
Jardin et Musée Zadkine, 100 rue d'Assas à Paris (6ème)
Le musée est situé dans la maison qu’Ossip Zadkine et sa femme, Valentine Prax également artiste, ont acquise en 1928, rue d’Assas. Zadkine appelait cet endroit « sa folie » d’Assas. Il a acquis également une maison dans le Lot. C’est là qu’a été retrouvée une première fois une des deux Cariatides datant des années 20 et qui sert de fil conducteur à l’exposition.
En trois actes est déroulée l’histoire de ce bois qui représentait à l’origine deux figures de femmes de près de 2 m de haut sculptées par Zadkine, se tenant dos à dos. Comme le dit la note de présentation de l’exposition : « le récit du destin singulier de cette sculpture aujourd’hui réduite à l’état de trace qui dit ce que les autres taisent, parle du temps à l’œuvre et de l’irréversible, au cœur d’un lieu au seuil duquel le temps devrait pourtant s’arrêter ».
Préliminaire : le jardin de la rue d’Assas.
C’est un endroit minuscule cerné par des immeubles où sont exposées quelques sculptures en bronze de Zadkine.
Celui-ci est arrivé à Paris en 1909, en même temps que Modigliani. A cette époque le cubisme est en vogue (les Demoiselles d’Avignon datent de 1907). C’est le triomphe de la géométrie, de la simplification des formes, et de la simultanéité des plans. Les cubistes abandonnent l'unicité de point de vue du motif pour en introduire de multiples sous des angles divers, juxtaposés ou enchevêtrés dans une même œuvre. Ils s'affranchissent de la perspective pour donner une importance prépondérante aux plans dans l'éclatement des volumes.
Notre conférencière Fulvia di Pietrantonio, qui est elle-même une artiste plasticienne, s’arrête sur une sculpture dont l’original monumental est à Rotterdam « Monument pour une ville détruite ». L’exemplaire exposé ici date de 1953-1957.
Cette sculpture a été influencée par le cubisme, même si elle date des années 50.
Elle représente une femme qui lève les bras. Son aspect est totalement antinaturel. On ne sait pas trop où situer le dos, le buste. Le corps est géométrique alors que la tête est en bas-relief. De la bouche de la femme on a l’impression que jaillit un cri de ses entrailles.
La représentation de ce corps disloqué, mais pouvant encore se révolter avec ses bras jetés vers le ciel, témoigne avec toute sa charge symbolique de l'attachement profond de Zadkine aux valeurs humanistes. Il a été parmi les premiers sculpteurs à avoir réalisé au XXe siècle un monument public, porteur de valeurs collectives en lesquelles tous peuvent se reconnaître.
ACTE 1 : LE BOIS, TERRITOIRE ET MATIERE
Au commencement, il y a l’attachement de Zadkine pour son matériau de prédilection le bois.
On apprend qu’il repérait longtemps à l’avance les souches qui lui permettraient ensuite d’exprimer son art. A chaque essence une apparence, une sensualité particulière.
Le choix des thèmes se porte souvent sur des figures mythologiques.
- Une sorte de totem en acacia qui s’accommode de la forme initiale du tronc (1967)
- Demeter, pièce en ébène datant de 1958, traitée en volume avec un aspect frontal statique et un geste de Venus pudique.
- Porteuse d'eau de 1923 en noyer,
- Torse de femme en ébène de 1961 et un torse d’éphèbe de 1922 en acacia.

Notre conférencière, Fulvia, fait ressortir la parenté artistique entre Zadkine et Brancusi. Avec d’une part cette volonté de laisser parler le bois, avec ses particularités, ses défauts mêmes et d’autre part une recherche sur la forme primordiale, essentielle ( œufs, tête primitive…). L’un comme l’autre ont cherché à faire leur ce souhait de Paul Valéry : « débarrasser la sculpture de tout ce qui n'est pas elle-même ».
Brancusi et Zadkine furent contemporains et amis.
A noter dans cette première salle deux œuvres qui ne sont pas de Zadkine.
- Un petit bois sculpté russe. L’artisan a su trouver tous les artifices pour exploiter la forme originaire d’un buis. Il a adapté avec bonheur le décor à la matière
- Une œuvre de 1987 en sève, chlorophylle, bois et coton, habituellement exposée à Beaubourg « Il verde del bosco con ramo », de Giuseppe Penone, artiste contemporain. Penone, qui enseigne aux Beaux Arts à Paris, a fait partie du mouvement Arte Paupera dans les années 60/70. L’objectif était de se dégager des contraintes économiques de la peinture et des institutions en utilisant des matériaux pauvres. L’œuvre présentée se compose d’une toile de coton flottante ( sans cadre), toile qui en son milieu enveloppe une branche d’arbre comme pour la protéger. Les deux matières utilisées ici sont bien celles de la peinture traditionnelle : la toile et le bois, mais dans un agencement très particulier et novateur. Ici il s’agissait de marquer par une œuvre contemporaine l’intérêt pour le matériau à l’origine de la création que l’on retrouve à l’évidence chez Zadkine.
