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vendredi 21 août 2009

SONY ROLLINS IMPERIAL A MARCIAC !

Il paraît qu'il a été sublime à Marciac cette année.
J'aurais aimé être là, espérons que nous diposerons d'un bon enregistrement du concert.
En attendant, voici une belle prestation de Sonny au Stockholm Jazz Festival


Pour les amateurs uniquement, l'article de Francis Marmande dans le Monde du 1er août 2009


Sonny Rollins, saxophoniste ténor, né en 1930 à New York, colosse du jazz, donne en France deux concerts cet été. A Nice, le 25 juillet (Le Monde du 28 juillet), il met les choses en place. A Marciac, il confirme en très grandes largeurs. Rollins l'avait annoncé à Jean-Louis Guillaumon, inventeur du festival. Pas une promesse de Gascon. Il savait. Pour l'avoir vu deux cents fois ou presque depuis le 4 novembre 1965 à Paris, on l'annonce, on le claironne : le concert du vendredi 31 juillet, en ouverture de la 32e édition de Jazz in Marciac (JIM) comptera dans l'histoire du festival, comme dans celle du musicien.
Pourquoi ? Seule et unique raison, la musique, le jazz à l'état chimiquement pur. Balayés les enfantins fantasmes d'âge et de mort. Les liturgies de Rollins parfaitement réglées, exercice spirituel du souffle, touchent au coeur nucléaire de la musique. Ce 31 juillet, il l'a su. Les 6 527 auditeurs du chapiteau de Marciac, aussi.
Son premier morceau,
Strode Rode, il le prend avec un engagement à la hauteur de l'accueil somptueux que lui fait le public. Or ce Strode Rode, il vient de le prendre à fond, deux heures avant le concert, en fin de balance, ce réglage du son, des lumières, des micros. Pour un groupe rodé et un colosse vieilli, la balance peut durer quinze minutes. Là, sans public, en une heure et demie de minutie où chacun joue pour soi, il finit par ce Strode Rode lancé à fond, comme si la vie de tous en dépendait. Les vieux routiers du groupe, le tromboniste Clifton Anderson et le bassiste Bob Cranshaw, n'en reviennent pas. Les techniciens non plus.
Quant au batteur, excellent,
Kobie Watkins, au guitariste Bobby Broom ou au percussionniste Victor Y. See Yuen, ils n'ont plus assez, vu leur âge, d'une vie, pour mesurer la statue très vivante qu'ils ont la chance d'accompagner. Rollins vient de sortir des loges, un Algeco blanc d'où s'échappait un son de cathédrale, un son de sirène et de ville, le son du ténor, le son de Sonny Rollins. La chaleur est à crever. Il ne sue pas. Personne à l'horizon. Il entre en répétition. Elégance peu croyable, le corps défait par des hanches qui le tracassent. Au saxophone, il change quatre fois d'anche.
L'orchestre tourne comme une horloge hors norme. Il va de l'un à l'autre, se plante sur ses hanches, écoute bien en face. Psychiquement, ça doit faire drôle de jouer devant six mille chaises encore vides sous le regard de Rollins. Lui, mais il faudrait Hugo pour le décrire, il vient d'entrer en piste, joue free sans complexe, aligne ses six mille mémoires, déambule et parfois coupe court, fait trois remarques à voix calme : "La salle renvoie beaucoup, vous savez. Ah, avec le public, ce sera absorbé ? Espérons. Moi, je ne peux plus tout faire."
Au-dessus du groupe, de petites caméras virevoltent, ce sont leurs essais, comme des drones pompettes. Sonny
Theodore Walter Rollins souffle soudain non pas rageusement, première idée pauvre qui vient à l'esprit, mais en connexion directe avec le cosmos. Il jette les yeux aux cintres, marche à tâtons vers l'avant-scène, lance des uppercuts pour personne, devant les chaises encore vides, joue à se vider avant le vrai concert, onze minutes montre en main. Le temps ne fait rien à l'affaire.
Après quoi, le vrai concert, il l'entame ou le suit du même Strode Rode. Espèce de riff génialement productif, bombardé par l'orchestre, cependant qu'il va, Sonny Rollins, dans toutes les directions pendant près de trois heures, s'offre des traits que pas grand monde du haut free jazz ne se fût permis, cite un instant, entre mille, un petit air de Chaplin, se promène dans sa musique comme on arpente une galaxie. Du coup la rejoint et l'entraîne, semble tout éberlué sous l'écroulement de bonheur du chapiteau.
Avec, dans le désordre, des ballades, des solos, des folies, force calypsos, une version lente à mourir d'In a
Sentimental Mood, de Duke Ellington, des codas sans le moindre venin, plus un triomphal St Thomas dont la joie exulte ; on le chante en rentrant. À cette réserve près, que quand Sonny Rollins le prend, depuis des siècles, c'est pour signaler la fin du concert. La fin du carnaval. Comme la vie en somme.
Francis Marmande

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