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mardi 5 décembre 2017

BEAUNE BOOGIE BLUES FESTIVAL 2017

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Ceux qui me connaissent savent que je suis un amateur de blues et de boogie woogie.

Le week end dernier se tenait à Beaune le « Beaune Blues Boogie » festival.

J’avais un peu peur, malgré l’intérêt que je porte à cette musique, de me lasser de la rythmique du boogie au bout de trois quarts d’heure, en réalité au bout des trois heures de concert j’en aurai volontiers redemandé encore. Le premier pianiste arrivé sur scène est Sébastien Troendlé. Son jeu est riche et novateur, il sait cultiver certaines dissonances et joue également du ragtime avec une évidente aisance. 
C’est ensuite au tour du créateur du festival Jean Pierre Bertrand de jouer des boogie sur un mode plus traditionnel accompagné de deux excellents musiciens français, le batteur Michel Denis, qui a joué avec les plus grands noms du blues et du jazz, surtout avec Memphis Slim. Quant à Gilles Chevaucherie à la contrebasse, c’est aussi un des piliers du jazz français, il a fait partie des fameux « Haricots Rouges » dès l’origine et il a accompagné lui aussi des grands noms du jazz. Ce que je retiens de ces deux accompagnateurs, c’est bien sûr leur tempo, leur maîtrise de l’instrument mais surtout leur joie de vivre, pour eux jouer ensemble c’est se faire plaisir et faire plaisir au public et celui-ci ne s’y trompe pas.

Vint ensuite Richie Loidl, musicien que je qualifierai de « commercial » sans que ce soit vraiment péjoratif. Sa technique est limitée, en revanche il n’a pas son pareil pour mettre de l’ambiance dans une salle lorsqu’il entame les succès de Jerry Lee Lewis. C’est un gars qui a du punch et de l’enthousiasme, mais sur le plan musical on reste vraiment sur sa faim.

Arrivent ensuite le pianiste allemand Frank Muschalle, excellent technicien doté d’une puissance et d’une régularité qui donne vraiment du plaisir à l’écouter. Il est accompagné par deux musiciens de qualité, le batteur Peter Mueller et le bassiste Dani Gugolz, meilleur musicien que chanteur. J’avoue avoir eu un faible pour le saxophoniste-clarinettiste Stephan Holstein. Dès qu’il souffle dans son saxophone, il fait monter le swing et pousse l’ensemble des autres musiciens. C’est un saxophoniste généreux, inspiré doté d’un excellent swing. Ce soir là, c’est le musicien qui m’a le plus impressionné. Il donne de la chaleur à un Frank Muschalle, excellent pianiste, mais qui manque un peu de feeling.


 Frank Muschalle au piano (c) G. Morin 2017


En seconde partie, assez tard dans la soirée, nous avons eu droit à une jam session avec une douzaine de musiciens sur scène, c’est l’esprit du jazz qui s’est emparé de la salle, même si sur le plan de la qualité musicale, on était plus dans le « melting pot » que dans la virtuosité.


 Jean Pierre Bertrand, Frank Muschalle et Richie Loidl au piano, le saxophoniste Stephan Lostein, le bassiste Dani Gugolz et le guitariste Nicolas Peslier. (c) G. Morin 2017


J’ai passé une excellente soirée à Beaune, entouré de ma femme et de mes amis, au milieu d'un public manifestement ravi et je me suis souvenu avec émotion des concerts du Hot Club de France à Dijon dans la fin des années 60 avec Memphis Slim, Willie Dixon, T-Bone Walker,  Lowell Fulson, Champion Jack Dupree, Milt Buckner, Buddy Tate, Illinois Jacket, Lionel Hampton, Willie Smith the Lion ou John Lee Hooker. C’était une autre époque!
 Merci à tous ces musiciens français qui perpétuent la tradition du blues, du boogie et du jazz en général.

lundi 22 août 2016

TOURNUS 2016, JAZZ EN HERBE : 30 ANS D'EXISTENCE ET UNE REUSSITE EXCEPTIONNELLE

Cette année "Jazz en herbe" fêtait ses 30 ans.
Pour moi cette initiative locale, imaginée par des passionnés de musique est l'exemple même d'une réussite pédagogique.

