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dimanche 22 mars 2009

ONCLE VANIA (suite...)

Marie Bunel (Elena), Didier Bénureau (Oncle Vania) et Astrov (Philippe Torreton)

Un sentiment de déception.
Que dire de la vision de Claudia Stavisky, sinon qu'elle nous propose une mise en scène qui gomme toutes les subtilités du texte de Tchekov et un jeu d'acteurs totalement incohérent.
Commençons par le jeu d'acteurs ;
- Sonia la jeune fille amoureuse du médecin a un jeu totalement décalé par rapport à celui des autres acteurs, en aucun cas elle n'a le comportement d'une jeune femme laide qui se réfugie dans le travail. Sa diction, la puissance de sa voix, sa gestuelle, ses poses extravagantes (un moment on a l'impression qu'elle va faire de la gymnastique en se pendant au linteau de la porte), font qu'on se demande si elle joue bien dans la même pièce que les autres acteurs. Elle rend incrédible son personnage.
- Quant à Elena, elle est transparente, sans consistance, habillée d'une robe moulante de chez La Redoute, elle prend des poses en rupture totale avec le texte de Tchekov. Lorsqu'elle se pelotonne contre le professeur avec des contorsions quasi-érotiques, elle est grotesque. Son personnage manque totalement d'unité, de finesse. La sensualité qu'elle dégage est loin d'être évidente. Parfois elle parait totalement sotte. Comment peut-on tomber amoureux d'une telle femme ? Il fallait en faire un personnage d'ouverture, tout en apparences, mais aussi faussement naïf. Un personnage où le non dit était révélateur d'une richesse imainative intérieure. Le non dit, c'est le sur-moi. Alors cette façon de mimer l'envie amoureuse avec des postures de femme de cabaret, non !
- Astrov, le médecin joué par Torreton, prend les apparences d'un homme blasé, alors qu'il est une sorte de visionnaire. C'est un homme intelligent, talentueux mais qui ne voit chez les autres que ce qu'il veut bien voir, ce qui l'intéresse. Quand à l'accent parisien de Torreton, il nous déconcerte. Lorqu'il entame une vieille chanson russe, on a envie d'éclater de rire. Où sont d'ailleurs les références à la Russie dans cette pièce ? Reconnaissons cependant que cet acteur a du talent. Mais il est mal dirigé ici, il n'y a pas d'autre explication.
- Vania, personnage subtile s'il en est, porteur d'une vie intérieure très puissante, est représenté comme un enfant attardé qui se roule par terre lorsqu'il est éconduit par Elena, comme un jaloux, puis comme un demi-fou qui pour se sauver se réfugie dans le travail, mais de manière tellement artificielle que cela devient risible. Certes, le comédien Didier Bénureau a également beaucoup de talent, mais son personnage apparaît comme une suite de comportements qui se juxtaposent au lieu de se combiner pour nous faire sentir la profondeur de cet homme resté silencieux et discret pendant les trois-quarts de sa vie. Lorsqu'il tire avec son pistolet dans le pot de fleurs, on se croirait dans un vaudeville. Il se dégage néanmoins de son jeu une certaine crédibilité.
- du professeur, il n'y a pas grand chose à dire sinon qu'on en fait ici une caricature, de même que la Gaufre, personnage outrancier, sans unité et complètement grotesque.
- La mère fait de la figuration, comme la nourrice, alors que ce sont des personnages qui font contrepoids dans la pièce.
Quant à la vision de la pièce, il y aurait beaucoup à dire.
Une impression de confusion générale, une absence de subtilité, un parti pris de caricaturer les personnages, aucune référence au contexte de l'écriture, une fausse modernité des comportements.
Chaque personnage est présenté comme une entité correspond à une vision individualiste. Il n'y a pas de prise en compte du système de relations entre eux, tissé avec génie par Tchekov. Tout ce qui efait la subtilité relationnelle et finalement l'incommunicabilité première disparait sous caractérisation de chaque personnage taillée à la serpe et sortie de son contexte.
Je n'ai donc pas retrouvé tout ce dont mon imaginaire s'était nourri à la lecture de la pièce. L'ayant lue le matin même de la représentation, j'avais parfois l'impression de connaître par coeur certaines répliques. Mais bien évidemment, j'ai situé ma lecture dans le contexte de la Russie de la fin du XIXe, je n'ai pas cherché à montrer quelque chose, une vision du monde qui serait la mienne et non celle de l'auteur. C'est ce qui fait la différence entre une lecture pour soi et une lecture pour monter la pièce et la présenter à un public. Le metteur en scène doit certainement se dire, "qu'est ce que je peux montrer, de cette pièce, jouée et rejouée, connue par tous, qui pourrait mettre l'accent sur une vision nouvelle, la mienne."
C'est là toute la difficulté du théatre. Que va voir le spectateur, une pièce, un texte, un auteur ou bien une interprétation du texte de la pièce par un metteur en scène et par des acteurs, dirigés ou pas ?
En définitive, l'interprétation faite par C. Stavisky ne me convient pas, elle retire à la pièce toute sa puissance subtile, toute sa finesse. Elle brouille les pistes. Je n'ai pas senti non plus ce que la lecture faite par une femme aurait pu apporter de neuf. Bref, je suis sorti déçu. Reconnaissons qu'il y avait sur scène de forts bons acteurs qui ont par leur présence et par leur professionnalisme de "sauver les meubles".

Posted by Picasa

3 commentaires:

  1. Je partage l'essentiel de la critique à deux nuances près. J'ai aussi trouvé la pièce décousue, les personnages isolés, le décor et la mise en scène peu lisibles : d'où cette impression d'absence d'unité, de vide, d'incohérence. Mais au final n'est-ce pas ce que voulait Tchékov, montrer l'impossibilité de ces deux mondes de se rencontrer?
    En second lieu, je ne suis pas d'accord sur le rôle du metteur en scène : ce dernier selon moi doit être un accoucheur, celui qui, quels que soient ses choix d'artistes, met en lumière le sens profond qu'a souhaité l'auteur ; celui qui a précisément le talent de passeur et le génie de restituer ce sens, quels que soient les paradigmes des spectateurs, au delà des époques et des modes. Si non, mais alors il donne aux mots qui ne sont pas les siens un sens autre : il écrit sa propre pièce avec les mots d’un autre

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  2. Merci les Morin ! On va économiser le prix des places. En revanche, je tenterais bien "la cerisaie" à la Colline. J'en ai lu une critique extrèmement +.
    S'il y a encore des places on vs dira si c'est bien !

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  3. Papa, je suis assez d'accord avec toi. Ce qui m'a le plus frappé c'est la laideur du décor (aucune éxagération!) et l'inutilité de la mise en scène. Le but du théatre par rapport à un livre, c'est bien de mettre en image, de mettre en scène un texte. Les décors doivent servir son sens et même l'appuyer mais sans le parapher de manière grossière. On a bien compris que la scène se passe à la campagne, pourquoi mettre en fond une image de forêt (moche en plus), pourquoi l'estrade bouge de temps en temps? de manière totalement inutile
    Pourquoi la table, elle, reste collée au parquet?... effet de style qui encore une fois n'apporte rien.
    Bref je n'ai pas beaucoup aimé, mais au moins j'affute mon sens critique!!

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