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vendredi 25 novembre 2016

LEÏLA SLIMANI : "CHANSON DOUCE", roman , Prix Goncourt 2016




Difficile d'échapper au Goncourt si l'on se prétend amateur de littérature !

Pour apprécier un livre, il faut tenir compte du contexte. Ces derniers mois je me suis plongé dans les œuvres d'écrivains très talentueux : Henry James, Virginia Woolf, Sandor Marai ou encore Balzac...
Je ne peux donc m'empêcher de comparer...

Bon, cela étant, le roman de Leïla Slimani a des qualités indéniables, notamment sur la forme, le style est alerte, incisif, les phrases sont courtes et bien balancées, ce qui donne du rythme au récit
"Mila et Adam font la sieste. Myriam et Paul sont assis au bord de leur lit. Anxieux et gênés. Ils n'ont jamais confié leurs enfants à personne. Myriam finissait ses études de droit quand elle est tombée enceinte de Mila, Elle a obtenu son diplôme deux semaines avant son accouchement..."
On est aux antipodes d'un certain lyrisme littéraire, mais j'aime bien.

Ensuite il y a la structure du livre : des chapitres très courts (en réalité ce ne sont pas des chapitres identifiés en tant que tels, mais peu importe!), découpés en courts passages avec des renvois à la ligne. La structure du roman est en cohérence avec le style vif et alerte. Le lecteur est dans le rythme du Paris d'aujourd'hui, un rythme à cent à l'heure, sans recul, où les personnages sont plongés dans l'action, faisant sans cesse le va et vient entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle (pour autant qu'ils en aient une !).
Dans ce roman, tout converge pour nous donner cette impression de course sans fin où les personnages traversent les événements quotidiens comme des fantômes passant à travers les murs.
Le choix de la première scène du roman, atroce, nous confronte d'emblée à la réalité absurde d'une vie où ce que l'on appelle famille ne signifie plus grand chose.
Paradoxe, la famille, ou plutôt la cellule familiale parents/enfants peut apparaître aujourd'hui comme un des rares points fixes de l'existence urbaine et pourtant, lorsqu'on gratte un peu on s'aperçoit qu'elle n'existe que par le désir.
Désir qui arrive à s'incarner dans des flashs, l'espace de courts instants, lorsqu'on arrive à échapper au tumulte sourd de la mégalopole grise.

Dans la réalité, chez les bobos, la famille est élastique et elle risque d'éclater très vite.
Pour éviter qu'elle ne se disloque, on va alors chercher une nounou, Louise. Et c'est grâce  à cette nounou que le père et la mère arrivent à légitimer leur grand écart permanent.
Ce livre est plein d'instants de vérité qui éclairent sous un regard vif cette dislocation progressive de la cellule familiale bourgeoise moderne.
Les sentiments (le désir) sont bien là jaillissant des uns et des autres, mais ils cherchent en permanence leur objet dans un univers à la fois confiné et insaisissable.

Quant au personnage de Louise, je m'interroge.
Je m'interroge sur cette nounou que je ne suis pas arrivé une seconde à imaginer dans son apparence physique. J'ai eu l'impression que chaque nouvel élément descriptif du personnage venait brouiller les pistes d'une image en train de se construire avec difficulté.
En  réalité, j'ai substitué à Louise un personnage de ma vie réelle et c'est cela qui m'a rendu mal à l'aise. Et bien sûr, il y a quelque chose qui ne colle pas.

Impression similaire sur la psychologie de Louise. J'ai l'impression que l'auteure a composé son personnage par strates successives. Et même remarque, lorsque j'essaie de reconstruire la psychologie du personnage, je suis à nouveau dérouté par des épisodes improbables de sa vie. A nouveau, ça ne colle pas.

Finalement je me suis retrouvé dans le personnage du capitaine de police Nina Dorval, qui prend la place de Louise au moment de la reconstitution pour essayer de comprendre.
J'en ai déduis que le dessein de Leïla Slimani n'était pas de chercher à expliquer, mais simplement de poser des questions.

N'est ce pas en définitive un livre sur la frustration des uns et des autres, frustration aveugle et insoutenable qui débouche sur le drame absolu ?

Un livre qui nous parle, qui nous révèle une réalité de notre mode de vie mais qui ne donne pas de clés de compréhension
Difficile pour le lecteur de comprendre par lui-même car Louise est totalement hermétique.

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