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jeudi 16 novembre 2017

PRINCIPAUX PRIX LITTERAIRES 2017


·      Prix de l’Académie française – Mécaniques du chaos, Daniel Rondeau
-       Broché: 464 pages
-       Editeur : Grasset ; Édition : 1 (16 août 2017)
-       Collection : Littérature Française

Daniel Rondeau est écrivain. Il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels des romans (Dans la marche du temps), des portraits de villes méditerranéennes (Tanger, Istanbul, Carthage, Alexandrie), des récits autobiographiques (L’Enthousiasme, les Vignes de Berlin), des livres d’intervention (Chronique du Liban rebelle)

Et si la fiction était le meilleur moyen pour raconter un monde où l’argent sale et le terrorisme mènent la danse  ? Ils s’appellent Grimaud, Habiba, Bruno, Rifat, Rim, Jeannette, Levent, Emma, Sami, Moussa, Harry. Ce sont nos contemporains. Otages du chaos général, comme nous. Dans un pays à bout de souffle, le nôtre, pressé de liquider à la fois le sacré et l’amour, ils se comportent souvent comme s’ils avaient perdu le secret de la vie. Chacun erre dans son existence comme en étrange pays dans son pays lui-même.
Mécaniques du chaos est un roman polyphonique d’une extraordinaire maîtrise qui se lit comme un thriller. Il nous emporte des capitales de l’Orient compliqué aux friches urbaines d’une France déboussolée, des confins du désert libyen au cœur du pouvoir parisien, dans le mouvement d’une Histoire qui ne s’arrête jamais.




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·        Prix GoncourtL'ordre du jour, Éric Vuillard
-       Broché: 160 pages
-       Editeur : Actes Sud Editions (29 avril 2017)
-       Collection : Un endroit où aller


Ecrivain et cinéaste né en 1968 à Lyon, Eric Vuillard a reçu le prix Ignatius-J.-Reilly 2010 pour Conquistadors (Léo Scheer, 2009), le prix Franz-Hessel 2012 et le prix Valery-Larbaud 2013 pour Congo et La bataille d'Occident (Actes Sud, 2012). Egalement parus chez Actes Sud : Tristesse de la terre (2014), prix Joseph-Kessel 2015, et 14 juillet (2016), prix Alexandre-Vialatte 2017.


Ils étaient vingt-quatre, près des arbres morts de la rive, vingt-quatre pardessus noirs, marron ou cognac, vingt-quatre paires d'épaules rembourrées de laine, vingt-quatre costumes trois pièces, et le même nombre de pantalons à pinces avec un large ourlet. Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l'Assemblée ; mais bientôt, il n'y aura plus d'Assemblée, il n'y aura plus de président, et, dans quelques années, il n'y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants. Eric Vuillard.






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·        Prix Renaudot - La disparition de Josef Mengele, Olivier Guez
-       Broché : 240 pages
-       Editeur : Grasset (16 août 2017)
-       Collection : Littérature Française

Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de L’Impossible retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 (Flammarion), Éloge de l’esquive (Grasset) et Les Révolutions de Jacques Koskas (Belfond). Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand.

1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz  croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant  ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.






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·        Prix Femina - La Serpe, Philippe Jaenada
-       Broché : 648 pages
-       Editeur : Julliard (17 août 2017)

Philippe Jaenada a publié chez Julliard Le Chameau sauvage (adapté au cinéma sous le titre À+ Pollux) ; Néfertiti dans un champ de canne à sucre (1999) ; La Grande à bouche molle (2001) ; Sulak (2013) et La Petite Femelle (2015)

Un matin d'octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n'est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l'unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l'arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d'un procès retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitté et l'enquête abandonnée. Alors que l'opinion publique reste convaincue de sa culpabilité, Henri s'exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, écrit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.
Jamais le mystère du triple assassinat du château d'Escoire ne sera élucidé, laissant planer autour d'Henri Girard, jusqu'à la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire à bien des égards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu'à ce qu'un écrivain têtu et minutieux s'en mêle...
Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu'Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indifférent. Enfilant le costume de l'inspecteur amateur (complètement loufoque, mais plus sagace qu'il n'y paraît), il s'est plongé dans les archives, a reconstitué l'enquête et déniché les indices les plus ténus pour nous livrer ce récit haletant dont l'issue pourrait bien résoudre une énigme vieille de soixante-quinze ans.





