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dimanche 16 octobre 2011

"LE RABAISSEMENT" DE PHILIP ROTH





Le mot "rabaissement" (The Humbling en anglais) veut dire : dévalorisation, diminution ou encore humiliation. En français, je trouve ce titre très laid.
On comprend d'emblée que le trentième roman de Philip Roth ne sera pas réjouissant. Une nouvelle fois l'écrivain met en effet en scène la situation d'un homme vieillissant. Sa situation en fait. Il décrit avec ironie les derniers soubresauts d'un  grand acteur de théâtre déchu qui, entraîné par le courant fougueux, tente d'attraper une dernière branche avant de sombrer dans les eaux tumultueuses de la chute ultime.
Cette dernière branche, c'est Pegeen, une lesbienne d'une quarantaine d'années qui a été lâchée par sa première partenaire, qui s'est transformée en homme, et qui a rompu avec la seconde précisément pour établir une relation amoureuse avec Axler, un acteur de soixante-cinq ans qui a connu la célébrité mais qui ne peut plus jouer au théâtre et qui a été soigné en hôpital psychiatrique à la suite du décès de sa femme.
La subtilité de Roth réside dans la description de la relation déséquilibrée entre Pegeen et Axler. L'un comme l'autre sont des êtres décalés qui éprouvent un désir hésitant l'un pour l'autre. Ce désir évolue au fil du temps et se transforme bientôt en expériences sexuelles, à deux, puis à trois avec utilisation de sex-toys en tous genres...
Très vite, dès le début de la relation, Axler est rongé par le doute, malgré les apparentes certitudes de Pegeen. Axler, en acteur qu'il est, fonctionne à l'intuition, il a en plus pour lui l'expérience et il a la prescience de ce qui arrivera... Néanmoins, il joue le jeu jusqu'à imaginer faire un enfant à Pegeen. La réalité sera bien différente... à vous de découvrir la suite !
En arrière-plan Roth décrit avec finesse et justesse la pression sociale exercée par les parents de Pegeen, gens médiocres préfabriqués à coups de morale manichéenne qui s'immiscent en permanence dans la vie de leur fille de quarante ans. Il peint également avec réalisme et ironie, la pression psychologique haineuse et violente exercée à tous les instants par la dernière amante déchue de Pegeen, Victoria, une rousse flamboyante que le désespoir et l'humiliation transforment en folle furieuse.
Comme dans "Exit le fantôme", l'aventure sexuelle et amoureuse avec Pegeen vient se greffer sur la vie finissante d'un sexagénaire qui ne croit plus en lui-même. Dernier jeu de rôle avant la fin !
Ce livre avec "Un Homme", "Indignation" et "Nemesis" (non encore traduit en français) fait partie de la série "Nemesis". Quatre romans dont le thème est la vieillesse et la mort.
Un roman qui m'a touché et qui confirme que Roth est un écrivain de tout premier plan.

Pour un commentaire plus fourni, voir mon blog http://livreapart.over-blog.com/

mardi 3 mai 2011

"UN HOMME" DE PHILIP ROTH


L'éden, la famille, le désir, la souffrance, la solitude. Une obsession : la mort. Celle des autres d'abord, et enfin... la sienne. Le néant.
Un livre essentiel pour les sexagénaires et plus !

dimanche 1 mai 2011

" EXIT LE FANTOME " DE PHILIP ROTH

J'ai beaucoup aimé ce livre. D'une part, parce qu'il nous parle d'écrivains, de livres, de littérature, d'autre part, parce qu'il traite de l'émergence du désir chez un homme malade et presque en fin de vie.
Le fait que la plupart des personnages du livre soient des écrivains, jeunes , vieux, morts ou vivants, hommes ou femmes, donne à ce roman un air de liberté, de folie, de créativité. Ce monde est d'autant plus présent et séduisant qu'il navique sur les fonds ténébreux d'un pouvoir républicain qui distille mensonge sur mensonge pour convaincre les électeurs qu'il faut anéantir les forces du mal au nom de Dieu et des Etats-Unis. La sentence prononcée par Roth à l'encontre de GW Bush et de ses acolytes est sans appel. Elle exprime le sentiment profond de l'Amérique que j'apprécie.

Le désir, même chez un homme de plus de soixante-dix ans, même si cet homme est impuissant à la suite d'une opération de la prostate, le désir est bien là. Déraisonnable, mais intact. La fascination amoureuse qui s'empare du vieil homme lorsqu'il rencontre Jamie une jeunne femme de 30 ans est irrésistible. Elle a été rendue possible parce que le vieil écrivain exilé en Nouvelle Angleterre, revient à New York, la mégalopole où tout redevient possible, du moins en apparence. A New York, Nathan retrouve la vie. Mais peut-il encore vivre une vraie vie ?
Il fait des rencontres qui bousculent ses habitudes et qui le révèle à nouveau à lui-même dans dans son appétit de vie, mais aussi dans toute sa vulnérabilité. Ce retour temporaire à la vie est l'expression d'un désir, verrouillé depuis onze ans, pour une raison plus ou moins crédible. Soudain il explose, mais le corps ne répond plus. Reste la séduction intellectuelle, le prestige de l'écrivain qui enseignait jadis à Harvard à des jeunes étudiantes admiratives.
Dans la réalité, le désir est là, latent, sous-jacent, mais il s'exprime pleinement dans l'écriture qui transforme le réel en un monde imaginaire créé par l'écrivain. L'écriture a le pouvoir extraordinaire de rendre possible l'inimaginable, l'improbable, l'impossible. Le vieillard incontinent peut séduire une jeune femme de 30 ans et celle-ci peut succomber, l'espace d'un court instant.
Mais l'écriture peut aussi être un instrument au service d'écrivains sans scrupules, un biographe, par exemple, peut aussi faire oeuvre de mort et tuer à jamais l'art d'un écrivain disparu, en révélant ce qui a toujours été caché. C'est ce qui révolte Nathan et Amy, la vieille amante, atteinte d'une tumeur au cerveau. Roth semble régler ses comptes avec les écrivaillons biographes.
Nathan Zuckerman, le personnage fétiche de Roth, loin de sa retraite au coeur de la forêt de Nouvelle Angleterre, ne maîtrise plus rien lorsqu'il réapparait dans un monde nouveau où les gens parlent en permanence dans des télephones portables en pleine rue, dans les restaurants, dans les boutiques, dans leur voiture. Ce monde totalement ridicule le dépasse. Son désir n'est que fantasme, il capitule, il s'en va, pour de bon.
p.170 : "Mais le lot de douleur qui nous est imparti n'est-il pas en soi assez insupportable pour n'avoir pas à l'amplifier par la fiction, pour n'avoir pas à donner aux choses une intensité qui, dans la vie, est éphémère et parfois même non perçue ? Pour certains d'entre nous, non. Pour quelques très, très rares personnes, cette amplification, qui se développe de façon hasardeuse à partir de rien, constitue leur seule assise solide, et le non-vécu, l'hypothétique, exposé en détail sur le papier, est la forme de vie dont le sens en vient à compter plus que tout."

Excellent livre. A lire d'une seule traite !


"INDIGNATION" DE PHILIP ROTH

Je dis qu’il y a de l’universalisme dans ce livre.
D'un côté la toile de fond de l'Histoire avec la guerre de Corée, nous sommes au début des années 1950, de l'autre une vie d'étudiant faite de découvertes, de séductions et de petites querelles, insignifiantes, sans importance.
Roth porte le regard de l’homme mûr sur ce que son personnage principal, Marcus, a vécu à une époque de sa vie où il découvre le monde universitaire sans en saisir le sens profond et les conséquences qui pourront découler de ses choix.

Le livre, qui témoigne d'une grande finesse d'analyse, nous aide à comprendre certains épisodes de notre vie, de nos relations avec notre famille, avec nos amis, avec ceux qui représentent les institutions, qu’ils soient étudiants ou professeurs ou encore avec ceux qui viennent d'autres mondes. Nous sommes au cœur d'un carrefour de la vie. Tout peut basculer du jour au lendemain.

Concomitamment à la découverte étonnante d'un monde universitaire plein de promesses et d’embûches, jaillit un regard inquiet sur l’ancien monde vacillant, celui de la famille, des relations avec les parents, les proches, les amis d'enfance... Progressivement les relations changent de nature. « Les siens » deviennent « des autres », presque des étrangers. Les positions bougent, comme sur un échiquier et il n'est plus possible de revenir en arrière. C'est du moins ce que l'on peut croire si l'on fait une analyse superficielle.

Mais ceux qui habitent l'ancien monde - les parents en particulier - et qui redoutent le changement, expriment une volonté profonde d’un retour permanent aux valeurs inculquées. Tous les moyens sont bons pour préserver l'héritage, jusqu'au chantage affectif.

En apparence, il est trop tard, la tentation est celle du refus catégorique. Pas question de renoncer à cette toute nouvelle liberté à laquelle Marcus vient de goûter, à la magie d'un amour naissant. Mais les autres, ceux de l'ancien monde ont bien réussi leur éducation. Les bornes, les barrières, les limites, les interdits confortés par l'affectif sont en nous, ils sont une partie de nous-mêmes, à notre corps défendant.
En réalité, on n'échappe pas au monde qui nous a façonné. Nous restons les mêmes. Est-ce à dire que nos destins sont écrits ?
Marcus est un étudiant brillant, mais il est juif et fils de boucher. Telle est sa condition. On le lui fait sentir, aussi bien ses amis que ses ennemis : "Choisis ton camp !" Roth décrit à merveille les difficultés troubles de son personnage, ses hésitations, son manque de confiance en soi, et en définitive sa préscience de ce qui va arriver. Peu à peu il prend conscience que la manière dont il entend conduire sa vie le rend vulnérable.
Dans la relation naissante entre Marcus et une étudiante belle et fragile, l'auteur nous fait toucher du doigt l'étonnante pudeur du garçon découvrant les pratiques sexuelles de sa girl-friend, qui peu à peu se transforme en incrédulité teintée de mépris. Hésitations, tergiversations, maladresses, incompréhensions, rejet familial tueront cette belle occasion de la vie. Tout s'enchaîne pour que cet amour ne se réalise pas.
Cette liberté qui rend ivre celui qui échappe à un milieu familial pesant est-elle réelle ? N'a-t-elle pas pour effet de révéler à celui qui l’exerce les éléments profonds de sa différence : sa culture, ses désirs, ses habitudes et sa vision du monde. En réalité, rien n'est gratuit, tout compte.
Bientôt Marcus découvre que son destin ne peut pas être le fruit du hasard. Alors qu'il aurait pu être le premier de sa promotion et s'installer dans une vie prospère s'inscrivant dans l'"American Way of Life", pour des raisons insignifiantes à l'échelle d'une vie, il devra partir faire la guerre en Corée où l'attendra son destin.
C’est ce passage du monde de la famille et de l'enfance à celui du monde des adultes, oh combien important dans notre vie, et parfois tragique, que décrit avec minutie et une grande maîtrise de l’écriture Philip Roth.
C'est aussi l'indignation générée par les conséquences que peuvent avoir des actes sans grande importance sur le déroulement d'une vie qui est au coeur du roman.

Bravo Mister Roth, à quand le Nobel de littérature ?