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samedi 10 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA - CHAPITRE 3 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

L'Acacia - chapitre 3 - 27 août 1914
La date du 27 août 1914 correspond à la bataille de la forêt de Jaulnay dans laquelle 24ème régiment d'infanterie coloniale, basé à Perpignan, et qui vient d'être acheminé par chemin de fer jusqu'à la Meuse, subit de très lourdes pertes. C'est le point d'ancrage de ce troisième chapitre.
Simon décrit préalablement la composition sociale de ce régiment, il prend soin de marquer clairement la distinction entre les soldats et les officiers. D'un côté en effet, " des jeunes paysans aux têtes rondes, aux cheveux ras et aux muscles durs, jardiniers, ouvriers agricoles, bûcherons ou parfois bergers descendus des hautes vallées " qu'on fait voyager dans des wagons à bestiaux et de l'autre, le colonel et ses officiers, confortablement installés dans un wagon de première classe renversés sur des coussins en fumant des cigares.
D'un seul coup ces troupes sont déversées sur les champs de bataille en n'ayant pour ce qui est des hommes du rang, aucune idée de ce qui les attend. Le talent de Simon consiste à faire naître une impression forte de duperie et d'injustice profonde
Que se passe-t-il alors ?
Les hommes qui arrivent découvrent d'abord des blessés qui battent en retraite, un silence de mort, une terrifiante impression de vide qui règne dans les villages avant la bataille... c'est alors qu'arrive sur eux, l'inimaginable : " une muraille de feu qui avançait lentement, paisiblement en quelque sorte, mais inexorablement, avec seulement de brefs arrêts si elle rencontrait un obstacle, le temps de l'anéantir et de le digérer, puis reprenait sa marche." (pp. 55 et 56)
Quatre semaines plus tard, il ne reste " plus un seul, y compris le colonel lui-même, de ceux qui, officiers ou hommes de troupe avaient par un étouffant après-midi d'août et sous les acclamations de la foule traversé la ville où le régiment tenait garnison ".
Description terrifiante. Contraste extrême. Tragédie absurde. Mais entendons-nous bien, il n'y a aucun discours moral ou politique dans la prose de Simon, c'est au leccteur d'exercer sa liberté. L'écrivain lui apporte de la matière, provoque en lui des sensations brutes. A chacun ensuite de les interpréter de leur donner un sens.
Simon établit ensuite un lien subtil avec le premier chapitre : " Parmi ceux qui tombèrent dans le combat du 27 août se trouvait un capitaine de quarante ans dont le corps encore chaud dût être abandonné au pied de l'arbre auquel on l'avait adossé." Ce n'est plus un homme, c'est un cadavre que d'autres viennent fouiller. La bourse du capitaine ainsi que sa plaque d'immatriculation furent renvoyées à sa veuve.
L'auteur écrit alors une phrase à laquelle chaque homme ne peut s'empêcher de penser lorsqu'il est confronté à la mort d'un autre, phrase qui lui sert d'ailleurs d'habile transition pour plonger soudain dans le passé de la vie de ce capitaine et de ses deux sœurs : "Ainsi venait de prendre fin une aventure commencée vingt-cinq ans ou trente ans plus tôt, lorsque l'instituteur d'un petit hameau de montagne..." Le lecteur est fortement imprégné par terrible gâchis : pourquoi tout cela ? Pourquoi une telle absurdité ?
Suivent plusieurs pages dans lesquelles l'auteur s'attarde sur la vie passée de la famille du capitaine, sur les sacrifices que chacun, chacune surtout, a consenti, pour que l'un d'entre eux, le fils, puisse sortir de sa condition et accéder à un statut social enviable.
L'auteur consacre ensuite les dernières pages du chapitre à décrire la vie des deux femmes, avec quelque anticipation de l'avenir qui a été décrit dans le premier chapitre. Il s'en échappe toutefois, avec une pirouette terrifiante : " Mais cela (la recherche du corps du capitaine) serait pour plus tard, pour parachever en quelque sorte, couronner leur destin de mules."
 Qu'ai je ressenti à la lecture de ce chapitre ?
- Une première évidence : chacun vit sa propre guerre, en fonction de sa condition sociale, en fonction de son rang. L'homme de troupe, le sous-officier, les officiers, les généraux et le généralissime ne font pas la même guerre. Les uns sont de la chair à canon à qui l'on tient des discours patriotiques pour mieux les embobiner, les autres sont programmés dans les écoles militaires pour être des exemples, pour mourir héroïquement au champ d'honneur, l'autre enfin, Joffre, pour ne pas le nommer, " passant la majeure partie de ce temps à dormir, ne se réveillant que pour se faire lire les dépêches, contempler un moment la carte, s'enquérir des réserves, donner des ordres et se rendormir." La guerre ne fait qu'exacerber les différences à proximité de la mort. Mais c'est cette proximité de la mort qui donne à chaque acte son poids authentique et qui révèle à chacun ce que la société attend de lui.
- L'absurdité de la guerre, qui n'est qu'un éternel recommencement. C'est le point commun déjà entre les trois premiers chapitres : grande guerre, guerre de 39/40. L'éternel retour. D'un côté, les efforts des uns et des autres pour construire péniblement pendant des années et des années, et de l'autre, le désastre programmé et fulgurant qui fauche des centaines de milliers de vie... parce qu'il faut faire la guerre, parce que chacun doit faire son devoir et défendre sa patrie. Parce qu'il y a ceux qui décident et parce qu'il y a ceux qui doivent se battre.
- Enfin, a naïveté, puis l'incompréhension, la peur et enfin la solitude totale de ceux que l'on mène à l'abattoir. On leur parlait de patrie, d'honneur, de gloire et ils découvrent l'horreur, la faim, la soif, la saleté, l'affreuse puanteur des morts dans les trous d'obus... Je suis d'autant plus sensible à cela que mon propre père a vécu cette guerre, à Verdun, dans les pires conditions. Il a été gazé et laissé pour mort dans un trou d'obus. Il ne m'a jamais raconté "sa" guerre, mais elle était en lui, présente jusqu'à son dernier jour, sa guerre c'était lui, enfin celui qu'on a voulu qu'il soit, malgré lui.
Certes, je pourrais chercher dans les biographies de Claude Simon les raisons de ses propres choix, des thèmes de la guerre, de l'ascension sociale par l'école, des sacrifices nécessaires pour échapper à son destin de pauvre ou bien encore du sentiment de l'histoire qui recommence sans cesse ses convulsions entrainant des centaines de milliers de morts... Mais quel intérêt ? Ce qui importe ici, c'est la dimension littéraire de l'œuvre, sa puissance d'évocation, les sensations qu'elle procure. La clé est dans le style de Claude Simon. Inutile de chercher à le détailler à la fin de chaque chapitre, ils suffit d'en avoir conscience et de l'apprécier au moment même de la lecture. Puissance de la description, force de la littérature !
A très bientôt pour le chapitre 4 !

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