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·        Prix Médicis - Tiens ferme ta couronne, Yannick Haenel
-       Broché : 352 pages
-       Editeur : Gallimard (17 août 2017)
-       Collection : L'infini

Yannick Haenel co-anime avec François Meyronnis la revue Ligne de risque. Il a récemment publié aux Éditions Gallimard Cercle (2007, Folio n° 4857) et Jan Karski (2009, Folio n° 5178), prix du Roman Fnac et prix Interallié

Un homme a écrit un énorme scénario sur la vie de Herman Melville : The Great Melville, dont aucun producteur ne veut. Un jour, on lui procure le numéro de téléphone du grand cinéaste américain Michael Cimino, le réalisateur mythique de Voyage au bout de l'enfer et de La Porte du paradis. Une rencontre a lieu à New York : Cimino lit le manuscrit. S'ensuivent une série d'aventures rocambolesques entre le musée de la Chasse à Paris, l'île d'Ellis Island au large de New York, et un lac en Italie. On y croise Isabelle Huppert, la déesse Diane, un dalmatien nommé Sabbat, un voisin démoniaque et deux moustachus louches ; il y a aussi une jolie thésarde, une concierge retorse et un très agressif maître d'hôtel sosie d'Emmanuel Macron. Quelle vérité scintille entre cinéma et littérature ? La comédie de notre vie cache une histoire sacrée : ce roman part à sa recherche.




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·        Prix Goncourt des Lycéens L'Art de perdre, Alice Zeniter
-       Broché : 512 pages
-       Editeur : Flammarion ; Édition : 01 (16 août 2017)
-       Collection : LITTERATURE FRA

Alice Zeniter est née en 1986. Elle a publié quatre romans, dont Sombre dimanche (Albin Michel, 2013) qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l'Express et le prix de la Closerie des Lilas et Juste avant l'oubli (Flammarion, 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteuse en scène.

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ? Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un "harki". Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l'été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ? Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l'Algérie, des générations successives d'une famille prisonnière d'un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d'être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.






·        Prix Interallié – Il sera attribué le 22 novembre 2017 - 


vendredi 25 novembre 2016

LEÏLA SLIMANI : "CHANSON DOUCE", roman , Prix Goncourt 2016




Difficile d'échapper au Goncourt si l'on se prétend amateur de littérature !

Pour apprécier un livre, il faut tenir compte du contexte. Ces derniers mois je me suis plongé dans les œuvres d'écrivains très talentueux : Henry James, Virginia Woolf, Sandor Marai ou encore Balzac...
Je ne peux donc m'empêcher de comparer...

Bon, cela étant, le roman de Leïla Slimani a des qualités indéniables, notamment sur la forme, le style est alerte, incisif, les phrases sont courtes et bien balancées, ce qui donne du rythme au récit
"Mila et Adam font la sieste. Myriam et Paul sont assis au bord de leur lit. Anxieux et gênés. Ils n'ont jamais confié leurs enfants à personne. Myriam finissait ses études de droit quand elle est tombée enceinte de Mila, Elle a obtenu son diplôme deux semaines avant son accouchement..."
On est aux antipodes d'un certain lyrisme littéraire, mais j'aime bien.

Ensuite il y a la structure du livre : des chapitres très courts (en réalité ce ne sont pas des chapitres identifiés en tant que tels, mais peu importe!), découpés en courts passages avec des renvois à la ligne. La structure du roman est en cohérence avec le style vif et alerte. Le lecteur est dans le rythme du Paris d'aujourd'hui, un rythme à cent à l'heure, sans recul, où les personnages sont plongés dans l'action, faisant sans cesse le va et vient entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle (pour autant qu'ils en aient une !).
Dans ce roman, tout converge pour nous donner cette impression de course sans fin où les personnages traversent les événements quotidiens comme des fantômes passant à travers les murs.
Le choix de la première scène du roman, atroce, nous confronte d'emblée à la réalité absurde d'une vie où ce que l'on appelle famille ne signifie plus grand chose.
Paradoxe, la famille, ou plutôt la cellule familiale parents/enfants peut apparaître aujourd'hui comme un des rares points fixes de l'existence urbaine et pourtant, lorsqu'on gratte un peu on s'aperçoit qu'elle n'existe que par le désir.
Désir qui arrive à s'incarner dans des flashs, l'espace de courts instants, lorsqu'on arrive à échapper au tumulte sourd de la mégalopole grise.

