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mercredi 26 juillet 2017

PAUL BOWLES, "APRES TOI LE DELUGE" Roman

 


L'intrigue d"Après toi le déluge" se passe à Tanger. Le choix de cette ville permet de justifier la diversité des différents personnages que rencontre Nelson Dyar, un américain encore jeune, qui n'a jamais rien réussi pendant sa courte vie et qui échoue là, par hasard. Telle une coquille de noix sur un océan tantôt calme, tantôt déchaîné, il se heurte à chacun des personnages qu'il croise. Les uns appartiennent à l'Afrique, les autres sont des occidentaux.
A Tanger, il va virevolter sans cesse entre Daisy, Hadija et Eunice, Jack, Thami, les frères Bedaoui... à la recherche d'une terre ferme. Il ne la trouvera pas. Il n'a pas de projet, pas de ligne conductrice. Il vit au gré de ses rencontres et de ses peurs.
Tanger est une société séduisante, à la marge des conventions, mais sans pitié pour le faible, pour celui qui n'a pas confiance en soi.
Le problème qui se pose à Dyar est d'abord de vivre, et ensuite de survivre. Plusieurs possibilités s'offrent à lui. Il n'en choisira aucune. Il ne sera qu'un jouet entre les mains des autres.
Petit à petit sous l'effet du majoun, un monde imaginaire se substitue au monde réel et ce sera le début d'une spirale de la déchéance.
"Après toit le déluge" est le roman d'un paumé, plongé dans un monde séduisant, facile en apparence, mais en réalité sans pitié. Les rapports entre les gens qui vivent là sont très durs. Tout se sait et chacun sait réellement à qui il a à faire, tous sauf Dyar.
Lui-même ne sait pas qui il est. Ses bribes d'existence lui donnent une conscience très parcellaire de sa personnalité. Croyant assouvir ses désirs, il est en fait confronté à ceux des autres, réels ou imaginaires. En définitive, il découvre qu'il est lui même son propre ennemi. Victime de ses peurs et de sa désespérance, il retournera au néant.

J'ai aimé ce livre, même s'il me laisse une certaine amertume en bouche. Bowles fait preuve du grande connaissance des rapports humains et d'une grande lucidité sur le destin de ceux qui passent par Tanger et qui restent pris dans sa toile, à jamais.
Peut-être dresse-t-il là son propre portrait !




jeudi 23 février 2017

ANDREÏ MAKINE, "L'ARCHIPEL D'UNE AUTRE VIE" - ROMAN

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« L’archipel d’une autre vie », roman d’Andreï Makine

Andrei Makine est un écrivain français d’origine russe qui a été élu récemment à l’Académie Française.
Nous avions organisé une réunion au Square pour parler de son roman, le plus connu à ce jour : « Le Testament français », prix Goncourt et prix Médicis 1995.
J’avais beaucoup aimé ce livre, comme j’ai aimé le dernier qu’il a publié au Seuil « L’archipel d’une autre vie ».
Ce livre est l’histoire d’une chasse à l’homme, chasse d’un fugitif conduite par cinq militaires, qui se situe dans l’extrême est de la Russie à quelques centaines de kilomètres de l’océan Pacifique jusque dans l’archipel des Chantars.

Le mot « histoire » est important car aujourd’hui, en littérature on assiste à un retour de « l’histoire », qui avait complètement disparu à l’époque du nouveau roman et ensuite.
Le premier effet de l’histoire racontée par Makine dans son roman est que je l’ai lu d’une seule traite, totalement captivé par le récit. Ce qui ne m’était pas arrivé depuis un certain temps.
Mais, bien sûr, dans ce livre, il n’y a pas que « l’histoire ».
« L’archipel d’une autre vie » se situe à l’époque stalinienne de l’URSS, en 1952. C’est également le récit d’un voyage initiatique qui conduit le personnage principal vers une autre vie, une vie dépouillée au cœur de la nature incarnée par les îles d’un archipel.

Comment individuellement sortir de cette période tragique du totalitarisme stalinien pour se créer un nouvel univers hors d’atteinte des idéologies mortifères ?
C’est cette dualité apparente du livre, ou plutôt ces deux niveaux de lecture possibles qui me séduisent. Récit d’une histoire magnifiquement écrite et qui réserve au lecteur une dose de « suspense », mais aussi réflexion philosophique sur le sens que l’on peut donner à sa vie et sur la faculté que nous avons de faire des choix, notamment dans les situations les plus désespérées.
Le livre décrit notamment l'évolution intérieure du jeune soldat qui sera le dernier poursuivant... 
«  En moi, c’était ce « pantin de chiffon » gardien de mon avidité vitale... Ce pantin implanté dans nos cerveaux, rendait chimérique toute idée d’améliorer l’humanité. Les grands médecins de l’âme espéraient extraire ce vibrion qui nous poussait à haïr, à mentir, à tuer. Mais sans lui, le monde n’aurait pas eu d’histoire, ni de guerres, ni de grands hommes. » (p. 153 et 154)

« ... Oui, ruser, mentir, frapper, vaincre. La vie humaine. Un gamin s’étonnerait : pourquoi tout cela ? Dans une belle taïga, sous ce ciel plein d’étoile, l’adulte ne s’étonne pas, il trouve une explication ; la guerre, les ennemis du peuple... Et quand ça devient vraiment invivable, il te parle d Dieu, de l’espérance ! Les enfants qui se noient sous la glace, qu’est ce qu’ils ont à faire de cette lumière divine ? » (p. 164)

Illustration de mon propos sur la dualité ; les deux niveaux d’appréhension du roman :
« Dans ma jeunesse, je me rappelais surtout un canevas de dangers et d’épreuves que les deux exilés avaient endurés. Les poursuites à travers la taïga, les coups de fusil, la maison du chercheur d’or où veillait un mort... Oui, un livre d’aventures, un western. Plus tard j’ai cru y discerner une vérité bien plus vaste et plus secrète, celle qui me laissa deviner le sens caché de ces mots si simples « Nous y vivions ».

«  Il m’a fallu de longues années pour comprendre : non, c’est notre vie à nous qui était démente. Déformée par une haine inusable et la violence devenue un art de vivre, embourbée dans les mensonges pieux et l’obscène vérité des guerres... » (p. 261)

« L'homme ne devrait pas oublier qu'il n'est qu'un pauvre locataire de la Terre", insiste le romancier dans une interview qui égratigne une nouvelle fois le mode de vie. "Les Américains ne comprennent pas qu'on est sur le même radeau. On détruit la planète. Il faut arrêter cette escalade", dit-il avant de s'interroger: "est-ce que les gens sont capables de l'entendre ?"

Comment ne pas entendre cette voix ?

Un grand roman, un grand écrivain !

lundi 22 août 2016

LES JEUDIS DE NIMES

Par le fait du hasard nous nous sommes trouvés à Nîmes un jeudi soir d'été.
Nous avons découvert, au cœur de la vieille cité gardoise une animation tous azimuts, véritable défi à la morosité ambiante ressassée en permanence par les médias.

Il ne s'agit pas de politique, il s'agit simplement d'observer les visages des gens dans la rue, les uns dégustent des vins de la région place de l'Abbé Pierre, d'autres dansent le tango ou la salsa sur une la place du Chapitre, d'autres encore cherchent des livres ans les étals des bouquinistes et puis bien sûr il y a ceux qui font du shopping ou qui dînent en terrasse des centaines de cafés et restos nîmois.
Moi, ce que j'ai préféré, ce sont les concerts : une excellent orchestre de Jazz "No Vibrato" sur la place la Maison carrée malheureusement quelque peu inaudible dans le brouhaha des terrasses de café, une chanteuse à la voix exceptionnelle Olympe Assohoto en trio sur la place de l'Horloge, un orchestre flamenco au coin d'une rue...
Le tout sous un ciel de pleine lune et dans une ambiance bon enfant mêlant toutes les générations.


Photo GM
 

Les gens ont à l'évidence besoin de se retrouver, d'écouter de la musique, de discuter, de boire un coup ensemble. Des besoins simples dans un monde de plus en plus contrôlé, agressif dominé par l'argent ! Attention, Nîmes n'est pas un modèle loin de là, ce que je retiens c'est le constat que j'ai pu faire en observant les gens dans les rues, un besoin de partage, de convivialité, un besoin d'être ensemble.

vendredi 16 septembre 2011

CHATEAU D'ECOUEN : UN MUSEE RATE !


Je ne connaissais pas le château d'Ecouen, un bijou de la Renaissance. Donc, j'ai souhaité combler mon ignorance en allant le visiter hier.
Le château se situe à l'extrême limite de la banlieue nord parisienne, juste après Villiers-le-Bel.
Mais ayant suivi un itinéraire probablement plus rapide, nous sommes arrivés par le nord. De loin, la vue sur le château qui domine la bourgade d'Ecouen est impressionnante et, dans mon for intérieur, je me réjouissais de visiter un site aussi prometteur.
Même impression lorsque nous sommes arrivés derrière le château, entouré de forêts composées d'arbres majestueux et séculaires.

- Première surprise : très peu de visiteurs, une vingtaine au maximum au moment de notre visite, alors que je m'attendais à une foule importante. Il est vrai que nous étions en semaine et que la rentrée des classes, extrêmement récente, justifiait l'absence de groupes scolaires.
Nous passons la porte côté jardin. Belle vue sur le château !

- Seconde surprise, le château est exclusivement consacré au Musée de la Renaissance. Qu'importe, nous aimons beaucoup cette époque, sur le plan artistique. Nous sommes donc en attente d'un musée passionnant.

(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011 - le portail d'entrée
- Le château
La construction du château commença en 1538. Son premier propriétaire fut le connétable Anne de Montmorency (Anne était le prénom de sa marraine Anne de Bretagne), l'homme le plus puissant de France, après le roi.
Le plan d'origine du château est très simple. Il se compose d'un quadrilatère agrémenté de quatre pavillons d'angle. On ne connaît pas le nom du premier architecte. On sait en revanche qu'en 1547, le connétable fait appel à Jean Bullant pour achever l'aile Nord et construire le portique de l'aile Sud qui allait bientôt abriter les deux somptueuses sculptures de Michel Ange, aujourd'hui au Musée du Louvre, l'Esclave mourant et l'Esclave rebelle, que le roi Henri II lui a offert.


(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011, l'aile sud

 
(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011, reproduction de l'esclave mourant

Pour embellir et décorer les lieux, Montmorency fait appel à des artistes réputés tels que Jean Goujon (auteurs de magnifiques bas relief au Louvre), le fameux Bernard Palissy (émailleur, peintre et potier) et Masseot Abaquesne (cémariste et faïencier). Fidèle aux principes de la Renaissance, en amateur éclairé, Montmorency commande des vitraux, des sculptures, des pavements, des lambris et des peintures, des objets d'orfèvrerie, des magnifiques tapisseries, ainsi que des poteries, émaux et fontes de toute sorte.
Le château sera achevé en 1750. A la Révolution le château appartenant aux Condé est confisqué et le mobilier est détruit ou dispersé.
L'édifice est entouré de fossés, il est doté d'une terrasse côté nord et de jardin donnant sur la forêt.


 (c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011 - le fossé côté est


(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011 - le fossé côté est

(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011 - la façade nord avec la terrasse au premier plan

Le château, outre les appartements de ses propriétaires, comprenait également les appartements royaux d'Henri II et de Catherine de Médicis son épouse. Tous les appartements sont sur les ailes nord et sud, tandis qu'une grande galerie faisant face à l'entrée du château permettait de présenter aux visiteurs les multiples pièces des somptueuses collections du connétable.


(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011 - la façade ouest de la grande galerie vue du jardin

Au cours des siècles le château changea plusieurs fois de mains, après les Montmorency, il échoua aux Condé, puis il entra dans la patrimoine de l'Etat, devint Maison des filles de la Légion d'Honneur avant qu'André Malraux ne décide d'en faire un Musée national de la Renaissance. Celui-ci ouvrit ses portes en 1977.

- Le musée de la Renaissance
Nous pénétrons par la salle d'accueil qui fait aussi boutique et librairie, puis nous commençons la visite par la Chapelle du château.
Très belle salle, bien éclairée, avec une voûte sur laquelle apparaissent les armoieries du connétable Anne de Montmorency, serviteur successivement des rois François 1er, auprès duquel il tomba en disgrâce, et d'Henri II.


(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011 - la voûte de la chapelle

Nous passons ensuite par la salle des armes présentant de belles pièces de machines à tuer de l'époque, oy y apprend notamment les différences entre une épée, un sabre, un stylet, une dague levantine à oreillons, une dague saxonne à trident et une rapière...
Nous traversons ensuite les salles consacrées aux sculptures de la première et de la seconde Renaissance.
Viennent ensuite les appartements du Connétable avec des éléments de mobilier d'époque et ceux de Madeleine de Savoie son épouse. Les décors peints au dessus des cheminées sont en piteux état. J'ai remarqué une jolie peinture de St Jean Baptiste (vers 1515) par le peintre florentin Pontorno (prêt du Musée des BA de Dijon). Dans la chambre de Madeleine, à noter "L'adoration des mages", de Jan de Beer, peintre maniériet flamand.
A ce stade de la visite, nous sommes déçus d'une part par le caractère très hétéroclite des pièces présentées dont la plupart n'ont aucun lien avec le château. La muséographie est très primaire et toutes les salles sont dans la pénombre, ce qui donne une atmosphère lugubre et triste. On est à mille lieux de la jubilation de la Renaissance qu'on peut rencontrer à Florence ou à Fontainebleau. C'est l'un des principaux reproches que je fais à ce musée.

La grande galerie est un lieu magnifique qui a totalement perdu son décor d'origine, son pavement d'une part et ses vitraux qui présentaient la vie de Psyché.
Donc grosse déception. On aura une idée du pavement en visitant les appartements royaux ensuite. Quant aux vitraux, ils se trouvent à Chantilly.
Dans cette grande galerie totalement sombre sont aujourd'hui exposées les tapisseries illustrant l'histoire de David et Bethsabée. La beauté de la grande galerie n'est pas mise en relief, et les tapisseries pourraient être mieux mises en valeur.

Nous visitons ensuite les appartements du roi côté sud et aile nord dans lesquels sont exposés la suite des tapisseries de David et Bethsabée et le fameux pavement du céramiste Masséot Abaquesne qui était, à l'origine, dans la galerie.

Viennent ensuite la salle des cuirs et la salle des vitraux. J'ai particulièrement aimé un vitrail représentant François 1er, je le trouve extraorinairement expressif et moderne.


Nicolas Beaurain, François 1er, vitrail provenant de la Sainte-Chapelle de Vincennes, 1551.

Pour terminer la visite de cet étage, nous pénétrons dans la salle des broderies de l'Arsenal. Une magnifique tenture brodée représente Henri IV sous les formes d'Apollon. La facture est de toute beauté. C'est une pièce extraordinaire.

La Daphné de Jamnitzer
Une dernière oeuvre, de Wenzel Jamnitzer, a suscité notre mérveillement et notre curiosité.
"Dans les Métamorphoses, Ovide fit le récit de l’histoire de la nymphe Daphné qui, pour fuir les ardeurs d’Apollon, fut par la volonté de son père métamorphosée en laurier. La statuette d’argent et de corail la présente pétrifiée, saisie à l’instant même de sa métamorphose végétale. Cette vision dramatique et saisissante, qui mêle avec audace la référence à la statuaire antique et l’exotisme du monde marin des antipodes, fut imaginée dans l’atelier de Wenzel Jamnitzer, le plus grand orfèvre de Nuremberg (1507/08-1585)."
Extrait du site du Musée de la Rennaissance

Statuette de Daphné, Wenzel Jamnitzer, Nuremberg, Vers 1550
Argent fondu, cisellé et partiellement doré, corail, roches



Bon, nous avons vu incontestablement de jolies pièces, mais souvent mal mises en valeur. Nous avons une impression de fourre-tout. On s'est focalisé sur la quantité des oeuvres à présenter en se souciant très peu de la cohérence avec le site et encore moins des préoccupations du visiteur.
Cette impression va se trouver conforter avec la visite du deuxième étage.


- Bilan de cette visite
Je ne mets nullement en cause la qualité et la beauté des oeuvres exposées, mais c'est la manière dont elles sont présentées qui est critiquable.
La salle des Arts du feu me paraît être le prototype de ce qu'il ne faut pas faire en matière de muséographie. Des dizaines et des dizaines de pièces sont alignées les unes à côté des autres jusqu'à la saturation du regard du visiteur. Trop c'est trop.
L'époque des musées destinés à quelques amateurs éclairés ou à des experts très pointus est révolue. Un musée ne doit pas être le déballage de réserves jusqu'à la surabondance, car le visiteur perd toute visibilité et repart déçu. Ce qui a été en partie notre cas.
Bref un musée bénéficiant d'un potentiel extraordinaire mais mal exploité (faute de crédits certainement). Un lieu auquel il manque une âme !
Dernière remarque, le château est situé juste en dessous d'une ligne empruntée par des avions atterrissant à Roissy Charles de Gaulle. Les nuisances sonores quasi-permanentes ne constituent pas un atout pour le Musée et troublent en tout cas la quiétude du parc. Quant aux habitants d'Ecouen, n'en parlons pas !

(c) G. Morin, Ecouen, septembre 2011.

mercredi 14 septembre 2011

EXERCICE DE LECTURE

On m'a conseillé de lire un livre de l'auteur brésilien Bernardo Carvalho intitulé " 'Ta mère ". Ce livre est considéré comme un chef-d'oeuvre et comme un roman magnifique.
Or, après l'avoir lu avec cinq ou six interruptions en trois jours, je suis resté coi, au sens littéral du terme.
Puis, après réflexion et relecture de la quatrième de couverture, j'ai l'impression que je suis passé totalement à côté de ce livre, par faute de concentration et peut-être parce que je considère que ce sont les auteurs qui doivent venir à moi, me séduire et non l'inverse. C'est certainement une erreur profonde, cela montre que je n'ai pas tiré suffisamment d'enseignement de ma lecture de Proust ou de Julien Gracq. C'est bien le lecteur qui doit se mobiliser pour pénétrer l'univers romanesque d'un auteur.
Bon alors que faire avec mon roman de Carvalho ? Le reprendre et utiliser une méthode simple pour partir à sa redécouverte.

1/ Etablir une cartographie des principaux personnages
La première étape consiste à rédiger une cartographie ainsi que des fiches retraçant la parenté et les relations des divers personnages. Cet exercice ne peut être réalisé que lorsqu'on a lu l'intégralité du roman.

2/ Relire le livre en diagonale en prenant comme fil conducteur : "l'axe récurrent de la maternité et de son revers, le sentiment d'être orphelin, sans protection, déplacé, dont la guerre est la représentation la plus crue."

3/ Enfin identifier les différents parcours romanesques qui s'entrelacent en mettant en évidence les situations clés du roman.

En principe, après cette démarche en trois étapes, le roman de Carvalho devrait réapparaître dans toute sa force et sa grandeur.

Cette embryon de méthode est en fait un premier jet. Pour une méthode plus élaborée sur la base de ce schème, voir LIVREAPART, mon blog littéraire.
Je vais réaliser l'exercice et je vous tiens au courant.
Bye !

samedi 9 avril 2011

" LES SOUVENIRS, C'EST POUR LES FAIBLES ! "

Cette phrase me turlupine. Je l'ai entendue hier, elle a été prononcée par une actrice jouant dans une adaptation d'un roman d'Agatha Christie. Je n'arrive pas à l'écarter de mon esprit. Elle revient sans cesse, comme une obsession.
Ce qui m'intrigue dans ces mots, c'est à la fois la part de vérité qu'ils recèlent et leur confrontation à cette quasi impossibilité que nous avons à chasser tous nos souvenirs de notre présent. Ils sont en quelque sorte constitutifs de notre personnalité, qu'il s'agisse d'ailleurs de "bons" ou de "mauvais" souvenirs.
Rappelons que, selon le dictionnaire Larousse, un souvenir est la survivance dans la mémoire, d'une sensation, d'une impression, d'une idée, d'un événement passé.
La faiblesse consisterait donc à se réfugier dans ses souvenirs pour se plonger ou se re-plonger dans un état de contemplation passive. Le moteur du retour au passé pourrait être alors une frustration générée par l'action se déroulant dans le présent.
Le fort serait celui qui assume le présent, qui fait face aux situations et qui cherche à les maîtriser. Le faible serait en quelque sorte un fuyard du présent et de l'action.

A contrario, est-ce que cela signifie que les forts n'ont pas de souvenirs ? Les forts seraient en permanence dans l'action, ils tourneraient constamment le dos au passé. Tandis que ceux qui rêvent, qui ressassent en permanence leurs souvenirs tels des adeptes de Proust préfèreraient se situer hors du présent, dans un monde de passivité et d'inaction.

