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vendredi 5 mars 2010

QUESTIONS DE STYLE !

On parle souvent du style des écrivains, mais cette notion est difficile à appréhender.

Pour les uns , le style peut être défini comme une manière d'utiliser les moyens d'expression du langage; pour d'autres, le style est la littérature même, c'est-à-dire un travail inédit sur la langue écrite permettant de faire émerger une autre perception du monde. (http://www.prixdustyle.com/manifeste.htm ); pour d'autres encore : le style, c’est la façon dont un auteur raconte son histoire, tisse sa toile, l’agrémente pour la rendre intéressante. Le style est une question de sensibilité personnelle, d’état d’âme et de conscience. Le style, c’est la somme des émotions, des rêves, des cauchemars, des fantasmes, des secrets de l’auteur. L’écriture est un exutoire, une fontaine dans laquelle l’auteur se découvre lui-même.
Certains enfin se raccrochent à une autre idée : "Le style n’a pas grand-chose à voir avec le vocabulaire, la grammaire et la syntaxe. Le style, c’est le point de vue ; c'est le regard ; un auteur qui a un style - mais c'est un pléonasme -, on dira donc… un écrivain qui a un style, c’est un regard sur le monde qui lui est propre ; c’est un angle de vue particulier, un angle d’attaque aussi (pour peu qu’il soit guerrier)". (http://livres.fluctuat.net/marcel-proust.html).

A la lecture de ces définitions, on peut conclure qu'il n'y a pas vraiment de consensus sur la notion de style en littérature. Mais qu'en pensent les écrivains eux-mêmes ?

Flaubert décrit le "style idéal" selon lui dans une lettre à Louise Vollet :
« J'aime les phrases nettes et qui se tiennent droites, debout tout en courant, ce qui est presque une impossibilité. L'idéal de la prose est arrivé à un degré inouï de difficulté; il faut se dégager de l'archaïsme, du mot commun, avoir les idées contemporaines sans leurs mauvais termes, et que ce soit clair comme du Voltaire, touffu comme du Montaigne, nerveux comme du La Bruyère et ruisselant de couleur, toujours. »

Barrès a un avis différent : "Le style, c'est la tournure, c'est le mouvement de l'âme, ses frémissements, ses hardiesses, son élan rendu sensible" (BARRÈS, Cahiers, t. 7, 1908, p. 100).

Pour Tocqueville " Il y a une qualité commune à tous les grands écrivains, elle sert en quelque sorte de base à leur style ; c'est sur ce fond qu'ils placent ensuite chacun leurs propres couleurs Cette qualité est tout simplement le bon sens. […] Qu'est-ce donc que le bon sens appliqué au style ? […] C'est le soin de présenter les idées dans l'ordre le plus simple et le plus facile à saisir. C'est l'attention de ne présenter jamais en même temps au lecteur qu'un point de vue simple et net, quelle que soit la diversité des objets dont traite le livre." (Tocqueville, lettre à Ch. Stöffels du 31 juillet 1834, Lettres choisies. Souvenirs, Gallimard, coll. Quarto, 2003, pp. 301-304.)

Marcel Proust a un avis très différent : "Je ne donne nullement ma sympathie (pour employer les termes mêmes de votre enquête) à des écrivains qui seraient "préoccupés d'une originalité de forme". On doit être préoccupé uniquement de l'impression ou de l'idée à traduire. Les yeux de l'esprit sont tournés au dedans, il faut s'efforcer de rendre avec la plus grande fidélité possible le modèle intérieur. Un seul trait ajouté (pour briller, ou pour ne pas trop briller, pour obéir à un vain désir d'étonner, ou à l'enfantine volonté de rester "classique") suffit à compromettre le succès de l'expérience et la découverte d'une loi. On n'a pas trop de toutes ses forces de soumission au réel, pour arriver à faire passer l'impression la plus simple en apparence, du monde de l'invisible dans celui si différent du concret où l'ineffable se résout en claires formules" (Extrait de "Essais et Articles", M. Proust, Folio Essais p. 341).

Ce qu'en dit Céline du style et des romans est résumé dans ces quelques phrases: "Je dis que ce que l’on fait, ce sont des romans inutiles, parce que ce qui compte, c’est le style, et le style, personne ne veut s’y plier. Ça demande énormément de travail, et les gens ne sont pas travailleurs (…) Eh bien, des styles, il n’y en a pas beaucoup dans une époque, vous savez. Sans être bien prétentieux il n’y en pas beaucoup. Il y en a trois ou quatre par génération – il faut dire la vérité, parce que, si je ne la dis pas, personne ne la dira. (…)
Je reviens à [mon] style. Ce style, il est fait d’une certaine façon de forcer les phrases à sortir légèrement de leur signification habituelle, de les sortir des gonds pour ainsi dire, les déplacer, et forcer ainsi le lecteur à lui-même déplacer son sens. Mais très légèrement ! Oh ! Très légèrement ! Parce que tout ça, si vous faites lourd, n’est-ce-pas, c’est une gaffe, c’est la gaffe. Ça demande donc énormément de recul, de sensibilité. C’est très difficile à faire, parce qu’il faut tourner autour. Autour de quoi ? Autour de l’émotion. (…)"
(Extrait de "Louis-Ferdinand Céline vous parle", monologue enregistré en octobre 1957 et publié sur disque microsillon dans la collection « Leur œuvre, leur voix » (Festival, 1958), réédité dans le coffret Anthologie Céline (Frémeaux et associés, 2000).
 Si vous cherchez bien vous trouverez une version filmée dans ce blog.

On aura compris après cette promenade littéraire que le style est et restera un sujet de débat jusqu'à la mort de la littérature et même de l'art si malheureusement un tel événement survient un jour faute de combattants !

Pour ma part je maintiens que le style est étroitement lié à la vision de l'auteur à son ressenti du monde, à son intuition perceptive. Le style de l'écrivain, c'est à la fois ses yeux, ses oreilles, sa bouche, son visage, ses mains, sa mémoire, son coeur, ses tripes... Reflet de soi et anticipation, exploration !

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