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mardi 27 novembre 2012

TEMOIGNAGE : " LES PROIES" d'ANNICK COJEAN

 
J'ai eu l'occasion de rencontrer Annick Cojean il y a de nombreuses années à l'occasion d'un séminaire à Sciences Po sur les "mutations de la France contemporaine". Elle était intervenue sur la question des medias en France. Elle m'avait impressionné par sa clairvoyance et par son professionnalisme. Anne Cojean est aujourd'hui grand reporter au journal "Le Monde".

- Les crimes sexuels du Guide
Elle vient de publier un livre intitulée "Les Proies" qui dénonce les crimes sexuels de Khadafi et qui relate en particulier le témoignage d'une de ses victimes, Soraya, devenue à 15 ans à peine, l'esclave sexuelle de l'ancien maître de la Lybie. L'auteur lève le voile sur les atrocités commises par ce fou, cet obsédé sexuel omnipotent et par sa clique. Le viol étant la marque de sa puissance, instrument de dominantion sur les femmes et les hommes de la société lybienne. Chaque jour il lui fallait au moins quatre femmes ou jeunes filles pour assouvir ses envies.
Les descriptions qui sont faites dans le livre dépassent l'entendement.

- Deux fois victimes
Mais ce qui est encore plus frappant, comme souvent dans les crimes sexuels, c'est le refus de témoigner des victimes, femmes ou hommes. Refus de témoigner qui s'expliquait par la peur naguère et qui s'exprime aujourd'hui par la honte. La femme violée n'est pas la seule concernée par ce crime, toute sa famille est à la même enseigne. Les hommes perdent leur honneur s'ils ne lavent pas l'affront par la mort, la leur ou celle de la femme qui a été souillée. Les victimes de crimes sexuels sont deux fois victimes : victime de leur boureau, mais aussi victime de leur famille et de la société en général qui les rejette.
Là, Annick Cojean met l'accent sur un problème majeur des sociétés à religion musulmane. Mais ne vous cachons pas les yeux, de telles situations peuvent également exister dans les sociétés occidentales, apparemment plus libérées et plus tolérantes. Il n'y a qu'à observer l'écart énorme qui existe en France ou ailleurs, entre le nombre des viols commis et  le nombre des plaintes pour viol déposées devant la justice.

- Peur, honte et complaisance coupable
En Lybie, tout le monde ou presque savait, chez les gouvernants des autres Etats de la planète, beaucoup savaient et ne disaient rien, sans compter ceux qui en profitaient, car le tyran lybien savait se montrer généreux. Peur d'un côté, honte de l'autre, et ignorance complice. La voie royale pour les dictateurs !
Pour ce qui est de la France, souvenons-nous de la  dernière mascarade de Khadafi à Paris entouré par ses amazones-esclaves, reçu en grande pompe à l'Elysée et dormant sous sa tente plantée dans les jardins de Marigny.

- Barrer la route aux apprentis dictateurs quand il est encore temps !
Tirons au moins une leçon de tout cela, barrons la route à ceux qui ne rêvent que du pouvoir et pour qui tous les moyens sont bons pour assouvir cette irrépressible obsession.
Car, certes le thème du livre d'Annick Cojean, porte sur les crimes sexuels à répétition et innombrables commis par Khadafi et sa clique, mais c'est aussi une dénonciation implacable de l'exercice du pouvoir absolu, sans aucun contrôle.
Les dictatures débouchent systématiquement sur les pires abus, sur les pires horreurs, jusqu'au génocide.
C'est pour cette raison qu'il faut combattre tous les candidats dictateurs alors qu'il en est encore temps.
Suivez mon regard, suivez l'actualité !
 

                                                                                  Annick Cojean
Un livre salutaire !