Mais qu'est-ce aussi que ce concept de fort et de faible ?
Est-ce bien la bonne manière de voir les choses ? Est-ce que l'a priori du faible et du fort ne conditionne pas la réponse que l'on peut faire ?
Fait-on par exemple, sans le savoir, référence à Nietzsche et à sa dichotomie entre morale du fort et morale du faible ? Dans ce cas là, on risque de se situer sur un terrain glissant.
Je n'ai nulle envie de me lancer dans une dissertation philosophique.
Simplement dans la vie il y a des moments, des actes, des pensées qui semblent s'imposer sans qu'on n'en connaisse la raison apparente, et c'est précisément ce phénomène qui m'intrigue.
Est-ce tout simplement un symptôme de l'âge mûr (ouh la la que d'accents circonflexes soudain, est-ce que c'est un signe ?) ou une configuration des phénomènes et des états qui à un moment précis éclaire davantage, et sous un certain angle, notre perception du monde ?
Je me dis que l'enfance, que l'on compare souvent, dans un certain milieu il est vrai, à une sorte de Paradis Perdu où les événements sont perçus d'une manière directe et essentiellement sensorielle est une période où l'on ne cultive pas de souvenirs, d'abord parce qu'on n'en a peu et que dans le monde qui nous entoure tout est nouveau, tout est à découvrir. Ce qui prime c'est le présent et l'action. Ce qui ne veut pas dire que notre inconscient n'emmagasine pas en permanence une multitude de perceptions de phénomènes qui plus tard se transformeront en souvenirs.
Mais dans le présent de l'enfance, l'action est prioritaire.
Au contraire, lorque l'âge avance, le passé peut devenir un refuge, au fur et à mesure que le présent nous chasse pour cause de faiblesse. Trop faibles pour l'action, intellectuellement, physiquement, nous nous réfugions naturellement dans notre usine à souvenirs ? Sommes-nous pour autant des faibles en puissance ?
La force ne peut-elle pas résulter de l'expérience et du vécu ?
Selon la civilisation dans laquelle nous évoluons, les réponses divergent.
Dans le monde où la production et la consommation dominent, le faible est celui qui ne produit plus et qui n'a pu les moyens physiques, financiers, intellectuels de consommer. C'est un bon à rien au sens littéral du terme.
Le fort, au contraire, est celui qui se lance en permanence dans l'action créatrice de richesses (c'est ce qu'on dit !), essentiellement de richesses matérielles et qui consomme avec avidité, c'est celui qui joue à fond le jeu du système !
Dans d'autres civilisations, les hommes sont faibles au départ, tous sont vulnérables. C'est le propre de l'enfance. Petit à petit, ils sont appelés à être initiés, à découvrir le monde et ses secrets et à acquérir de la force, laquelle force peut s'analyser comme le développement progressif d'une maîtrise exercée sur l'environnement immédiat. Dans cette hypothèse, le souvenir, qui serait un rapport à l'expérience acquise, ne serait plus l'apanage des faibles, ce serait une sorte de mémoire des apprentissages réalisés, mémoire alimentant l'action (la sienne ou celle des autres) et la réflexion. Mais dans cette conception du monde et des hommes, le monde n'est plus constitués que d'individus, il est constitué par des groupes solidaires où les uns apportent aux autres.
Bon, là il faut que je m'arrête. Je sens que les mots prennent le pouvoir et me font perdre de vue la réalité.
Le sage n'est pas le sophiste, celui qui sait ne parle que très peu et à bon escient, ce qui n'est pas mon cas, hélas !

dimanche 13 mars 2011

BLOG : POUR QUOI FAIRE ?




















Pas d'article depuis le 2 mars ! Les bonnes habitudes se perdent.
Et pourtant que de choses vécues, vues, ressenties, imaginées, que de rencontres, que d'étonnements, que d'indignations depuis cette date !
Mais voilà, on ne confie pas tout à son blog, comme on n'écrit pas tout dans un livre, comme on ne dit pas tout à l'interlocuteur qu'on a en face de soi.
La question que je me pose systématiquement est : "Que publier dans mon blog ?"
" Quel est mon objectif réel ?
- Faire partager ce qui m'a intéressé ?
- Affirmer ses opinions et ses choix ? 
- Tenter de communiquer avec d'autres bloggers ou avec des amis ?
- Lutter contre la frustration de n'avoir pas été journaliste, écrivain ou cinéaste ?
- Ou bien tout simplement tenter de créer une géographie de ses réflexions et de ses émotions à l'occasion de frottements quotidiens avec ses congénères ? "
Probablement tout cela à la fois !
Mais je me dis que le piège est peut-être précisément dans l'effet catalogue de vie culturelle, journal pas tout à fait intime, chronique de l'époque ou photographie des moments de hasard. 
La jouissance de cet espace de liberté créé ex nihilo n'est peut-être qu'un effet tout à fait illusoire, l'expression d'un narcissisme inquiet et vain, alors même que les lecteurs et autres bloggers se comptent sur les doigts d'une main ?
Alors que faire ? Qu'écrire ? Que montrer ? Que dire ?
Faut-il pour autant renoncer ?
Faut-il se consacrer à un thème unique et l'approfondir ?
Faut-il aller plus loin et chercher, puis tenter de trouver un vrai public ?
De toute façon il faut toujours se poser des questions, ne jamais se contenter du "je fais parce que je fais", c'est le seul moyen d'exercer un minimum de vigilance sur son comportement, sur ses actes.
Lecteur éventuel, si tu as des idées sur la question, je suis preneur !

samedi 15 janvier 2011

TRAVAIL ET RELATION CLIENT


Je prends un peu de recul sur mes relations avec l'un de mes prestataires Internet-Téléphone-Télévision et j'essaie d'y voir clair.
Lorsque j'appelle le Service Clients en cas de problème, ce qui me choque c'est que j'ai au bout du fil non pas des humains mais des "robots" qui n'ont aucune autonomie, même dans les mots qu'ils prononcent. On se croirait dans le "Meilleur des Mondes " d'Aldous Huxley !
1/ Comme les call-center sont situés généralement "offshore", nos interlocuteurs ne maîtrisent pas tous la langue française, du moins dans ses subtilités, ce qui génére souvent des malentendus et des incompréhensions. Attention cela ne remet pas en cause la compétence technique technique de ces personnes (ne nous trompons pas de cible !).
2/ Ces téléconseiller,s lorsqu'on écoute bie,n lisent des scénarios imposés (et ça s'entend dans le ton de la voix !) conçus par des technocrates et auxquels ils doivent se tenir sous peine d'être virés. Du coup, tout ce que vous pouvez leur dire et qui n'est pas prévu ne trouve pas de réponse satisfaisante, en principe.
3/ Ces mêmes téléconseillers sont espionnés en permanence par des chefs d'équipe qui contrôlent leurs propos, leur rythme de travail et le respect des protocoles. Et je sais de quoi je parle puisque j'ai vu fonctionner un call-center (secteur de l'assurance) dans un pays tiers : un fonctionnement 7j/7 et 365j/an, des employés sous régime de contrat précaire à quart de temps, à tiers de temps, à mi temps ou à 4/5ème, souvent étudiants.
4/ Autre élément important : lorsque la conversation avec un client dure trop longtemps (plus de 25 min. par exemple), elle est coupée systématiquement, pour des raisons de productivité. Cela m'est arrivé 3 fois de suite, ce n'est pas un hasard. Cette pratique permet d'une part, au conseiller de répondre à un autre client qui s'impatiente dans la liste d'attente, et d'autre part, si le client qui était connecté est éjecté au bout de 25 minutes, de générer un nouvel appel facturé au prix fort.
Résultat : des clients excédés et insatisfaits, des employés robotisés, nouveaux esclaves des temps modernes et un service à la clientèle totalement dégradé.
Le moteur de tout cela est clair :
- un top management aveugle, obsédé par une croissance à 2 chiffres ce qui a donné les résultats qu'on connaît notamment chez France Télécom,
- une organisation par process qui déresponsabilise totalement les employés et qui transforme le management intermédiaire en un système de flicage,
- des employés jetables et interchangeables au moindre problème, car les "call center" se situent dans des pays "offshore" où le droit du travail est pour le moins très léger