Jazz en Herbe, c'est tout d'adord une idée lumineuse, venant de 3 illuminés : Jean-Pierre Chabridon, Jean-Michel Dubois et Daniel Pasquier. Lors de l'été 1986, ils créent un stage de musique pour les ados qu'ils connaissent et qui aiment le jazz. L'idée sera reconduite l'année suivante, puis celles d'après. Entourés par des amis toujours fidèles, l'idée de Jazz en Herbe sera développée et structurée.
Aujourd'hui, Jazz en Herbe est une association de type loi 1901. Tous les ans, elle organise des stages d'été ayant pour vocation l'approche du jazz et des musiques improvisées pour les jeunes de 10 à 16ans. 

Concept original, ambiance unique et tranche d'âge trop peu sollicitée pour ces musiques, Jazz en Herbe a toujours su trouver sa place auprès des jeunes musiciens, mais également auprès de son public, toujours fidèle.
http://www.jazz-en-herbe.fr/asso/index.html


Le concert du 14 août à Tournus - photo GM

Le concept
  • permettre à des jeunes de 10 à 16 ans la découverte de la musique sous une forme nouvelle pour eux, avec une méthode pédagogique résolument tournée vers l'ouverture, le développement de la sensibilité et l'expression de chacun.
  • s'adresser à une tranche d'âge rarement sollicitée, ni par la pratique, ni par l'écoute du Jazz et des musiques improvisées.
  • permettre aux jeunes stagiaires de vivre la musique et d'en être les créateurs par l'interprétation et l'improvisation...
  • plus qu'un simple stage de musique, c'est un véritable séjour de vacances encadré par des professionnels de l'animation qui est proposé.

Les activités originales

Au delà des différents ateliers de musique les stagiaires participent à :
  • un mini-concert pendant le stage, en fin d'après-midi devant amis et parents.
  • un GRAND CONCERT FINAL le dernier soir devant un large public.
  • des PARADES sur les marchés pendant le stage.

Rencontres avec des jazzmen

  • après-midi MASTER-CLASS avec un groupe de musiciens professionnels.
    (ces dernières années : Denis Badault, Jean-Luc Cappozzo, Jean-François Michel, Eric Pro, Nicolas Fargeix, Patrick Rudant, Timothé Quost, Joseph Lapchine, Pierre Philibert...)
  • au moins 3 SOIREES CONCERT sur le lieu du stage ou à l'extérieur.


Un constat

Les stages sont complets chaque été en juillet et en août !

Pour les 30 ans, une grande majorité d'anciens sont revenus et ont partagé leur passion de la musique avec toutes les personnes présentes.

Des anciens de JAZZ EN HERBE, le quartet L'OMBILIC DES LIMBES
 en concert à Montceau-Ragny
 Photo GM

