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mercredi 31 octobre 2012

LES TOURS DU SILENCE

Je n'avais jamais entendu parler d'elles et d'un seul coup, comme par magie, dans les deux livres que je viens de lire, "Pour seul cortège" de Laurent Gaudé et "Les désarçonnés" de Pascal Quignard, les Tours du silence se sont invitées.
 
Il s'agit de tours de pierre, construites sur des monticules, dans lequel on venait jeter les corps des défunts. Les corps s'entassaient au fond d'un puits ou sur des terrasses où les rapaces venaient dévorer leur chair et leurs viscères ne laissant que les os et les dents.
 
Ainsi Alexandre le Grand, une fois mort, son corps récupéré par Dryptéis est jeté par elle dans une tour du silence. Alors son esprit peut s'échapper. L'un de ses compagnons l'emprisonnera même dans une urne afin de libérer son souffle à la limite de l'extrême frontière de l'empire. Ainsi Alexandre continuera-t-iol à être présent !
Chez Quignard il faut rattacher la Tour du Silence à sa vision du désarçonnement de l'homme, à sa mort et à sa renaissance.
Voici ce qu'il nous dit :
" Kipling appartenait à une famille de fondeurs de cloches qui vivait à Bombay. Il naquit dans l'ombre d'une tour du silence. Les tours de Bombay étaient des hautes tours à terrasses où on plaçait les cadavres des hommes de degrés en degrés afin que les oiseaux les nettoient. Ils transportaient les âmes dévorées au plus loin de la terre (où vivent les hommes) et au plus près du ciel (où s'imaginent les dieux qui sont des oiseaux plus grands et plus invisibles au milieu des oiseaux). Ils arrachaient le sort des hommes à la souillure eschatologique du pourrissement. Ils les soustrayaient à la prédation des grands mammifères. Seuls les êtres du ciel transféraient les "âmes" dans le bleu où le ciel s'infinit. Ils recyclaient les souffles de la respiration dans les vents qui poussaient les nuages au-dessus des vallées et monts de la terre. Ils projetaient des étincelles de vie dans le feu du soleil."
Curieuse coïncidence donc ! C'est aussi une des joies de la littérature !

Une tour du silence, lieu sacré zoroastrien près de Yazd, photo extraite d'un site de voyageur (les coordonnées figurent sur le cliché)

 

dimanche 28 octobre 2012

ELOGE DU VIDE (SUITE)

Lisant le dernier livre de Pascal Quignard, je tombe sur cette phrase, fulgurante d'intuition :
" Créer c'est assaillir sur un front sans rival, où la communauté n'existe pas. Créer est le seul bon terrain qui soit au monde.
Car cette terre qui soudain surgit sous les yeux de celui qui la crée n'existe pas avant sa création.
Cet espace où le livre trouve à s'engendrer est introuvable dans le réel. Il est l'inimaginable au sein du symbolique. Il est vide..."

mercredi 4 avril 2012

MARGUERITE DURAS : ECRIRE

Extrait d'un petit livre intitulé : "Les lieux de Marguerite Duras" de Marguerite Duras et Michelle Porte (Editions de Minuit Double)

p. 98 : " Quand les gens qui écrivent vous disent : quand on écrit, on est dans la concentration, moi je dirais : non, quand j'écris, j'ai le sentiment d'être dans l'extrême déconcentration, je ne me possède plus du tout, je suis moi-même une passoire, j'ai la tête trouée. Je ne peux m'expliquer ce que j'écris que comme ça, parce qu'il y a des choses que je ne reconnais pas, dans ce que j'écris. Donc elle me viennent bien d'ailleurs, je ne suis pas seule à écrire quand j'écris. Mais ça, je le sais. La prétention, c'est de croire qu'on est seul devant sa feuille alors que tout vous arrive de tous les côtés. Evidemment, les temps sont différents, ça vous arrive de plus ou moins loin, ça vous arrive de vous, ça vous arrive d'un autre, peu importe, ça vous arrive de l'extérieur.
Ce qui vous arrive dessus dans l'écrit, c'est sans doute simplement la masse du vécu, si on peut dire, tout simplement... Mais, cette masse du vécu, non inventoriée, non rationalisée, est dans une sorte de désordre originel. On est hanté par son vécu."