Constat final :
- des actionnaires satisfaits qui s'en mettent plein les poches,
- des dirigeants méprisants et totalement autistes, qui eux aussi s'en mettent plein les poches : le salaire fixe de Didier Lombard, pdg de FT, était de 900 000 €/an en 2009 et son salaire variable de 683 685 €/an, ce qui fait un total de 1 587 992 €/an, soit 132 332 € par mois.
A ce prix là vous comprenez, on peut se permettre de faire n'importe quoi du moment que les actionnaires sont satisfaits. (Le suicide ? C'est une mode, n'est-ce pas ?)
- des employés totalement vulnérables et robotisés travaillant sur des postes sans valeur ajoutée, souvent d'ailleurs dans des entreprises de sous-traitance, sans garantie d'emploi, avec des salaires qui n'ont rien à voir avec le SMIC en France (salaire de départ 14€/h en Tunisie, et 387€/mois au Maroc.)
- des clients qui deviennent fous (cf les forum de mécontents sur Internet !), notamment ceux qui ne sont pas très au fait des technologies ,
- un taux de chômage en France (9,3% de la population française métropolitaine) qui ne fait que s'accentuer du fait des délocalisations et des déficits qui se creusent dans tous les domaines de la protection sociale.

lundi 14 juin 2010

LA BALANCOIRE : PREMIERE IVRESSE DE LIBERTE

Samedi dernier, je regardais mes jeunes nièces et leurs amies qui se précipitaient, tôt le matin, sur les balançoires situées dans le jardin. Elles étaient les enfants les plus heureuses du monde lorsqu'elles grimpaient chacune sur ces planchettes maintenues par deux cordes et deux anneaux à un portique.
Regardant cette scène particulièrement tonique, je me suis pris à rechercher dans mes souvenirs ma première expérience de balançoire.

La balançoire et la petite madeleine
Je me souviens d'une expérience assez malheureuse qui m'est arrivée dans un jardin public lorsque j'étais enfant. Il ne s'agissait  d'ailleurs pas d'une balançoire, mais d'une bascule. Pour jouer à la bascule, chacun sait qu'il faut être deux : l'un faisant contrepoids à l'autre. Et malheureusement dans mon souvenir, mais aussi dans la réalité de l'époque, l'autre, celui qui me faisait contrepoids, avait brusquement quitté sa place alors qu'il était en position basse et bien entendu, je me suis retrouvé immédiatement dans les airs, accroché par mon gilet à l'une des branches de la bascule. Le gilet, tout neuf, n'a pas résisté et je suis rentré tout penaud à la maison. Ma mère n'était pas contente, mais elle avait surtout eu peur que je me sois fais mal et j'ai été on ne peut plus vite absous de ma faute, si tant est que j'en ai commise une (ouh là, là, cette civilisation judéo-chrétienne !)
Mais peu importe, il ne s'agit pas de raconter ma vie d'enfant, mais plutôt de m'interroger sur la "fonction sociale" d'une balançoire.

Photo trouvée sur Internet

Première question : pourquoi la plupart des enfants raffolent-ils de la balançoire ?
A mon humble avis, la balançoire leur offre l'opportunité de quitter la terre ferme. Ce n'est pas une sensation si courante que cela. Et c'est ce qui fait la fortune des fêtes foraines ou des parcs d'attraction. Se balancer, c'est en effet quitter la terre ferme, délivrer ses pieds de leur fonction de support de notre corps et éprouver une sensation de liberté dans l'espace, qui s'exprime à la fois dans le rythme et l'accélération.
Certaines personnes, certainement plus savantes que les autres, considèrent également que le mouvement de balancement " nous rappelle, inconsciemment, notre plus tendre enfance lorsque nous étions dans les bras de notre maman." On sombre très vite dans la psychanalyse. Pourquoi pas ! D'ici a ce qu'on raconte que se balancer c'est rechercher l'éden originel !

La balançoire et l'apprentissage des postures du corps
La balançoire nous permet également de nous initier à des tactiques comportementales d'adaptation à des situations nouvelles. Le mouvement de balancement est en effet un déplacement du centre de gravité. Ainsi, quand on se trouve au plus haut point de ce centre de gravité on adopte fréquemment une position de repli sur soi, type position foetale ! Une fois redescendu au plus bas, nous avons tendance à nous étirer pour faciliter la relance du mouvement vers le haut. Exwceptionnel non !

La balançoire, une école du rythme vital et la découverte des limites physiques
Mais revenons au rythme même du balancement. Il est essentiel car il permet à la fois la répétition du plaisir et son amplification, en donnant des impulsions plus fortes. La balançoire offre l'opportunité aux enfants (et aux grands) de se mouvoir dans l'espace, mais aussi de mieux connaître les limites de leur corps. En cherchant à aller toujours plus haut et toujours plus vite, l'enfant découvre qu'il doit se plier à certaines contraintes physiques. Découvrir ses propres limites à travers le jeu, n'est ce pas une des pédagogies les plus efficaces. Mais je n'ai jamais eu l'occasion pendant mon cursus scolaire d'analyser le jeu des forces physiques mis en oeuvre dans le mouvement de la balançoire. C'eût été certainement passionnant.
En d'autres termes, la balançoire est une école de la vie.

La balançoire, un jeu sécurisé : je m'en vais, je reviens !
Enfin, pour les plus petits qui ne sont pas encore autonomes, se balancer permet d'échapper l'espace d'un court instant au père, à la mère ou à l'adulte accompagnateur. Le temps d'une montée dans les airs sous l'impulsion d'une grande personne donne à l'enfant l'un de ses premiers vertiges d'autonomie, même s'il ressent une certaine appréhension, il sait que très vite il retrouvera les mains sécurisantes de l'adulte. Mais ses mains l'accueilleront pour mieux relancer le mouvement de propulsion dans l'air. Très vite il passera de la sécurité retrouvée à une nouvelle ivresse de liberté dans l'espace.

Et si je vous disais que malgré les quelques décennies que je cumule, il m'arrive parfois d'avoir envie de monter sur une balançoire, sans savoir réellement pourquoi, mais certainement pour retrouver ces sensations enfantines et ludiques du "je pars, je reviens", "je pars, je reviens", "je m'envole et je repique vers le sol", "je suis libre comme l'air". La balançoire ou la première ivresse de liberté!

Si vous avez vous-même des idées ou des souvenirs de balançoire, ou même des théories personnelles, n'hésitez-pas à nous EN faire part en commentaire.

vendredi 11 juin 2010

LA RITOURNELLE DE LA FAIM DE J.M.G. LE CLEZIO


Livre étrange, livre dans lequel Le Clezio se livre, en partie. Ethel, la jeune fille, c'est un peu lui, c'est aussi un peu sa mère et quelqu'un d'autre encore... peu importe!
Le thème est bien celui de la faim, mais une faim particulière, une faim de la vie en quelque sorte, une faim qui est aussi colère et qui monte jusqu'à la rupture, jusqu'au silence étourdissant, comme dans le Boléro de Ravel.
L'histoire, encore une, d'une initiation conduite par le vieux Soliman, puis par l'étrange Xenia, l'étrangère. Mais du rève initial, de la promesse d'amour il ne subsiste que des souvenirs, une faim en quelque sorte.
Les thèmes traditionnels de Le Clezio reviennent comme des obsessions : la pauvreté, l'exil, l'injustice, la guerre et toutes les horreurs qu'elle charrie, mais aussi la révolte, la colère, la rebellion... et le retour qui est ici un exil.
Un livre que j'ai aimé, mais je suis bien incapable de dire pourquoi ! Un livre où l'affectif (celui de l'auteur) semble prendre le pas sur la construction littéraire. Un livre en mouvement ... un livre boléro en quelque sorte !
Voir un compte rendu de lecture plus détaillé sur Livreapart.

lundi 24 mai 2010

INCROYABLE : LA CAMPAGNE DANS LA VILLE !


