A l'initiative de mon ami Pergame, j'entreprends la lecture du livre de Julien Gracq : "Le rivage des Syrtes", paru en 1951. Je voudrais ici tenter l'expérience de rédiger des notes de lecture à chaud.
Je reçois le livre par la Poste, je l'ai commandé chez Amazon. Lorsque je découvre le paquet dans la boîte aux lettres, je retrouve l'état dans lequel j'étais lorsque, étant enfant, ma mère me rapportait d'un de ses voyages une Dinky Toy emballée dans un papier cadeau. Je trépigne. Je gravis les marches de l'escalier quatre à quatre. Arrivé à l'appartement, essouflé, j'essaie d'ouvrir le carton d'emballage avec mes mains. Je m'y prends mal. Il résiste. Je m'arrache un ongle. Agacé, je me précipite dans la cuisine pour me saisir d'un outil tranchant qui va me permettre d'éventrer l'odieux paquet. Soudain le livre convoîté apparaît. Je le prends dans mes mains, je le tourne, le retourne, je le hume, le soupèse et soudain, sentiment de bonheur exquis et désuet, je m'aperçois que les feuillets sont neufs et qu'ils n'ont jamais été découpés. J'ai la certitude enivrante que je vais être le premier à parcourir les lignes de ce livre, objet unique, objet dédié, objet précieux. Je sais que je vais éprouver le même plaisir que lorsque j'enfonce mes pieds dans une neige diaphane et immaculée. J'ai l'impression que le monde m'appartient soudain.
Autre motif de satisfaction, l'éditeur du livre de Julien Gracq est bien José Corti. Ce qui est une référence dans la littérature française contemporaine. Que demander de plus ? Tout semble réuni pour une lecture parfaite.
Je pars à la recherche d'un outil approprié pour découper les premières pages. J'investis chacun des tiroirs du meuble de l'entrée qui nous sert de fourre-tout, je déplace, je remue, je sors, je ressors, je trie, j'empile, je fouille, je m'énerve... et soudain j'exulte. Je viens de mettre la main sur un coupe-papier en plastique, minuscule, de couleur brune, mais il porte sur son dos la marque de nougat que l'un de mes parents éloignés a créée, il y a bien longtemps à ... Montélimar.
Ce livre mérite bien une telle relique pour procéder à son dépucelage.
Muni du "Rivage" dans ma main gauche et du coupe-papier dans la droite, je m'installe confortablement dans mon fauteuil de lecture et j'entame la découpe des feuillets avec respect et méticulosité. Je me dis que j'aurais horreur d'être dérangé pendant cette opération quasi-religieuse. Heureusement rien ne se passe. Je découpe les pages les unes après les autres, chacune se livre en émettant de légers crissements par saccades successives. Je prends bien soin de glisser le coupe-papier entre les deux feuilles et surtout de ne pas dévier de la ligne de découpe au risque d'endommager à jamais ce précieux trésor.
Lorsque les cinquante premières pages sont apprêtées, je me lance avec allégresse dans le rituel de la lecture.
Tout d'abord, j'observe avec bonne humeur que le livre garde bien la position entre mes mains, il est confortable, il ne glisse pas. D'une part parce que la couverture déborde légèrement sur les pages du livre ce qui permet une bonne prise manuelle et d'autre part, parce que le cartonnage est de bonne qualité, à la fois souple et suffisamment rigide pour ne pas se déformer.
Autre élément majeur qui fait que je ne boude mon plaisir, l'odeur, celle du papier, mêlée à celle de l'encre. En deux secondes, je me sens transporté dans le monde de mon enfance lorsque je découvrais mes livres de classe, le jour de la rentrée. Je me souviens plus particulièrement de la forte odeur que dégageaient ces livres, c'était l'odeur du savoir, de la science, de la découverte.
Commençant ma lecture, je m'arrête sur le titre de l'ouvrage. " Le rivage des Syrtes". Les Syrtes ? C'est quoi cela, où çà se situe ? Immédiatement le besoin d'identifier pour mieux maîtriser apparaît. Mais je n'ai pas le courage de m'arrêter dès les deux premiers mots. Je décide de ne plus me poser cette question et d'attendre de trouver la réponse dans le récit lui-même.
Autre heureuse surprise, le livre ne comporte ni introduction, ni préface. On accède directement au texte. J'avoue préférer cela aux situations où il est nécessaire de lire vingt pages de préface écrites (ou non) par un tiers, généralement célèbre, et qui ne présentent strictement aucun intérêt.
J'entame la lecture du premier chapitre intitulé "Une prise de commandement".
La suite dans un prochain message...
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