Dans la réalité, chez les bobos, la famille est élastique et elle risque d'éclater très vite.
Pour éviter qu'elle ne se disloque, on va alors chercher une nounou, Louise. Et c'est grâce  à cette nounou que le père et la mère arrivent à légitimer leur grand écart permanent.
Ce livre est plein d'instants de vérité qui éclairent sous un regard vif cette dislocation progressive de la cellule familiale bourgeoise moderne.
Les sentiments (le désir) sont bien là jaillissant des uns et des autres, mais ils cherchent en permanence leur objet dans un univers à la fois confiné et insaisissable.

Quant au personnage de Louise, je m'interroge.
Je m'interroge sur cette nounou que je ne suis pas arrivé une seconde à imaginer dans son apparence physique. J'ai eu l'impression que chaque nouvel élément descriptif du personnage venait brouiller les pistes d'une image en train de se construire avec difficulté.
En  réalité, j'ai substitué à Louise un personnage de ma vie réelle et c'est cela qui m'a rendu mal à l'aise. Et bien sûr, il y a quelque chose qui ne colle pas.

Impression similaire sur la psychologie de Louise. J'ai l'impression que l'auteure a composé son personnage par strates successives. Et même remarque, lorsque j'essaie de reconstruire la psychologie du personnage, je suis à nouveau dérouté par des épisodes improbables de sa vie. A nouveau, ça ne colle pas.

Finalement je me suis retrouvé dans le personnage du capitaine de police Nina Dorval, qui prend la place de Louise au moment de la reconstitution pour essayer de comprendre.
J'en ai déduis que le dessein de Leïla Slimani n'était pas de chercher à expliquer, mais simplement de poser des questions.

N'est ce pas en définitive un livre sur la frustration des uns et des autres, frustration aveugle et insoutenable qui débouche sur le drame absolu ?

Un livre qui nous parle, qui nous révèle une réalité de notre mode de vie mais qui ne donne pas de clés de compréhension
Difficile pour le lecteur de comprendre par lui-même car Louise est totalement hermétique.

lundi 21 décembre 2015

LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, de Laurent BINET


LA SEPTIEME FONCTION DU LANGAGE, de Laurent BINET, publié chez GRASSET

 

 
 
Voila un roman totalement neuf, qui a du souffle, de l’audace, du piment, de l’intelligence surtout, qui nous conduit en compagnie des plus brillants intellectuels des années 1980 dans une intrigue à la Indiana Jones.

 

Ma première réaction à la lecture des premières pages du roman a été de m’interroger sur la frontière entre la réalité et la fiction.

Les premières pages sont tellement ancrées dans le réel que toutes les situations semblent vraies. Ainsi l’accident de Roland Barthes renversé par une camionnette de blanchisserie à deux pas du Collège de France, après un déjeuner avec François Mitterand rue de Bièvres est relaté avec une telle méticulosité que tout ce qui est écrit parait fidèle à la réalité. Seuls quelques détails nécessaires à la construction de l’intrigue romanesque ont été ajoutés.

Alors très vite je me suis pris au jeu : « qui a tué Roland Barthes ? » Binet a gagné son pari.

 

Ensuite, j’ai éprouvé une réelle fascination pour les intellectuels et autres philosophes  qui dans les années 1980 tenaient le haut du pavé au Collège de France, à Normale Sup, à Vincennes ou à la Sorbonne, Binet en fait des personnages de son roman ; ainsi voit-on évoluer, parfois dans des situations rocambolesques, voire ridicules pour certains, les Barthes, Foucault, Althusser, Lacan, Derrida, Deleuze, Guattari, Umberto Eco et les Jean Edern, BHL, Julia Kristeva, Sollers également… Binet nous offre le grand bonheur de partager avec eux quelques instants de vie, à Paris, à Bologne, à Venise ou encore dans une université américaine. Il invente des dialogues entre Foucault et Derrida par exemple ou plus exactement il recontextualise des paroles prononcées et des phrases réellement écrites par ses personnages dans la vie réelle ce qui contribue à plonger le lecteur dans la fiction tout en gardant l’impression qu’il se situe dans la réalité.

Le terme de « jubilatoire » à été utilisé par plusieurs critiques pour qualifier ce roman, je le fais mien car il exprime exactement ce que j’ai ressenti en dévorant une à une les pages de ce récit très brillant.

L’une des conséquences inattendue de la lecture du roman de Binet a été de me redonner l’envie de lire ou de relire Foucault, Deleuze et peut-être même Derrida ou Althusser et de redécouvrir ainsi l’excitation intellectuelle que j’avais pu ressentir à l’époque à la lecture de « L’archéologie du savoir » ou des « Mots et des choses ».

Enfin, Binet est un admirateur d’Umberto Eco, il en fait d’ailleurs l’un des personnages de son roman, et nul doute que celui qui a apprécié « Au nom de la rose » se délectera de la « Septième Fonction du Langage ».

Une vraie prouesse romanesque qui construit un monde à deux versants celui du réel et celui de la fiction et qui perd le lecteur de le labyrinthe de l’imagination créatrice, pour son plus grand plaisir.

mardi 25 novembre 2014

« PAS PLEURER » de LYDIE SALVAYRE, Seuil éditeur


 

Que les choses soient claires, pour moi "PAS PLEURER" n’est pas un grand livre, c’est une sorte de fourre-tout construit sur une cohérence toute artificielle entre le vécu de deux personnages très différents qui ont vécu la période républicaine et l'éclatement de la guerre civile en Espagne en 1936 : l’écrivain Georges Bernanos, qui se trouvait à Palma de Majorque à cette époque, et Montse, la mère de Lydie Salvayre, alors jeune fille, qui vivait dans un village « coupé du monde ».
Difficile même de parler de deux personnages, car Bernanos ne semble là que par raccroc et uniquement pour les lignes qu’il a écrites dans lesquelles il clame son indignation contre les atrocités commises par les franquistes avec le soutien de l’Eglise espagnole. Ce n’est donc pas un personnage du roman, c’est une conscience qui s’est exprimée clairement à l’époque, notamment dans « Les Grands cimetières sous la lune », pour condamner les crimes des franquistes, alors même que cet écrivain monarchiste et catholique s’inscrivait dans une tradition littéraire et politique inspirée notamment par Maurras.
Je m'interroge sur l’intérêt de reprendre maintes fois des citations de Bernanos dans le cours du roman.
Le second personnage, en réalité le seul qui soit au cœur de ce roman, c’est Montse, la mère de l’auteure. Cette femme, alors âgée de 16 ans, a vécu la période de la république espagnole dans son village et pour une courte période à Barcelone, avant de subir la guerre civile, suivie d’un exil en France. Cette année 1936 constitue aujourd’hui chez cette vieille dame nonagénaire le seul souvenir présent dans sa mémoire. Un souvenir d’une période très courte, de liberté et de jubilation, de fraternité et d’amour, d’un vrai amour avec un jeune écrivain français qui vient s’engager dans les brigades internationales, une période située comme hors du temps où tout semblait possible.
La vie de Montse nous est racontée par bribes, plusieurs autres personnages apparaissent dans le microcosme du village natal de Monste, Jose son frère, Diego son futur mari, Juan, Don Jaime, Dona del Sol, Dona Pura, le père et la mère de Montse de condition très modeste. Ils vivent à l’échelle du village à la fois les événements habituels d’une vie de village (naissances, mariages, décès...), mais aussi les effets de l’avènement de la République espagnole et de la période tragique de la Guerre civile (naissance de clans, élections, violences...). C’est à mon avis ce choc entre la normalité de la vie et le déroulement tragique de l’Histoire qui est le vrai sujet du livre, mais qui aurait pu être exploité de manière plus approfondie par l’auteure.
Je reconnais qu’il y a de très beaux passages dans ce livre qui témoignent de cette période où tout paraissait possible. Un goût de liberté, jusqu’alors inconnu, pour Monste, pour son frère José…J'ai également pensé au "Guépard" lorsque sont abordés les rapports entre Montse et Don Jaime, son beau-père vieillissant, qui sent son monde s'écrouler. 
Quant au style de l'auteure, il est aussi sujet à controverse. Il qui ne m’a pas séduit. IL serait d'ailleurs plus judicieux de parler des styles d’écriture de ce livre. J’ai trouvé insupportable le recours à la « langue » parlée utilisée par Montse pour s’exprimer. Les mots sont écorchés, inventés, ils constituent une sorte de langue  de langue bâtarde, parfois incompréhensible. Cela sent le préfabriqué et pourtant certains critiques ne tarissent pas d’éloges, sur la saveur, l'inventivité, l'humour du style de Lydie Salvayre… Cela m’a laissé totalement insensible.
Quant aux répétitions de mots ou d’expressions quasi systématiques dans le court du roman, je les trouve tout aussi insupportables. Les ruptures de phrases avec renvoi à la ligne n'ont également rien de très original, se justifient-elles réellement ?
Evidemment il y a le thème de la Guerre civile espagnole et toute la part d’émotion que cette période tragique a généré de l’autre côté des Pyrénées, mais aussi de culpabilité devant l’indifférence et la lâcheté des politiciens de l’époque.
Fallait-il encore revenir sur ce thème traité plusieurs milliers de fois dans la littérature ?
L’auteure répond par l’affirmative : « Je m’avise du reste, chaque jour davantage, que mon intérêt pour les récits de ma mère et celui de Bernanos tient pour l’essentiel aux échos qu’ils éveillent dans ma vie d’aujourd’hui. » p 169
Soit, mais pourquoi avoir attribué le prix Goncourt à ce livre ? Je ne comprends pas !

dimanche 11 novembre 2012

ROMAN "PESTE & CHOLERA" DE PATRICK DEVILLE





 
Contrairement peut-être à une majorité de lecteurs du livre de Patrick Deville, je connaissais un peu le personnage de Yersin. D'abord parce que lors de mon voyage au Vietnam en 2006, j'ai pu constater que là-bas c'était un homme vénéré. Il existe une rue Yersin à Ho Chi Minh ville (ex Saïgon), comme il existe un duong (rue) Pasteur, alors que tous les anciens noms de rue français ont été remplacés par de nouvelles appellations, ce qui est plus que normal d'ailleurs. Mais c'est dire l'importance du rôle qu'a joué ici au Vietnam, Yersin et par ricochet son maître Pasteur.
Ensuite parce que l'une de nos amies qui a travaillé pendant plusieurs années à Pasteur et qui consacre sa vie à la lutte contre les maladies tropicales, et qui comme Yersin a parcouru le monde, nous a parlé de cet homme avec admiration.
 
 
Scientifique, médecin, découvreur génial, membre de la bande à Pasteur, mais aussi un individualiste curieux qui parcourt le monde et qui est sans cesse à la recherche de l'innovation, parfois ombrageux, intransigeant, fuyant l'inutile et les bavardages de salon. Un vrai personnage de roman en quelque sorte.
C'est ce qui a fait tilt dans l'esprit de Deville et il a eu mille fois raisons de lui consacrer les 220 pages de son dernier roman.
J'ai littéralement dévoré ce livre écrit dans un style à la fois alerte, il n'y a qu'à lire les premières pages pour en avoir une idée, et en même temps évanescent, qui traduit bien le caractère même de Yersin et sa démarche, passion pour un thème, travail méthodique, découverte et très vite on passe à autre chose.
Certes Yersin est docteur en médecine, reconnu par ses pairs pour avoir  notamment découvert le bacille de la peste, mais il a sa propre approche des phénomènes, ce qui en fait un "pasteurien" à part.
" Pour Yersin, adepte d'une manière de maïeutique, rien de ce qui peut s'enseigner ne mérite d'être appris, même si toute ignorance est coupable. Toute sa vie il demeurera un brillant autodidacte et n'aura que mépris pour les besogneux. Il suffit de savoir observer. Si on ne sait pas on ne saura jamais..." p. 11.
 C'est aussi un explorateur fasciné par Livingstone, toujours cet esprit de découverte, cette soif de nouveauté et d'observation scientifique. Il ouvre des passages entre l'est et l'ouest de la péninsule indochinoise, maculant ses carnets de relevés topologiques qui seront ensuite exploités par les ingénieurs et les constructeurs de toute sorte. Yersin aurait pu être un des grands conquistadors des Amériques, il aurait pu également participer à la campagne d'Egypte avec les savants de Napoléon... Bref Yersin, c'est un personnage, c'est un esprit aventureux qui ne s'enferme nulle part.
Pour cet homme l'important est de bouger, de ne pas tomber dans la routine. Certes il trouvera un point fixe à Nha Trang au Viet Nam. Mais ce point fixe restera en permanence connecté au reste du monde, dans tous les domaines : scientifique, médecine bien sûr mais aussi physique, chimie, mécanique, aéronautique, botanique, zoologie, agronomie, astronomie... Entre Nha Trang et le reste du monde ce seront des va-et-vient incessants. Deville sait d'ailleurs rendre à merveille la griserie des premières traversées entre Marseille et Saïgon sur l'Oxus, le fleuron des Messageries Maritimes de l'époque, ainsi que les vols aux multiples escales.
