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mercredi 22 septembre 2010

L'ESCLAVAGISME CLANDESTIN A PORTO SEGURO AUJOURD'HUI AGBODRAFO

Nous arrivons dans le fameux village d'AGBODRAFO, accompagnés par le jeune homme instigateur du plan B. Nous tournons dans une des rues en terre du village, une fois à gauche, une fois à droite, une fois encore à gauche et encore à gauche, nous sommes dans le quartier de Lakomé. La voiture s’arrête devant une porte en fer, peinte en gris, qui a l’air fermée. Mais le jeune homme nous invite à le suivre, il tape et on lui ouvre la porte Nous pénétrons dans une grande cour avec une grande maison de type colonial à droite, quelques arbres au milieu et une bâtisse à gauche. Le lieu m’impressionne, comme m’impressionne l’homme qui se dirige vers nous et qui nous accueille. Il a la peau très noire, les cheveux blancs et une grande barbe blanche. Son regard est serein, il vous pénètre comme une vrille pour mieux identifier à qui il a affaire. Il nous invite à nous diriger vers la maison délabrée d’un pas lent. Je lis la stèle sur laquelle il est indiqué que sont venus sur les lieux en 2007, Faure Gnassingbé le "président" actuel et le directeur général de l’Unesco. On s'en fout !


 (c) G. Morin, la stèle de l'Unesco à gauche de l'entrée, en bas du mur de la maison : un trou


 (c) G. Morin, Togo, septembre 2010

Nos apprenons que c’est une association (Le Cartel) de noirs des Etats-Unis, descendants des esclaves africains, qui est à l’origine d’un vaste pèlerinage mondial sur la route des esclaves. Ce sont ces hommes et ces femmes qui ont redécouvert la maison dans laquelle nous nous trouvons. Elle appartenait à un négrier et commerçant anglais du nom de Woold je crois (Wood Home). Il s’agissait de trafiquants qui poursuivaient les pratiques esclavagistes après l’abolition.
Woold et le chef Assiakoley usèrent de subterfuge et firent construire ce bâtiment de 21,60 mètres de long et de 9,95 mètres de large, composé de six chambres, d’un salon, des couloirs de 1,5 mètre de large et une cave de 1,20 mètre de hauteur sur tout le pourtour de l’édifice.
A l’époque, les recherches ont montré que la maison (construite en 1832) était à 1,5 km de la mer et qu’elle était cachée dans une grande forêt qui permettait d’agir à l’insu des regards. Les esclaves arrivaient du nord du Togo, ils étaient vendus par leurs propres frères à des Européens qui les cachaient dans la cave de la maison avant de les expédier par bateau au delà des mers pour aller travailler dans les champs du sud des Etats-Unis. Beaucoup n’arrivaient d’ailleurs jamais à destination pour cause de maladie ou de brutalités extrèmes.


 (c) G. Morin - Ce trou est l'endroit où on faisait entrer les esclaves en attendant les bateaux qui allaient les emmener aus Amériques


 (c) G. Morin, Togo septembre 2010 - Depuis la maison, le propriétaire balançait quelque nourriture, juste ce qu'il faut pour qu'ils ne meurent pas ! A gauche, Félix et à droite, l'homme à la barbe blanche.


 (c) G. Morin, Togo, septembre 2010 - La hauteur de la cave permet uniquement de se tenir accroupi avec pour seule lumière celle qui entre par le trou d'entrée. Je le sais, je suis descendu à l'intérieur.


(c) G. Morin, Togo, septembre 2010 - Un second trou de l'autre côté de l'escalier. L'homme a la barbe blanche, gardien des lieux.


L’homme à la barbe qui est à la fois gardien et conservateur des lieux nous indique deux trous à ras de terre, situés a pied de la façade centrale. C‘est par là qu’on engouffrait les esclaves dans la cave. Ils étaient obligés de se tenir serrés et accroupis car la hauteur ne dépasse pas les 1,20 m par endroits. Dans cette cave, il était impossible de se mettre debout. L’esclave restait assis, accroupi ou couché dans une moiteur indescriptible. Devant de telles pratiques, on ne peut que rester désemparés. On se sent atterrés par la monstruosité des hommes. Comment peut-on en arriver là uniquement pour gagner de l’argent ? Je ressens les mêmes angoisses, la même révolte qu’après avoir lu les Bienveillantes de Littel. Comment cela a-t-il été possible ?

Entendons-nous bien, je ne cherche pas à me culpabiliser, d’ailleurs l’homme à la barbe a l’intelligence de ne pas jouer sur ce registre, il se contente de nous montrer et d’expliquer. Il sait très bien qu’il n’y a rien d’autre à dire. Les faits se suffisent à eux-mêmes.
En France le décret proclamant de façon définitive l'abolition de l'esclavage date du 27 avril 1848.

 
 
 (c) G. Morin, Togo, septembre 2010. Les annexes en ruine, derrière la maison principale


 
 (c) G. Morin, Togo, septembre 2010



 
 (c) G. Morin, Togo, septembre 2010

Maintenant le lieu est paisible, vestige d’une époque. Un projet envisage d’en faire un musée. Pourquoi pas. En ce qui me concerne, j’ai l’impression d’être venu ici au bon moment, dans un endroit fermé et abrité des regards au beau milieu d’un village avec des gens heureux de vous accueillir, mais qui vous respectent et qui vous transmettent l’essentiel de ce qu’il faut savoir, sans fioriture. J’ai du mal à imaginer ce lieu dans 50 ans envahi par des flots de touristes américains et européens. Il faudra créer des restaurants, des hôtels, des parkings pour les cars, des pontons pour les bateaux, là s’entasseront des boutiques de souvenirs, par ici seront implantées des galeries d’art africain, bref tous les ingrédients de ce que l’on croit pouvoir appeler la civilisation des loisirs. A moins que … !

Nous reprenons la voiture pour aller jusqu’au bord de la mer. Le temps est gris, les vagues puissantes et au loin on devine le wharf où l’on charge les phosphates. A l’endroit précis où les eaux du fleuve se jettent dans la mer.


 (c) G. Morin, Togo, septembre 2010


3 commentaires:

  1. Magnifique ! Quelle chance de pouvoir découvrir des lieux pareils ! Je suis certain que les pierres gardent en elles les secrets de ces temps barbares.
    Au fait : comment parviens-tu à mettre des photos comme ça sur ton blog ; et qui plus est avec une légende juste en dessous ?

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  2. J'utilise le logiciel Google de photo Picasa. Ensuite dans la photothèque Picasa, je sélectionne ma photo et je clique sur le bouton blog (orange) toujours dans Picasa. Apparaît alors un écran avec la référence de ton blog. Si tu as plusieurs blogs, il faut sélectionner le bon.
    La photo apparait en mode HTML. Tu copies le code HTML correspondant à la photo et tu le colles dans ton blog, toujours en HTML. Ensuite du convertis en photo en cliquant dans ton article sur "rédiger".
    Il y a peut être une manip + simple.
    L'intérêt c'est que dans le blog lorsque tu cliques sur la photo tu la fais apparaître en plein écran.
    Pour mettre une légende tu passers en mode "rédiger" et sous la photo tu tapes ton texte.
    Le mieux c'est de regarder un gars faisant la manip, ça va plus vite et onses casse moins la tête. A ta disposition si tu veux.
    Ciao !

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  3. Merci de faire partager ce voyage.
    Je profite de la leçon par la même occasion.
    Merci

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