Claude Lévi-Strauss disparait dans sa 101ème année. Il a été enterré en Côte d'Or, à Lignerolles, village situé dans le nord du département et non dans le Morvan comme l'ont indiqué des journalistes ignares.
Cet après-midi, j'ai acheté le volume de ses oeuvres dans la Pléiade, comme cela, machinalement. Je m'interroge sur les raisons de cet achat.
Lévi-Strauss, c'est pour moi le dernier penseur de sa génération. La génération du structuralisme avec Jakobson, Lacan, Althusser et aussi Foucault et Bourdieu.
En ce début du mois de novembre le dernier grand penseur français disparaît.
La mort de ces êtres d'exception nous place devant nos responsabilités : que savons-nous d'eux, quels ont été leur apport à la science ? Que retenir de leur enseignement, de leur découverte, de leur exemple ?
J'ai quelques vagues réminiscences de deux des livres de Lévi-Strauss parcourus il y a plus de 35 ans lorsque j'étais encore en fac à Dijon, et puis c'est tout. Depuis plus rien. Sinon des commémorations dans les médias
Aujourd'hui je me sens à la fois surpris par cette disparition et en même temps très concerné.
Cet après-midi encore, j'ai entendu sur France-Inter une émission consacrée précisément au volume de Lévi-Strauss paru dans la Pléiade de son vivant. Coïncidence.
Et j'ai pu prendre à travers les commentaires de son eouvre la mesure de ce personnage qui a établi des ponts entre Durkheim, Levy-Bruhl et la génération des Bourdieu et entre les différentes disciplines des sciences humaines. C'est aussi le créateur de l'anthropologie moderne.
Avant de lire et de relire quelques passages de ses oeuvres, ce que je retiens de Lévi-Strauss c'est d'abord la mise au point d'une méthode qui a permis de découvrir derrière les apparences les modes de fonctionnement cachés de la parenté, des représentations etc. On a pu reprocher au structuralisme d'avoir proclamé la mort du sujet et la primauté de l'inconscient et des lois qui le gouvernent.
C'est ce qui terrifia tant les philosophes spiritualistes héritiers de Bergson et aussi les philosophes de la liberté s'inscrivant dans la lignée de Sartre et de l'existentialisme.
Aujourd'hui il semblerait qu'après une période de traversée du désert, le courant structuraliste retrouvre la place qui devrait être la science dans l'histoire des idées. Ce qu'il faut retenir de Lévi-Strauss, si j'en crois les scientifiques qui sont ses héritiers (sans jeu de mot n'est-ce pas !) c'est qu'il n'a pas réellement apporter de réponses aux questions des sciences humaines, il a changé la manière dont on se posait les questions. Il a procédé à une décentration en quelque sorte. Pour Lévi-Strauss, il n'y a pas d'échelle de valeur entre les cultures, une culture en vaut une autre et la pire des choses serait de lire les autres cultures à) travers le prisme de sa propre culture.
Recenser les cultures créées par les hommes, partout où ils sont dans le monde, les observer et rechercher leurs modes de fonctionnement au-delà des apparences, c'est une innovation majeure dans l'histoire des idées du siècle dernier.
Ceette recherche de toute une vie a conduit Lévi-Strauss à un pessimisme rationnel. Il a été le témoin de la disparition d'une part importante de ces cultures, mais aussi celui de la destruction méthodique de la nature à des fins mercantiles. En définitive, je ne pense pas qu'il ait quitté ce monde satisfait, loin de là. Chez lui les lueurs d'espoir sont faibles. La diversité des hommes et de leurs cultures se réduit comme une peau de chagrin.
Que puis-je dire de plus ? Oserais-je rappeler le souhait qu'il avait eu à la fin de sa vie de refaire son itinéraire dans l'autre sens comme dans la nouvelle de Scottt Fitzgerald qui m'a tant marqué et qui décrit la vie de Benjamin Button. Aujourd'hui je comprends mieux son voeu.