L'un des attraits du livre consiste également à nous faire cotoyer de multiples personnages rencontrés ou non par Yersin, outre Louis Pasteur soi-même et les "membres de sa bande", le lecteur découvre au fil des pages Louis Ferdinand Céline, le "pasteurien renégat", Paul Doumer l'ancien gouverneur à Hanoï devenu président de la République qui mourra assassiné, Lyautey, Arthur Rimbaud le poète mais aussi l'aventurier, le capitaine Flotte, Ho Chi Minh, Serpollet le constructeur de voitures, Loti l'écrivain et les Dunlop, Michelin et autres futurs rois du caoutchouc... Tout un monde revit sous nos yeux émerveillés.
Le livre nous met en prise avec une époque à la fois époustouflante de créativité, d'innovation, mais aussi terrifiante avec l'avènement des deux grands conflits mondiaux qui se traduiront par des millions de morts. D'un côté, la médecine et les vaccins qui tentent de préserver les hommes des grandes épidémies et de l'autre les canons et les bombes qu anéantissent une partie de l'humanité. Et au milieu de tout cela un homme, un original, un individualiste qui conduit sa vie comme il l'entend, à la recherche de tout ce qui bouge, de tout ce qui peut se transformer pour améliorer le sort des hommes. Point de guerre subie, point d'attaches amoureuses, seul Yersin face au monde, face à lui-même, avec son génie et ses découvertes scientifiques capitales.
Que reste-t-il de tout cela ? Une tombe bleue, un nom de rue à Saïgon, un nom de lycée à Hanoï ? Des vies épargnées ? Peut-être une éthique, un modèle de vie, une droiture dans la démarche et en définitive une absence de compromis ?
Bien sûr j'ai une réticence par rapport au roman : quelle est la vérité sur Yersin ? Comment imaginer un personnage qui a vécu, que d'autres ont connu, et imposer sa vérité d'écrivain ? On me dira qu'il s'agit d'une œuvre littéraire et non d'une biographie. Finalement qu'est ce qui importe ? Connaître la vraie vie de Yersin ou être fasciné par un personnage romanesque qui peut nous amener à changer notre regard sur notre propre vie ?
J'ai ma réponse à moi !

J'ai noté une phrase qui peut-être explique certaines de mes motivations à voyager et à se poser un certain temps en Afrique ou en Asie: " Cette sorte de liberté sauvage dont on jouit ne peut être comprise en Europe où tout est si réglé par la civilisation." p. 194
Merci à Patrick Deville pour ce beau voyage dans la science en marche, dans la découverte de nouvelles contrées. L'espace de quelques pages, j'ai voyagé sur l'Oxus, accroché au bastingage, j'ai bu un verre de champagne dans le dernier avion qui quittait le Bourget avant l'arrivée de l'envahisseur allemand, j'ai bivouaqué dans la forêt des montagnes du royaume annamite, j'ai regardé la mer assis dans le fauteuil en rotin de Yersin, j'ai posté mon courrier à la grande poste de Saïgon, j'ai bu un verre au Majestic, j'ai parcouru les rues arborées d'Hanoï au volant d'une magnifique voiture... Bref j'ai voyagé ! Ca fait du bien de lire !
 
