ACTUALITE







L'INTERET D'UN BLOG CONSISTE ESSENTIELLEMENT A ECHANGER DES IDEES, DES IMPRESSIONS ENTRE L'AUTEUR DU BLOG ET LES LECTEURS.


POUR FAIRE UN COMMENTAIRE :

- CLIQUEZ SUR COMMENTAIRES
- REMPLISSEZ LA RUBRIQUE EN TAPANT VOTE COMMENTAIRE
- SIGNEZ VOTRE COMMENTAIRE SI VOUS LE SOUHAITEZ
- DANS SELECTIONNEZ LE PROFIL, CLIQUEZ SUR ANONYME
- TAPEZ LES LETTRES INDIQUEES
- CLIQUEZ SUR PUBLIER UN COMMENTAIRE ET C'EST FAIT


- LORSQUE LE COMMENTAIRE SERA ACCEPTE PAR L'AUTEUR DU BLOG, IL SERA PUBLIE



vendredi 30 septembre 2011

COLLABORATION : ZWEIG, RICHARD STRAUSS ET LES NAZIS







Enfin une bonne pièce servie par des bons acteurs, Didier Sandre-Stefan Zweig et Michel Aumont-Richard Strauss ! Au départ Michel Bouquet devait jouer le rôle de Strauss.

Deux personnages, l'un à côté de l'autre, puis l'un face à l'autre. Richard Strauss d'une part, le musicien allemand créateur du poème symphonique "Also sprach Zarathustra" son morceau le plus connu par les non mélomanes grâce au film de Kubrick "2001 ...", et Stefan Zweig d'autre part, l'incarnation du citoyen européen avant l'heure, juif et intellectuel pourchassé par les nazis, victime des autodafés et à terme... programmé pour être éliminé.

"Collaboration", la pièce de Ronald Harwood, qui a fait l'adaptation du film "Le Pianiste" entre autres, est un titre ambigu : de quelle collaboration s'agit-il ?

Elle pose le problème récurrent du choix entre la complaisance face à un pouvoir totalitaire d'une part, et la révolte individuelle trempée dans les principes de la non-violence d'autre part. Deux attitudes qui conduisent l'une à la complicité objective et au mépris de soi-même, et l'autre à l'impasse de l'invidualisme intelligent et au suicide. Triste constat, mais oh combien réaliste !
Y a-t-il d'autres moyens pour combattre le mal absolu ? L'Histoire a apporté ses réponses, mais à quel prix ?
Ce qui m'a intéressé dans cette pièce, c'est la subtilité de certaines situations où l'on observe que si on laisse faire, si on ne réagit pas à temps devant les violations des libertés on se retrouve bientôt dans une impasse. D'un côté Strauss se voit dans l'obligation de collaborer avec les nazis qui d'un  côté lui offrent la présidence de la Reichsmusikkammer en 1935 et qui de l'autre, font peser une menace sur ses petits enfants qui ont une mère juive. Collaboration objective !
De l'autre, Zweig est plongé au coeur de l'antisémitisme et de la chasse aux intellectuels, mais devant la terreur, il part à l'étranger et en spectateur désespéré, il choisit la solution ultime du suicide avec sa jeune femme. A travers lui, c'est l'Europe créatrice, l'Europe rayonnante autrichienne qu se fait hara kiri.
La pièce montre, au fur et à mesure de la construction du Reich, le cheminement des deux hommes et le fossé qui se creuse entre les deux artistes, les deux amis.
Richard Strauss, fils d'un musicien de l'Orchestre royal de Munich, compositeur allemand au summum de son art, jouissant d'un grand prestige, mais à court d'idées créatrices depuis la mort du dramaturge autrichien Von Hofmannstahl en 1929, a besoin d'un librettiste de génie pour continuer à exercer son art. Zweig est l'homme talentueux qu'il lui faut, il est au coeur de la société viennoise qui rayonne sur l'Europe, sollicité de toutes parts, il rencontre chez Strauss le talent et l'amitié, mais aussi l'Allemagne orgueilleuse et sûre d'elle-même, l'Allemagne du deuxième Reich, celle qu'incarne la femme de celui-ci, l'ex-soprano Pauline de Ahna, originaire d'Ingolstadt en Bavière et fille du Général Adolf de Ahna, qui a un caractère bien trempé.

Cette pièce est donc aussi l'histoire de la collaboration fructueuse entre les deux hommes qui débouche sur un opéra "La femme silencieuse" (Die Schweigsame Frau). Les nazis exigeront que le nom du librettiste Zweig qui est juif, disparaisse de l'affiche. Strauss s'y opposera. Mais plus par orgueil et par amitié que par conviction ! Les nazis lui demanderont de composer l'hymne olympique pour les jeux de Berlin de 1936, il s'exécutera.
Strauss voudrait que la collaboration avec Zweig se poursuive par tous les moyens. Mais la conscience, la volonté et le départ de Zweig la rendront impossible. L'art peut-il s'exprimer dans un contexte politique cataclysmique où une partie de l'humanité extermine une autre partie de l'humanité ?
L'un pense que oui car l'art est au dessus de tout, l'autre dit non... jusqu'à la solution ultime.

« Puissent mes amis voir encore l'aube après la longue nuit, moi je ne peux plus attendre, je pars avant eux. » Telle est la dernière phrase écrite par Zweig.

Que faut-il en déduire ?
Que l'individualisme, même courageux, même éclairé est une impasse dans un monde totalitaire. C'est mon point de vue.
Selon l'auteur Ronald Harwood, mais je ne suis pas sûr que le metteur en scène Georges Werler soit dans le même registre, dans la pièce il s'agit d'abord d'une rencontre, voire d'un amour entre deux génies créateurs du XXème siècle plongés au coeur de la tourmente et du Mal absolu.
Ce que je retiens de tout celà personnellement, c'est que lorsque la démocratie est en place, les artistes exercent leur talent en pleine liberté et c'est leur élan créateur qui s'exprime au bénéfice des autres.
Mais qu'il advienne une grave crise, suivie de la montée en puissance du totalitarisme, du nazisme et de l'antisémitisme et rien n'est plus possible. Il faut se compromettre, fuir ou résister. Mais peut-on résister seul ? Et en tout cas, il faut agir quand il est temps, ne pas se laisser avoir, ne pas être complaisant...

Une pièce qui ne laisse pas indifférent, une mise en scène sérieuse mais classiques, d'excellents acteurs : Didier Sandre et Michel Aumont... une pièce que je recommande vivement d'aller voir et entendre !

2 commentaires:

  1. J'ai vu la pièce également.. les comédiens sont excellents en effet, la pièce vaut le coup !
    http://critique-ouverte.blogspot.fr/2013/02/zweig-et-strauss-dans-collaboration.html

    Pour votre propos sur l'individualisme, je vous conseille le film "Cloud Atlas" qui va sortir le 13 mars (on est en plein dans le sujet).
    Amicalement
    aldanjah

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour votre message et pour votre référence au blog critique ouverte que je ne connaissais pas et également pour "Cloud Atlas" que je ne manquerai pas d'aller voir.

    Bien cordialement.

    Gérard

    RépondreSupprimer