ACTUALITE







L'INTERET D'UN BLOG CONSISTE ESSENTIELLEMENT A ECHANGER DES IDEES, DES IMPRESSIONS ENTRE L'AUTEUR DU BLOG ET LES LECTEURS.


POUR FAIRE UN COMMENTAIRE :

- CLIQUEZ SUR COMMENTAIRES
- REMPLISSEZ LA RUBRIQUE EN TAPANT VOTE COMMENTAIRE
- SIGNEZ VOTRE COMMENTAIRE SI VOUS LE SOUHAITEZ
- DANS SELECTIONNEZ LE PROFIL, CLIQUEZ SUR ANONYME
- TAPEZ LES LETTRES INDIQUEES
- CLIQUEZ SUR PUBLIER UN COMMENTAIRE ET C'EST FAIT


- LORSQUE LE COMMENTAIRE SERA ACCEPTE PAR L'AUTEUR DU BLOG, IL SERA PUBLIE



samedi 8 janvier 2011

EONNAGATA OU CE QUE CREER VEUT DIRE


Eonnagata

Je reste subjugué par le spectacle multiple et multiculturel que nous sommes allés voir hier soir au Théâtre des Champs-Elysées.
"EONNAGATA", de et par Sylvie Guillem, Robert Lepage et Russel Maliphant est un spectacle dont il est difficile de parler avec des termes classiques tant cette oeuvre me semble inspirée et novatrice.
Au départ, deux idées, simples : une fascination de Robert Lepage pour le Chevalier d'Eon, personnage ambigü de l'histoire de France qui officia sous Louis XV et Louis XVI, d'une part, et une passion pour les arts martiaux et le théatre japonais Kabuki que partagent Sylvie Guillem et Russel Maliphant, d'autre part.
Selon Wikipedia : Le kabuki (歌舞伎, kabuki?) est la forme épique du théâtre japonais traditionnel. Centré sur un jeu d'acteur à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par le maquillage élaboré des acteurs et l'abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce.
Les trois idéogrammes du mot signifient : chant (歌, ka?), danse (舞, bu?) et habileté technique (伎, ki?). Il s'agit vraisemblablement d'ateji (caractères utilisés pour leur seule valeur phonétique), et il semble qu'il s'agisse de la forme ancienne du verbe katamuku (傾く, katamuku?), à l'époque kabuku, désignant ce qui était peu orthodoxe, en référence à une forme de théâtre considérée à l'époque comme d'avant-garde.
A partir de ces deux idées premières, nos trois créateurs ont conçu ce spectacle où se mêlent à la fois  la danse, surtout, les arts martiaux et le théâtre Kabuki. En mixant savamment ces différents ingrédients et en prenant comme fil conducteur, la personnalité particulière et le parcours de vie du Chevalier d'Eon, ils ont composé une oeuvre forte, colorée, glissante et génialement visuelle. Un bémol cependant, les interruptions didactiques qui cassent l'harmonie de la symbolique chorégraphique. J'imagine qu'elles doivent avoir pour fonction première de permettre aux trois danseurs-acteurs de reprendre leur souffle.
Dans cette oeuvre séduisante, j'ai vu l'unité originelle, puis sa décomposition en deux dimensions l'une masculine, l'autre féminine, le tout constituant, dans un troisième temps synthétique une trinité unifiée, socle de la réalité perçue du monde, des croyances humaines et de l'univers infini.
Le ternaire serait-il la vision humaine de l'unité ?
Grâce à la danse et à son langage symbolique, nous pénétrons subrepticement et par effraction dans le monde de la dualité ambigüe et trouble, celle qui dérange. Chaque homme conserve en soi le souvenir de son origine, c'est sa part de féminité, et inversement toute femme intègre en elle-même une dimension masculine qui la renvoie également à son origine. L'homme et la femme, sont nés de Dieu ou des dieux, ils incarnent deux principes opposés, mais complémentaires, générateurs de vie. La vie, la création, résultent de cette tension et de cette fusion entre le féminin et le masculin.
Quant au temps qui s'écoule, il a ici une dimension ternaire : jeunesse, maturité, vieillesse : féminité, masculinité et retour à l'androgynie originelle, la figure mobile pendulaire oscillant entre l'homme et la femme, se termine  en un triangle dont seule la pointe semble figée.
Ce qui m'a réellement ému dans EONNAGATA, c'est d'abord cette introduction du mouvement, de la fluidité, de la transformation magique, le passage subtil du féminin au masculin et du féminin au masculin. C'est cette dynamique qui caractérise l'originalité du Chevalier, et que ses contemporains n'ont pas compris, et ne pouvaient d'ailleurs pas comprendre, figés qu'ils étaient dans leur conception monolithique de l'opposition du masculin et du féminin. Conception statique, systématiquement affirmée par l'Eglise au cours des siècles et aujourd'hui encore. S'il était admis en effet qu'un homme puisse devenir une femme et qu'une femme puisse devenir un homme, ou qu'ils puissent être homme et femme en même temps, tous les repères s'effaceraient, le monde vacillerait dans ses certitudes, les dogmes religieux exploseraient.
"Qu'est-ce qui est apparence, qu'est ce qui est réalité ? Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est faux ?"
Et tout cet univers projeté dans notre imaginaire, cette sensation d'échapper aux tabous, cette libération conceptuelle et plastique, la danse les présentent à merveille puisqu'elle est elle-même mouvement, fluidité, dynamisme.
Le balancier devient la figue de référence, tantôt homme, tantôt femme, et le spectacle oscille dans un même rythme alternatif entre la danse de l'Occident et les arts martiaux venus d'Extrême Orient. L'idée de nos trois créateurs a été de générer une perte des repères pour mieux nous faire sentir ce qu'il y a d'enfoui au plus profond de nous-mêmes (c'est en tout cas ce que je pense).
Sommes-nous totalement déroutés (comme ce groupe de huit personnes qui quitta le théâtre au bout d'une heure faisant preuve d'une indélicatesse majeure !) ? Ou au contraire, retrouvons-nous en notre for intérieur cette dualité constitutive et fusionnelle de notre être ?
Ce spectacle incarne pour moi la splendeur de la création artistique et l'engagement total de trois créateurs qui ne trichent pas et qui nous emmènent aux confins du trouble originel, là où le certain s'efface dans la brume et où notre seul repère devient nous-même, mais précisément qui sommes nous ? Telle est la question que pose EONNAGATA.
Sylvie Guillem est prodigieuse et ses deux comparses savent parfaitement créer avec elle le juste équilibre de ce spectacle magnifique.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire