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mardi 5 décembre 2017

BEAUNE BOOGIE BLUES FESTIVAL 2017

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Ceux qui me connaissent savent que je suis un amateur de blues et de boogie woogie.

Le week end dernier se tenait à Beaune le « Beaune Blues Boogie » festival.

J’avais un peu peur, malgré l’intérêt que je porte à cette musique, de me lasser de la rythmique du boogie au bout de trois quarts d’heure, en réalité au bout des trois heures de concert j’en aurai volontiers redemandé encore. Le premier pianiste arrivé sur scène est Sébastien Troendlé. Son jeu est riche et novateur, il sait cultiver certaines dissonances et joue également du ragtime avec une évidente aisance. 
C’est ensuite au tour du créateur du festival Jean Pierre Bertrand de jouer des boogie sur un mode plus traditionnel accompagné de deux excellents musiciens français, le batteur Michel Denis, qui a joué avec les plus grands noms du blues et du jazz, surtout avec Memphis Slim. Quant à Gilles Chevaucherie à la contrebasse, c’est aussi un des piliers du jazz français, il a fait partie des fameux « Haricots Rouges » dès l’origine et il a accompagné lui aussi des grands noms du jazz. Ce que je retiens de ces deux accompagnateurs, c’est bien sûr leur tempo, leur maîtrise de l’instrument mais surtout leur joie de vivre, pour eux jouer ensemble c’est se faire plaisir et faire plaisir au public et celui-ci ne s’y trompe pas.

Vint ensuite Richie Loidl, musicien que je qualifierai de « commercial » sans que ce soit vraiment péjoratif. Sa technique est limitée, en revanche il n’a pas son pareil pour mettre de l’ambiance dans une salle lorsqu’il entame les succès de Jerry Lee Lewis. C’est un gars qui a du punch et de l’enthousiasme, mais sur le plan musical on reste vraiment sur sa faim.

Arrivent ensuite le pianiste allemand Frank Muschalle, excellent technicien doté d’une puissance et d’une régularité qui donne vraiment du plaisir à l’écouter. Il est accompagné par deux musiciens de qualité, le batteur Peter Mueller et le bassiste Dani Gugolz, meilleur musicien que chanteur. J’avoue avoir eu un faible pour le saxophoniste-clarinettiste Stephan Holstein. Dès qu’il souffle dans son saxophone, il fait monter le swing et pousse l’ensemble des autres musiciens. C’est un saxophoniste généreux, inspiré doté d’un excellent swing. Ce soir là, c’est le musicien qui m’a le plus impressionné. Il donne de la chaleur à un Frank Muschalle, excellent pianiste, mais qui manque un peu de feeling.


 Frank Muschalle au piano (c) G. Morin 2017


En seconde partie, assez tard dans la soirée, nous avons eu droit à une jam session avec une douzaine de musiciens sur scène, c’est l’esprit du jazz qui s’est emparé de la salle, même si sur le plan de la qualité musicale, on était plus dans le « melting pot » que dans la virtuosité.


 Jean Pierre Bertrand, Frank Muschalle et Richie Loidl au piano, le saxophoniste Stephan Lostein, le bassiste Dani Gugolz et le guitariste Nicolas Peslier. (c) G. Morin 2017


J’ai passé une excellente soirée à Beaune, entouré de ma femme et de mes amis, au milieu d'un public manifestement ravi et je me suis souvenu avec émotion des concerts du Hot Club de France à Dijon dans la fin des années 60 avec Memphis Slim, Willie Dixon, T-Bone Walker,  Lowell Fulson, Champion Jack Dupree, Milt Buckner, Buddy Tate, Illinois Jacket, Lionel Hampton, Willie Smith the Lion ou John Lee Hooker. C’était une autre époque!
 Merci à tous ces musiciens français qui perpétuent la tradition du blues, du boogie et du jazz en général.

vendredi 17 novembre 2017

« L’ORDRE DU JOUR » D’ERIC VUILLARD - PRIX GONCOURT 20




Il y a d’abord la photo sur l’enveloppe de couverture. Qui est cet homme souriant, le haut de forme à la main une paire de gants et des feuillets dans l’autre main, qui prend la pause devant l’objectif d’un photographe.
On dirait un anglo-saxon, plus exactement un britannique. Qui cela peut-il bien être ? Ce n’est pas Eden, ce n’est pas Chamberlain, alors qui ?
La quatrième de couverture donne quelques indications sur l’endroit où la photo a peut-être été prise. Le palais du Président de l’Assemblée. Mais aucune certitude.
Alors je me plonge dans le livre. J’apprends que vingt-quatre hommes, tous vêtus d’un pardessus, débarquent chacun de leur limousine pour se rendre dans le palais du Président. L’auteur décrit leur déambulation dans les couloirs du palais, il nous révèle qu’il aurait pu avoir la tentation d’en faire des marionnettes n’arrêtant pas de tourner dans les escaliers… Mais il semble que la situation ne prête pas à ce genre de fantaisie. Qui sont-ils et que viennent-ils faire là ces vingt quatre ?
Un nom nous est jeté en pâture : Albert Vögler. La consonance de ce patronyme me laisse à penser que nous pourrions nous trouver en Allemagne ou en Autriche. Mais je n’arrive pas à situer le personnage. Six lignes plus loin, l’auteur évoque un autre membre des vingt-quatre : Gustav Krupp. En un quart de seconde, mon cerveau se focalise sur le nom de Krupp. Un marchand de canon allemand. J’ai deviné. Nous nous situons dans le palais du Président de l’Assemblée de l’Etat Allemand. Mais à quelle époque réellement ? J’ai observé que ces messieurs étaient arrivés en limousine et qu’ils portaient des pardessus. J’imagine que nous nous situons dans la période de l’entre deux-guerres. Mais dans mon esprit il n’y a pas encore de certitude. L’un des vingt-quatre, le secrétaire de Carl von Siemens, rêvasse devant un paysage de la Spree. La rivière qui traverse Berlin. L’attention du lecteur se porte ensuite sur la famille Opel… Krupp, Siemens, Opel ? S’agit-il d’une réunion du patronat allemand ? C’est possible, mais pourquoi dans le palais du Président du Reichstag, à Berlin ?
Ces questions que je me suis posées, témoignent de la grande habileté d’Eric Vuillard, qui sait ménager ses effets à merveilles. Peu à peu la porte s’entrouvre sur ce que personne ne devrait savoir, à l’exception des vingt-quatre et de leurs mystérieux interlocuteurs. Goering apparait soudain, le « chancelier » Hitler ensuite. Nous sommes le 20 février 1933. Et on comprend qu’ici se joue une phase capitale du destin de l’Allemagne, de l’Europe et même du monde entier. D’un côté les puissances d’argent, de l’autre les dirigeants nazis. Vuillard résume ses instants en une formule lapidaire et cinglante : « Vingt-quatre machines à calculer aux portes de l’Enfer ».

Ensuite, au fils des pages, l’auteur nous conviera dans des lieux de pouvoirs où se jouent des parties de poker entre ceux qui incarnent les forces du mal absolu et d’autres, aveugles, timorés ou inconscients, avec à la clé des millions de morts.
Un autre événement qui jette un éclairage nouveau sur la période qui précède immédiatement l’Anschluss est la gigantesque désorganisation de l’armée allemande qui s’apprête à franchir la frontière autrichienne. Vuillard rétablit les faits et montre par là, que l’Allemagne n’était pas encore cette puissance invincible qui s’était donnée pour objectif de conquérir l’Europe et bien plus encore.
En révélant cette vulnérabilité des forces armées du Reich et la colère d’impuissance du Führer qui en résulte, Vuillard corrige certaines lectures de l’histoire construites à partir des documents de propagande de toutes sortes. Il nous décrit une dictature qui s’articule dans un grand bluff face à des acteurs médusés, sensibles au décorum et à la puissance de façade, qui ne trouvent pas dans les ressources de leur peuple les moyens de stopper à temps les premières vagues d’une tempête qui emportera tout sur son passage.

Pour autant que les prix littéraires aient un sens, un "Goncourt" mérité.

jeudi 16 novembre 2017

PRINCIPAUX PRIX LITTERAIRES 2017


·      Prix de l’Académie française – Mécaniques du chaos, Daniel Rondeau
-       Broché: 464 pages
-       Editeur : Grasset ; Édition : 1 (16 août 2017)
-       Collection : Littérature Française

Daniel Rondeau est écrivain. Il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels des romans (Dans la marche du temps), des portraits de villes méditerranéennes (Tanger, Istanbul, Carthage, Alexandrie), des récits autobiographiques (L’Enthousiasme, les Vignes de Berlin), des livres d’intervention (Chronique du Liban rebelle)

Et si la fiction était le meilleur moyen pour raconter un monde où l’argent sale et le terrorisme mènent la danse  ? Ils s’appellent Grimaud, Habiba, Bruno, Rifat, Rim, Jeannette, Levent, Emma, Sami, Moussa, Harry. Ce sont nos contemporains. Otages du chaos général, comme nous. Dans un pays à bout de souffle, le nôtre, pressé de liquider à la fois le sacré et l’amour, ils se comportent souvent comme s’ils avaient perdu le secret de la vie. Chacun erre dans son existence comme en étrange pays dans son pays lui-même.
Mécaniques du chaos est un roman polyphonique d’une extraordinaire maîtrise qui se lit comme un thriller. Il nous emporte des capitales de l’Orient compliqué aux friches urbaines d’une France déboussolée, des confins du désert libyen au cœur du pouvoir parisien, dans le mouvement d’une Histoire qui ne s’arrête jamais.




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·        Prix GoncourtL'ordre du jour, Éric Vuillard
-       Broché: 160 pages
-       Editeur : Actes Sud Editions (29 avril 2017)
-       Collection : Un endroit où aller


Ecrivain et cinéaste né en 1968 à Lyon, Eric Vuillard a reçu le prix Ignatius-J.-Reilly 2010 pour Conquistadors (Léo Scheer, 2009), le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour Congo et La bataille d'Occident (Actes Sud, 2012). Egalement parus chez Actes Sud : Tristesse de la terre (2014), prix Joseph-Kessel 2015, et 14 juillet (2016), prix Alexandre-Vialatte 2017.


Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. Eric Vuillard.






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·        Prix Renaudot - La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez
-       Broché : 240 pages
-       Editeur : Grasset (16 août 2017)
-       Collection : Littérature Française

Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de L’Impossible retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 (Flammarion), Éloge de l’esquive (Grasset) et Les Révolutions de Jacques Koskas (Belfond). Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand.

1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.






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·        Prix Femina - La Serpe, Philippe Jaenada
-       Broché : 648 pages
-       Editeur : Julliard (17 août 2017)

Philippe Jaenada a publié chez Julliard Le Chameau sauvage (adapté au cinéma sous le titre À+ Pollux) ; Néfertiti dans un champ de canne à sucre (1999) ; La Grande à bouche molle (2001) ; Sulak (2013) et La Petite Femelle (2015)

Un matin d'octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n'est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l'unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l'arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d'un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l'enquête abandonnée. Alors que l'opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s'exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.
Jamais le mystère du triple assassinat du château d'Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d'Henri Girard, jusqu'à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu'à ce qu'un écrivain têtu et minutieux s'en mêle...
Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu'Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l'inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu'il n'y paraît), il s'est plongé dans les archives, a reconstitué l'enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l'issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.





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·        Prix Médicis - Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel
-       Broché : 352 pages
-       Editeur : Gallimard (17 août 2017)
-       Collection : L'infini

Yannick Haenel co-anime avec François Meyronnis la revue Ligne de risque. Il a récemment publié aux Éditions Gallimard Cercle (2007, Folio n° 4857) et Jan Karski (2009, Folio n° 5178), prix du Roman Fnac et prix Interallié

Un homme a écrit un énorme scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l'enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York : Cimino lit le manuscrit. S'ensuivent une série d'aventures rocambolesques entre le musée de la Chasse à Paris, l'île d'Ellis Island au large de New York, et un lac en Italie. On y croise Isabelle Huppert, la déesse Diane, un dalmatien nommé Sabbat, un voisin démoniaque et deux moustachus louches ; il y a aussi une jolie thésarde, une concierge retorse et un très agressif maître d'hôtel sosie d'Emmanuel Macron. Quelle vérité scintille entre cinéma et littérature ? La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche.




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·        Prix Goncourt des Lycéens L'Art de perdre, Alice Zeniter
-       Broché : 512 pages
-       Editeur : Flammarion ; Édition : 01 (16 août 2017)
-       Collection : LITTERATURE FRA

Alice Zeniter est née en 1986. Elle a publié quatre romans, dont Sombre dimanche (Albin Michel, 2013) qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l'Express et le prix de la Closerie des Lilas et Juste avant l'oubli (Flammarion, 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteuse en scène.

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ? Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un "harki". Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l'été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ? Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l'Algérie, des générations successives d'une famille prisonnière d'un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d'être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.






·        Prix Interallié – Il sera attribué le 22 novembre 2017 - 


mercredi 9 août 2017

PEDRO JUAN GUTIERREZ, ROMAN : "TRILOGIE SALE DE LA HAVANE"


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QUE DIRE DU ROMAN DE L’ECRIVAIN CUBAIN PEDRO JUAN GUTIERREZ « TRILOGIE SALE DE LA HAVANE » ?

Je viens de terminer la lecture de deux livres de Gutierrez : « Trilogie sale de La Havane » paru en 1998 et « Le nid du serpent » paru en 2007.



Gutiérrez est né à Cuba en 1950.
J’ai acheté ces deux livres en rentrant de la Havane sur les conseils d’une libraire de Trinidad. Tandis que je lui parlais de Leonardo Padura, elle me recommanda de lire Gutiérrez, un écrivain qui exprime avec une grande puissance un certain désespoir du peuple cubain.

J’ai d’abord lu « Trilogie sale de La Havane » (traduction Bernard Cohen). Dès les premières phrases du livre, Gutiérrez annonce la couleur : Pedro Juan a commis des erreurs dans sa vie, des grosses erreurs qui ne peuvent déboucher que sur de la souffrance, et s’il ne relativise, cette souffrance peut lui être fatale.
Alors que fait Pedro Juan ? Il vit dans le présent, intensément, et comme il est fauché et qu’il ne sait pas faire grand-chose, il passe son temps à boire et à baiser.
Quant au contexte de l’écriture de ce livre, Gutiérrez est sans ambiguïté : « j'ai écrit Trilogie sale de La Havane complètement bourré, en fumant de la marijuana ! C'était une période folle et c'est d'ailleurs très douloureux pour moi de relire le livre aujourd'hui. »[1] 

 Sexe, rhum et drogue
Le roman, dont on ne sait s’il est autobiographique ou pure fiction, déroule page après page le quotidien de Pedro Juan, quotidien poisseux, sale, violent. On découvre dans ce personnage un individualiste forcené, très fier de ses attributs sexuels, qui va de femme en femme, jusqu’à l’infini. Il évolue dans un monde désespéré où règnent l’alcool, la prostitution, le machisme et le racisme. Pour lui, et peut-être pour les femmes innombrables avec lesquelles il couche, la vie est une sorte d’enfer sous les tropiques où les seuls dérivatifs sont le sexe, l’alcool et les joints... et pour certains, dont Pedro Juan, la littérature et d’autres formes d’art.

Oscillation perpétuelle
Pedro Juan évolue dans un monde de crève-la-faim, entre des périodes de solitude profonde et des moments de folie où il se frotte aux autres, ivrognes, escrocs, voleurs, artistes, femmes fatales, prostituées, vieilles pochardes etc.
Pedro Juan est un déséquilibré qui oscille en permanence entre orgies et introspection, sur le fil du rasoir.
«  Quand tout s’est tu autour de moi, je suis allé sur la terrasse, devant la mer, avec un café et de quoi fumer. J’étais épuisé. Ma recherche d’un équilibre se déséquilibrait sans cesse. Pourtant je n’aspirai qu’à une chose : la paix intérieure »[2].

Ce mouvement d’oscillation perpétuelle s’amorce et s’amplifie sous nos yeux, jusqu’à entraîner parfois une certaine lassitude du lecteur. Mais à l’évidence, Gutiérrez est un obsessionnel et c’est à travers ses obsessions qu’il révèle sa complexité.
Chez Gutiérrez la solitude se traduit par la nostalgie. Et c’est pour échapper à cette nostalgie qu’il part à la recherche des autres, des femmes, des lieux nouveaux. Un texte un peu long exprime cette démarche :
« Je n’ai pas encore appris. Et je doute que j’apprenne un jour. Mais j’ai compris du moins une chose : on ne peut pas se débarrasser de la nostalgie, parce qu’on ne peut pas se débarrasser de la mémoire. On ne peut pas tirer un trait sur ce qu’on a aimé, c’est impossible. Ca vous reste à jamais. Vous désirez sans cesse revivre les bons moments, tout comme oublier et détruire le souvenir des mauvais. Effacer les saletés que vous avez commises, abolir la mémoire des personnes qui vous ont fait du mal, rejeter les chagrins et les périodes de tristesse.
La nostalgie fait donc totalement partie de la condition humaine et la seule solution est d’apprendre à vivre avec. Et peut-être, par chance cessera-t-elle d’être quelque chose de triste et de déprimant pour devenir une petite étincelle qui nous fait redémarrer, nous pousse à nous consacrer à un nouvel amour, à une nouvelle ville, à une nouvelle époque. Meilleurs ou pire, on n’en sait rien et peu importe. Différents, c’est sûr. Et c’est ça que nous cherchons tous, jour après jour : ne pas gaspiller notre vie dans la solitude, rencontrer quelqu’un, nous engager un peu, fuir la routine, goûter notre petite part de fête. »[3]