vendredi 3 juin 2011

"PLANETE CHINOISE" de François HAUTER

Je n'ai pas l'habitude de lire François Hauter car je ne lis pas le Figaro.
La démarche suivie par l'auteur de "Planète chinoise" est à la fois originale et intéressante.
Il s'agit d'enquêter sur les "avancées" commerciales de la Chine et des Chinois dans le monde.
Il ne fait pas de doute que le régime chinois est totalitaire. Le parti communiste est tout puissant, mais s'il veut tenir longtemps il est condamné à maintenir la croissance économique actuelle. Depuis Deng, il s'est ouvert au monde et au commerce tous azimuts, tout en conservant sa poigne de fer.
La Chine a besoin des autres pays du monde pour vivre, pour alimenter ses usines en matières premières, pour amasser des richesses et ce besoin se traduit par un développement tentaculaire dans la finance et dans le commerce mondial.
Hauter dresse une esquisse de cartographie de la présence chinoise et des réactions des pays qui commercent avec Pékin. Il décrit la manière dont les Chinois sont perçus dans différents lieux de la planète et comment ils confortent peu à peu leur puissance en construisant des infrastructures dans les pays en voie de développement, en "soignant" particulièrement des dirigeants corrompus sans exiger de contrepartie politique et en achetant au prix du marché les matières premières dont les cours flambent sous la pression de la demande mondiale. 
Ce faisant, l'appétit des Chinois génère des catastrophes écologiques, notamment en Afrique, mais il est bien connu que ceux qui sont dans le besoin (les Etats et les hommes) ne se soucient pas du long terme.
A noter qu'il est essentiel de faire la différence entre les Chinois expatriés qui ont quitté la Chine pour des raisons politiques ou pour tout simplement vivre en démocratie et les Chinois qui sont en mission à l'étranger mandatés par l'Etat ou par les entreprises. Ce que fait d'ailleurs Hauter avec clarté.

J'avoue avoir de nombreuses réserves à faire sur certains passages du livre, et cela alors même que je ne connais ni la Chine ni des Chinois, mais j'ai beaucoup appris sur les causes et les conséquences de cette expansion néconomique et financière infernale, dont on parle peu, compte tenu de la discrétion et du goût du secret des Chinois.
Il suffit de se rendre en Afrique, en Algérie ou dans les pays subsahariens pour mesurer les effets concrets de la puissance financière et commerciale chinoise. J'ai pu les mesurer de visu.
Bien entendu cela ne dédouane nullement les pays occidentaux de leur politique coloniale passée et actuelle, il faut néanmoins reconnaître que la Chine va vite, très vite dans Sa conquête du monde.
Plus dûr sera le réveil de ceux qui se sont jetés dans les filets de l'Empire du Milieu sans clairvoyance, fascinés par les gains immédiats et par un très illusoire échange "gagnant-gagnant".

"La guerre et le commerce ne sont que deux moyens différents d'arriver au même but : celui de posséder ce que l'on désire."
Benjamin Constant (cité par l'auteur)

Ce que je retiens de ce livre c'est l'écart existant entre la prise de conscience tardive de ceux qui s'interrogent sur les effets de la croissance économique incontrôlée et les efforts délibérés de la Chine pour aller toujours plus vite et toujours plus loin jusqu'aux limites extrèmes de la viabilité du système économique et financier mondial.
Quoi qu'il arrive, il y aura de plus en plus de victimes : les pays en développement qui auront gaspillé leurs richesses naturelles, les pays industrialisés qui auront vendu tout ce qu'il y avait de vendable chez eux, y compris leurs ingénieurs et leur savoir-faire le plus avancé.
Une seule alternative : changer de modèle économique, mais les Etats-Unis et la Chine sont-ils prêts à cela ?
Les peuples eux-mêmes auront leur mot à dire et c'est peut-être à ce niveau qu'interviendra le grand changement. Les prémices se font sentir aujourd'hui dans le bassin méditerranéen !
A quand l'avènement d'une vraie démocratie mondiale, gage de maîtrise des flux économiques et financiers et protectrice du patrimoine de la planète ?