Un grand bravo aux créateurs, aux musiciens et aux organisateurs

dimanche 6 juillet 2014

KENNY GARRETT QUINTET : CONCERT MEMORABLE A JAZZACOUCHES


Aux alentours de 22h40, la salle sous chapiteau se remplit. Vient alors sur scène le directeur du Festival qui donne la parole aux intermittents du spectacle. Dans un court message le porte parole de la douzaine d'hommes et de femmes qui travaillent ce soir à la technique explique en quelques mots les raisons pour lesquelles ils sont en colère le patronat et en particulier le Medef veut remettre en cause le modèle français de protection des travailleurs du spectacle. Les mots sont bien  choisis, et dans leur combat ils associent tous les métiers soumis à la précarité. C’est sobre, bien dit. Les applaudissements crépitent, les intermittents reprennent leur poste. Le spectacle continue.
Le présentateur annonce Kenny Garrett et son quintet. Arrivent alors tour à tour chacun des membres de la section rythmique, tous des américains en pleine force de l’âge et enfin arrive le saxophoniste, ancien partenaire de Miles Davis avec son petit bonnet sur la tête dans un costume gris d’une élégance raffinée.
La musique éclate soudain sous les coups de boutoir du batteur, on découvre en quelques notes  et en quelques postures la force créative de l’artiste. J‘aurais aimé à chaque instant prendre des photos tant j’avais l’impression que le saxo de Kenny Garrett faisait partie intégrante de son corps. Il se dégage de ce musicien très vite une puissante énergie syncopée, scandée par des mouvements de son corps créant en permanence des rifs obsédants. La section rythmique est d’une extraordinaire qualité et d’une puissance qui pousse le soliste à aller chercher jusqu’au fond de lui-même en grimpant avec lancinance dans le suraigu et en allant fouiller dans les recoins de sa sensibilité profonde. Qu’il s’agisse des onomatopées venues à travers les âges en ligne droite de l’Afrique ou d’arabesques ciselées tourbillonnantes comme des papillons dans l'air bleuté sur des rythmes latino qui font monter ambiance et plaisir d'être là dans le public.
Mais ce qui me marque le plus dans l’art de Kenny Garrett c’est la pureté de son expression musicale, à l’alto comme au soprano. ll faut entendre les notes qui se délient en s’échappant de l’instrument pour apprécier cette pureté musicale, extraordinairement mise en valeur par le jeu des quatre autres musiciens qui sont à l’évidence de grands professionnels. Le batteur en particulier semble doté d’une énergie surhumaine. Par instant j’avais l’impression d’avoir devant moi un extraterrestre ou un mutant.
 
Concert mémorable, soirée qui s’est conclue en étroite communion avec le public debout, tapant des mains, se trémoussant et s’agglutinant à proximité de la scène répondant avec enthousiasme aux « come on » de Kenny Garrett et aux riffs de l’orchestre sur un dernier morceau où j’ai cru retrouver quelques notes du thème de Matilda interprété jadis par Harry  Belafonte.

mardi 4 octobre 2011

PAT COHEN AU NEW MORNING HIER SOIR AVEC FRANCIS CAMPELLO

Hier soir, nous sommes allés entendre la chanteuse américaine PAT MOTHER BLUES COHEN et ce fut un moment de bonheur.
Elle était accompagnée par d'excellents musiciens français qui viennent de publier un album CD intitulé "DIXIEROCK":
- Jeff MONIN, guitare
- Thierry PADIOU, guitar
- Bernard REICHSTADT, batterie
- Francis CAMPELLO, guitare basse.

PAT COHEN et ces musiciens finalisent cette semaine un nouveau CD.

Cette chanteuse qui a du coffre et surtout beaucoup d'humour se situe dans la tradition du blues "électrique".
Victime parmi tant d'autres de Katrina, à la Nouvelle Orléans, elle s'installa en Caroline du Nord. Elle mit un certain temps pour recommencer à chanter et la voilà maintenant en tournée en France où son charisme lui garantit un succès certain.




NB : cette vidéo n'a pas été enregistrée hier soir, elle est sur You Tube.

jeudi 28 octobre 2010

mardi 1 juin 2010

UNE VIDEO D'AL COPLEY POUR VOUS METTRE DANS L'AMBIANCE



Great Balls Of Fire de Jerry Lee Lewis

SOIREE JAZZ-ROCK A LA HUCHE AVEC AL COPLEY : SUPER !


