Georges Picard est né à Paris en 1945. Il a suivi des études de philosophie et a ensuite occupé différents postes dans le milieu de l’édition. Il est actuellement journaliste à 60 millions de consommateurs. Il a écrit des livres qui sont souvent très différents les uns des autres quant à la forme et quant aux thèmes.
Histoire de l’illusion, 1993. De la connerie, 1994. Du malheur de trop penser à soi, 1995. Le Génie à l’usage de ceux qui n’en ont pas, 1996. Tout m’énerve, 1997. Pour les yeux de Julie, 1998. Petit traité à l’usage de ceux qui veulent toujours avoir raison, 1999. Le Vagabond appoximatif, 2001. Crème de crimes, 2002. Tous fous, 2003. Le Bar de l'insomnie, 2004. Du bon usage de l'ivresse, 2005 Tout le monde devrait écrire, 2006 Mais dans quel monde vivez-vous, 2007 Le Philosophe facétieux, 2008
J'ai plus particulièrement aimé "Tout le monde devrait écrire", paru en 2006.
Cà et là j'ai pris quelques notes qui pourraient servir de base à une réflexion sur la littérature et l'écriture.
Voici deux phrases pour commencer :
"A mes yeux, le vrai pouvoir de la littérature réside dans le lien d’intimité qui naît de la rencontre secrète des esprits, en marge des considérations critiques. Les « grands écrivains » ne sont pas ceux que j’admire, ce sont ceux que j’aime."
"Indépendamment de son contexte socio-historique et linguistique, un livre doit pouvoir être considéré comme un acte autonome de l’esprit, une création intellectuelle dont le caractère artistique assure évidemment la cohérence et la force, mais jamais au détriment de son énergie mentale. Conception décalée par rapport à l’analyse qui privilégie la mécanique stylistique des œuvres et leurs présupposés inconscients. Sans récuser la science critique qui ouvre des perspectives souvent riches et nouvelles, je défends l’idée que les lecteurs ont tout à gagner à aborder les livres sur le mode érotique , c’est-à-dire avec une passion sincère et inspirée. La première lecture me semble d’autant plus prometteuse qu’elle se place sous le signe presque exclusif du plaisir non prévenu. Lecture naïve, libre, jouissive : la lecture, comment l’oublier, consacre la pénétration d’une intimité par une autre. Certes un livre ne sera sans doute jamais aussi impudique qu’une œuvre musicale. L’intellect se ménage toujours une certain recul par rapport à un texte, bien que la musicalité de ce dernier aille, dans le meilleur des cas jusqu’à l’envoûtement."
Je propose de faire un bout de chemin avec lui sur les thèmes de la littérature et de l'écriture.
Et ce Monsieur est au Editions José Corti ! Merci, je vais me délecter !
RépondreSupprimerJ’aime bien l’expression : « le lien d’intimité qui naît de la rencontre secrète », mais on pourrait dire aussi : « le lien secret qui naît de la rencontre intime ». Entre admiration et amour, quelle différence ? Celle essentielle de l’intimité, bien sûr. « Aborder les livres sur le mode érotique, c’est à dire avec une passion sincère et inspirée » : je suis un peu surpris de cette relation ; si je peux comprendre l’érotisme comme le fruit d’une passion, je l’associerais plus volontiers à la volupté et au goût – au sens charnel, salivaire du terme – plutôt qu’à la sincérité ou l’inspiration ; j’y attacherais directement des mots comme l’intuition et la liberté – pour ne pas dire libertin. Mais certains de ces mots arrivent dans la suite du texte, et la référence à la jouissance également ; à ce propos, il m’arrive de connaître une certaine jouissance après la lecture d’un livre remarquable : « l’Africain », « Le rivage des Syrtes », « Cent ans de solitude », Fado Alessandrino », sont des ouvrages qui m’ont procuré une véritable jouissance…de l’esprit, mais qui se communique également au cœur, provoquant une indicible volupté, une sorte d’état de grâce dans lequel on a la perception de l’essentiel.
RépondreSupprimerEn revanche, je n’ai jamais perçu la lecture comme un acte apparenté à la pénétration. Je ne retiens pas ce mot que je n’aime pas trop ; sans doute pour des raisons de culture. Je préfère le partage d’intimité, ou l’idée – sans doute plus naïve - d’entrer dans la maison d’un autre après une invitation, y découvrir des objets qui me parlent mais dont je ne connais pas le sens que le propriétaire-auteur leur a donné, dont j’ignore l’origine et l’histoire. Le lecture est une traduction imaginaire.
La musicalité, le style. Je suis incroyablement superficiel car je ne peux aimer un texte (même si l’intrique est « forte ») dénué de style, c’est à dire où la place des mots, leur dialogue entre eux, le rythme de la phrase, ne correspondent pas à une certaine résonnance, juste, précise. J’évite de parler d’harmonie. En cela, la littérature est proche de l’architecture (mais aussi de la musique), dans laquelle la question de l’harmonie me semble dépassée car renvoyant trop explicitement à l’académisme, alors que la question touche au non-normatif, je veux dire à l’émotion, au rythme (encore), à l’espace, à l’imaginaire, à la création, au rapport à l’Homme ; car, en définitive, de quoi parle la littérature, si ce n’est essentiellement de l’Homme, que nous apporte-t-elle, sinon d’avantage de connaissance sur l’Homme ? Et le roman ? Y a-t-il quelque chose de plus vrai que le roman ?
