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samedi 10 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA -CHAPITRE 1 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

L'Acacia, chapitre 1 - 1919

  • Thème du chapitre

L'action, qui n'a pas d'importance majeure dans l'appréhension  du roman, se résume en deux phrases : trois femmes, deux sœurs et une veuve qui est leur belle sœur, accompagnées d'un enfant, cherchent un cimetière avec une tombe dans laquelle sont enterrés deux officiers français inconnus. Elles errent d'un endroit à un autre dans la campagne dévastée par la guerre.

Ce qui me parait essentiel en revanche c'est ce qui est suggéré par l'auteur et qui traduit non pas la réalité de l'époque, mais bien la vision qu'en a l'auteur lui-même à partir de ses propres souvenirs, de sa documentation et de son imagination, vision qu'il construit par son style original et que le lecteur doit chercher à s'approprier. Simon a pour projet d'expulser toute fable de son récit, de supprimer l'intermédiation de l'intellect et de faire appel à la liberté et au plaisir du lecteur. Il ne s'agit pas pour ce dernier de comprendre quoi que ce soit, une histoire, une morale, mais bien de ressentir, en quelque sorte de faire vibrer ses sens à la lecture, d'entendre une musique, de saisir une géométrie déstructurée, d'imaginer des espaces, des temps et des couleurs...  

  • Quelle est cette vision que Simon souhaite nous faire partager ?
C'est une vision éminemment subjective faite d'impressions fugaces, d'instants qui s'enchaînent de manière répétitive ou qui au contraire se percutent, de bribes de vies parallèles isolées comme dans un décor de théâtre, d'incertitudes, d'imprécisions quant aux lieux, quant aux instants et quant aux causes des phénomènes, de ruptures dans la perspective et dans le glissement des sujets des description, de répétitions rythmées donnant un tempo au texte, un peu comme les rif d'un morceau de jazz... Que sais-je encore ?

Parfois même apparaissent des ovnis, de prétendus principes, des grains de sable, vérités toutes relatives, préjugés, lieux communs... rapportés par l'auteur et intégrés brutalement, sans jugement de l'auteur...

 Voyons comment illustrer ces propos par des extraits du chapitre 1

- Impressions fugaces :
·       elle continuait à scruter avidement des yeux le paysage, les prés détrempés, les champs que depuis cinq ans aucune charrue n'avait retournés, les bois où subsistait ici et là une tache de vert, parfois un arbre seul... - p.11

·       comme si eux-mêmes étaient atteints, contaminés par cette espèce de lèpre qui semblait avoir lentement rongé la région tout entière, habitants et sol, ne laissant debout que des sortes de moignons, des chicots de maisons, des murs étayés parfois par des poutres arrachées à d'autres décombres... - p 12

- Instants qui s'enchaînent, s'entremêlent ou se percutent :
·       Peu à peu le débit de la voix qui racontait au garçon l'histoire sans fin ralentissait, s'interrompant parfois au bruit d'une voiture dehors, d'autres voix dans l'entrée tandis que la femme jetait de furtifs coups d'œil à l'horloge, s'embrouillait, rappelée à l'ordre par l'enfant, reprenait l'histoire en arrière... l'histoire continuant par bribes, hachée, abandonnée de nouveau au milieu d'une phrase, de nouveau reprise, jusqu'à ce que la voix d'arrêta... p. 22

- Ruptures dans la perspective et glissement des sujets :
·       Des routes - ou plutôt des pistes tant bien que mal empierrées - serpentaient dans la campagne ou au flanc des collines... elles n'étaient parcourues que par des véhicules... parfois isolés, parfois en lents convois qui se trainaient en cahotant, conduits par des jeunes soldats presque imberbes qui rallumaient sans cesse des mégots ventrus, trempés de salive, à leurs briquets fabriqués aussi à partir de douilles tandis que roulaient sur le plancher de la cabine, entre les normes pédales et les leviers de changement de vitesse, les litres d'un vin de couleur violette ) la surface parsemée de bulles dans les bouteilles vertes que l'une des deux sueurs allait leur acheter aux buvettes ou aux estaminets installés aux carrefours.- p. 20

- Répétions rythmées donnant un tempo au texte :
·       Elles couchèrent un soir dans le dortoir d'un couvent... Elles couchèrent une fois dans un café... Elles couchèrent dans un hôtel où les couloirs étaient fermés... - pp. 13 et 14

·       Parfois, laissant les deux autres poursuivre la conversation... Parfois (c'est-à-dire pendant les trois jours qu'elles passèrent dans l'hôtel )... Parfois elle partait seule avec l'une des deux sœurs - pp.17 et 18

·       Quoiqu'on fut seulement à la fin de l'été, il pleuvait beaucoup. Il pleuvait sur les pans de murs,... il pleuvait sur la surface unie, grise et lente de la rivière,...il pleuvait sur la paysage grisâtre... - p. 19

- Incertitudes, imprécisions quant aux lieux, quant aux instants et quant aux causes des phénomènes
·       tantôt une maison ou un groupe de maisons ( ou un arbre ou un groupe d'arbres) intacts, insolites, autour ( ou à partir)  desquels semblait sourdre au ralenti comme une sorte de vie larvaire ou plutôt élémentaire... - p. 20

·       le jour où elles couchèrent dans le couvent (où l'institution pour jeunes filles), la veuve parla longtemps le soir... - p. 21

·       ... ses vêtements dont le choix avait en dépit de sa modestie - ou peut être en raison même de son austérité que démentait la qualité du tissu, de la coupe, des accessoires - quelque chose d'ostentatoire, de théâtral... - p. 13

·       Et à la fin elle trouva. Ou plutôt elle trouva une fin - ou du moins quelque chose qu'elle pouvait considérer (ou que son épuisement, le degré de fatigue qu'elle avait atteint, lui commandait de considérer) comme pouvant mettre fin à ce qui lui faisait courir depuis dix jours les chemins défoncés, les fermes à demi détruites et les troquets aux senteurs d'hommes avinés. - p. 25

- Ovnis, grains de sable, vérités relatives, lieux communs :
·       ... il les volait avec cette impitoyable rapacité des pauvres à l'égard des pauvres - p.12

·       cette incohérente et volubile bonne volonté des humbles...

En définitive, il m'a fallu une deuxième lecture pour qu'un début de séduction s'opère. J'ai soudain l'impression de me lâcher dans ma lecture et de devenir, en toute modestie, un poisson dans l'eau du bocal de Simon. Il existe désormais un rapport de familiarité entre son écriture et ma lecture. C'est un pré-requis indispensable me semble-t-il pour continuer ma découverte de l'Acacia.

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