Extraordinaire. Rien n'a changé depuis ma dernière visite il y a... Bon cela se perd dans la nuit des temps.
Enfin si, deux changements majeurs : il n'y a plus de fumée de cigarette qui monte du caveau, les danseurs ne sont donc plus noyés dans une nébuleuse aux relans de bière et de whisky... et l'âge moyen des habitués est passé de 20 à 60 ans. En dehors de cela,  on danse toujours des rocks endiablés, professionnels, tatônnants ou chaloupés... moins de gymnastique et peut être plus de plaisir. Un excellent musicien mi-rock'n roll-boogie, mi jazz (middle) animait la soirée : le pianiste Al Copley accompagné par un bassiste et un batteur. C'était lundi, la foule n'était pas très dense, ce qui facilitait la danse. Le hic c'est que nous étions trois copains non accompagnés et que je ne pouvais pas danser pour des raisons que je tairai. Alors nous avons regardé, entendu, et même chanté un vieux rock de Big Joe Turner, repris par Bill Haley (Shake Rattle and Roll), en tapant dans nos mains. Mais il y a eu aussi des morceaux de vrai jazz (du Duke par exemple) excellemment interprétés par ce pianiste très professionnel, qui s'amusait comme un fou sous les yeux de sa femme.


 Al Copley  nous a été présenté par Michel E., qui le connaît bien

D'un seul coup une bouffée de sensations oubliées a rejailli en moi, je me retrouvai soudain au Hot Club, rue Sambin ( ne cherchez pas, ce n'était pas à Paris) à 3h du mat' avec Memphis Slim au piano, et Willie Dixon à la basse, et un copain batteur aux drums. Je me souviens de la femme de Memphis qui veillait à ce qu'on ne serve que de l'eau minérale à son homme aux doigts magiques et recourbés... Je ne suis pas nostalgique cependant. Ce qui me plait c'est de savoir que de tels lieux existent encore et qu'ils attirent du monde. Ce qui est fantastique dans ce genre de soirée "jazz rock traditionnel", c'est que tout le monde a le sourire, chacun vit son plaisir, chacun se laisse aller en rythme et dans la bonne humeur. Une vraie boouffée d'oxygène.

Quelques mots sur La Huchette
Le Caveau de la Huchette est des plus célèbres et des plus anciens club de jazz de Paris, créé par Maurice Goréguès en 1948, situé 5 rue de la Huchette, en plein quartier latin au coeur du 5e arrondissement. C'est un des lieux mythiques du jazz traditionnel à Paris.
Les lieux ont une histoire : le club est installé dans une cave qui servit d'abord de lieu de rendez-vous secret aux Templiers et aux Rose-Croix, puis aux franc-maçons.
Je me souviens d'ailleurs qu'il y a une trentaine d'années, juste à côté dans la rue, existait une magnifique librairie ésotérique avec un libraire digne de ce nom, qui connaissait tout ce qu'il y avait dans ses livres. Aujourd'hui ce doit être un de ces infâmes gargottes où les touristes panurgiques et ignares viennent se taper une merguès frites arrosée de ketchup et noyée dans des flots coca cola light.
Devenu club de jazz en 1949, le caveau accueille les plus grands jazzmen de l'époque : Lionel Hampton, Count Basie, Art Blakey, Memphis Slim, Bill Coleman, Harry 'Sweets' Edison, Rhoda Scott, Maxim Saury, Claude Luter, Georges Arvanitas, Claude Bolling, Wild Bill Davis, Marc Laferrière, Boris Vian... En dehors de Count Basie et de Boris Vian, je les ai tous vus en concert, pas ici bien sûr, sauf Laferrière.

Le Caveau de la Huchette est aujourd'hui la propriété du vibraphoniste français Dany Doriz.

lundi 1 mars 2010

LA VOIX SUBLIME DE SARAH VAUGHAN DANS " SOMEWHERE OVER THE RAINBOW"



Il s'agit bien de Sarah et non d'Ella comme l'indique le titre de l'enregistrement.

