
"Douze hommes en colère "Théâtre de Paris, 5 janvier 2010.
J'ai eu l'occasion de regarder hier soir sur France 2 TV la pièce intitulée "Douze Hommes en colère". Jadis j'avais été impressionné par le film de Sydney Lumet avec Henry Fonda.
Rien à dire sur les acteurs de la pièce qui sont tous bons, y compris Michel Leeb. J'ai un faible pour André Thorent, qui a beaucoup vieilli, mais qui est très présent sur scène.
Dans un premier temps, j'ai été gêné par les vociférations de ces jurés confinés dans une salle où ils doivent décider du sort d'un jeune homme de 16 ans qui est accusé d'avoir tué son père de plusieurs coups de couteau à cran d'arrêt. Il risque la chaise électrique. L'atmosphère ne correspond pas à l'idée que je me fais d'un jury d'assises qui délibère. Mais après réflexion, le titre de la pièce n'est-t-il pas "Douze hommes en colère". Donc leur colère est légitime sur scène.
Qu'ai-je retiré de cette pièce ?
Tout d'abord un constat simple : il ne faut pas prendre tous les témoignages à charge ou à décharge comme argent comptant. Le doute est indispensable. Chaque témoignage doit être approfondi et soumis à la critique. Généralement c'est le travail des avocats, mais dans ce cas précis, l'avocat de la défense, commis d'office, n'a pas vraiment joué son rôle. C'est l'un des jurés (le n°8) qui émettra des doutes, remettant en cause au fur et à mesure des débats les certitudes des autres jurés. Certitudes souvent fondées sur des préjugés.
Deuxième point : une majorité de plus de 90% au départ peut être renversée si l'on fait marcher son esprit et si l'on utilise des arguments forts et convaincants. Il ne faut pas partir vaincu d'avance et faire preuve de lâcheté ou de déresponsabilisation. Chacun doit juger en son âme et conscience, l'enjeu est tout simplement la vie ou la mort d'un homme.
Enfin, chaque juré apprécie a priori la situation qui lui est soumise en fonction de sa propre histoire, de sa propre culture. Or, en de telles circonstances il est nécessaire de relativiser, de prendre le recul nécessaire sur sa propre vie, si l'on ne veut pas aboutir à une erreur judiciaire.
Douter, ne pas baisser les bras devant la majorité, relativiser sa propre manière de penser sont des attitudes de maturité, de responsabilité et de sagesse qu'il est important d'adopter dans des circonstances aussi graves qu'un procès d'assises.
Pièce remarquable. Et bravo à la chaîne pour l'avoir programmée. Enfin de la qualité à la télé.
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