 
L'Oxus à quai à Saïgon


La grande Poste de Saïgon en 2007 (photo G. Morin)

jeudi 8 novembre 2012

PRIX GONCOURT 2012 "LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME" DE JEROME FERRARI

 
 
 
Je n'ai pas totalement adhéré à ce livre. Je lui trouve un côté à la fois fabriqué trop visible, et un côté brumeux, évanescent, insaisissable.
Difficile d'écrire un livre illustrant une thèse philosophique, car la veine romanesque semble semble en pâtir.
 
Notre monde est fait de multiples mondes qui s'édifient, puis s'effritent et meurent, exactement comme Rome jadis, qui s'effondre à l'époque d'Augustin, et exactement comme le bar du village corse que deux des personnages du roman, Matthieu et Libero. Revenant au village natal après l'avoir quitté pour faire leurs études à Paris, ils créent une sorte de "nouveau monde" en reprenant l'ancien bistrot des Chasseurs. Ils réussissent, l'espace d'un temps, à créer dans ce bar un monde harmonieux où chacun trouve ses plaisirs, dans l'alcool, dans la chair, dans le sexe, dans la convivialité... Une sorte de monde épicurien, dans lequel chacun a l'impression de vivre enfin une vraie vie. Et puis un jour, tout commence à se déliter, l'harmonie disparaît, la violence s'empare des hommes. Ce petit monde créé par les deux apprentis démiurges au coeur de la Corse, s'effondre, comme tous les autres mondes humains, qu'ils soient immenses comme des empires ou microcosmiques comme un bistrot de village. Et l'un des démiurges (Libero) découvre soudain l'inanité de sa création. Il cherche à éclairer son ami Matthieu :
 
" - Tu te vois passer des années ici ? Les filles qui défilent, toujours les mêmes pauvres filles. Les petits enculés du genre de Colonna. Les ivrognes. Les cuites. C'est un boulot de merde. Un boulot qui rend con. Tu ne peux pas vivre de la connerie humaine, c'est ce que je croyais, mais tu ne peux pas, parce que tu deviens toi-même encore plus con que la moyenne. Vraiment Matthieu tu t'y vois ? Dans cinq ans ? Dans dix ans ?" p. 182
 
Mais à côté de ce bar de village, d'autres mondes existent ou ont existé. En remontant dans le temps, l'auteur nous fait découvrir d'autres mondes, ceux dans lesquels on n'arrive pas à pénétrer, des mondes où l'on est absent, où l'on passe en permanence à côté des événements, de ses projets, de ses rêves, de ses envies.
Il y a aussi les mondes que l'on fuit. Cette absence et cette fuite ont été le destin de Marcel, le grand-père de Matthieu. L'homme quittera le village corse où il est né, ce monde de paysans, dans lequel il ne se reconnait pas. Mais il ne trouvera jamais ce qu'il cherchait, il vivra sa vie comme une absence, comme un manque permanent. Jamais il ne trouvera la réussite et la gloire auxquelles il aspire, il fuira jusqu'au fin fond de l'empire colonial français, empire en pleine décomposition. A la naissance de son fils, il perdra sa femme, dont le corps malade se décompose sous ses yeux. Il passera à côté de ce monde là également, n'arrivant même pas de construire la moindre relation avec son fils Jacques, le père de Matthieu, qu'il envoie tout petit dans la famille en Corse.
Ferrari décrit aussi la fin du monde de Jacques, lorsque juste avant sa mort il s'agrippe au bras de sa fille Aurélie, la soeur de Mathieu : " ... comme on est seul quand on meurt, et en face de cette solitude, elle avait eu envie de fuir, rien d'autre, elle aurait voulu que son père lâche son poignet pour la laisser s'enfuir et qu'il cesse de la contraindre à affronter cette solitude que les vivants ne pouvaient pas comprendre, et pendant un long moment, elle n'avait plus ressenti ni compassion ni douleur, mais seulement une peur panique dont le souvenir lui faisait maintenant horreur..." p. 119
Les mondes coexistent, ils se succèdent, tout change et rien ne change, c'est toujours le même mouvement, celui qui va de la naissance à la mort, de la création à l'anéantissement. C'est la destinée des hommes. C'est ce qu'Augustin tente d'expliquer aux hommes dans son sermon sur la chute de Rome.
"Ce qui naît dans la chair meurt dans la chair. Le mondes passent des ténèbres aux ténèbres, l'un après l'autre, et si glorieuse que soit Rome, c'est encore au monde qu'elle appartient et elle doit passer avec lui."
Augustin explique ensuite à ceux qui l'écoutent que le monde divin n'est pas de même nature. Mais juste avant de mourir, alors que les Vandales pénètrent dans la cité d'Hippone, Augustin se met à douter : "il se demande avec angoisse si tous les fidèles en pleurs que le sermon sur la chute de Rome n'a pu consoler n'avaient pas compris sesparoles bien mieux qu'il ne les comprenait lui-même. Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien." p. 201
 
