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samedi 20 mars 2010

"THE GHOST-WRITER" DE ROMAN POLANSKI


Le sieur Polanski est un de mes cinéastes préférés, j'ai presque vu tous ses films. A chaque fois, il me surprend par sa puissance de renouvellement et la justesse de son regard cinématographique. Il a un vrai langage, une vraie écriture.
"The Ghost-Writer" est l'adaptation cinématographique de "l'Homme de l'ombre", thriller contemporain du romancier et journaliste anglais Robert Harris, publié aux éditions Plon.
C' est l'histoire d'un "nègre", c'est-à-dire d'une "plume" qui est mis à la disposition des célébrités pour écrire leur vie ou leurs mémoires. En l'occurrence, il s'agit de succéder à un précédent "nègre" qui est mort accidentellement sur une île aux Etats-Unis, île où de situe l'une des résidences de l'ancien Premier ministre de Grande-Bretagne, Adam Lang, personnage interprété par Pierce Brosnan et dont il s'agit de rédiger les Mémoires.
Les autres acteurs principaux sont remarquables : Ewan Mac Gregor, dans le rôle du nègre, Olivia Williams qui joue la femme de Lang, Kim Cattral, la secrétaire amante. L'acteur qui joue le professeur Emmett est également plus vrai que nature.
L'écrivain se rend donc sur cette île, rencontre l'ex-Premier Ministre et découvre un premier manuscrit des Mémoires, déjà rédigé par le précédent "nègre". Commence alors une passionnante enquête !


Je ne dirai rien de plus sur l'intrigue, par respect pour les quelques lecteurs de ce blog qui n'ont peut-être pas vu le film.
La réalisation est d'une grande qualité, le choix des images (celles du ferry-boat au début du film par exemple), les plans à l'intérieur de la maison, les angles de prise de vues dans les voitures, mais aussi et surtout la direction d'acteurs. Certains gestes, certaines attitudes des personnages, sont d'une grande justesse (les roues du vélo qui s'enfoncent dans le gravier de la cour, l'homme qui sent le bonnet qu'un employé lui a prêté, la valise qu'il pose vigoureusement sur le siège avant du 4x4, la manière dont il vide les tiroirs des vêtements d'un autre etc.)
Les scènes "fortuites" sont également minutieusement programmées, comme celles où le personnage principal se fait draguer par Madame Lang. C'est du grand art.


Très curieusement, ayant vu les deux films pendant la même semaine, je ne peux m'empêcher d'établir un parallèle entre "Shutter Island" et "The Ghost-Writer".
Pourquoi ?
A mon humble avis, ce sont d'abord deux adaptations de thrillers récents, l'un de Lehanne, l'autre de Harris, qui matérialisent le "grand retour" de deux réalisateurs de tout premier plan : Scorsese et Polanski.
Ensuite, dans les deux cas l'action se passe sur une île et certaines scènes-clé des deux films se situent sur un ferry-boat. Ce ferry-boat dans les deux cas est générateur d'angoisse. Il fait monter la tension d'un cran. L'île symbolise un autre monde, coupé du monde réel. C'est le lieu où se déroulent des faits, des situations qui ne trouveront leur véritable sens qu'à la fin du film.
Permettez-moi de faire une longue citation d'un texte écrit par Françoise Valero qui analyse plus en profondeur les points communs entre les deux intrigues :
" De pistes avortées en pistes avortées ou d’avancées très lentes vers la vérité, que ce soient Scorsese avec Shutter Island ou Polanski avec The Ghost-Writer, tout ce raccroche au faisceau fictionnel d’un même phare : celui du personnage, des images qu’il découvre, rejette, revisite et quitte sans doute. Que l’on songe au regard lointain d’un Di Caprio un instant lavé de ses culbutes schizophrènes, ou aux pages s’échappant d’un Ewan McGregor disparu dans le hors champ, l’histoire ne peut plus continuer sans celui qui la nourrit. Logique, me direz-vous mais la logique ne s’est jamais autant exposée qu’à travers ces deux films aux sorties très proches et aux enjeux fictionnels non moins attenants : un personnage livré à une énigme qui, en étant la sienne est celle d’un autre, la construit de toute pièce. Les pages volantes du manuscrit de McGregor ne sont que ça, un puzzle de feuillets vides que le personnage rassemble, organise, modifie et laisse filer. Dedans, s’y conjuguent politique, amour, trahison et solitude. De ce fait, la relance fictionnelle est permanente puisqu’inscrite dans un processus de découverte solitaire."


Enfin, dans les deux films, la direction d'acteurs est extraordinaire et notamment celles des premiers rôles : Leonardo Di Caprio d'un côté et Ewan Mac Gregor de l'autre qui apparaissent au mieux de leur art. Il n'y a aucune place pour l'improvisation. Les deux films reposent sur eux à la fois en tant que personnages et en tant que comédiens. En tant que personnages, ils ont une énigme à résoudre et en même temps ils sont au coeur des événements. Il y a chez eux un dédoublement permanent, une double conscience qui apparaît et qui reste la relation-clé dans un monde incompréhensible et un environnement totalement mouvant. Eux seuls reflètent la réalité, notre réalité à nous en tant que spectateur, par rapport au monde qui les entoure : celui de la politique et de la médecine criminelle dans un cas, celui de la politique et de l'économie dans l'autre cas.
Mais heureusement chacune des deux énigmes sera résolue et nous pourrons repartir dans notre monde réel débarrassés de la tension que chacun des deux films a fait monter en nous progressivement.
Un retour en force de deux géants du cinéma, encore bien vivants et au sommet de leur art, ça ne se rate pas !
Je recommande vivement ces deux films !

1 commentaire:

  1. Vu ni l'un ni l'autre ! Mais lacune à combler très rapidement ! Le temps, le temps !

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