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samedi 5 décembre 2009

IMPRESSIONS DE LECTURE

Je viens de lire trois livres récemment qui présentent des points communs deux à deux.
L'un est "Le vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepulveda, écrivain chilien et l'autre "Exit le fantôme" de Philip Roth. Les deux romans sont très différents l'un de l'autre, si ce n'est qu'ils traient tous les deux de la vieillesse et des livres.
Chez Philip Roth, il s'agit d'un vieil écrivain qui tente un retour à la vie réelle. Il retrouve le désir, par hasard non plus dans les livres, mais dans la vie réelle, alors qu'il a dépassé les 70 ans et qu'une opération de la prostate l'a rendu impuissant et incontinent. Miracle, c'est l'écriture qui l'amènera à vivre ce qu'il ne peut accomplir dans la vie réelle. Le réel lui sert de trame et dans sa transcription de la réalité sous forme de dialogue, la jeune femme qu'il aime succombe l'espace d'un instant. Nathan est en quelque sorte sauvé (je n'aime pas ce terme trop judéo-chrétien) par la littérature, ou plutôt par l'écriture.
Quant à Antonio José Bolivar, le personnage principal de livre de Sepulveda, il se situe à l'opposé de Nathan. Il a vécu sa vie dans une nature hostile et dangereuse, mais terriblement belle, et non dans les universités les plus réputées de la planète. C'est un homme qui a forgé son savoir à partir de ses expériences, il a appris de ceux qui "savent" de manière ancestrale, les indiens Shuar. Lui aussi, arrive à la fin de sa vie. Contrairement à Nathan, ce n'est ni un veillard connu, ni un vieillard vénéré. Mais il possède sa vérité. C'est un sage. Un sage encore capable d'agir. A la différence de Nathan qui n'est plus que l'ombre de lui même. Mais si sa sagesse lui permet de vaincre l'animal qui terrorise toute une région du grand fleuve, ce qui le distingue des autres, qu'ils soient indiens, colons ou chercheurs d'or, c'est son amour des livres. Pas de n'importe quels livres, des romans d'amour. Plus il vieillit, plus il lit, faisant travailler son imagination. L'indispensable évasion par la littérature, quelle que soit sa qualité d'ailleurs. Ce qui compte c'est l'imaginaire, c'est son rapport aux livres.
Le roman de Sepulveda, que j'ai beaucoup aimé traite aussi du thème de la nature, des animaux et des hommes. Sous cet aspect, je ne peux m'empêcher de faire un rapprochement avec le livre que j'ai lu il y a quelques semaines "Prisonniers du Paradis" de Paasilinna, écrivain finlandais. Cette comparaison ne fait que me conforter dans le regard que j'ai porté sur le livre de Paasilinna. Le retour à l'état de Robinson d'une cinquantaine de passagers dont l'avion a chuté dans la mer à proximité d'un île du Pacifique apparaît comme totalement pré-fabriqué arrosé par une sauce humoristique sans saveur. Chez Sepulveda, au contraire, le rapport de l'homme à la nature et à l'animal est montré dans ses véritables enjeux, avec une connaissance des situations en forêt très précise et avec des récits de chasse au félin d'une vérité poignante. Rien n'est gratuit. A chaque instant tout est risque. Et les vrais facteurs de risques ne sont pas ni dans la nature et ni dans les animaux, mais bien dans les comportements des hommes. Sepulveda et Paasilinna dénoncent peut être les mêmes phénomènes, mais à mon humbre avis l'un a plus de talent que l'autre.
J'éprouve ce besoin de comparer les deux livres, non pour accabler Paasilinna, mais simplement pour exprimer ma conception de la littérature. Cela ne veut pas dire que Paasilinna n'a pas sa place chez les écrivains de renom, cela signifie simplement que je suis plus sensible à la manière d'écrire de Sepulveda. J'ai lu le roman d'une traite et à aucun moment je n'ai été tenté de lever mon regard des pages que je dévorais.
En revanche, entre le roman de Sepulveda et celui de Roth que j'ai trouvés tous les deux puissants, ce qui m'intéresse c'est de comparer des points de vue. Les points de départ sont très différents, mais dans un cas comme dans l'autre le livre, le roman, aide l'homme vieillissant à vivre et à supporter sa condition qui le mène tout droit à la mort.
Ceux qui qui prennent conscience que la marche vers ce point final s'accélère chaque jour ne peuvent être insensibles à aucun des ces deux excellents romans.

1 commentaire:

  1. Lors d'un récent "Square littéraire", je me suis montrée très critique à l'égard de Paasilina, trop diront certains, cet auteur ne méritant sans doute ni "cet excès d'honneur ni cette indignité" ...; il est probable que la confrontation avec Sépulveda que je lisais en parallèle, n'a pas plaidé en sa faveur. Chez le premier, j'ai trouvé du Rousseau à la petite semaine, il ne m'en reste rien ; Sépulvéda, je l'ai lu très vite d'abord, puis relu lentement, avec soin, avec délectation. Je le relirai : je voudrais qu'il ne soit pas trop loin de moi. Un livre court, presqu'une fable,un raccourci éblouissant d'humanité, de civilisation. Oui, c'est cela, je crois, qui explique mon irritation vers Paasilina : le peuple Shuar est à des années lumières de civilisation et de raffinement du voyageur finlandais et de son lièvre. Et bien que l'histoire soit triste, Sepulveda me donne espoir là où Passilina me déprime. J'ai lu Ovaldé aussi, "Ce que je sais de Véra Candida" : son histoire de 3 femmes confrontées à ce que la vie réserve de plus glauque, réconcilie pourtant avec ce que l'homme a de meilleur en lui : écriture rapide, profonde sous une légèreté apparente, les mots courent sur les émotions et les drames sans s'y appesantir, son écriture est pudique et sensuelle. Anne

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