
Luc BOLTANSKI, directeur d’études au EHESS et du groupe de sociologie politique et morale avec Laurent Thevenot
Ecoutant dans une émission de radio les propos tenus par le sociologue Luc Boltanski, j'apprends qu'il a été l'assistant et le collaborateur de Bourdieu.
Il explique que ce qui a changé entre les années 60 et aujourd'hui, c'est la toute puissance du management qui s'est étendu de la sphère privée à la sphère publique. Cela signifie qu'aujourd'hui tout est géré et que tout est" boulonné" comme il dit. L'Etat gère la France et les Français comme on gère une entreprise.
En 1968, il était possible de croire qu'on pouvait et qu'on allait changer le monde. Aujourd'hui cette approche n'est plus pertinente. Selon lui c'est ce qui fait la différence entre hier et aujourd'hui.
La conséquence est que la part de liberté individuelle qui était la nôtre et qui permettait de jouir d'une sorte de sphère de liberté individuelle, y compris dans l'entreprise, a totalement disparu.
Au-delà des propos tenus dans cet entretien, je lis quelques fiches sur Internet et j'apprends que Boltanski a écrit une livre sur "Les cadres" comme catégorie sociologique, mais ce qui est profondément originale dans sa démarche c'est la méthode qu'il a utilisée pour "enquêter" sur cette catégorie et qu'il a appliquée ensuite à d'autres thèmes en la perfectionnant.
Voici un extrait d'article qui décrit la méthode utilisée par Boltanski (http://boltanski.chez-alice.fr/sociologie1.htm) :
La formation d'un groupe social s'inscrit dans les approches constructivistes des groupes sociaux. L'approche proposée s'écarte des problématisations classiques des groupes sociaux (du type : Comment définir le groupe « cadres » ? Qui est cadre? Combien y a-t-il de cadres ?, etc.), qui partent en général de l'évidence de l'existence du groupe comme une chose bien délimitée et délimitable, enracinée dans l'ordre de l'économie et/ou de la technique. Prenant au sérieux les conseils de Wittgenstein, il s'efforce de s'émanciper de ce subtantialisme dans le cas d'un groupe « cadres » qui constitue une spécificité française. Il ne s'agit certes pas de nier l'existence d'un groupe comme « les cadres » qui se donne à voir comme tel dans des discours et des institutions mais de prendre en compte « les difficultés quasi insurmontables auxquelles se heurte le travail de définition et l'établissement de critères objectifs », et donc d'appréhender autrement que sur un mode objectiviste la réalité de ce groupe. Il a alors recours à l'histoire qui va permettre de dé-naturaliser l'existence du groupe « cadres », qui nous paraît si naturelle aujourd'hui, et d'appréhender le processus socio-historique de sa naturalisation : "Pour sortir du cercle où s'enferment les débats sans fin et sans solution sur la "position de classe" des cadres, il faut prendre pour objet, la conjoncture historique dans laquelle les cadres se sont formés en groupe explicite, doté d'un nom, d'organisations, de porte-parole de systèmes de représentations et de valeurs (Les cadres, p. 51)".
Comment? "En interrogeant le travail de regroupement, d'inclusion et d'exclusion, dont il est le produit, et en analysant le travail social de définiton et de délimitation qui a accompagné la formation du groupe et qui a contribué en l'objectivant, à le faire être sur le mode du cela-va-de-soi" (ibid, p. 52).
On n'a donc pas un groupe objectif mais objectivé. Le groupe « cadre » renvoyant aujourd'hui à un ensemble d'individus dissemblables sur tout un ensemble de plans (itinéraires sociaux et scolaires, types de fonctions dans l'entreprise, etc.), l'accent est mis sur la double dimension symbolique (un travail collectif et conflictuel de définition et de délimitation du projet) et politique (d'institutionnalisation du groupe à travers des portes-paroles, syndicaux et politique notamment) du mouvement et de son homogénéisation relative, de la production socio-historique de "la cohésion d'un ensemble flou" dans la période allant des années 1930 aux années 1960". (Philippe Corcuff, Les nouvelles sociologies. Constructions de la réalité sociale, Paris, Nathan, 1995, p. 85 et s/.)
Intéressant. Cela me donne envie de lire les livres de ce sociologue qui est aussi poète à ses moments perdus !
Intéressant. Cela me donne envie de lire les livres de ce sociologue qui est aussi poète à ses moments perdus !