Tout le monde se souvient du slogan de l'humoriste Alphonse Allais qui disait qu'il fallait bâtir les villes à la campagne. Eh bien hier j'ai vu comment on pouvait mettre "la campagne dans les villes" et pas n'importe où, s'il vous plait, sur l'avenue des Champs-Elysées, à Paris. Pour moi cela a été un choc extraordinaire. Alors que 3 jours avant, je déambulai sur cette avenue avec ma voiture, aujourd'hui, au même endroit, il y a des miliers de pousses de blé tendre et plusieurs centaines d'espèces végétales. J'en déduis qu'aujourd'hui, dès lors qu'on y met les moyens et une volonté, une volonté politique au sens noble du terme, on peut presque tout changer, presque tout faire.
Evidemment là, il s'agit d'un changement temporaire (3 jours), mais l'effet est tout simplement incroyable !
Et ce qui est encore plus extraordinaire c'est la foule immense qui  a investi les lieux pendant 3 jours. D'un côté, cela me rend totalement optimiste, cela me rassure sur le formidable potentiel que peut mobiliser notre société, et d'un autre côté, je ne peux m'empêcher de penser qu'on fait de la nature véritable, un spectacle de rue avec des animaux complètement asphyxiés enfermés dans des enclos photographiés par des dizaines de milliers de gens, dont certains n'ont peut-être jamais approché, une vache dans un pré.

C'est bien la campagne à la ville, mais bien sûr, ce n'est pas la vraie campagne, c'est un ersatz de campagne, un décor de cinéma, presque un souvenir, une mémoire de l'ancien temps, comme dans le film "Soleil vert" qui m'avait tellement marqué à l'époque. Et, sous cet aspect, j'ai l'impression qu'on nage dans l'absurde, j'en ai des frissons dans le dos.
Il n'empêche que c'est plutôt le côté positif que je retiens de ces 3 jours. Il y avait déjà la plage à la ville, maintenant il y a la campagne au coeur de la ville !!!
Ce qui importe, c'est que cela soit possible. On peut désormais réinventer les villes en permanence ou plutôt créer des lieux, des sites à paysages variables !
Ce n'est plus nous, les humains qui nous déplaçons pour découvrir la nature, les paysages, mais ce sont les lieux, les espaces, qui viennent à nous  au coeur de la cité.
Une vraie révolution copernicienne, dont on ne mesure certainement pas toutes les conséquences aujourd'hui !
Un champ de réflexion immense surgit soudain.
Peut-être que dans un ou deux siècles les hommes trouveront la possibilité de transplanter  ou de recréer la terre sur d'autres planètes. Ainsi il y aura les planètes dédiées aux vacances, ensoleillées en permanence, d'autres regorgeant d'espèces végétales et animales, les planètes-jungle, véritable réservoir biologique de la galaxie, d'autres encore, entièrement dédiées aux innovations technologiques, les planètes virtuelles. Chaque planète conquise par l'homme sera spécialisée, un peu comme les quartiers d'une ville, aujourd'hui. Un seul problème : maîtriser l'espace et le temps.
Quand je vous disais que nous étions tous des apprentis-sorcier !
Est-il vrai que rien n'est impossible ?

dimanche 16 mai 2010

JE RAME... JE RAME...

Finalement, c'est difficile d'alimenter un blog, voire même plusieurs, en permanence. Cela suppose qu'on a des choses à dire et qu'on souhaite les faire partager. Il est cependant des périodes où rien ne vient. Peut-être parce qu'on est préoccupé par d'autres choses.
Le problème c'est que les blogueurs habituels et habitué,s viennent une fois, deux fois sur mon blog et que ne voyant rien venir ils se lassent. De même parallèlement à ma carence temporaire, je ne prends même plus le temps de rendre des visites à d'autres blogueurs.
En fai,t je me dis que c'est bien dommage de remettre en question un rythme régulier d'échange qui m'a apporté beaucoup de satisfaction. Il faut que je me reprenne !
A très bientôt donc.

Si vous avez connu le même phénomène, n'hésitez pas à m'en parler. La balle et dans votre camp.

jeudi 29 avril 2010

DU COTE DE CHEZ SWANN DE MARCEL PROUST
























Difficile pour moi de parler de Proust et du volume que je viens de terminer "Du côté de chez Swann"! Je n'ai jamais aimé Proust, son univers, sa sensiblerie, son obsession permanente du passé, sa contemplation enfantine et stérile et surtout son aversion pour l'action. Rêver, écrire sont ses deux occupations majeures, la fortune de sa famille lui permit ce luxe.
Néanmoins, grâce à une "lecture assistée", par André Dussolier, j'ai pu enfin arriver à la fin des quelque 180 pages de "Du côté de chez Swann" dans la collection de la Pléiade. Je ne dirais que j'ai aujourd'hui changé d'avis sur cet écrivain, mais sans que je m'en rende compte, par effraction, cette lecture semble avoir modifié certaines de mes perceptions et a peut-être fait bouger quelques-unes de mes certitudes profondes. On ne sort jamais indemne de la lecture d'un grand livre, même si on ne l'aime pas !
Plutôt que d'entrer dans les détails de ces vacillements intérieurs qui n'intéressent que moi, c'est plutôt sur l'impact de la littérature sur nos vies que j'aimerais livrer quelques réflexions personnelles à la lumière de cette expérience très récente.

Interrogation : lit-on un livre comme "La Recherche" par hasard ?
La réponse à cette question est généralement : non. Soit que cette lecture nous fût imposée jadis par nos professeurs, soit que le livre nous fût offert en cadeau par un parent ou un ami.
Dans d'autres circonstances cependant, les lecteurs que nous sommes achètent les livres que l'on nous recommande. Ces recommandations ne se font pas par hasard, elles sont souvent en phase avec la connaissance que l'on peut avoir de notre personnalité.
Il y a enfin les livres que l'on choisit ou que l'on croit choisir, sur les rayons de notre librairie préférée, chez un bouquiniste ou sur les sites d'Amazon ou d'Alapage (c'est pmoins potéique bien sûr!). L'achat est bien le fruit de notre libre arbitre, souvent de notre envie, parfois d'un besoin impérieux.

Oui, mais pourquoi tel livre plutôt que tel autre, en cet instant même ? Hasard ou nécessité, qui sait réellement ?
En réalité, il faut distinguer le cadeau et l'acte d'achat, de la lecture elle-même. Acheter un livre ne signifie pas le lire. Nos bibliothèques sont pleines de livres dont les pages n'ont jamais été lues !
Je suis persuadé que si l'on creusait plus en profondeur les motifs qui expliquent nos choix de lecture, nous irions certainement au-devant de grandes surprises.
Pour en revenir à Proust etr illustrer mon propos, plusieurs fois au cours de ma vie, j'ai entamé la lecture de "La Recherche" et je n'ai jamais pu dépasser la centaine de pages, et avec quels efforts encore ! Je n'ai eu de cesse de recenser, parfois avec culpabilité, les motifs justifiant ce manque d'intérêt : omniprésence du passé, thèmes insignifiants et obsessionnels, vision "parisienne" de la vie à la campagne, description d'un monde aristicratico-bourgeois hypocrite et bigot, phrases interminables allant jusqu'à l'illisibilité... Résultat : lassitude, bâillements... abandon...
Et pourtant, grâce au cadeau de ma fille (le coffret de 8 CD), cette fois-ci, j'ai persévéré jusqu'à la dernière page de "Du côté de chez Swann". Acte volontaire donc.
Mais qui avait décidé ma fille à m'offrir ce coffret ?
Qu'avait-elle détecté dans ma conversation ou dans mon comportement qui pouvait lui faire deviner que l'heure était propice, que j'étais en attente de cette lecture ?
Mystère !
Peut-être qu'un jour elle m'a entendu dire que les deux romanciers les plus importants et les plus marquants du XXème siècle étaient Céline et Proust, peut-être encore a-t-elle senti un jour que j'entrais, malgré moi, dans une période de vie plus contemplative qu'active, peut-être encore a-t-elle tout simplempent souhaité favoriser mon initiation à un univers littéraire inexploré. J'admets toutes ces hypothèses. J'admets que notre vie, nos préoccupations de l'instant peuvent avoir un rapport immédiat direct avec nos lectures.
Mais cela n'explique pas que cette récente lecture ait fait "bougé" quelque chose en moi. Qu'est-ce qui est à l'origine de ce changement ?
Peut-être est-ce ce regard d'enfant que porte Proust sur le monde qui l'entoure : à l'abri dans son cocon familial, le narrateur observe les grandes personnes qui peuplent cet univers tranquille et féroce de Combray, parents, grands-parents, tantes, grand-tante léonie, oncle exilé, domestiques, amis de la famille (Swann, Vinteuil...), jeunes filles en fleurs (Gilberte) ...
Peut-être est-ce cet enracinement dans un lieu, dans des paysages, dans une maison à la fois figée dans le passé et perçue dans ses différences subtiles du passé et des instants, anipmée par des personnages qui eux-mêmes font et défront leurs us et coutumes. N'y a-t-il pas un lien très puissant et souvent inperceptible, entre un lieu, une maison et ceux qui l'abitent, ils en sont l'âme, ce sont eux qui l'animent...
Peut-être est-ce encore l'imaginaire de cet enfant qui recrée le monde à sa façon, les couleurs, les senteurs, les formes changeantes qui lui ouvrent l'accès à une réalité au-delà du réel qu'il est seul à contempler et à aimer...
Nul doute que dans cette attitude à la fois innocente et secrète ouvre de nouvelles portes, jusqu'alors hermétiquement closes.
Dans un livre comme "La Recherche", il est clair qu'existent de multiples degrés de lecture :lecture esthétique ou émotionnelle, lecture rationnelle ou intellectuelle, lecture poétique (au sens propre du mot) ou initiatique.

En définitive, malgré toutes les réticences qui demeurent, j'avoue que cette lecture m'a, peut-être malgré moi, initié à un nouveau regard sur le monde (pas nécessairement sur le passé d'ailleurs) à une nouvelle perception des êtres et des choses qui demande toutefois d'être confirmée dans l'avenir.
La littérature exerce à l'évidence une influence sur nos vies quotidiennes, parfois malgré nous.

mardi 27 avril 2010

ESCAPADE BOURGUIGNONNE

Nous sommes entre Morvan et Auxois. Il fait beau, les arbres sont en fleur, les champs de colza regorgent de soleil et d'effluves dorées, l'herbe est tendre et lumineuse, la campagne à portée de nos sens se réveille après une longue nuit d'hivernage glacial et translucide.
Avril aux champs, la sève monte, le vert repousse le bleu tendre dans ses quartiers d'horizon jusqu'à ce qu'une douce et téméraire chaleur glisse sur nos épidermes engourdis. Quel plaisir !
Chacun a le sourire, commerçant, paysan, fonctionnaire, camionneur, viticulteur, vacancier tardif, simple promeneur, c'est une renaissance.

A l'aube d'un jour nous nous rendîmes à une foire bachique qui n'avait pas encore ouvert officiellement ses portes. D'aucuns déballaient leurs cartons, d'autres apprêtaient les verres, pendant que d'autres encore célébraient le rituel incontournable de la buvette.
Ignorants de l'heure indue, nous conquîmes de haute lutte le privilège de déguster en seigneurs quelques-uns de ces breuvages divins. De somptueux nectars d'une couleur tantôt pourpre cardinal, tantôt or royal, s'offrirent à nos sens aux aguets. Des appellations olympiennes ronronnèrent bientôt à nos oreilles curieuses "Rully", "Mercurey", "Chorey-les-Beaune", "Chassagne-Montrachet", "Monthelie", "Meursault" et bien d'autres encore... Nous outrepassâmes même les frontières de la douce province, infidèles, nous nous délectâmes, le temps d'un coup de carillon au clocher voisin, du fruit voluptueux des vendanges tardives d'un cousin d'Alsace.
Nous revînmes les bras garnis, l'estomac en appétit, l'esprit enjoué, pour partager viandes en sauce, fromages suintants, odorants et gras à souhait, tarte aux mirabelles et pêches de vigne au sirop.
Le temps d'un somme régénérateur et ombragé, nous nous précipitâmes lentement jusqu'au lieu-dit le Brouillard pour fouler d'un pas léger l'onde verte sur laquelle, munis de nos cannes, de nos bois et d'une petite sphère blanche magique et bosselée, nous fîmes quelques ricochets élégants jusqu'à atteindre la cavité victorieuse. Nous répétâmes l'exercice neuf fois jusqu'au fanion terminal.



Et puis vint le temps des agapes, enfin.
Nous nous rendîmes à quatre chez le Duc d'Arnay : " Camille " à quelques coudées du Saulieu de Pompon et de Loiseau.
A nouveau nous partageâmes les premières lueurs d'un soir enchanteur autour d'une table apéritive garnie de gougères et de morceaux de jambon persillé arrosés d'un vin blanc gouleyant et sans pareil pour nous préparer aux délices à venir.
Confortablement enfoncés dans les fauteuils de cuir du salon, on nous demanda de choisir les mets, nous optâmes pour le menu " La cuisine de nos Grands Mères " (ça ne s'invente pas !).
Après une petite attente, on nous introduisit avec amabilité sous la verrière d'un jardin d'hiver. Notre table, ronde, tout apprêtée, chandeliers flamboyants et couverts argentés, nous attendait dans un coin tranquille. A ma droite, derrière une grande vitre on pouvait observer la brigade préparant avec dextérité et précision les plats commandés par les convives, au fond, l'antre du pâtissier en forme de boutique appelait à la gourmandise des yeux, enfin, à ma gauche, une pièce plus exigüe avec une immense cheminée garnie de quelques tables accueillait d'autres convives.
L'ambiance est chaleureuse. Des serveuses en costume local, parfois un peu stressées tant l'affluence est grande et les apprentis peu dégourdis, vinrent nous verser un somptueux Volnay-Santenots Premier Cru, mis en carafe, pour accompagner jambon persillé, terrine de pied de porc et autres hors-d'œuvre de la région...
Vinrent ensuite les mets principaux : pièce de charolais, ris de veau et carpaccio de bœuf, sauce tartare sur pommes allumettes toujours accompagnés du fameux Volnay (le vin préféré de mon père qui était un "pur" bourguignon.

Arrivèrent enfin le fromage blanc tremblant d'onctuosité fraîche, le plateau de fromages aux fortes senteurs régionales ( Epoisses bien sûr, Chaource, Cîteaux, mais aussi Brillat-Savarin et autres pâtes cuites du Jura...) accompagnés cette fois-ci d'un Santenay.

 


Et pour le plus gourmet d'entre nous, un sorbet multicolore dont nous cherchâmes un temps l'un des parfums, la verveine accompagné de tuiles géantes aux amandes et au cumin.

Pour clore ce séjour sous la verrière on nous offrit un doux breuvage pétillant qui devait être un crémant de Bourgogne comme il se doit ici.
Nous passâmes au salon pour prendre le café assorti de mignardises, de pain d'épices et de truffes au marc de Bourgogne.



C'est alors que nous vîmes apparaître le maître de céans, Armand Poinsot. Tout de blanc vêtu, tel un empereur romain, grand, droit, le crâne dégarni, la moustache sévère et distinguée, l'œil vif et malin, il s'approche de notre petite assemblée et entame la conversation. D'abord un peu réservé, comme tout vrai bourguignon, il en profite pour jauger l'assistance.


Armand Poinsot

Nous commençâmes à parler des "Jardins de Camille" à Suresnes. Dans un premier temps j'avais cru qu'il s'agissait d'une sorte de filiale de "Chez Camille" d'Arnay. En fait, c'est tout le contraire.
En effet, Armand Poinsot, lorsqu'il était jeune, vint faire son apprentissage à Arnay-le-Duc, chez le propriétaire de l'époque qui avait succédé au fameux Camille, le fondateur. (La maison n'a connu que 3 propriétaires en 180 ans, étonnant !). Puis il partit à Suresnes créer un restaurant dans une ancienne ferme située au pied du Mont Valérien ( dont on voit encore les photos sur le site du restaurant).
En 1984, il décida de racheter le restaurant d'Arnay-le-Duc, qu'il exploite depuis cette date avec son épouse Monique.
Au passage nous apprîmes que c'est sa fille Amandine qui tient maintenant "Les Jardins" et que ses autres enfants sont tous dans l'hôtellerie ou la restauration. l'un des rejetons étant même allé s'installer dans le Bordelais.

Ayant repéré nos origines bourguignonnes, notamment celles de Colette, nous abordâmes des sujets plus ciblés. Le bel Armand nous apprit ainsi qu'il parla patois avant de parler français, lorsqu'il était enfant dans la ferme de ses parents, à côté d'Arnay. C'est l'instituteur qui lui apprit le français. Aujourd'hui il parle encore patois avec les gens du coin. Colette lui dit qu'elle le comprend, mais qu'elle ne le parle pas. Parler patois, ici, c'est le signe d'appartenance par excellence, pour les anciens bien sûr. Ainsi lorsqu'on parle patois, dans un café par exemple, et qu'arrive un "étranger", c'est-à-dire quelqu'un qui ne parle pas ni ne comprend le patois, tout le monde se tait: par politesse, par dédain ? Qui sait ? En Bourgogne, dans les villages, comme partout, le sentiment d'appartenance est très fort. Poinsot nous raconte par exemple que dans une assemblée locale, on a ressorti à l'un des membres avec qui on était en désaccord, par ailleurs parfaitement implanté localement depuis une quarantaine d'années, "qu'il n'était pas d'ici". Cela veut tout dire et mérite réflexion sur toutes les pratiques d'intégration.
Notre ami Armand découvrit très tôt son goût pour la cuisine. Tenu à l'écart des fourneaux familiaux, pour cause de jeunesse, il s'inventait lui même ses propres recettes, comme la patate braisée farcie au moineau, la pie dépiaulée et rôtie (dépiauler signifie enlever la peau en patois), les grenouilles attrapées dans les mares, les écrevisses pêchées dans les rivières morvandelles bien sûr et toutes autres bestioles à portée de main dans la nature.
Vint ensuite le tour de France obligatoire, l'apprentissage et le compagnonnage.
Alors que nous le félicitions pour sa carte des vins de Bourgogne, il nous expliqua sa philosophie en matière de gastronomie : tradition et invention.
Tradition, cela va de soi, nous sommes en Bourgogne et les gens qui viennent dans notre région cherchent une authenticité. Ils ne viennent pas ici pour boire du Bordeaux rugit Armand ! Il nous raconte à ce propos le différend qui l'a opposé à un client particulièrement grincheux et qui ne comprenait pas pour quoi il n'y avait pas de vins de Bordeaux à la carte de Chez Camille.
Cependant pour la clientèle habituelle il faut aussi savoir varier les plaisirs et s'ouvrir à d'autres influences. Ce qui explique la carte fort riche de "Chez Camille". Par exemple en entrées chaudes : l'Escalope de Foie Gras de Canard à la Plancha, raviole d'ananas et pain d'épices, jus de veau, et en plat principal les ris de veau au sautoir, façon Vallée d'Auge, pousses d'épinards, zeste d'orange, quartier de pomme, essences de veau crémées Calvados.
En ce qui concerne la cuisine et la technologie, M. Poinsot se moque de ces cuisinières perfectionnées sur lesquelles ne figurent même plus l'indication des degrés de température du four. "Je n'ai qu'à passer ma main dans le four pour savoir si je dois mettre le poulet" dit-il. De toute façon si on devient cuisinier, on "naît rôtisseur". Nous connaissions tous l'adage. Quant à la technologie en général, notre homme nous dit ne pas savoir et ne pas vouloir se servir d'un ordinateur. A quoi ça rime de voir tous ces gens en permanence collés à leur écran ? Là-dessus nous n'avons pas cherché à épiloguer, question de génération sans doute !
On en vint ensuite à parler de quelques spécialités régionales comme la "pôchouse" que l'on célèbre à Verdun-sur-le-Doubs. La "pôchouse" c'est quoi au juste ? Une espèce de bouillabaisse préparée avec des poissons d'eau douce. Généralement les poissons qui font la base de la pochouse sont le brochet et la perche (poissons à chair maigre) et l'anguille et la tanche (poissons à chair grasse). D'autres y mettent de la carpe et du sandre, voire de la truite. Pourquoi pas ! L'inventivité n'a comme limites que le bon goût ! Armand Poinsot nous explique qu'il réalise parfois cette recette à la demande pour des groupes.
La conversation continue au fil de l'eau. On évoque l'écrivain régionaliste Henri Vincenot, originaire de Dijon et qui prit sa retraite à Commarin à quelques kilomètres d'Arnay. Il avait coutume de venir dédicacer ses livres "Chez Camille". Sa fille a repris le flambeau aujourd'hui, elle publie aussi des livres.


 Henri Vincenot

J'évoque ensuite le restaurant "La Crémaillère" à Jouey où j'allais avec mon père lorsqu'il était dans la région. Armand Poinsot me confirme qu'on y mangeait très bien et que le propriétaire était un ami, les plats étaient copieux et simples et la salle était toujours remplie par des convives de toute condition. Aujourd'hui cette merveilleuse adresse a disparu.
Nous parlâmes également du fameux tacot, le petit train à voix étroite qui reliait les plus gros villages de la région. Maintes fois mon père m'a parlé de la ligne qui allait de Dijon à Epinac qui passait par la vallée de l'Ouche. A Arnay-le-Duc, il y avait un croisement de lignes. Passionné par le sujet, Poinsot va nous chercher un livre écrit par un anglais sur le sujet.

Le tacot à Arnay-le-Duc

Mais bien sûr le temps passe. C'est à regret que nous saluons notre hôte. Nous avons passé une belle soirée au cœur de la tradition bourguignonne.

Les photos de cet article sont de Michel BAC sauf les deux dernières.