LE SAXOPHONISTE BARYTON DU DUKE : HARRY CARNEY ET D'AUTRES SOLISTES GENIAUX

jeudi 25 février 2010

dimanche 14 février 2010

DANIEL MILLE "LES MINOTS" : LES ENFANTS

Cliquez sur le titre et écoutez sur Deezer.
Morceau joué lors du concert à l'Européen en février 2010.

jeudi 11 février 2010

L'HOMME A L'AFFUT, NOUVELLE DE JULIO CORTAZAR


















Voilà un récit comme je les aime. Je l’ai lu d’une traite, il est vrai qu’il s’agit d’une nouvelle. Mais c’est du grand art. L’action se passe à Paris, à Saint-Germain des Prés, on parle du Café de Flore, on reconnaît certains personnages germanopratins parfois mélangés avec des égéries new-yorkaises - la fameuse marquise Tica, qui était en réalité la baronne Pannonica « Nica » de Koenigswarter, fille d'un Rothschild amateur de papillons. Julio Cortazar nous entraîne dans le monde du jazz, celui de Charlie Parker, de Miles Davis et d’autres encore. Bien que le personnage principal saxophoniste alto de génie s’appelle Johnny Carter, tous ses traits de caractère sont empruntés à Bird. Quand au narrateur il a pour initiales B.V., c’est un amoureux du be bop qui parle de Delaunay et qui pourfend Panassié le « satrape de Montauban », les connaisseurs apprécieront !
Ce qui me plait dans ce livre, outre son rythme (ce qui est normal pour un livre ayant pour thème le jazz !), c’est cette tentative sans cesse avortée de découvrir l’autre dans sa substance, dans sa réalité intime. Mais l’autre se connaît-il lui-même ? Mesure t-il la portée de ce qu’il joue, de ce qu’il invente, de ce qu’il crée, de ce qu’il improvise ?
Pour mettre en évidence cette problématique, Cortazar a écarté de son imagination les personnages de type « intellectuel de haute volée » comme chez Thomas Mann (voir l'interview ci-dessus). Il lui fallait ancrer son questionnement dans un homme à la fois simple, voire médiocre sous certains aspects, mais qui à certains moments ressentait le désir d'un réel n’ayant rien à voir avec le nôtre, et pourquoi pas d’un surréel accessible uniquement aux créateurs de génie par la voie du désir.
Tout le livre repose sur l’échange impossible entre un musicien qui vit dans la misère, dans l’enfer de la drogue et un homme ordinaire, critique de jazz, qui a conscience de se trouver en face d’un génie, mais d’un génie qui s’ignore. Lui le musicien ne se voit pas comme un génie, il souffre, il cherche, il se débat dans un quotidien difficile. Chacun l’aide ou croit l’aider à sa façon… Lui il joue du saxo-alto et c'est à ce moment là qu'il respire, qu'il devient ce qu'il est comme dirait Nietsche …
Ce qui m’a fasciné dans ce livre ce sont les problèmes soulevés par Cortazar : la perception du temps, la création artistique, les relations homme-femme, le jazz, les théories du jazz, la drogue, l’alcool, la déchéance et finalement la solitude et la mort.
Tous ces thèmes sont évoqués avec émotion tantôt avec réalisme, tantôt dans le cadre d’une quête mystique. C’est très beau.
Je ne peux résister au plaisir de reproduire ci-dessous quelques passages extraordinaires :
« La musique me sortait du temps ; enfin c’est une façon de parler, si tu veux savoir ce que je sentais réellement, je crois plutôt que la musique me mettait dans le temps. Mais un temps qui n’a rien à voir avec… bon, avec nous, si tu veux. » p. 18 (Edit. Folio Gallimard)
« J’étais en train de dire que dès que j’ai commencé à jouer, tout môme, je me suis aperçu que le temps changeait. J’ai raconté ça une fois à Jim et il m’a dit que tout le monde éprouve la même chose dès qu’on commence à s’abstraire… C’est ce qu’il a dit « Dès qu’on commence à s’abstraire. » Mais je ne m’abstrais pas moi, quand je joue. Je change simplement d’endroit. C’est comme dans l’ascenseur : tu es là, tu parles avec des gens, tu ne sens rien d’extraordinaire et pendant ce temps tu passes le premier étage, le dixième, le vingtième et la ville reste là-bas, dans le fond et toi tu es en train de finir la phrase que tu avais commencée au rez-de-chaussée, et entre les premiers mots et les derniers, il y a cinquante deux étages. J’ai compris quand j’ai commencé à jouer que j’entrais dans un ascenseur mais c’était l’ascenseur du temps, tu saisis ? » p. 20
« Pourquoi suis-je incapable de faire comme Johnny, pourquoi suis-je incapable de me jeter la tête la première contre un mur ? J’oppose minutieusement les mots à la réalité qu’ils prétendent me décrire, je m’abrite derrière des considérations et des doutes qui ne sont que stupide dialectique. Il me semble comprendre pourquoi la prière veut que l’on tombe instinctivement à genoux. Le changement de position c’est le symbole d’un changement dans la voix, dans ce que l’on va dire, dans ce qui est dit. Quand j’en arrive à ce point de compréhension, les choses qui m’avaient paru arbitraires une seconde auparavant se chargent d’un sens profond, se simplifient extraordinairement et en même temps se creusent. Ni Art ni Marcel n’ont compris que ce n’est pas par simple folie que Johnny a enlevé ses chaussures hier au studio d’enregistrement. Il avait besoin à ce moment là, de sentir le sol sous ses pieds, de toucher la terre que sa musique confirme plutôt qu’elle ne fuit. Car je sens cela aussi dans Johnny, il ne fuit rien, il ne se drogue pas pour fuir comme la majorité des drogués, il ne joue pas du saxo pour s’abriter derrière la musique, il ne passe pas plusieurs semaines dans les hôpitaux psychiatriques pour se mettre à l’abri de pressions qu’il est incapable de supporter. Son style même, qui est la part du plus authentique de lui-même, prouve que son art n’est pas une substitution ni une façon de se compléter. Johnny a abandonné le langage hot parce que ce langage violemment érotique était trop passif pour lui. Chez lui le désir s’oppose au plaisir et l’en frustre parce que le désir le force à aller de l’avant et l’empêche de considérer comme des audaces les trouvailles du jazz traditionnel. C’est pour cela, je crois, que Johnny n’aime pas beaucoup les blues ou le masochisme et les nostalgies… Mais j’ai parlé de tout cela dans mon livre, et j’ai montré comment le renoncement à la satisfaction immédiate avait amené Johnny à l’élaboration d’un nouveau langage qu’il poussait aujourd’hui, avec d’autres musiciens, jusque dans ses derniers retranchements. C’est un jazz qui rejette tout érotisme facile, tout wagnérisme, si je puis dire, et qui se situe sur un plan désincarné où la musique se meut enfin en toute liberté comme la peinture délivrée du représentatif peut enfin n’être que peinture. Mais une fois maître de cette musique qui ne facilite ni l’orgasme ni la nostalgie, cette musique que j’aimerais pouvoir appeler métaphysique, Johnny semble vouloir l’utiliser pour s’explorer lui-même, pour mordre à la réalité qui lui échappe un peu plus chaque jour. C’est en cela que réside le haut paradoxe de son style, son agressive efficacité. Incapable de se satisfaire, il est un éperon perpétuel, une construction infinie qui ne trouve pas son plaisir dans l’achèvement mais dans l’exploration sans cesse reprise, l’emploi de facultés qui dédaignent ce qui est immédiatement humain sans rien perdre de leur humanité. »
Quel beau texte ! On peut même se demander si Cortazar ne parle pas de lui-même comme créateur. En réalité n'est-il pas à la fois Carter et B.V. (Bruno) ?
Lorsqu’il parle de peinture je ne peux m’empêcher à Nicolas de Staël qui devait être en prise avec la même quête et qui n’arrivant pas à réaliser ce qu’il souhaitait a décidé d’en finir avec la vie. Pour Johnny Carter - pour Charlie Parker - cette longue descente aux enfers éclairée par quelques moments de génie ne participe t-elle pas de la même démarche ? L’homme qui cherche avec talent, exigence et acuité ne bute-t-il pas sur ses propres limites ?

