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samedi 10 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA - CHAPITRE 2 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

L'Acacia - chapitre 2 - 17 mai 1940

Ca y est, je suis réellement entré dans le roman, j'ai l'impression d'avoir découvert les clés et d'être enfin maître de ma lecture.
Point d'histoire donc, simplement une description d'une colonne de cavaliers au bout de leurs forces, qui ne comprennent rien à ce qu'on leur demande de faire et qui ont simplement conscience d'être de la chair à canon.

Simon nous emmène sur le champ de bataille ou du moins sur ce qui doit être un champ de bataille, et avec force détails il nous décrit, par bribes les sensations primaires des hommes englués dans cette guerre et surtout, par ses descriptions mêmes, il nous montre le fossé qui existe entre ceux qui décident, les généraux, les politiciens, et ceux qui exécutent et qu'on exécute.

Deux descriptions fascinantes :
- celle de l'avion allemand qui survole la colonne de cavaliers dans la quelle l'auteur nous fait vivre ce moment d'anxiété avec force : " ils savaient seulement que ce qui tournait ainsi paresseusement à la limite de la perte de vitesse dans le ciel sans nuages encore vaguement teinté des roses de l'aube, c'était le présage de leur mort."
- celle du passage devant la troupe de cavaliers du chef militaire à cinq galons : " et maintenant lui, l'homme-cheval, l'aérienne et musculeuse monture de cuivre rouge, aussi polie, aussi brillante que l'intérieur d'un chaudron, le cavalier coiffé non de boue, mais d'acier étincelant, et sur les manches du manteau qui avaient l'air de sortir de chez le repasseur les cinq galons d'or étincelant aussi, comme le cuir, les buffleteries, les bottes soudées aux quartiers de la selle, le tout coulé une fois pour toutes aurait-on dit dans un alliage de métal, les talons bas, les genoux de bougeant même pas tandis que dédaignant de s'enlever sur sa selle il se laissait emporter, son buste osseux, ses minces épaules tressautant au rythme rapide du trot, comme s'il était relié à la bête par quelque ressort caché : surgissant sur leur gauche et non pas exactement les frôlant, mais pour ainsi dire les repoussant, les chassant sr le côté (ou eux, réveillés soudain de leur torpeur, tressaillant, s'écartant d'instinct), la longue file des cavaliers s'infléchissant imperceptiblement, comme le bas d'un rideau ondulant, de proche en proche au passage d'un courant d'air, puis reprenant son alignement tandis qu'il s'éloignait déjà, laissant persister derrière lui un aristocratique sillage de sueur chevaline, de cuirs astiqués et de ce qui sembla aux cavaliers une odeur d'eau de Cologne et n'était en fait que l'absence de puanteur, suivi par une silencieuse et furieuse rumeur d'injures étouffées, de respect et d'exécration."

Je trouve ces deux descriptions somptueuses, elles expriment avec précision et vérité les sensations de celui qui vit la guerre au quotidien, sans la comprendre, qui fait partie de ceux qui " les uns après les autres, déversés, engloutis, disparus sans laisser de traces, rayés des tableaux des effectifs sans même que ce qui se passait ... ressemblât de près ou de loin à quelque chose comme une guerre, ou du moins à ce qu'ils imaginaient confusément être la guerre : même pas un décor, le minimum de mise en scène, de solennité (ou même de sérieux) qui leur eût tout au moins permis de croire qu'on les avait envoyés là pour se battre et non pas simplement pour être tués..."

Techniquement, les textes sont très travaillés. Tout au long de ce chapitre Simon fait appel à la palette des couleurs de la guerre, à la gamme des sons et des goûts de la guerre, aux odeurs même de la guerre, accentuant ainsi les effets sur la sensibilité du lecteur.

Exemples concernant les couleurs :
- lits de paysans aux édredons rouges/casques enduits d'un couche de terre détrempée, marron, jaunissant en séchant/la croix noire et blanche peinte sur le fuselage de l'avion lui-même peint en gris neutre pas légèrement teinté ou olivâtre, rien que le mélange de noir et de blanc : gris fer, funèbre/l'avion dans le ciel sans nuages, encore vaguement teinté des roses de l'aube/les plaies violacées des chevaux/les uniformes de rigide drap kaki/les houseaux acajou/le ciel de nouveau vide, impollué, simplement gris ce matin là/les écussons aux couleurs mariales (blanc sur bleu)/la brume bleuâtre du soir/les opulents paysages d'un vert tendre etc.

Exemples concernant les sons :
L'avion, avec le bruit de son moteur au ralenti semblable à un bourdonnement de guêpe/les cavaliers, sursautant soudain au claquement rapide des sabots... laissés sur place par un bruissement confus, un froissement d'air fouetté emportant avec lui un léger cliquetis d'aciers/pour la faire retentir comme une sonore coupole de bronze sous les chocs légers et scandés/comme un rugissement au ras des arbres/le bruit démentiel des moteurs diminuait, s'éteignait aussi vite qu'il avait fondu sur eux/comme s'ils venaient d'assister à quelque phénomène cosmique de production de la matière hurlante à partir de l'air lui-même condensé soudain dans un bruit de catastrophe naturelle comme la foudre ou le tonnerre/l'aérienne et musculeuse monture de cuivre rouge/les cinq galons d'or/ tandis qu'éclataient autour d'eux les projectiles de mortiers etc.

Exemples concernant les odeurs et des goûts :
A noter, qu'il y a les odeurs clairement identifiées par un adjectif, mais aussi suggérées par un mot.
Les hommes sui n'ont pas eu le temps ni de se déshabiller, ni de se laver et qui ont alternativement sué et grelotté/le pilote, avec encore sur l'estomac la tasse de café et les tartines ( ou les saucisses)/les puantes pommes de terre pourries/un tas de ferraille en train de se consumer en crépitant dans une puanteur de caoutchouc brûlé/aristocratique sillage de sueur chevaline/odeur d'eau de Cologne qui n'était en fait qu'une absence de puanteur etc.

Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de dépecer le roman en quartiers pour l'analyser, il s'agit de montrer quelques outils de la description utilisés par Simon. Bien sûr, on pourrait approfondir et rechercher par exemple l'utilisation des temps, la construction des phrases ou les figures de style.

Bref, ce deuxième chapitre est à relier avec le premier. Dans le premier, il s'agissait non pas de l'enfer de la guerre, mais d'un champ de bataille dévasté dans lequel erraient trois femmes et un enfant à la recherche d'une tombe d'un soldat mort. Dans le second chapitre, qui se situe vingt ans après, c'est le même décor de guerre qui est décrit, mais cette-fois-ci Simon nous met en prise directe avec la guerre telle qu'elle est vécue par des cavaliers.

Quels sont les liens entre les deux premiers chapitres ?
A l'évidence : la situation de guerre et ses effets immédiats sur les êtres humains qui la subissent de différentes manières. Cette guerre et son absurdité. A noter que Claude Simon n'a pas vécu la grande guerre alors qu'il a participé activement à celle de 1939-1945. Pour l'instant je ne vois pas comment je peux en dire plus.
Passons maintenant au chapitre 3.

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