En définitive, la seule certitude est pour nous la lecture des signes, signe de l'origine et signe de la fin, qui ne sont d'ailleurs qu'un seul et même signe : " Nous ne savons pas en vérité ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière de l'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, où la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone, portant avec lui depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée." p. 196

Chacun fuit un monde au moins et en cherche un autre où il espère s'épanouir, c'est le cas de Marcel, de Jacques, d'Aurélie et aussi de Mathieu. Trois générations de la famille Antonetti.
Mathieu reviendra à son origine, espérant créer un monde où chacun se sentira vivre, où chacun se sentira bien, qu'il soit paysan corse, musicien, touriste, étudiante ou ex patron de bistrot.
Mais dans sa naissance même chaque monde porte le signe de sa fin.

J'ai apprécié la fin lucide du roman.
 
Même si j'ai des réserves sur le fond et sur l'architecture du livre, je trouve le style  remarquable. Dans certains passages, il est vrai que les phrases n'en finissent plus de finir, par nécessité, sans doute, image des mondes qui s'étirent avant de vaciller et de s'effondrer dans le néant de l'univers !

vendredi 2 novembre 2012

ROMAN "LE VEAU" DE MO YAN

 
 
Evidemment Mo Yan n'aurait pas obtenu le prix Nobel de littérature 2012, jamais je n'aurais eu l'occasion de lire un de ses livres. Et pourtant je me serais privé d'une vision de la Chine rurale à l'époque de la révolution culturelle qui ne manque ni d'intérêt, ni d'humour.
 
Je ne vais pas raconter l'histoire du veau en question, mais simplement vous inviter à vous plonger dans la culture chinoise, d'une manière simple, abordable et authentique.
Un récit plein de malice et aussi très critique à l'encontre du pouvoir de l'époque. Deux catégories de personnages : les vrais, ceux qui vivent dans la pauvreté, mais qui sont roublards comme pas un et puis les autres, les fantoches, les bureaucrates, les fayots, les gratte-papier, a la fois bêtes et imbus de leur personne. Il y a encore une troisième catégorie, celle que Mo Yan appelle les droitiers, c'est-à-dire les anciens riches, les intellectuels, que l'on a mis dan des camps de rééducation, mais qui ont conservé toutes leurs capacités. Quel gâchis semble dire Mo Yan !
Il est probable que si j'avais lu un tel livre il y a trente ou quarante ans, j'aurais crié à la réaction.
Mais aujourd'hui tout a changé, simplement les riches d'aujourd'hui font ami-ami avec le pouvoir politique, ils sont même souvent au pouvoir comme le premier ministre actuel. Quant aux pauvres ils sont toujours pauvres, et c'est de ceux là que Mo Yan nous parle. Il est dans leur camp. Avec sa truculence, il sait nous les rendre familiers malgré les différences de culture.
La lecture de ces deux nouvelles est un vrai moment de plaisir.