Comme tous les mercredi soir, j'ai assisté au cours d'histoire de l'art de la fondation Rachel Boyer à l'Ecole du Louvre. Ce soir le thème était : "L'Italie au XVIIème siècle". L'intervenant était Arnauld Brejon de Lavergnée, conservateur général du patrimoine, directeur du département des collections, Mobilier national.
Quelques secondes avant l'heure, je vis un homme en pardessus, l'air pressé, descendre les marches de l'amphi rapidement. L'homme, escalada deux à deux les marches conduisant à l'estrade. Il s'assit, on coupa les lumières et nous entrâmes instantanément dans le vif du sujet.
En quelques mots il nous expliqua qu'il ne disposait que d'une heure et qu'il allait faire en sorte de nous présenter un nombre réduit d'oeuvres créées par deux peintres révolutionnaires : Carrache et Le Caravage.
Il nous expliqua que ce qu'il allait nous dire ne figurait pas dans les livres et que ce qui était essentiel était de savoir décrypter un tableau.
L'ensemble de l'auditoire de l'amphi Rohan comprit très vite que notre intervenant maîtrisait totalement sa matière, ce qu'il nous confirma en avouant qu'il participait aux cours de la fondation depuis plus de 25 ans.
La conférence commença, nous embarquâmes tous dans le même bâteau et nous découvrimes très vite ce qu'était l'art et ceux qui le font pour un passionné, pour un amoureux. En l'écoutant commenter tel ou tel tableau, telle ou telle fresque, je me sentais vibrer intérieurement. Il faut entendre parler cet homme de la couleur d'un tableau de Carrache, des angelots d'une fresque du même artiste, de la beauté tragique de la lumière dans les tableaux du Caravage qui était un bretteur et un querelleur, qui tua même trois hommes ou plus dans sa vie, des filiations entre Carrache, Le Dominiquin et Nicolas Poussin, des stéréotypes de la seconde école de Fontainebleau... Bref je fus littéralement ébloui !
Merci Monsieur Brejon. Continuez à faire partager votre passion, votre enthousiasme !
Ce n'était plus de la curiosité ou du désir de savoir, c'était la révélation d'un feu qui couvait en moi. Quel métier sublime que celui de professeur, d'enseignant lorsqu'on est animé d'une passion et qu'on aspire à la faire partager.
Ci-après l'un des tableaux extraordinaires du Caravage commenté d'une manière époustouflante par M. Brejon.
Le Caravage, "L'annonce faite à Matthieu", 1599 - 1600
Ce tableau à été qualifié par les critiques de laïc, païen, d'anti-religieux. Tous ces gens n'y ont rien compris. Utilisons la méthode dialectique. En fait la grande nouveauté de ce tableau est qu'il introduit pour la première fois la religion dans le quotidien. C'est une clef pour comprendre ce tableau. Il y a rupture totale avec la représentation d'un monde idéal d'un Raphaël. Le Caravage n'a pas été compris. Le Christ, à droite est monumental, classique, autoritaire, d'une autorité à la Masaccio. A droite, devant le Christ, savez-vous qui est ce personnage ? Personne ne trouve ? Mais voyons, c'est Pierre. De la main, il répète timidement le geste du Christ. Au milieu, entre le jeune homme et le vieillard, assis, c'est Matthieu. Il dit au Christ, "c'est moi que tu appelles". Dans ce tableau, le divin est représenté par le Christ, l'homme, vous, moi, c'est Matthieu et Pierre est l'intercesseur entre le divin et l'homme. A noter la croisée de la fenêtre symbolisant la croix du salut de la religion chrétienne, la lumière intense qui illumine la scène à une origine sacrée, le clair-obscur est magnifique. En regardant ce tableau, on est en présence d'une scène de la vie quotidienne. Nous nous trouvons dans un bureau de douane, les hommes jouent aux cartes et comptent leur argent... Nous sommes de plain pied avec les personnages, il n'y a aucune barrière entre eux et nous.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire