant même. On coupe son téléphone, on lui reprend son ordinateur et on l'invite à faire ses cartons sur le champ, accompagné par une homme de la sécurité. Les collègues font semblant de compatir : "Je suis désolé". La mise en scène, remarquable, donne l'impression d'assister à une condamnation et à une mise à mort. Mais Dale connaît la règle du jeu, il ne bronche pas. Il part avec de belles indemnités. Il s'énerve seulement lorsqu'il constate que son smartphone ne fonctionne plus.
Le lendemain, il explique à un de ses ex-collègues, Will Emerson, qui lui demande de revenir à la banque pour une journée, que dans son précédent job, il construisait des ponts : " il servait à quelque chose ! " Mais lorsque Will lui fait entendre qu'il sera largement payé, simplement pour qu'il se taise un jour... Il revient. Il joue le jeu, pour le fric. Sarah Robertson, virée également par le grand patron, parce qu'il faut des têtes au Board, agira de la même manière. L'argent est la seule valeur qu'ils reconnaissent tous.

Le seul personnage humain dans cette histoire, c'est la chienne de Sam, Ella. Mais voilà elle meurt d'une tumeur, cela fait pleurer son maître. Sam enterre sa chienne dans le jardin de la maison de son ex-femme. Il accomplit son dernier acte humain. Son es-femme lui interdit d'entrer dans la maison. Il est seul. Son chien parti, il ne reste rein d'humain dans son univers. Rideau !


3ème constat :  l'argent oui, mais l'argent des autres !
Dans le film, à quelque niveau qu'ils se situent dans la hiérarchie de la banque, le gain est la seule motivation qui pousse ces hommes robots à agir. Combien tu gagnes ? Combien il gagne le chef ? Et le chef au-dessus ? Et le grand patron ? Les réponses à chaque étage font frémir. Chacun à son niveau touche des fortunes : pour faire quoi ?
Une chose est certaine dans le monde de la finance : il y a des gagnants et des perdants. Et le comble c'est que, pour les meilleurs, on peut gagner, même beaucoup gagner quand on perd ! C'est ce que clame haut et fort Huld, le grand patron (chez Lehman Brothers, il s'appelait Fuld !). C'est lui qui demande à ses équipes de vendre tous les actifs pourris de la banque, pour sauver ce qui peut l'être. Certains se posent des questions. Mais au final
chacun n'agit que dans son propre intérêt, même s'il faut se salir les mains.
Aucune morale dans tout cela, l'argent est roi. Combien tu me paies ? En échange, je suis prêt à faire n'importe quoi, avec l'argent des autres.
C'est la grande différence entre le trader et le joueur au casino. Le second risque son propre argent, le premier, l'argent des autres. Et s'il se plante, il est encore gagnant. Le film décrit cette réalité minutieusement.

Que pouvons nous contre cela ? Peut-on éviter la spéculation ? Peut-on prévenir les catastrophes financières ?
Huld énumère la longue liste de celles-ci depuis le 18ème siècle, implacable dans son analyse, il explique à Sam qu'aucune leçon n'a jamais été tirée de chacune d'entre elles.
Pourquoi ? Parce qu'il y aura toujours des gagnants et des perdants et qu'il faut toujours être du bon côté. La vérité est simple.


La grande caractéristique de ce film, qui dans certaines scènes rappelle les films de Kubrick (par exemple la scène ou le jeune trader découvre sur son écran l'ampleur de la catastrophe financière), est qu'il ne donne ni dans la culpabilisation, ni dans le moralisme.
Il décrit avec minutie un système infernal dans lequel chaque élément du système est étroitement dépendant des autres. Qu'un des éléments se casse la gueule, peu importe comment, et tout le reste s'écroule.
C'est exactement l'histoire de ce qui est arrivé à Lehman Brothers. C'est aussi l'histoire de la société dans laquelle nous vivons, c'est notre histoire !

A voir d'urgence. Film remarquablement interprété, réalisé avec une grande maîtrise et qui nous pose de graves questions sur le monde dans lequel nous vivons.

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LA CHUTE DE LEHMAN BROTHERS

Un rapport publié le 11 mars 2010 par un expert judiciaire chargé d’analyser la faillite de la banque a conclu que durant les mois qui ont précédé son effondrement, en septembre 2008, la banque d’investissement Lehman Brothers de Wall Street avait publié des communiqués financiers qui étaient « matériellement trompeurs » et que ses directeurs s’étaient livrés à « la manipulation comptable des bilans. » 
Le document de 2.200 pages donne les détails de la fraude comptable massive, comprenant des transactions secrètes permettant à la banque de falsifier le montant de sa dette et de dissimuler l’ampleur de ses pertes découlant de ses actifs toxiques liés aux prêts hypothécaires. 
L’effondrement de Lehman, le 15 septembre 2008, a déclenché un crash mondial des marchés du crédit qui fut utilisé par le gouvernement américain et les gouvernements du monde entier pour justifier le déblocage de milliers de milliards de dollars de fonds publics pour renflouer le système bancaire. La crise financière a provoqué la récession la plus profonde depuis les années 1930 en éliminant des millions d’emplois. A présent, les gouvernements sont en train d’imposer des mesures d’austérité brutales pour faire payer à l'ensemble des citoyens la défaillance des trésors publics au profit des banquiers et des spéculateurs.
Selon le rapport du chargé d’analyse, Lehman s’était spécialisé dans la surévaluation de ses actifs immobiliers et la manipulation de ses livres de comptes dans le but de fournir des rapports financiers trimestriels qui dissimulaient son niveau d’endettement réel. Comme l’expliquait l’auteur du rapport, Anton R. Valukas du cabinet juridique Jenner & Block : « A l’insu du public investisseur, des agences de notation, des régulateurs du gouvernement et du directoire de Lehman, pour embellir ses comptes Lehman, a faussé le ratio d’endettement (leverage ratio) de la société dans un but destiné uniquement à tromper le public. »...   

La principale manipulation comptable de la banque était connue au sein de l’entreprise sous le nom de « Repo 105 ». Les repo, en abrégé des accords de rachat, sont une pratique courante à Wall Street. Pour obtenir des liquidités à court termes pour des opérations de financement, la banque emprunte auprès d’une autre banque, qui perçoit en contrepartie un certain nombre de ses actifs comme garanties avec mention de les lui racheter quelques jours plus tard.

mercredi 30 mai 2012

DE ROUILLE ET D'OS, FILM DE JACQUES AUDIARD




J'ai trouvé ce film excellent et surtout juste.

Audiard nous plonge dans une société violente, brutale, une société du "struggle for life". Les deux personnages principaux : Ali et Stéphanie, connaissent chacun à leur tour une situation très difficile.
Ali qui vient de récupérer son jeune fils, cherche un emploi, il n'a pas de domicile et il échoue chez sa soeur, caissière dans un supermarché sur la Côte d'azur. Ali arrive à trouver des jobs de videur puis de vigile. Bientôt, comme il a fait de la boxe dans le passé, on lui propose de participer à des combats à mains nues entre hommes, lesquels combats font l'objet de paris clandestins.

Stéphanie, elle travaille au Marineland d'Antibes, elle vit avec un compagnon dans un appartement à Antibes. Elle rencontre Ali dans une boite un soir où il est videur. Stéphanie qui est seule et passablement ivre, se fait tabasser par un gars. Ali la défend et casse la figure à l'agresseur. Il propose à Stéphanie, qui est mal en point, de la raccompagner chez elle. Il monte dans son appartement pour soigner sa main enflée. Il se confronte au compagnon de Stéphanie, qui n'apprécie huère sa présence. Il laisse son numéro de téléphone et il s'en va.

Quelques jours plus tard Stéphanie connaît un drame épouvantable. Je ne raconte pas la suite de l'histoire, car cela dénaturerait le film.

Après le drame, Ali et Stéphanie se revoient, et commence alors entre eux une histoire d'amour qui n'ose pas s'avouer. Ali est bourru, mais respectueux, Stéphanie cherche à se raccrocher à la vie. Ali lui donne ces moyens. Il la sauve.
Lui même connaîtra aussi bien des ennuis, qu'il arrivera à surmonter en luttant en se bagarrant. Stéphanie l'aidera à son tour avec les moyens qui sont les siens.


Mes impresssions
Ce qui m'a plu dans ce film c'est d'abord la maestria du réalisateur qui sait parfaitement mettre en scène des personnages totalement crédibles dans une société inhumaine qui croule sous l'injustice et où il faut toujours être le plus fort pour vivre. Et ce qui est génial dans ce film c'est cette rencontre en deux êtres au fond du trou, qui s'entraident et qui découvrent progressivement qu'ils s'aiment (ça c'est pour la partie mélo).

A souligner aussi, la relation entre le père et son jeune fils qui est lui aussi une victime innocente de cette société de violence. Peu à peu en observant son père, il s'initie au milieu dans lequel il vit. Ali aime son fils, mais il lui arrive aussi de l'engueuler et de le maltraiter. Par inconscience, par réaction primaire. Il sait aussi lui faire plaisir en lui apportant des cadeaux. Lui-même n'est pas préparé à s'occuper de son fils, ce qui lui jouera un peu plus tard, alors qu'il est reparti dans le nord, une vilain tour qui aurait pu être tragique. Mais c'est lui qui sauvera son fils en définitive, au mépris de son propre destion qui commençait à se dessiner.

Ali, un personnage, vrai, qui dit les choses comme il les pense et qui vit au jour le jour, en cherchant à s'en sortir par tous les moyens.
Stéphanie, une fille qui n'appartient pas au même milieu qu'Ali, mais qui dans sa détresse profonde trouve en lui quelqu'un qui la regarde comme elle est, et quelqu'un qui cherche à l'aider. Ils apprennent à se connaître et à s'aimer.

Pour ceux qui n'aiment pas le mélo, ils apprécieront certainement la description précise et oh combien réaliste de la société dans laquelle nous vivons et dont une partie d'entre nous n'a pas toujours conscience.

A voir de toute urgence !

lundi 28 mai 2012

MODERATO CANTABILE : LE FILM DE PETER BROOK ET DE MARGUERITE DURAS



J'ai vu ce film alors que j'étais très jeune, lors de sa sortie en salle, en 1960. Inutile de dire que je m'étais fortement ennuyé, je n'avais rien compris.


Je le regarde aujourd'hui et je suis hésitant. Je suis sensible aux livres et à l'univers de Marguerite Duras, en revanche j'ai du mal avec ses films ou les films inspirés de ses romans. A l'exception de "l'Amant", mais il faut dire que Jean Jacques Annaud a su donner à cette œuvre une réelle dimension cinématographique.


Comme dans Nathalie Granger, le film est en noir et blanc, le temps s'écoule, et l'histoire est réduite à une extrême simplicité, un rencontre entre un homme et une femme. Mais au delà de la rencontre c'est du temps même et de l'amour qu'il est question.





·       De quoi s'agit-il ?


Anne Desbaredes, femme d'un industriel de Blaye, petite ville du Bordelais, s'ennuie. Seul son jeune fils l'occupe. Un jour, pendant que l'enfant étudie une sonatine de Diabelli au piano avec son professeur, un cri épouvantable retentit à l'extérieur, comme un cri d'animal. Une jeune femme vient d'être assassinée, dans le café qui jouxte l'appartement du professeur de piano. Anne descend pour voir la scène. La femme est morte étendue sur le sol et son compagnon qui l'étreint, morte, dans ses bras, est emmené par les gendarmes. A cette occasion Anne fait la connaissance d'un ancien employé de son mari, Chauvin, qui exerce une séduction irrésistible sur elle.


Ils se revoient. Ce qui rapproche Anne et Chauvin, c'est le crime qui s'est produit dans le bistrot. Ils imaginent ensemble les circonstances de ce drame passionnel, se rapprochant de plus en plus l'un de l'autre. Une sorte d'amour absolu, cher à Duras, qui ne dure pas et qui débouche sur la mort. A leur tour Anne et Chauvin vivent une histoire d'amour, impossible. La grande originalité du livre et du film est que peu à peu se réalise une osmose entre l'histoire imaginée des deux amants et l'histoire même d'Anne et Chauvin. L'histoire des uns, imaginée, fabrique l'histoire des autres, en prise avec le réel.


D'un côté, une dimension temporelle flexible, expansible jusqu'à l'infini, de l'autre, un temps chronologique incarné par des rencontres entre Anne et Chauvin et par des lieux précis.


Ce lien entre une histoire d'amour inventée et une histoire en train de se construire est ce qui donne au film son caractère singulier. Cette singularité est incarnée par la transformation du personnage d'Anne.


En effet, tout le film met en lumière les mutations que vit Anne, totalement aux prises d'une passion naissante, attisée si besoin est par l'alcool qu'elle se met à consommer sans modération (sans jeu de mots).


D'un côté, la ville, la notoriété de son mari, les ouvriers qui la regardent dans le bistrot où ils ont leurs habitudes, de l'autre, son fils... et l'amour qu'elle éprouve pour Chauvin.





A la limite de la rupture, et sous l'effet de l'alcool, qui aide à la désintégration des barrières des convenances et à la désinhibition des pulsions amoureuses, Anne s'enfuit d'un dîner offert à la maison par son mari, pour rejoindre dans le fameux bistrot, Chauvin. Il fait nuit. C'est le dénouement : le départ de Chauvin et un hurlement d'Anne qui fait penser au hurlement de la femme avant de mourir tuée par son amant.
Elle monte dans la voiture de son mari qui est venu la chercher et sombre à nouveau dans un quotidien que l'on peut imaginer.


·       Jeanne Moreau exceptionnelle
Il faut souligner que dans ce film Jeanne Moreau est exceptionnelle dans son interprétation d'Anne. Belmondo a un jeu plus stéréotypé, mais il a une silhouette, une présence.





Marguerite Duras a participé étroitement à la réalisation du film.

lundi 21 mai 2012

" UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE " LE FILM

Comme je m'y attendais un peu, j'ai été fort déçu par le film de Rithy PANH, inspiré du roman de Marguerite Duras. Le film est sorti en salle en 2009.

Je m'interroge sur l'intérêt de faire un tel film.

Première remarque : les comédiens sont à côté de leur rôle, Joseph est joué par un mannequin de magazine de mode, il n'a aucune épaisseur, Suzanne manque de relief et de cohérence dans son jeu, enfin pour moi Isabelle Huppert, qui est une grande actrice, me semble être ici à contre emploi. Mais encore une fois il s'agit de mes propres impressions. Du coup, la connivence, l'osmose qui existe dans le livre entre les trois personnages principaux est totalement absente. Le sentiment d'appartenance n'apparaît pas.



Quant au personnage de M. Jo, qui est fort peu chinois d'apparence, il est plutôt séduisant, alors que dans le livre c'est un homme laid. Dès lors, on ne comprend guêre pourquoi Suzanne ne tombe pas amoureuse de lui, comme l'héroïne de " l'Amant " tombera amoureuse du jeune chinois à la belle voiture.

En dehors même du choix des comédiens, il y a un réel problème de direction d'acteurs.

Par ailleurs pour les besoins du film, il a fallu épurer le roman. L'épisode de Saïgon notamment disparait totalement, et cela déséquilibre complètement le scénario. Le départ à Saïgon était en quelque sorte une répétition de l'éclatement futur, le changement de lieu était essentiel dans le récit.

En outre, les relations entre les différents personnages qu'il s'agisse de la relation Suzanne-M. Jo ou de celle entre Joseph et Suzanne, manquent de toute subtilité. Elle sont terriblement appauvries.

Un autre reproche qu'on peut adresser au film, c'est le centrage du scénario sur la mère, incarnée par Isabelle Huppert. Tandis que dans le livre, le personnage principal est celui de Suzanne, le roman relate son parcours initiatique entre l'adolescente et la femme objet de désir.

Mais, à mon avis, le problème le plus important du film est le non respect de la dimension  spatio-temporelle que l'on trouve dans le roman. Le temps, comme l'espace, chez Duras, ont une extrême importance. Ainsi on ne voit plus les caractères se cristalliser, les comportements s'accentuer, la folie de la mère progresser. Bref c'est encore d'appauvrissement, d'aplanissement qu'il faut parler ici.

En dehors de certaines images, je ne vois rien de positif dans ce film, par comparaison avec le magnifique roman de Duras.

Grosse déception !

DVD "LES GENS DE LA RIZIERE" DE RITHY PANH

Il s'agit d'un film assez ancien du réalisateur cambodgien Rithy PANH (1992). Je l'ai commandé en même temps qu'une autre de ses films, tourné en 2009 "Un barrage contre le Pacifique" d'après le roman de Marguerite Duras (qui a fait environ 180 000 entrées en France ).



"Les gens de la rizière" nous ramène aux fondamentaux de la condition humaine. Il nous parle de manière universelle du mode de vie rural des hommes, sur tous les continents. D'un côté la nature, indomptable, incontrolâble, de l'autre les hommes qui ont inventé génération après génération les comportements utiles, les gestes adéquats et les outils nécessaires à la survie. L'équilibre est instable. Qu'il se produise un événement inattendu, fortuit, et tout peut basculer : un piqûre de serpent, une épine dans le pied... Il faut redoubler d'efforts, lutter jusqu'à la mort ou à la folie, pour se maintenir en vie. Tout est simple, mais rien n'est simple. Seule la famille est source de salut. Même si le mode de civilisation est communautaire, la solidarité ne fonctionne qu'en contrepartie d'un peu d'argent, prélevé sur les maigres bénéfices de récoltes laborieuses.
Et puis chaque jour apporte son lot d'incertitude, tantôt les fortes pluies, tantôt les oiseaux qui volent les graines, tantôt les crabes qui pulullent dans les rizières...
J'ai beaucoup de respect pour ce film, plein de vérité et de dignité.

A nous qui sommes, a priori, dans nos demeures confortables, à l'abri des intempéries et des forces toutes puissantes des éléments naturels, il nous rappelle d'où nous venons, il nous propulse, nous européens, dans un passé pas si lointain où nos ancêtres cultivaient la terre par tous les temps, subissant sécheresse, maladies, famines, en courbant l'échine, implorant les dieux ou le dieu unique de les sauver... jusqu'à leur mort.




Une prise de recul nécessaire, sur fond de somptueux couchers de soleil au Cambodge. Pays magnifique que les hommes ont transformé en enfer l'espace de deux générations. Mais çà c'est une autre histoire, et la nature n'y est pas pour grand chose !

samedi 5 mai 2012

ANNONCE : UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE





































Après la lecture du livre de Marguerite Duras, j'ai décidé de regarder le film éponyme de Rithy Panh. Je me suis porté acquéreur du dvd, de manière à pouvoir le visionner plusieurs fois, le cas échéant.
Mon objectif est de confronter mes impressions de lecteur et de spectateur et de les faire partager.
On me dira que c'est un débat sempiternel depuis que le cinéma s'est emparé de la littérature... et alors ?
Comme dit l'autre, il faut penser par soi même, se faire une opinion personnelle. On ne vit pas par procuration, on ne pense pas par procuration.
A très bientôt donc !



mercredi 18 janvier 2012

EDGAR DE CLINT EASTWOOD



J'apprécie les films de Clint Eastwood, notamment depuis "Sur la route de Madison" (1995).

"Edgar" est un film que l'on peut aborder de différentes manières.

"Hoover", un mythe éclairant l'histoire intérieure des Etats-Unis
En ce qui me concerne, la plus riche et la plus intéressante est certainement celle qui consiste à découvrir tout un pan de l'histoire récente des Etats-Unis. En Europe on nous montre surtout des films sur l'action politique extérieur des Etats-Unis et sur les guerres menées tout au long du XXe siècle. Dans "Edgar", c'est l'Amérique de l'intérieur qui nous est présentée, l'Amérique des Rockfeller, de Mac Carthy, de Reagan et des Bush, celle qui a organisé une guerre farouche contre les communistes, mais qui s'est relativement bien accommodée des activités criminelles de la mafia.
Hoover, patron du FBI pendant 48 ans, est le fer de lance de cette Amérique là, puritaine, conservatrice, individualiste, raciste, religieuse, bien-pensante, anti-progressiste et sans pitié pour ses ennemis.
Au fil du temps ces ennemis intérieurs sont d'abord les communistes ou les "bolcheviks", puis les gangsters comme Dillinger, Machine Gun, Karpis, Lester Gillis ou Bonnie et Clyde, Hauptman le kidnappeur du fils de Lindbergh..., puis les hippies et autres beatniks perçus comme des dégénérés et enfin, et surtout, les hommes politiques, qu'ils soient démocrates ou progressistes comme Roosevelt, les Kennedy et Martin Luther King ou républicains "immoraux" comme Nixon. Quelle a été la part d'Hoover dans la disparition tragique des Kennedy et de Martin Luther King ?
Le film montre les aspects novateurs et positifs de l'action d'Hoover : son sens de l'organisation, sa rapidité à décider, un certain génie de la communication et du "marketing politique" et une habileté diabolique pour se protéger par tous les moyens des puissants et en particulier des présidents des Etats-Unis et de leurs clans. Hoover disposait de dossiers personnels et confidentiels sur tous les hommes de pouvoir aux Etats-Unis. Ces dossiers ont été détruits après la mort d'Hoover, par sa fidèle collaboratrice, Helen Gandy.
Il met l'accent également sur la lutte permanente pour le pouvoir menée dans les hautes sphères politiques ainsi que sur les méthodes et les travers de l'homme le plus puissant des Etats-Unis : mensonge, chantage, humiliations, violence, violation de la loi, écoutes téléphoniques illégales, assassinats...
Bref, John Edgar Hoover est un personnage complexe qui fut pendant quarante huit ans à la tête du FBI. C'est un mythe qui symbolise l'Amérique de droite dont il fut le grand protecteur. 


Edgar Hoover et Clyde Tolson aux courses leur passe-temps favori (1947)

Un regard sur l'homme privé "Edgar"
L'autre intérêt du film est d'apporter un éclairage plus intime, plus psychologique du personnage.
L'accent est mis d'emblée sur la relation privilégiée entre la mère vénérée, Anna Maria et le fils adulé qui cherchera à être toute sa vie celui qu'elle veut qu'il soit : Edgar. Le jeune homme porte sur lui tout le destin de sa famille. Il vivra avecsa mère jusqu'à la mort de celle-ci en 1938.
Le film insiste également sur la relation "particulière" entre Edgar et Clyde Tolson, son ami inséparable et son adjoint au FBI. La relation homosexuelle semble ici établie. Hoover ne se maria jamais et Tolson, à la mort d'Hoover, reçut le drapeau américain qui enveloppait le cercueil de son patron et ami, il hérita également de tous les biens d'Edgar.
Là où le film est particulièrement juste, c'est lorsqu'il décrit à travers le jeune et arrogant Hoover, l'ambition personnelle caractéristique de ceux qui sont issus de la "middle class". L'Amérique républicaine sait leur ouvrir les portes dès lors qu'ils font leurs preuves. Hoover devint à 29 ans le directeur du FBI. L'entretien "d'embauche" entre l'attorney général de l'époque et le jeune homme ambitieux est à cet égard exemplaire et particulièrement bien filmé.
Mais, nul ne peut cacher ses origines et ses racines profondes : Edgar, égocentrique, exclusif, colérique, jaloux et tyrannique fera le malheur de beaucoup de ceux qui l'ont approché... et à la fin de sa vie, comme Howard Hughes et comme la plupart des hommes au pouvoir insatiable, il s'isolera dans une tour d'ivoire, jusqu'à sa mort subite.

mercredi 7 décembre 2011

INTOUCHABLES


Thème du film : "une rencontre improbable" entre deux hommes que tout sépare. L'un est un richissime aristocrate devenu tétraplégique à la suite d'un accident de parapente. Il vit à Paris dans un somptueux hôtel particulier entouré d'une multitude d'employés : secrétaire, gouvernante, infirmière, jardinier.... L'autre, Driss est un jeune de banlieue qui vit avec une famille nombreuse dans un HLM. Il est au chômage et il a un passé judiciaire.
Philippe cherche un homme à tout faire qui s'occupe de lui en permanence. Driss a pour objectif de continuer à percevoir des indemnités de chômage et donc il se présente à des entretiens d'embauche sans pour autant vouloir réellement travailler. Philippe est séduit par le caractère atypique de l'autre. Driss est lui-même, il ne cherche pas de compromis.
Driss découvre peu à peu le monde de Philippe et toutes les facilités que procure l'argent. Il est surpris que Philippe s'intéresse à lui et lui fasse confiance alors même qu'il a commencé par lui voler un oeuf de Fabergé.
Les débuts sont difficiles, mais les carapaces tombent. Chacun découvre ce que l'autre peut lui apporter. Driss accomplit une véritable initiation tout en gardant sa sensibilité, ses émotions, ses indignations et son agressivité. Ce faisant, il aide Philippe à échapper à sa condition d'infirme. Il se développe entre eux une relation de complicité, de connivence. Les barrières sociales s'effacent, les univers, les cultures s'interpénètrent. D'un côté Berlioz, l'opéra et les toiles à 40 000€, de l'autre le rap, la délinquance, la drogue et la misère au quotidien...
Un film optimiste, plein d'émotion et d'humanité simple, qui montre ce que l'on peut trouver chez des êtres totalement différents de soi, le tout teinté d'humour, sans aucun pathos... C'est la recette du film.
Film d'ailleurs remarquablement interprété par François Cluzet et Omar Sy.
Télérama parle d'une fadasserie assénée pendant deux heures, les Inrockuptibles d'un canevas de soap TF1 épicé d'humour Canal... Je ne serais pas aussi sévère.
Certes, c'est un film sur la bonne conscience. Certes, on y fait usage de clichés gros comme des maisons. Et bien sûr l'argent facilite les choses...

Faut-il pour autant bouder son plaisir ?
Il y a dans ce film une part de vérité qui me séduit, ne serait-ce que le regard porté sur ceux qui ne sont pas comme les autres. Si seulement derrière le handicap qui téléguide nos regards, nous pouvions comprendre et admettre qu'il y a un homme ou une femme, qui, comme vous et moi, cherche autre chose que de la pitié, de la compassion et de la servilité.
Soyons nous-même en toutes circonstances, c'est la leçon que je retire de ce film.

dimanche 20 novembre 2011

HONK OU LES RAVAGES AU QUOTIDIEN DE LA PEINE DE MORT





Ce que j'ai particulièrement apprécié dans ce film c'est qu'il me laisse libre de mon jugement. C'est un document au sens propre du terme et je l'ai pris comme tel.
Ce qu'il nous apporte c'est d'abord un contact avec la réalité de l'Amérique profonde, celle de la classe moyenne la moins aisée, celle des petites gens des Etats du Texas, de l'Oklahoma ou de l'Utah. Dans ce film, on ne trouve ni hommes politiques, ni grands avocats, ni philosophes, ni militants abolitionnistes (à une exception).
La peine de mort est vue depuis le quotidien des gens qui ont à la subir. Et la j'ai eu l'impression de découvrir un monde qui se situe à l'opposé de ce que l'on nous montre habituellement de l'Amérique ... New York,... la Californie ou encore Washington.
Pour moi qui ne connaît pas cette Amérique profonde, cela a été une révélation, un peu effrayante quand même.
A l'évidence, tous ces gens font partie de cette Amérique qui souffre, celle qui est victime du chômage, de la violence et qui se réfugie dans des valeurs héritées de l'histoire récente ou de la religion. Et en même temps chacun a sa propre vérité, celle qui émerge de manière émouvante dans le film.
Pour une grande partie de ces personnes, la peine de mort incarne la loi du talion. Mais "la loi, c'est la loi" comme dirait l'autre. Et la loi doit être appliquée quoi qu'il en coûte aux uns et aux autres. On connaît l'importance du respect de la loi aux Etats-Unis.
Cela n'empêche pas chez certains une certaine lucidité, voire une certaine empathie. Certains membres de la famille d'un condamné se sont rapprochés de la famille des victimes.
Evidemment, l'un des problèmes majeurs de la peine de mort c'est lorsque les Etats appliquent cette peine à des personnes qui se révèlent ensuite innocentes.
Mais, certains ont réponse à tout, comme le dit le prédicateur qu'on voit un moment dans le film, quand on fait la guerre pour défendre la liberté, on est aussi amené à tuer des innocents. C'est la règle du jeu. Avec la peine de mort c'est pareil. L'erreur judiciaire ne doit pas remettre pas en cause le bien fondé de la loi !
A fortiori, lorsque la culpabilité du condamné est avérée, il faut appliquer la loi et exécuter la sentence. Il a semé la violence, il récolte la violence. Cela ne signifie pas que ceux qui exécutent la sentence le font avec conviction et enthousiasme.
Dans la plupart des Etats non abolitionnistes, pour faciliter le travail des bourreaux, on utilise des méthodes chirurgicales. On injecte différentes sortes de poison dans le sang du condamné. Mais il faut quand même 8 minutes pour que le condamné meure devant les yeux de sa famille.
Alors que penser de tout cela ?
Le film nous apporte beaucoup d'éléments pour comprendre et pour débattre. A l'évidence, la peine de mort n'est pas la solution à la criminalité. La torture institutionnalisée qui consiste à faire attendre un condamné pendant 20 ans dans une cellule de 6m2 la sentence de mort est peut être pire que la peine.
Certes la société doit punir les criminels, mais la punition ne doit pas masquer une vengeance. La peine de mort ne devrait plus exister dans aucun des Etats du monde, c'est une question d'éthique et tout simplement d'humanité.
 Bravo pour cet excellent film qui montre parfaitement ce que le cinéma peut apporter aux débats de société.
Les images sont d'une belle qualité et leur enchaînement donne le rythme et la respiration nécessaires pour que le film nous imprègne et nous fasse réagir dans notre fort intérieur.

Allez voir HONK, un film d'Arnaud Gaillard et de Florent Vassault !
Le film est distribué dans deux salles de cinéma seulement à Paris.
A quand d'autres films de ce type sur les grands sujets de société ?
A voir aussi le film "Un moment de la vie de Hank Skinner" de Feldmann sur un condamné à mort en sursis au Texas qui est marie à une française.

vendredi 9 septembre 2011

THE SOCIAL NETWORK DE DAVID FINCHER






1 - Je ne suis pas inscrit à Facebook. pourquoi ? Je n'ai pas envie de déballer mon intimité sur Internet à tout le monde. C'est un choix personnel. En revanche je suis sur d'autres réseaux sociaux à caractère professionnel.
2 - Je suis passionné par les nouvelles technologies et en particulier par l'univers Apple.
Cela pour me situer.
3 - Ce film traitant de la création du réseau Facebook m'a laissé un sentiment fort désagréable sur les comportements de ces jeunes gens à la tête très bien faite, mais qui raisonnent comme des gamins et qui semblent dépassés par leur propres inventions.
Dès l'université on se fait la guerre et on cherche à gratter un maximum de fric avec une arrogance qui me donne envie de faire la révolution immédiatement !
Au demeurant, je crois que c'est un film nécessaire parce qu'il nous fait réfléchir sur le fonctionnement de notre société,  sur les nouveaux modes de communication et aussi dans une certaine mesure sur la puissance de la jeunesse.
Ce qui est parfaitement mis en évidence, ce sont les enjeux qu'il y a derrière tout cela. La mondialisation et les moyens de communication existant aujourd'hui partout dans les régions industrialisées de la planète font qu'on peut passer très rapidement de 100 utilisateurs locaux d'un réseau social créé au sein d'une université, bricolé en un soir sur Internet, à 500 millions d'internautes dans une période de temps assez limitée, entre 2006 et aujourd'hui.
Bill Gates, qui fait figure à la fois de référence et d'ancien, et qui est présent dans le film, est battu à plate couture.

Certes, il y a du génie au départ. Mais on constate que pour se développer de telles inventions ont très vite besoin de capitaux. Et alors on tombe dans la grande valse des requins de la finance qui flairent les bonnes affaires et qui écartent avec un incroyable mépris ceux dont ils n'ont pas besoin.

Quant à la motivation à l'origine de tout cela, elle est bien humaine. En effet selon Fincher, la création de Facebook par Marc Zuckerberg est le résultat d'une dispute entre ledit Zuckerberg et sa petite amie, tous deux étudiants à Harvard, la plus célèbre des universités américaines. Petite cause, grands effets.

Dans ce film, on voit surtout la cupidité de ceux qui flairent la bonne affaire, les pratiques douteuses d'une jeunesse dorée et sans autre repère que le pouvoir, le fric et la drogue.
Certes, cela vaut peut-être mieux qu'une production totalement aseptisée à la gloire du génie solitaire de Zuckerberg, mais après avoir vu ce film je suis quelque peu déprimé. Si aujourd'hui c'est le seul modèle que la société a à proposer aux jeunes générations avec à côté de ceux Ronaldo, d'Amy Winehouse et des traders à la Jérôme Kerviel, je me pose vraiment des questions sur l'avenir, quitte à être traité de vieux con.
J'attends vos commentaires.

lundi 22 août 2011

HABEMUS PAPAM DE ET AVEC NANNI MORETTI













Si vous voulez voir une excellente prestation d'acteur, allez voir Michel Piccoli dans le rôle de celui qui ne veut pas être pape.
Pour le reste tout dépend de votre religion.
Pour les catholiques ce film doit fortement les interpeler, par ce qu'il est question de gouvernement de l'église, d'absolutisme, d'intolérance, de dogmatisme et d'infaillibilité pontificale. Ce qui se produit après le conclave est tout simplement inimaginable. Et pourtant, les clercs sont des hommes, les cardinaux des enfants et le pape un homme comme vous et moi. Il y a un faille dans le système et il faut être un homme,un vrai, avec ses interrogations, ses doutes pour la percevoir et refuser de franchir le pas.
Pour les autres : un bon exercice de prise de conscience et de remise en question des certitudes humaines. Dans chaque acte, dans chaque situation, il y a toujours un envers du décor.
Il y a mille autres choses à dire sur ce film, sur la psychanalyse notamment, sur le communication, sur le rôle des medias...
A voir !

mardi 7 décembre 2010

L'EMPIRE DU MILIEU DU SUD


























Je partais avec un avis favorable, parce que... le Vietnam, parce que... Jacques Perrin... la 317ème section...,  parce que les comités Vietnam...
J'ai quitté la salle... déçu et surtout pas convaincu.
Des images d'archives et quelques images contemporaines en couleurs et puis... des textes... des poèmes... Une vision européocentriste à mon goût. Pourquoi ne pas laisser les habitants de la péninsule évoquer eux-mêmes leur relation au passé ?
A aucun moment je n'ai ressenti la magie et la vie du Vietnam. De plus je n'ai pas saisi le dessein de Perrin, et apparemment je ne suis pas le seul.
Je ne suis pas non plus d'accord avec la conclusion du film... la tristesse du Vietnam, une tristesse en profondeur...
En tout cas ce n'est pas ce que j'ai ressenti lors de mon voyage en solitaire en 2007.

Bien sûr tout n'est pas à rejeter, loin de là, mais je n'ai pas été séduit alors que ce pays et ses habitants sont la séduction même.
Je garde mon admiration intacte pour ce que fait Perrin et pour ses engagements.

NB : Je trouve néanmoins scandaleux que ce film ne sorte que dans deux salles à Paris.

mardi 19 octobre 2010

DES HOMMES ET DES DIEUX


Posted by Picasa

Cela faisait un certain temps que j'avais envie de voir ce film. Des proches m'avaient fortement incité à le voir.
Je sors de la séance, et je ne sais pas quoi en penser.
D'une part nous sommes plongés dans une situation historique et avec des faits qui restent en grande partie inexpliqués encore aujourd'hui. Appelons cela d'un mot qui cache bien des crimes : "la raison d'Etat".
D'autre part, nous nous situons au coeur de références religieuses qui ne peuvent conduire qu'à des solutions absurdes. La religion de l'Amour d'un côté, la religion de la Soumission de l'autre. Au milieu les villageois, terrorisés qui ne comprennent rien de ce qui se passe.
Et puis, il y a ce qui m'intéresse et qui relève plus de la psychologie et de la dynamique de groupe. Sous cet angle, je trouve le film très intéressant.
Au départ ce monastère est un héritage du passé et de la présence coloniale française, c'est indéniable.
Ensuite, la relation de proximité établie avec les habitants offre une autre dimension qui repose non pas sur la charité, mais tout simplement sur la solidarité et le partage. Une solidarité entre des hommes et des femmes, quelles que soient les frontières, quelles que soient leurs croyances.
Enfin, il y a ce groupe, composé d'hommes d'âge mûr, qui s'expriment à la fois en accomplissant de banales tâches quotidiennes et en récitant des prières jusqu'à l'obsession. Soudain, la réalité politique les ramène à leur vraie dimension humaine au sens de l'exercice de la responsabilité et du libre-arbitre.
Face à une situation inédite et dangereuse, le fameux Christian réagit en chef du groupe. Pour lui la décision à prendre ne fait aucun doute. Mais les membres du groupe ne se soumettent pas à sa décision. Ils ne veulent pas qu'on décide pour eux. J'apprécie beaucoup ce moment du film. La religion amène souvent à faire fausse route, jusqu'à la soumission aveugle. Ici ce n'est pas le cas. La communauté réapparaît dans sa dimension réelle et chacun décide de réfléchir et d'exercer un choix véritable. Pour moi c'est ce qui mérite attention dans ce film. Chacun est amené à réfléchir à sa vie, à prendre le recul nécessaire. Peu importe d'ailleurs la solution. C'est cette réaction d'homme qui m'a marqué.
Pour qu'un groupe soit constitué, on admet qu'il faut généralement un but commun, des règles du jeu claires et un responsable accepté par tous. Sa légitimité lui vient des membres du groupe : "nous t'avons élu" dit l'un d'entre eux. Il ne doit jamais l'oublier.
Quant à l'interprétation, je la trouve remarquable. Enfin l'esthétique du film rend bien compte de la situation de pauvreté des moines, le choix des couleurs en particulier, et même le grain du film.
A voir, mais surtout pas pour des raisons religieuses.
Le vrai titre du film aurait dû être "Des hommes".

dimanche 16 mai 2010

ROBIN LE REBELLE



Nous avons aimé, c'est dans le style de Gladiateur ou Master and Commander. On passe un bon moment. Le mythe de Robin des Bois n'est pas détruit, bien au contraire !

samedi 20 mars 2010

"THE GHOST-WRITER" DE ROMAN POLANSKI


Le sieur Polanski est un de mes cinéastes préférés, j'ai presque vu tous ses films. A chaque fois, il me surprend par sa puissance de renouvellement et la justesse de son regard cinématographique. Il a un vrai langage, une vraie écriture.
"The Ghost-Writer" est l'adaptation cinématographique de "l'Homme de l'ombre", thriller contemporain du romancier et journaliste anglais Robert Harris, publié aux éditions Plon.
C' est l'histoire d'un "nègre", c'est-à-dire d'une "plume" qui est mis à la disposition des célébrités pour écrire leur vie ou leurs mémoires. En l'occurrence, il s'agit de succéder à un précédent "nègre" qui est mort accidentellement sur une île aux Etats-Unis, île où de situe l'une des résidences de l'ancien Premier ministre de Grande-Bretagne, Adam Lang, personnage interprété par Pierce Brosnan et dont il s'agit de rédiger les Mémoires.
Les autres acteurs principaux sont remarquables : Ewan Mac Gregor, dans le rôle du nègre, Olivia Williams qui joue la femme de Lang, Kim Cattral, la secrétaire amante. L'acteur qui joue le professeur Emmett est également plus vrai que nature.
L'écrivain se rend donc sur cette île, rencontre l'ex-Premier Ministre et découvre un premier manuscrit des Mémoires, déjà rédigé par le précédent "nègre". Commence alors une passionnante enquête !


Je ne dirai rien de plus sur l'intrigue, par respect pour les quelques lecteurs de ce blog qui n'ont peut-être pas vu le film.
La réalisation est d'une grande qualité, le choix des images (celles du ferry-boat au début du film par exemple), les plans à l'intérieur de la maison, les angles de prise de vues dans les voitures, mais aussi et surtout la direction d'acteurs. Certains gestes, certaines attitudes des personnages, sont d'une grande justesse (les roues du vélo qui s'enfoncent dans le gravier de la cour, l'homme qui sent le bonnet qu'un employé lui a prêté, la valise qu'il pose vigoureusement sur le siège avant du 4x4, la manière dont il vide les tiroirs des vêtements d'un autre etc.)
Les scènes "fortuites" sont également minutieusement programmées, comme celles où le personnage principal se fait draguer par Madame Lang. C'est du grand art.


Très curieusement, ayant vu les deux films pendant la même semaine, je ne peux m'empêcher d'établir un parallèle entre "Shutter Island" et "The Ghost-Writer".
Pourquoi ?
A mon humble avis, ce sont d'abord deux adaptations de thrillers récents, l'un de Lehanne, l'autre de Harris, qui matérialisent le "grand retour" de deux réalisateurs de tout premier plan : Scorsese et Polanski.
Ensuite, dans les deux cas l'action se passe sur une île et certaines scènes-clé des deux films se situent sur un ferry-boat. Ce ferry-boat dans les deux cas est générateur d'angoisse. Il fait monter la tension d'un cran. L'île symbolise un autre monde, coupé du monde réel. C'est le lieu où se déroulent des faits, des situations qui ne trouveront leur véritable sens qu'à la fin du film.
Permettez-moi de faire une longue citation d'un texte écrit par Françoise Valero qui analyse plus en profondeur les points communs entre les deux intrigues :
" De pistes avortées en pistes avortées ou d’avancées très lentes vers la vérité, que ce soient Scorsese avec Shutter Island ou Polanski avec The Ghost-Writer, tout ce raccroche au faisceau fictionnel d’un même phare : celui du personnage, des images qu’il découvre, rejette, revisite et quitte sans doute. Que l’on songe au regard lointain d’un Di Caprio un instant lavé de ses culbutes schizophrènes, ou aux pages s’échappant d’un Ewan McGregor disparu dans le hors champ, l’histoire ne peut plus continuer sans celui qui la nourrit. Logique, me direz-vous mais la logique ne s’est jamais autant exposée qu’à travers ces deux films aux sorties très proches et aux enjeux fictionnels non moins attenants : un personnage livré à une énigme qui, en étant la sienne est celle d’un autre, la construit de toute pièce. Les pages volantes du manuscrit de McGregor ne sont que ça, un puzzle de feuillets vides que le personnage rassemble, organise, modifie et laisse filer. Dedans, s’y conjuguent politique, amour, trahison et solitude. De ce fait, la relance fictionnelle est permanente puisqu’inscrite dans un processus de découverte solitaire."


Enfin, dans les deux films, la direction d'acteurs est extraordinaire et notamment celles des premiers rôles : Leonardo Di Caprio d'un côté et Ewan Mac Gregor de l'autre qui apparaissent au mieux de leur art. Il n'y a aucune place pour l'improvisation. Les deux films reposent sur eux à la fois en tant que personnages et en tant que comédiens. En tant que personnages, ils ont une énigme à résoudre et en même temps ils sont au coeur des événements. Il y a chez eux un dédoublement permanent, une double conscience qui apparaît et qui reste la relation-clé dans un monde incompréhensible et un environnement totalement mouvant. Eux seuls reflètent la réalité, notre réalité à nous en tant que spectateur, par rapport au monde qui les entoure : celui de la politique et de la médecine criminelle dans un cas, celui de la politique et de l'économie dans l'autre cas.
Mais heureusement chacune des deux énigmes sera résolue et nous pourrons repartir dans notre monde réel débarrassés de la tension que chacun des deux films a fait monter en nous progressivement.
Un retour en force de deux géants du cinéma, encore bien vivants et au sommet de leur art, ça ne se rate pas !
Je recommande vivement ces deux films !

samedi 13 mars 2010

SHUTTER ISLAND DE MARTIN SCORSESE D'APRES LE ROMAN DE DENNIS LEHANE


S'il y a bien une chose que je regrette c'est de ne pas avoir lu le roman de Dennis Lehane avant d'avoir vu le film de Scorsese. La démarche contraire est souvent décevante, car notre imaginaire ne pleut plus fonctionner pleinement.
Lehane avait auparavant écrit "Mystic River" adapté au cinéma par Clint Eastwood. J'avais beaucoup aimé ce film, mais je n'avais pas non plus lu le livre.

Difficile de parler de " Shutter Island" sans dévoiler une partie de l'intrigue. Or ce qui fait la force principale du film, c'est précisément l'intrigue qui ménage le suspense pendant toute la durée du film, jusqu'au rebondissement final.
La réalisation de Scorsese est très efficace, elle génère l'angoisse à tout instant. Deux "marshal" des Etats-Unis sont chargés d'effectuer une enquête sur Shutter Island, une île à proximité de Boston sur laquelle se trouve un hôpital-prison.
Dès que les deux policiers arrivent sur l'île en ferry, la musique ou plutôt l'accompagnement sonore, d'une simplicité macabre, vous prend aux tripes. La tempête menace, une multitude d'hommes en uniforme, armés jusqu'aux dents avec des mines patibulaires, constituent le Comité d'accueil. D'emblée le spectateur devine qu'on ne revient jamais de cette prison réservée aux "fous criminels dangereux".
Lorsque les deux policiers fédéraux pénètrent dans l'enceinte de l'hôpital, la caméra suit le regard effaré du personnage incarné par Leonardo Di Caprio et dès cet instant on comprend l'angoisse qui le tenaille et qui ne le quittera plus. Ce passage est extraordinaire. Ensuite l'enquête commence, mais les policiers découvrent qu'ils n'ont aucun pouvoir sur l'île autre que celui que l'administration veut bien leur reconnaître. Peu à peu les deux hommes vont découvrir leur isolement... jusqu'à ce que... mais je n'en dirai pas plus sous peine de dévoiler l'intrigue.
Le film aurait pu s'intituler, certes d'une manière plus banale "Où est la vérité?" ou encore "Qui détient la vérité ?" Et au fur et à mesure que se déroule le film, la question devient de plus en plus pressante et elle se transforme en "Qui suis-je réellement ?".
Parallèlement, la relation systématique qui est faite aux "camps de la mort" et à d'autres faits passés "plus personnels" est là pour nous convaincre qu'il y a des lieux, des moments où plus aucune valeur morale n'existe. C'est la loi du plus fort qui s'impose jusqu'à l'anéantissement le plus abject de toutes les victimes. Plus précisément, la question qui est posée par le film est : est-ce que la loi fédérale s'applique partout aux Etats-Unis, ou encore est-ce que la loi morale a un caractère universel ?
Les personnages du film répondent à ces questions, chacun à leur manière, selon leur propre logique.
Le film aurait pu s'appeler aussi, en définitive : "A chacun sa vérité". Mais comment vivre ensemble dans un monde où chacun est convaincu qu'il a raison ? On en revient à la loi du plus fort. Et devant la société et ceux qui l'incarnent à un moment donné, dans un lieu donné, l'individu isolé n'est rien, il devient un objet, un numéro. C'est le côté terrifiant de l'individualisme poussé à l'extrême qui apparaît alors. Chacun pour soi. Ceux que l'on croyait être ses amis, ne le sont pas, ceux qui ont des intérêts communs avec vous vous rejettent parce que vous présentez un facteur de risque important pour eux, ceux que vous aimiez et que vous aimiez vous ont trahi. Il ne reste alors pour vivre qu'un espace minimum situé entre ses souvenirs, atroces pour la plupart, générateurs de psychoses violentes d'une part, et des neuroleptiques ou des manipulations médicales qui auront pour effet d'annihiler tout ce qui fait votre personnalité, votre histoire, votre individualité d'autre part.
On peut aller encore beaucoup plus loin dans l'investigation et dans la discussion et poser les termes du débat entre contrat social d'une part et individualisme total de l'autre. Mais on va bien au-delà du film et on sort du sujet qu'on s'est fixé.
Mais il n'y a pas de doute le problème de fond se pose en ces termes.
En réalité, il y a plusieurs interprétations possibles des différentes situations qui s'enchaînent, chaque personnage joue un rôle que l'on peut interpréter de plusieurs manières et c'est ce qui fait toute la subtilité du scenario. On peut aussi greffer sur "Shutter Island" sa propre vision de la société et détecter d'autres paramètres sociaux cette fois-ci.
Je recommande vivement "Shutter Island". Un film à voir au moins deux fois : une première fois en découvrant l'intrigue et une seconde fois en connaissant la solution du puzzle et prenant parti. C'est un film-énigme, une forme de jeu de rôle où le spectateur ne peut pas ne pas avoir un rôle actif. Le spectateur qui ne fait pas un effort d'analyse et de reconstruction aura le nez sur les images et ne comprendra pas grand-chose !


Ben Kingsley, Leonardo Di Caprio et Mark Ruffalo