Dans la salle 2, située cette fois-ci à l’intérieur de la maison, le visiteur est confronté à une série de figures dépersonnalisées. Ce qui compte ici c’est la matière et la forme.
D’emblée, de qui saisit le regard c’est encore la parenté entre Brancusi et Zadkine.
- Tête héroïque en granit .
- Buste de jeune fille de 1914 traité en bronze poli. Forme simple qui rappelle la femme endormie de Brancusi. La diagonale de la tête et la diagonale du corps s’inspirent directement des concepts du cubisme. On remarque également les mains très longilignes.
- Tête d’homme en marbre de 1919, en marbre.
- Sculpture en bronze de 1923. Zadkine exprime son intérêt pour les formes, mais il le fait par l’intermédiaire du figuratif. On remarque la contorsion du personnage qui lui donne son dynamisme. La tête est collée à l’épaule ce qui accentue le côté monolithique de la sculpture. L’aspect brillant du bronze donne un reflet de lumière très particulier.
- Figure de musicienne, en lave. Le bas du visage est estompé.
- Femme à l’éventail. Elle permet à Zadkine de travailler des formes géométriques. Le bras est traversé par une sorte de sillon, ce qui donne un dynamisme à la figure verticale. Aspect cubiste prononcé avec un cou en cylindre et une tête en forme d’assiette creuse qui ressemble au derrière d’un masque.
- L’accordéoniste, bronze.
ACTE 2 : LA CREATION
Cette fois-ci l’exposition présente des œuvres achevées.
- Vénus de 1923 en acacia : il s’agit d’une figure en pied achevée sur un socle souche. Les proportions sont contrefaites, ici encore, le cou est épais et il n’y a pas de rupture entre lui et le corps. Le bras, très long droit tombe le long du corps. Un sein est relevé sous l’aisselle ce qui donne une idée de souplesse et de mouvement. Ce qui est clair c’est que les proportions de la statue ont été imposées par la matière.
- Cariatide de 1919, sculptée dans un bois de poirier. On est frappé par le côté massif du bassin, des cuisses et des fesses. Les pieds sont presque imperceptibles. Un léger mouvement de l’abdomen en avant évoque les sculptures de l’époque médiévale.
- Femme à l’oiseau en pierre de Pouillenay. Cette pierre d’origine bourguignonne a un fond gris beige à grain fin à entroques miroitantes. Il permet au sculpteur de jouer avec la lumière, elle s’adoucit sur les volumes. La finition est élaborée, comme en témoignent les arrondis des hanches et des cuisses, elle est rendue possible par la nature même du matériau.
Les pièces majeures sont les restes d’une cariatide de 1920. Zadkine avait une maison dans le Lot. La cariatide a été retrouvée en 1985, à nouveau perdue, puis retrouvée en 2005. C’est elle qui est à l’origine de l’exposition. Il est à noter que Zadkine est un artiste qui acceptait la dégradation du matériau de ses œuvres, il ne cherchait pas à les protéger.
- Les Deux amis font penser, selon Fulvia, à des jumeaux Yoruba (Nigeria), pourquoi pas ?
- Les Vendanges de 1918, en bois d’orme évoque une sorte de rite païen autour de la vigne.
- Le Prométhée de 1955/56 est une sculpture géante (plus de 3m de haut). Le bois est traité en fonction de ses défauts. Sensation de virilité, les volumes sont bruts, pas adoucis.

Une vidéo d’une plasticienne contemporaine, Sam Taylor-Wood montre la décomposition d’une nature morte « Memento Mori », en présence d’un stylo à bille. Plus tard je me souviendrai avoir vu une vidéo d’elle à la Tate Gallery de Londres.
Nous terminons la visite par une ballade dans la rue de la Grande Chaumière qui donne dans le boulevard Montparnasse. Fulvia nous explique ce qui s’est passé dans ces lieux.
Nous pénétrons à l’intérieur de l’Académie, nous la traversons en profondeur, un cours de dessin de nu a lieu dans une des salles. Nous allons jusque dans une cour où l’on peut apercevoir la structure des bâtiments de l’époque : piliers en bois et grandes baies vitrées laissant pénétrer la lumière.
Je suis très impressionné par ce lieu qui semble n’avoir pas changé depuis le début du siècle dernier.
Dans un prochain message, je reviendrai sur Montparnasse et les Montparnos.
Merci
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