ACTUALITE







L'INTERET D'UN BLOG CONSISTE ESSENTIELLEMENT A ECHANGER DES IDEES, DES IMPRESSIONS ENTRE L'AUTEUR DU BLOG ET LES LECTEURS.


POUR FAIRE UN COMMENTAIRE :

- CLIQUEZ SUR COMMENTAIRES
- REMPLISSEZ LA RUBRIQUE EN TAPANT VOTE COMMENTAIRE
- SIGNEZ VOTRE COMMENTAIRE SI VOUS LE SOUHAITEZ
- DANS SELECTIONNEZ LE PROFIL, CLIQUEZ SUR ANONYME
- TAPEZ LES LETTRES INDIQUEES
- CLIQUEZ SUR PUBLIER UN COMMENTAIRE ET C'EST FAIT


- LORSQUE LE COMMENTAIRE SERA ACCEPTE PAR L'AUTEUR DU BLOG, IL SERA PUBLIE



dimanche 2 août 2009

VERONIQUE TADJO : "L'OMBRE D'IMANA"

"L'Ombre d'Imana" a pour thème le génocide du Rwanda.
Ce livre m'a marqué, profondément.
Le récit de ce qui s'est passé à travers les témoignages de survivants pose une multitude de questions que je m'étais déjà posées en lisant "les Bienveillantes" ou "Si c'est un homme".
L'écriture nous fait approcher du "mal absolu". Tel est bien le dessein de Véronique Tadjo.
Le voyage commence comme n'importe quel voyage : les bagages perdus, les voisins bruyants et sympathiques dans l'avion, les contrôles à l'aéroport. Puis, petit à petit dans un pays où les apparences premières ne révèlent rien, l'auteur nous fait pénétrer dans un monde inimaginable. L'émotion fait vaciller notre raison, notre bon sens. Le contraste est saisissant entre le calme apparent, voire l'apathie de ceux qui ont vu, de ceux qui ont souffert le pire des drames que l'on puisse connaître dans l'humanité et l'horreur des violences subies par ceux dont la seule faute était d'appartenir à une ethnie ou à une autre.
Pas de compassion, pas de jugement, seulement des témoignages et un style qui donne toute sa force à ce livre.
Je vous laisse méditer sur ce passage qui pose la question de la fonction de l'écrivain confronté à de telles circonstances :
" Le génocide est le Mal absolu. Sa réalité dépasse la fiction. Comment écrire sans parler du génocide ? L'émotion peut aider à faire comprendre ce qu'a été le génocide. Le silence est pire que tout. Détruire l'indifférence. Comprendre le sens réel du génocide, l'accumulation de la violence au fil des années.
L'oralité de l'Afrique est-elle un handicap pour la mémoire collective ? Il faut écrire pour que l'information soit permanente. L'écrivain pousse les gens à lui prêter l'oreille, à exorciser les souvenirs enfouis. Il peut mettre du baume sur la déchirure, parler de tout ce qui apporte un peu d'espoir.
Le grain est enfoui dans la terre. Il meurt afin de pouvoir renaître.
Les chiens se sont nourris de cadavres. Ils étaient enragés. Les oiseaux se sont nourris des yeux des cadavres. Les fruits de la paix se cueuillent sur l'arbre de la peine.
La réconciliation ?
Il faut reconnaître le Mal. L'exorciser par la justice, par une tentative de réelle justice.
Tant qu'il n'y aura pas cela, la peur restera. Elle est là. Elle n'est pas partie. Tout crime non puni engendrera d'autres crimes. Les Hutus ont peur des Tutsis parce qu'ils sont au pouvoir. Les Tutsis ont peur des Hutus parce qu'ils peuvent s'emparer du pouvoir. La peur est demeurée par les collines."

Dans un autre passage du livre, Véronique Tadjo nous fait part de sa propre peur et des questions qui la hantent (rappelons qu'elle est ivoirienne) :
" Et j'ai peur quand j'entends parler chez moi d'appartenance, de non-appartenance. Diviser. Façonner des étrangers. Inventer l'idée du rejet. Comment l'identité ethnique s'apprend-elle ? D'où surgit cette peur de l'Autre qui entraîne la violence ?
Un jour la vie quotidienne s'efface pour faire place au chaos. Où étaient enfouies les graines de la haine ? Dans la nuit de l'aveuglement, qu'aurais-je fais si j'avais été prise dans l'engrenage du massacre ? Aurais-je résisté à la trahison ? Aurais-je été lâche ou courageuse ? Aurais-je tué ou me serais laissé tuer ?
Le Rwanda est en moi, en toi, en nous.
Le rwanda est sous notre peau, dans notre sang dans nos tripes. Au fond de notre sommeil dans notre esprit en éveil.
Il est le désespoir et l'envie de revivre. La mort qui hante notre vie. La vie qui surmonte la mort.

Ne jamais couper le chemin du retour.
Entendre comme une chanson à fredonner, que le monde tient debout et que l'image que nous nous en faisons nous-mêmes est bien vraie."

Sans faire de démagogie, on est loin de la littérature de salon ou de l'art pour l'art. Les questions posées ci-dessus, je les reconnais, je me les suis posées maintes fois moi-même. Elles sont inscrites de manière indélébile dans le miroir de notre conscience. Se les poser, ce n'est en aucun cas les résoudre pour soi, mais c'est en quelque sorte construire pas à pas une pré-science des dangers qui nous guettent individuellement, mais surtout collectivement. Le génocide n'est pas une somme de meurtres individuels, c'est un massacre organisé et accompli de manière collective. Au Rwanda, il n'y a pas eu de meurtres perpétrés par des individus isolés, il y a eu des chasses à l'homme et des tueries collectives. La justification de la violence et de l'horreur des uns est nourrie par les exactions commises par d'autres, ceux de la même ethnie, ceux à qui l'on a dit "si tu ne les tues pas, ce sont eux qui te tueront".

Après la lecture de ce livre, je persiste à croire que la fonction de l'écrivain et de la littérature se situent dans cette perspective. L'artiste en général, le poête, le créateur est celui qui sait nous mettre en face de la réalité passée, présente ou en devenir. Au moyen de son art et de la force des émotions qu'il nous transmet, il nous pose des questions graves qui touchent à l'essentiel : la vie, la mort, la violence, le mal... A nous d'y répondre !



Véronique Tadjo

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire