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mardi 13 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA - CHAPITRE 5 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

Le titre nous informe que la description portera non plus sur une date précise, mais sur une époque distendue dans le temps.
Ayant lu le chapitre, j'avoue avoir du mal à reconstituer les enchaînements qui qui se succèdent en tranches de vie des personnages. Encore une fois, pas d'histoire, pas d'intrigue. Mais on le sait maintenant.
Essayons de reconstituer le puzzle, non pas pour fâcher Claude Simon, mais pour mieux apprécier son talent.
  • Un sacrilège : reconstruire une histoire !
L'arbre généalogique se révèle enfin avec un arrière grand père général d'empire, un grand-père, patriarche qui vit de ses fermages, un père dont on ne sait rien encore, une mère dénommée souvent la vieille femme, puis trois soeurs d'ont l'une, l'ainée est mariée, l'autre la cadette, mariée aussi est décédée et enfin la troisième qui se marie en 1910 avec un officier de marine qui lui même a deux soeurs qui vivent ensemble dans une vieille maison délabrée. La troisième des soeurs aura un enfant né de ce mariage avec cet officier.
Si on recolle les morceaux avec les chapitres précédents se situant en 1914 et en 1919, on découvre que les trois femmes et l'enfant sont les deux soeurs de l'officier, sa femme et son fils. Lui l'officier étant mort sur le champ de bataille, c'est son corps qu'elles rechercheront.
Bien sûr, cette démarche d'enquête correspond à un besoin de comprendre du lecteur, à un besoin de faire fonctionner sa raison. Mais il est clair le projet de Simon est tout autre à ce stade du roman. L'arbre généalogique de cette famille n'a aucune importance. Encore une fois, ce qui est essentiel ce sont les descriptions et les sensations qu'elle génèrent. C'est le monde créé et imaginé par l'écrivain à partir des matériaux dont il dispose.

  • L'avant-guerre
La particularité du chapitre 5, outre qu'il prend en compte une durée de 24 ans, est qu'il décrit une société, des classes sociales, des familles en dehors des périodes de guerre. C'est cela qui est passionnant. Le personnage du patriarche, celui de l'oncle sénateur, celui de la femme et de l'officier de marine, ils ont chacun des modes de vie, des comportements, des habitudes, des intérêts, des caractéristiques qui transparaissent merveilleusement dans les descriptions de Simon. On découvre chez les uns une certaine insouciance, une certaine vanité et chez les autres une volonté de se battre pour changer de condition. Pour les uns la vie est facile, aisée, pour les autres c'est le labeur quotidien, l'élévation à la force du poignet.
  • L'humour de Claude Simon
Autre remarque d'importance dans ce chapitre, c'est l'humour dont fait preuve Simon à maintes reprises. Quelques exemples : à propos de la femme, qui n'est pas encore mariée à son officier de marine : "elle continuait à mener son indolente existence de plante d'agrément." p. 126 ou encore à propos de l'officier de marine lui-même : "l'homme à la barbe carrée et à la moustache en crocs qu'elle pensait jusque là inséparables d'un uniforme (c'est-à-dire garanties par l'aspect rassurant d'une tenue décorative,  pouvant à tout prendre faire l'ornement d'un salon." (p. 131), enfin décrivant la découverte de la chose charnelle chez la femme de l'officier de marine : " projetée ou plutôt catapultée, précipitée au plein de sa vorace trentaine dans une sorte de vertigineux maelström qui avait pour centre le bas de son ventre d'où déferlait en vagues sauvages quelque chose qui était aux plaisirs qu'elle avait connus jusque là comme un verre d'alcool à du sirop d'orgeat, ne s'arrêtait même pas aux limites de son corps, se prolongeait encore au dehors..." (p. 134)
  • Le mystère des photos et des cartes postales
On note également l'importance particulière qu'attache l'auteur aux lettres et aux cartes postales. Quelle signification ont-elles ?
Doctus cum libro, voici la réponse qu'apporte le dictionnaire Larousse à l'article "nouveau roman": " Au fur et à mesure que se constitue l'œuvre de Simon, l'image, le tableau, la photographie, la carte postale deviennent des composantes fondamentales de sa poétique, privilégiant les images fixes, les instantanés. Ces fragments insérés produisent l'histoire sur un mode pictural abstrait." Dans ce chapitre de l'Acacia, les cartes postales, comme les photos que prend la femme de l'officier, figent des bribes de temps qui viennent s'insérer dans d'autres temps. Des instants figés qui viennent percuter le temps du présent. Simon procède de la même manière en intégrant le temps du futur.
  • Pressentiment et accostage
Ainsi, dans ce chapitre 5, il y a cette merveilleuse description du navire qui ramène l'officier de marine et sa femme en France et qui symbolise la fin de l'insouciance, des plaisirs et l'arrivée tragique d'un nouveau monde, celui de la guerre. Simon n'hésite pas à introduire dans son texte non plus des cartes postales mais une phrase qui anticipe le futur et qui va donner corps au pressentiment de ceux qui rentrent  : " Le bateau dont ç'allait être l'un des derniers voyages avec à bord des femmes et des enfants, qui, à moins d'être torpillé, n'allait plus, pendant quatre longues années, transporter, empilés comme des bestiaux dans ses entreponts pêle-mêle avec des canons, que des hommes qui allaient mourir..." (p. 147).
A cet instant précis, le lecteur ne peut s'empêcher de faire le lien avec les deux chapitres précédents qui se situent l'un le 27 août 1914, l'autre en 1919. Alors le récit prend une autre dimension, ce jeu du rappel apporte de la puissance au texte, puissance qui va s'exprimer dans la formidable description de l'arrivée au port et de l'accostage, révélatrice de l'angoisse dont est porteuse le femme, angoisse de la tragédie future. C'est tout simple magnifique. Il faut lire et relire cette description du navire qui s'approche du port et qui accoste.

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