mercredi 1 avril 2009

L'ARTICLE DE MARTIN GANSBERG SUR LE MEURTRE DE KITTY GENOVESE

Thirty-Eight Who Saw Murder Didn't Call the Police
New York Times Martin Gansberg March 27, 1964
For more than half an hour 38 respectable, law-abiding citizens in Queens watched a killer stalk and stab a woman in three separate attacks in Kew Gardens.
Twice their chatter and the sudden glow of their bedroom lights interrupted him and frightened him off. Each time he returned, sought her out, and stabbed her again. Not one person telephoned the police during the assault; one witness called after the woman was dead.
That was two weeks ago today.
Still shocked is Assistant Chief Inspector Frederick M. Lussen, in charge of the borough's detectives and a veteran of 25 years of homicide investigations. He can give a matter-of-fact recitation on many murders. But the Kew Gardens slaying baffles him--not because it is a murder, but because the "good people" failed to call the police.
"As we have reconstructed the crime," he said, "the assailant had three chances to kill this woman during a 35-minute period. He returned twice to complete the job. If we had been called when he first attacked, the woman might not be dead now."
This is what the police say happened at 3:20 A.M. in the staid, middle-class, tree-lined Austin Street area:
Twenty-eight-year-old Catherine Genovese, who was called Kitty by almost everyone in the neighborhood, was returning home from her job as manager of a bar in Hollis. She parked her red Fiat in a lot adjacent to the Kew Gardens Long Island Railroad Station, facing Mowbray Place. Like many residents of the neighborhood, she had parked there day after day since her arrival from Connecticut a year ago, although the railroad frowns on the practice.
She turned off the lights of her car, locked the door, and started to walk the 100 feet to the entrance of her apartment at 82-70 Austin Street, which is in a Tudor building, with stores in the first floor and apartments on the second.
The entrance to the apartment is in the rear of the building because the front is rented to retail stores. At night the quiet neigborhood is shrouded in the slumbering darkness that marks most residential areas.
Miss Genovese noticed a man at the far end of the lot, near a seven-story apartment house at 82-40 Austin Street. She halted. Then, nervously, she headed up Austin Street toward Lefferts Boulevard, where there is a call box to the 102nd Police Precinct in nearby Richmond Hill.
She got as far as a street light in front of a bookstore before the man grabbed her. She screamed. Lights went on in the 10-story apartment house at 82-67 Austin Street, which faces the bookstore. Windows slid open and voices punctuated the early-morning stillness.
Miss Genovese screamed: "Oh, my God, he stabbed me! Please help me! Please help me!"
From one of the upper windows in the apartment house, a man called down: "Let that girl alone!"
The assailant looked up at him, shrugged, and walked down Austin Street toward a white sedan parked a short distance away. Miss Genovese struggled to her feet.
Lights went out. The killer returned to Miss Genovese, now trying to make her way around the side of the building by the parking lot to get to her apartment. The assailant stabbed her again.
"I'm dying!" she shrieked. "I'm dying!"
Windows were opened again, and lights went on in many apartments. The assailant got into his car and drove away. Miss Genovese staggered to her feet. A city bus, 0-10, the Lefferts Boulevard line to Kennedy International Airport, passed. It was 3:35 A.M.
The assailant returned. By then, Miss Genovese had crawled to the back of the building, where the freshly painted brown doors to the apartment house held out hope for safety. The killer tried the first door; she wasn't there. At the second door, 82-62 Austin Street, he saw her slumped on the floor at the foot of the stairs. He stabbed her a third time--fatally.
It was 3:50 by the time the police received their first call, from a man who was a neighbor of Miss Genovese. In two minutes they were at the scene. The neighbor, a 70-year-old woman, and another woman were the only persons on the street. Nobody else came forward.
The man explained that he had called the police after much deliberation. He had phoned a friend in Nassau County for advice and then he had crossed the roof of the building to the apartment of the elderly woman to get her to make the call.
"I didn't want to get involved," he sheepishly told police.
Six days later, the police arrested Winston Moseley, a 29-year-old business machine operator, and charged him with homicide. Moseley had no previous record. He is married, has two children and owns a home at 133-19 Sutter Avenue, South Ozone Park, Queens. On Wednesday, a court committed him to Kings County Hospital for psychiatric observation.
When questioned by the police, Moseley also said he had slain Mrs. Annie May Johnson, 24, of 146-12 133d Avenue, Jamaica, on Feb. 29 and Barbara Kralik, 15, of 174-17 140th Avenue, Springfield Gardens, last July. In the Kralik case, the police are holding Alvin L. Mitchell, who is said to have confessed to that slaying.
The police stressed how simple it would have been to have gotten in touch with them. "A phone call," said one of the detectives, "would have done it." The police may be reached by dialing "0" for operator or SPring 7-3100.
Today witnesses from the neighborhood, which is made up of one-family homes in the $35,000 to $60,000 range with the exception of the two apartment houses near the railroad station, find it difficult to explain why they didn't call the police.
A housewife, knowingly if quite casually, said, "We thought it was a lovers' quarrel." A husband and wife both said, "Frankly, we were afraid." They seemed aware of the fact that events might have been different. A distraught woman, wiping her hands in her apron, said, "I didn't want my husband to get involved."
One couple, now willing to talk about that night, said they heard the first screams. The husband looked thoughtfully at the bookstore where the killer first grabbed Miss Genovese.
"We went to the window to see what was happening," he said, "but the light from our bedroom made it difficult to see the street." The wife, still apprehensive, added: "I put out the light and we were able to see better."
Asked why they hadn't called the police, she shrugged and replied: "I don't know."
A man peeked out from a slight opening in the doorway to his apartment and rattled off an account of the killer's second attack. Why hadn't he called the police at the time? "I was tired," he said without emotion. "I went back to bed."
It was 4:25 A.M. when the ambulance arrived to take the body of Miss Genovese. It drove off. "Then," a solemn police detective said, "the people came out."
The above reported events are true and took place on March 14, 1964.
The brutal murder of Kitty Genovese and the disturbing lack of action by her neighbors became emblematic in what many perceived as an evolving culture of violence and apathy in the United States. In fact, social scientists still debate the causes of what is now known as "the Genovese Syndrome."