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jeudi 23 septembre 2010

VISITE AU GRAND PRETRE DE LA FORET SACREE

Nous prenons à nouveau la voiture pour nous rendre à Glidji, un des villages habités par les Guins. Les Guins, forment un peuple ayant pour origine la région de l'actuel Ghana.

Fuyant les guerres, les Guins, peuple de pêcheurs, sont arrivés par la mer au milieu du 17ème siècle. Ils se sont installés à Glidji, au bord du Lac Togo.
Ils avaient fondé leur royaume sous le roi Foli Bébé. Recherchant de nouveaux territoires, ils ont bien entendu emporté avec eux les attributs royaux, les deux trônes des fils du roi Foli Bebe: un trône sculpté dans de l'ivoire et un second en ébène incrusté d'or.
Les Guins ont la particularité de pratiquer l'animisme connu sous le nom de vaudou. Leur vie est régentée par une pierre sacrée pendant un an. Le grand prêtre vaudou a pour mission de garder la forêt sacrée et d'en extraire chaque année la pierre sacrée. Les prédictions pour l'année à venir dependent de la couleur de la pierre sacrée. La présentation de la pierre sacrée se fait lors des cérémonies solennelles du nouvel an traditionnel : EPE - EKPE, en août ou septembre, en présence de hautes autorités (comme dit là-bas) et d'un foule considérable.

Une visite impromptue
Après avoir emprunté une route qui passe sur le pont qui enjambe le le fleuve Mono qui se jette dans la mer, nous tournons à gauche en direction de Glidji. Bientôt nous arrivons sur une piste en terre gorgée d’eau par endroits, nous avançons lentement en évitant d’asperger les conducteurs de motocyclettes qui roulent à côté de nous ou qui arrivent en face de nous. Nous remarquons un cimetière à droite de la route, puis un autre à gauche et encore un autre à droite. Bizarre !
Nous arrivons dans le village principal du peuple Guin, Glidji. A priori, rien d’extraordinaire. En avançant dans la rue principale, nous apercevons sur la gauche devant une maison, une dizaine de femmes habillées toutes avec la même robe bleu gris imprimé avec des effets soyeux. Félix me dit qu’il s'agit d’un enterrement. Bizarre !


(c) G.M. - La rue principale de Glidji

Nous continuons à avancer dans le village jusqu’à un croisement. Félix tourne à gauche et nous arrivons devant un portique surplombé d’une sculpture représentant deux mains en forme de récipient, tenant une pierre au milieu. Bizarre !


(c) G.M. -  Le portique avec le symbole de la pierre sacrée entre deux mains

A droite du portique, dans une sorte de cabane, figure une statue symbolique avec une tête de pierre. Encore plus bizarre !


(c) G. M. - Glidji, septembre 2010


Un jeune homme nous accoste, il nous invite à poursuivre notre chemin. Il y a des "choses à voir là-bas" nous dit-il. Nous nous remontons maintenant sur une sorte de "chemin de croix" en plein milieu du village. De petits édifices surmontés de statuettes symboliques balisent la partie gauche de la rue. Tout semble flambant neuf. Quelques jeunes discutent dans la rue. Une voiture arrive lentement en sens inverse. Après avoir parcouru environ trois cents mètres nous arrivons devant une maison blanche recouverte de symboles peints. Un peu plus loin nous débouchons sur une esplanade qui s’avère être un cul de sac. Un grand bâtiment longitudinal s’étend devant nous. Quelques hommes et femmes tous vêtus de blanc nous regardent avec curiosité. Deux hommes s’avancent vers nous, un peu méfiants, ils ont le torse nu jusqu’à la taille, le bas de leur corps est enroulé dans une sorte de toge blanche, ils portent un bonnet blanc sur la tête et ils marchent pieds nus. Nous nous avançons vers eux à pied, mais ils nous interpellent et nous disent de reculer. Nous avons la vague impression Félix et moi, d’avoir commis un sacrilège. En fait c’est bien de cela qu’il s’agit. L’un des deux hommes explique en dialecte à Félix, qui me traduit aussitôt, que nous sommes dans un enceinte sacrée conduisant à la forêt sacrée située juste derrière ce qui s’avère être un temple. Pour pénétrer plus avant en direction du temple nous devons nous mettre pieds nus et quitter notre chemise. J’avoue que je suis un peu surpris, j’ai l’impression de me trouver dans une sorte de Disneyland vaudou et j’explique à Félix que je n’ai aucune intention de me déshabiller ni de retirer mes chaussures pour avoir l’autorisation d’aller plus avant. L’un des deux gardiens nous explique alors que le grand prêtre est assis plus loin là-bas sur la droite et que lui seul peut  répondre à nos questions sur le temple, la forêt sacrée, la pierre sacrée et leur signification symbolique. Au fond de moi-même je reste dubitatif et méfiant. Nos deux gardiens du temple n’ont rien d’enfants de chœur, sans vouloir les insulter. L’un d’entre eux se rend auprès du Grand prêtre pour lui expliquer la situation. Il revient quelques instants après et nous explique que le Grand prêtre de la Pierre sacrée accepte de venir nous parler. J’ai l’impression de jouer dans un Indiana Jones de série C. Finalement, au bout de quelques instants arrivent à pas très lents et avec une certaine solennité il faut le reconnaître, deux hommes dont l’un est torse nu et pieds nus et l’autre est revêtu d’une ample tunique blanche qui lui enserre le corps. Lui aussi est pieds nus, il porte un bonnet blanc et il tient dans sa main un grand bâton rituel en bois. Ce doit être le signe distinctif du pouvoir spirituel du Grand prêtre. Nos deux gardiens vont chercher deux fauteuils en plastique dans lesquels prennent place les deux « dignitaires », qui semblent d’ailleurs plutôt jeunes. Puis Félix et moi sommes invités à nous asseoir également en face du Grand prêtre et de son acolyte en plein milieu de l’esplanade. Félix marque beaucoup de respect aux deux hommes. Quant à moi, j'ai l’impression d’être dans un rêve, je trouve la situation totalement surréaliste. Mais je décide de jouer le jeu pour voir, comme on dit au poker. J’observe néanmoins que le Grand prêtre et son assesseur ont tous les deux leur téléphone portable dans la main. Je pose ma question : « Quelle est la signification symbolique de la pierre sacrée ? » Les deux hommes me regardent, l’un a plutôt un physique de playboy dans la maturité dirons-nous, il est un peu métissé et l’autre, le Grand prêtre, a plutôt l'air absent. C’est du moins ce que je ressens. Le discours dans lequel se lance son acolyte me confirme dans mes impressions. Dans un français impeccable, il se présente, nous explique qu’il a vécu en France, qu’il a été marié à une française, qu’il a été prof, qu’il appartenu à la franc-maçonnerie etc. Puis, il en vient au fait. Il nous explique que le Grand prêtre de la Pierre sacrée peut répondre à nos questions et aller assez loin dans l’approfondissement... mais cet homme, vénéré pour sa connaissance des grands secrets du vaudou, notamment ceux de la forêt sacrée, complètement habité par son sacerdoce, nous dit-il, doit venir de Lomé en voiture, pendant son séjour il a également des frais auxquels ils doit faire face, c’est pourquoi, "si vous voulez lui poser des questions, il vous répondra, mais il faut d’abord faire une offrande". J’ai l’impression qu’on se paie notre tête. Agacé, je change complètement de conversation et je demande à l’assesseur de quelle loge maçonnique il dépendait en France, il me répond sans hésiter la Grande Loge. Je sens cependant que ma question l’oblige un peu à rectifier le tir. Il discute avec le Grand prêtre qui a l’air toujours aussi absent et qui semble vraiment jouer un rôle sans conviction. Il nous explique alors qu’une cérémonie est organisée dans l’après-midi à 15h dans un endroit secret. Dans sa magnanimité, le Grand prêtre consent à ce qu’un des gardiens de la forêt sacrée nous montre le lieu en nous accompagnant dans la Sandero. Je donne mon accord et j’accepte le principe de faire une offrande. Le Grand prêtre de lève, il me tend sa carte de visite (voir ci-dessus) et tourne les talons après nous avoir serré la main d'un air distant. Apparemment l’audience est terminée.
Nous partons procéder à la reconnaissance du terrain, accompagné par l’un des gardiens du temple. Après cinq à six minutes de trajet, nous arrivons devant une grande bâtisse blanche recouverte d'inscriptions mystérieuses et de dessins. Devant cette maison est dressé un chapiteau abritant plusieurs rangs de fauteuils en plastique. Le lieu n'a rien d'exceptionnel, il est un peu à l'écart du village.
Nous faisons marche arrière et déposons notre accompagnateur à son point de départ. Puis nous partons à la recherche du restaurant que nous a indiqué le conseiller du grand prêtre. Avant d’arriver au restaurant situé sur la plage, derrière l’hôtel de ville d’Aneho, première capitale historique du Togo, Félix me fait faire un détour en empruntant une piste avec des ornières gigantesques qui conduit à la préfecture des Lacs. Le bâtiment est situé dans l’ancien quartier administratif colonial. Je photographie quelques vieilles maisons. L’endroit est baigné par le soleil. Au milieu d’arbres centenaires, et d'une végétation foisonnante quelques rares enfants jouent sur la place. L’endroit est plein de poésie, de fantômes et de mystères. C’est à la fois étonnant et magnifique !


(c) G.M. - La vieille ville administrative d'Aneho


 (c) G.M. - Quelques restes du passé !


(c) G.M. - L'actuelle préfecture des Lacs au Togo

Si par hasard des adeptes du vaudou lisent ce texte, qu'ils excusent le profane que je suis, l'étonnement permanent dont je fais preuve, et parfois le doute que j'éprouve en certaines circonstances.
Il s'agit du point de vue d'un voyageur ignorant qui ne s'attendait pas à faire ces découvertes.

Pour en savoir plus sur les cérémonies de nouvelle année chez les Guins, je vous recommande le blog suivant (c'est du sérieux !) :

LA SUITE AU PROCHAIN EPISODE.

1 commentaire:

  1. eh bien !!!

    que de matière à réflexion et j'aime bien la métaphore de la plage ...

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