Je trouve ce texte magnifique et finalement plutôt optimiste. Outre qu’il nous donne la clé du roman, il nous éclaire sur notre propre façon d’aborder la vie quel que soit notre âge, notre condition, ou notre époque. La solitude, la nostalgie, peuvent déboucher sur une dynamique, à condition de le vouloir. C’est ce qui me plaît dans ce livre.


 L'art et l'autre face du monde
S’agissant de son rapport à l’art et à l’écriture, la démarche de Gutierrez est d’une clarté limpide. Il se définit comme un remueur de merde : « Le décoratif ne m’intéresse pas, ni la beauté, ni la douceur, ni le délectable. C’est pourquoi je suis toujours resté sceptique devant une sculptrice qui a été ma femme un certain temps : il y avait trop de paix dans ses œuvres pour qu’elles soient vraiment bonnes. L’art n’a de sens que s’il est révolté, tourmenté, traversé de cauchemars et de désespoir. Seul un art irrévérencieux, indécent, violent, grossier peut nous montrer l’autre face du monde, celle que nous ne voyons pas et ne voulons pas voir pour épargner des efforts à notre conscience. »[4]
Ce passage nous éclaire sur l’écriture de Gutierrez. On le compare souvent à Henri Miller ou à Bukowski. Comparaison un peu superficielle. Ce n’est pas parce que le sexe et l’alcool tiennent une place centrale dans leurs œuvres respectives que la comparaison est judicieuse. Le contexte de Cuba et du castrisme en toile de fond expliquent pourquoi le sexe et le rhum sont la seule chose qui reste à ceux qui n’ont rien et qui crèvent la faim. Et Gutierrez sait de quoi il parle, il ne s’est pas exilé. Il décrit avec réalisme la société cubaine des quartiers pauvres, de Habana Centro, de Barrio Chino ou de Mantilla... 

 La différence cubaine
Fondamentalement il aime Cuba et les cubains et il exprime cet amour par petites touches : « ... j’ai aperçu un jeune couple avec une petite fille, eux aussi en promenade. La femme était une métisse incroyablement jolie, tout en blanc avec un cul bien ferme, bien dessiné et bien placé. Ca vous bouleverse le paysage une beauté pareille. Pas seulement à cause de ses fesses : pour tout ce qu’elle était, chaude, sensuelle, la robe ajustée soulignant la couleur cannelle de sa peau. Elles ont un rythme dans leur démarche ces métisses... Conscientes de leur pouvoir, elles ont une allure prodigieuse. Elles avancent dans la vie sans que rien ne résiste à leur passage. A côté d’elle, son mari, un petit Noir vêtu avec soin et entre les deux la fillette d’environ trois ans. C’est pour cette raison qu’ils ont tant de mal à vivre ailleurs les Cubains. Parce que malgré la faim, malgré la misère toujours plus affreuse... ils sont différents. »[5]
Evidemment certains réagissent au machisme de Pedro Juan. Il fait de la femme avant tout un objet sexuel. Mais ce regard comme on le remarque est empreint à la fois de violence et d’amour. C’est peut-être la caractéristique principale de Gutierrez. Solitude et orgies, machisme exacerbé et amour caché.
On aime ou on n’aime pas !

 Littérature et réalité
Pour moi qui suis allé récemment à Cuba, les livres de Gutierrez me font relativiser tout ce que j’ai pu voir. Derrière les apparences, il y a les réalités et celles-ci demeurent en grande partie inaccessibles au visiteur qui arpente Obispo, le Prado ou le Malecon. Il y a un autre Cuba, c’est celui que décrit avec puissance et violence Pedro Juan Gutierrez.


[1] Interview par VANESSA POSTEC in Transfuge, Paris, France, n°17 / Septembre 2007
[2] P. 41
[3] P. 64
[4] P 121 et 122
[5] P. 151