Je n'avais jamais entendu parler d'elles et d'un seul coup, comme par magie, dans les deux livres que je viens de lire, "Pour seul cortège" de Laurent Gaudé et "Les désarçonnés" de Pascal Quignard, les Tours du silence se sont invitées.
Il s'agit de tours de pierre, construites sur des monticules, dans lequel on venait jeter les corps des défunts. Les corps s'entassaient au fond d'un puits ou sur des terrasses où les rapaces venaient dévorer leur chair et leurs viscères ne laissant que les os et les dents.
Ainsi Alexandre le Grand, une fois mort, son corps récupéré par Dryptéis est jeté par elle dans une tour du silence. Alors son esprit peut s'échapper. L'un de ses compagnons l'emprisonnera même dans une urne afin de libérer son souffle à la limite de l'extrême frontière de l'empire. Ainsi Alexandre continuera-t-iol à être présent !
Chez Quignard il faut rattacher la Tour du Silence à sa vision du désarçonnement de l'homme, à sa mort et à sa renaissance.
Voici ce qu'il nous dit :
" Kipling appartenait à une famille de fondeurs de cloches qui vivait à Bombay. Il naquit dans l'ombre d'une tour du silence. Les tours de Bombay étaient des hautes tours à terrasses où on plaçait les cadavres des hommes de degrés en degrés afin que les oiseaux les nettoient. Ils transportaient les âmes dévorées au plus loin de la terre (où vivent les hommes) et au plus près du ciel (où s'imaginent les dieux qui sont des oiseaux plus grands et plus invisibles au milieu des oiseaux). Ils arrachaient le sort des hommes à la souillure eschatologique du pourrissement. Ils les soustrayaient à la prédation des grands mammifères. Seuls les êtres du ciel transféraient les "âmes" dans le bleu où le ciel s'infinit. Ils recyclaient les souffles de la respiration dans les vents qui poussaient les nuages au-dessus des vallées et monts de la terre. Ils projetaient des étincelles de vie dans le feu du soleil."