Julio CORTAZAR, écrivain argentin naturalisé français en 1981.
(1914 - 1984)

mardi 9 février 2010

BON CONCERT DE DANIEL MILLE AND CO, HIER SOIR A L'EUROPEEN


Alfo Origlio au piano, Lionel Suarez (accordéon) Daniel Mille, Stéphane Chausse (clarinette) et André Ceccarelli (batterie)

Je dois avouer humblement qu'avant d'intégrer dans ce blog une vidéo de ce musicien il y a quelques semaines, je n'en avais jamais entendu parler. Bon, c'est vrai que l'accordéon est devenu assez récemment un instrument prisé par certains jazzmen.
L'orchestre était composé de solides musiciens : outre Daniel Mille, Alfio Origlio (piano), l'éternel André Ceccarelli à la batterie, Jérome Regard à la basse, Stephane Belmondo à la trompette et Stéphane Chausse (clarinette et clarinette basse). Lionel Suarez, un autre accordéoniste, est venu se joindre au groupe.
Et puis, et puis... nous avons eu le bonheur d'entendre Jean Louis Trintigant réciter un poème magnifique de Boris Vian : "Je voudrais pas Crever sans..." Moment extrêmement émouvant. Curieusement Trintignant a interprété deux fois le même poème, peut-être pour produire une meilleure version la seconde fois, ou peut-être, et c'est mon sentiment, pour jouir de cet instant extraordinaire du contact direct avec le public au premier rang duquel il se trouvait. J'avoue avoir eu un peu les larmes aux yeux à la fin du poème lorsqu'il a dit : " Le voudrais pas crever... avant d'avoir goûté la saveur de la mort."



Trintignant avec derrière lui de gauche à droite Daniel Mille, Stéphane Belmondo et André Ceccarelli

Que puis-je dire encore sinon que Daniel Mille a une personnalité attachante et un style bien à lui ? On a l'impression, comme chez certains grands jazzmen, que quand il joue, l'instrument fait partie de son propre corps, il ne fait qu'un avec lui. Cela donne beaucoup d'intensité à ses interprétations.
Stéphane Chausse me parait pétri de talent et Belmondo, j'avoue que je l'entendais in vivo pour la première fois, est pas mal du tout. Quant à Dédé Ceccarelli, un peu bougon hier, il fut égal à lui même, c'est-à-dire excellent.
Merci Michel pour cette bonne idée.
PS : les huitres du Wepler sont toujours aussi bonnes surtout accompagnées d'un Chablis !!!

samedi 23 janvier 2010

IL PARAIT QU'IL FAUT COMMEMORER, ALORS COMMEMORONS !

DANIEL MILLE AND CO..., SUR LES CONSEILS DE MICHEL



Très beau film réalisé pendant l'enregistrement de l'album L'attente de Daniel Mille. Au Studio La Buissonne, été 2009. Avec André Ceccarelli, Minino Garay, Rolando Faria, Stephane Chausse, Stephan...

dimanche 13 décembre 2009

lundi 9 novembre 2009

C'EST QUOI LE SWING ? C'EST CA MONSIEUR !



Jam Session From The 1947 Film "Fabulous Dorseys"  with Art Tatum : Piano; Tommy Dorsey : Trombone; Jimmie Dorsey : Clarinet; Charlie Barnet : Sax; George Van Eps : Guitar; Ray Bauduc : Drums; Ziggy Elman : Tr...

MJQ 1987, ROCKIN' IN RYTHM