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vendredi 16 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA - CHAPITRE 6 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

L'ACACIA CHAPITRE 6 - 27 AOUT 1939
  • Le train et l'espace-temps
Ce chapitre est consacré au voyage en train qui conduit le réserviste à sa destination de guerre dans l'est de la France. A noter l'utilisation du train pour mêler dans l'espace-temps des instants et des lieux qui se télescopent, comme ils se télescopent dans la conscience et dans les souvenirs du voyageur, renforçant une impression de perdition et un pressentiment de mort.
Reprenant l'image du bateau qui arrive au port, ici c'est le train qui arrive en gare. Comme pour le bateau en train d'accoster, Simon décrit le fossé qui peu à peu se réduit entre le bateau, le train et la terre ferme, le quai. Curieusement il évoque à cet instant précis " un illusoire et ultime intervalle de vide, comme un fossé, un étroit canyon ou plutôt une invisible muraille, un invisible rempart au-delà duquel une fois franchi, serait scellé quelque chose d'irrémédiable, définitif et terrible " (pp. 153 et 154)
Dans le chapitre précédent lors de l'arrivée du bateau au port, Simon décrit le vide qui se comble peu à peu entre les flancs du navire et le quai : " Elle regarde l'étendue d'eau formant un angle qui sépare encore du quai le flanc du long courrier maintenant immobile... Lentement le long navire pivote sur lui-même et les côtés de l'angle de rapprochent... Les larmes coulent lentement sur ses joues. Entre le flanc noir du navire maintenant tout à fait immobile et le quai, il ne reste plus au fond de la profonde tranchée qu'une étroite bande d'eau sale où flottent des détritus." (pp. 149 et 150)
Le long du navire comme le long du train à chaque fois une foule compacte et bariolée se presse. Symbolique du changement, pressentiment qu'une période se termine et qu'une autre, plus tragique commence.

  •  La rupture
Revenons au train. L'écrivain précise ce qui se trame : " A présent, comme si, plus encore que l'entrée du train dans la gare, la vue des premiers qui s'étaient décidés à monter dans les wagons avait déclenché le signal de l'irrémédiable, loin de diminuer de densité, la foule ou plutôt le conglomérat humain d'où s'extrayaient l'une après l'autre de nouvelles silhouettes..." ( p. 155) A cette rupture décrite par Simon s'ajoute ensuite une sensation d'arrachement avec la scène d'écrivant un couple qui s'embrasse, l'homme étant dans le train, la femme s'accrochant au marchepied, puis "suspendue dans le vide " et enfin " une gerbe de mains se tendant vers elle, la tirant (ou la recevant)". Le femme continue à courir sur le quai, le train prend de la vitesse, elle coure encore, trébuche... la rupture est consommée.
Le train poursuit sa course à travers les paysages, il s'arrête à toutes les gares, partout des foules s'entassent. Des voyageurs montent d'autres descendent. Dans les wagons, on lit les journaux comportant des grosses manchettes et des photos. C'est la guerre, mais chez Simon rien n'est dit, c'est au lecteur d'interpréter.
Le second paragraphe du chapitre commence par cette phrase : " Et maintenant il allait mourir." (p.163) Cette phrase est l'aboutissement de cette sensation d'angoisse suggérée dans le paragraphe précédent. Mais aussitôt la description reprend. Le train est arrivé à Lyon. Il faut changer de train.
Simon reprend alors sa description de la rupture : dans la foule qui s'amasse sur les quais sous la grande verrière : " plus de femmes, plus de pleurs, plus d'étreintes, plus d'enfants tendus à bout de bras : comme si dans l'espace d'une journée, s'était produite une espèce de mutation..." (p. 164)
Notre regard se focalise alors sur un homme étendu dans le train, dans le noir. Il est accompagné d'un autre homme, réserviste aussi. Au coeur de la description apparaît alors le lien avec ce qui précède : " les vingt six années qui allaient maintenant selon toute probabilité trouver une fin : vingt six années au long desquelles, depuis qu'encore enfant il avait été traîné dans un paysage d'apocalypse à la recherche d'un introuvable squelette..." (p. 165) Il s'agit de l'enfant accompagnée par trois femmes dans le chapitre 1, qui cherchent le cadavre de l'officier mari de l'un d'elles et frère des deux autres.
Simon décrit la vie de ce garçon, la succession, les hectares de vignes... Viennent se télescoper ensuite les moments du présent dans le train, les incidents, et le train qui continue toujours sa marche, qui s'arrête, qui repart, symbolisant peut-être le rythme de la vie...
L'homme se met à penser : un sandwich, un papier enveloppant le sandwich, une jeune femme, l'académie cubiste dont il suivait les cours...
La Pologne, puis l'URSS... Des échappées dans le temps, Berlin, Et cette réplique lancinante revenant comme une litanie " Bon Dieu, que nous étions jeunes, que nous étions jeunes !..." p. 177 et ss. A nouveau une sensation de coupure, de rupture entre un passé récent et aujourd'hui : " comme si non pas deux années seulement, mais quelque chose comme un invisible mur, une irrémédiable coupure le séparait maintenant de ce printemps - c'était presque l'été - où ils s'étaient assis à cette terrasse..." (p. 177) Ensuite retour à l'instant présent, dans le train. Puis à nouveau, retour dans le passé, lors d'un voyage en train en URSS...
Arrive le troisième et dernier paragraphe du chapitre, à nouveau l'annonce déjà écrite : " Et maintenant tout cela était loin, fini, et il allait mourir : à peine pourtant plus de deux ans depuis - deux ans à essayer de croire que ce qu'on pouvait lire à travers les articles des journaux n'arriverait pas, et sachant que cela ne pouvait pas ne pas arriver -, à peine deux ans qu'il s'était trouvé là, au fond d'une nuit elle même au fond d'une banlieue défoncée elle-même presque au fond de l'Europe..."
De nouveau viennent se télescoper des bribes de temps passées et présentes, sur le même modèle.
  • L'arrivée à destination et la certitude de la mort

Le train arrive enfin à destination : l'homme a cette sensation : " comme si en moins de vingt quatre heures il était brusquement passé non seulement du soleil au froid, mais d'un univers normal (y compris les foules et les femmes en pleurs) à un monde endeuillé, sévère, catégorique..." (p. 200)
Le vocabulaire choisi par Simon révèle ce qui va se passer, l'homme est passée du soleil au froid, il pénètre dans un monde endeuillé...
Rupture, arrachement, incompréhension, absurdité, télescopage des images et en définitive pré-conscience de l'irrémédiable, voila les sensations que j'ai éprouvées à la lecture de ce chapitre remarquablement composé, même si sa lecture n'est pas aisée.

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