"...Les «grands écrivains» ne sont pas ceux que j’admire, ce sont ceux que j’aime..."
RépondreSupprimerQuant à moi, les écrivains que j'admire et que j'aime sont ceux que je comprends. De la liste que vous nous a presentée, je ne sais aucune mais je suis curieuse de savoir ce que Georges Picard a à dire dans 'Du malheur de trop penser à soi' (1995) et dans 'Tout m’énerve' (1997).
En réponse à Mi.
RépondreSupprimerDans tout m'énerve Georges dit ceci (abstract) :
Dans ce livre, Georges Picard énonce quelques-uns des faits majeurs ou mineurs qui provoquent chez lui la révolte ou le ricanement agacé : l’aliénation du travail salarié subi, la toute puissance des technoscientistes et des économistes, le fanatisme du sport patriotique, l’obnubilation télévisuelle, l’arrogance intellectuelle et, par-dessus tout, l’irrésistible penchant humain pour le malheur. L’énervement ? Au fond, une façon d’exposer, par le biais de l’humeur, une sorte de philosophie réactive de l’existence qui s’achève quand même sur un sourire.
Chaque matin, la presse nous apporte son lot de nouvelles monstrueuses. La mort et la souffrance d’un côté, la tyrannie et la corruption de l’autre. Volontairement ou non, les hommes choisissent presque toujours le pire. Et il faudrait garder son sang-froid ! Accepter avec philosophie l’amoncellement de l’horreur quotidienne et l’encerclement de la sottise ! Les occasions de s’énerver sont si nombreuses que l’on peut s’étonner de voir encore des optimistes glorifier la bonté du monde. Dans le détail, le monde n’est d’ailleurs pas si moche : c’est la vue d’ensemble qui gâte tout.
S’énerver, dira-t-on, la belle affaire… La culture de l’énervement est, en effet, un programme un peu court pour diriger une existence. Ce n’est pas en tapant du poing sur la table ou sur le pif de son voisin que l’on risque de s’ouvrir une voie vers le bonheur. Il ne faudrait pas croire que l’auteur soit inconscient au point d’ériger la tension nerveuse en principe positif de vie. Pourtant, il ne peut se défendre contre l’impression de tenir là quelque chose d’intéressant. Héraclite disait déjà que tout advient par discorde. En tant que posture éthique, l’énervement pourrait avoir sa place parmi les attitudes recommandables.
Dans "Du malheur de trop penser à soi ", il dit ceci :
Martinu, l’auteur des lignes (de l'extrait )adressées à un ancien camarade rencontré, naguère, sur un bord de route, est reclus dans une maison sans eau ni électricité. Il écrit la lettre qui fait la matière de ce petit livre, sans doute la seule lettre qu’il écrira jamais et dans laquelle il exprime, sur un mode sauvage et ironique, ses exaspérations de solitaire et son penchant pour un bonheur non conformiste.
Je reçois une lettre de Martinu :
"Cher vieux camarade. Le croiras-tu, j’ai failli me marier. Bien sûr que tu le croiras, puisque failli annonce faillite. C’était une femme plus jeune que moi. Peu belle. Elle m’a dit qu’elle voulait se charger de mes intérêts (elle l’a dit !). Comment aurais-je dû l’entendre ? Au matériel, je n’ai rien à défendre, tu le sais. Quant à la paix de mon âme, paix à cette paix qui contrarierait trop ouvertement ma rage, seul réflexe que je m’obstine à cultiver dans la jachère de mon existence de paumé. Je tiens à garder mes crocs intacts. L’amour est un émollient dangereux pour les hargneux de mon espèce. L’amitié, à la rigueur… Mais j’ai surtout besoin d’ennemis."
Commentaire destiné à Pergame
RépondreSupprimerJe suis tout à fait d'accord avec ton point de vue (sic) : "En revanche, je n’ai jamais perçu la lecture comme un acte apparenté à la pénétration. Je ne retiens pas ce mot que je n’aime pas trop ; sans doute pour des raisons de culture. Je préfère le partage d’intimité, ou l’idée – sans doute plus naïve - d’entrer dans la maison d’un autre après une invitation, y découvrir des objets qui me parlent mais dont je ne connais pas le sens que le propriétaire-auteur leur a donné, dont j’ignore l’origine et l’histoire. Le lecture est une traduction imaginaire." Je n'aime pas trop l'analogie entre le fait d'aimer un livre et l'acte de l'amour physique, analogi qu'utilise Georges Picard. Toutefois l'intérêt de l'échange est de clarifier les points de vue : qu'est ce que peut signifie un livre et qu'est ce qu'il ne signifie pas.
Demain je continue l'exploration avec d'autres extraites de Georges Picard. Tu as vu, notre ami d'outre atlantique est également intéressé par les thèmes évoqués par Georges.
Grane nouvelle, cet après-midi, j'ai reçu au courrier "Le rivage des Syrtes". Maintenant il n'y a plus qu'à...
Au galop, Aldo ! Vanessa n'a qu'à bien se tenir !
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