·
Mes impressions de lecture
Un rythme lent, des personnages qui
se trainent d'un lieu à un autre sous le soleil estival accablant de l'Italie.
Une oisiveté permanente avec pour distractions la plage, les bitter campari et
le jeu de boules. Une vie pleine de riens. Un vide qu'on n'arrive à peine à
meubler avec des banalités. Mais un sentiment d'appartenance puissant au
groupe. Une île dans le temps qui fuit. Un point de repère dérisoire.
Des habitudes ou un réel désir de
se retrouver chaque année ?
La nécessité d'être avec des
autres, des amis. En dehors de cela il n'y a rien. L'issue serait de partir, de
s'évader, mais qui le souhaite réellement ?
Sara en a peut-être le désir,
comme elle désire un instant l'homme au bateau, mais elle est aussi mère et en
définitive c'est son enfant qu'elle choisit. Pour elle c'est ce qu'il y a de
plus important quant il ne reste plus rien.
Et au dessus dans la montagne, le
fils est mort. La vieille mère qui ne comprend pas. Elle refuse cette mort qui
lui arrache son rôle de mère. Elle vit le drame de sa vie. La perte de son
enfant. La rupture du lien filial. On sait combien ce thème est important chez
Duras, depuis son enfance.
Un roman qui met la vie en
perspective dans un monde fermé, à huis clos.
En haut, dans la montagne, la
vieille femme le sait ! L'épicier qui a perdu sa femme aussi.
Pour ceux d'en-bas la question
est posée : faut-il fuir avec un autre, voyager loin, ou s'accommoder de
l'existant en lui redonnant vie ?
Finalement pour Sara et Jacques,
c'est le voyage à Tarquinia ( ville réputée pour ses vestiges étrusques, située
au nord-ouest de Rome, sur la côte de la mer tyrrhénienne ) pour voir les "
petits chevaux " qui leur
permettra d'échapper un moment à la torpeur et à la monotonie des vacances,
mais à celle de leur vie de couple. Sara renoncera au désir et à la fuite avec
l'homme.
Mais comme dit Ludi à Sara :
" - Il n'y a pas de vacances à l'amour, dit-il, ça n'existe pas.
L'amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n'y a pas de
vacances possibles à ça... Et c'est ça l'amour. S'y soustraire, on ne peut pas.
Comme à la vie avec sa beauté, sa merde et son ennui. " (p. 925)
Pour Sara, l'essentiel, c'est le
bonheur de son enfant.
" - Ce
que j'ai remarqué, dit l'homme, c'est votre amour pour votre enfant, j'en ai
même été agacé. " (p. 836)
" Elle
se pencha, l'embrassa encore, respira encore - jusqu'au vertige - le parfum
ensoleillé des cheveux de son enfant.
- Je t'aime
plus grand que la mer dit-elle.- Et l'Océan ?
- Plus que l'Océan, plus que tout ce qui existe pas.
- Moi aussi, dit distraitement l'enfant..." (p. 841)
Précisons que c'est à la suite de la lecture de ce roman que Yann André a été totalement ébloui par Marguerite Duras écrivain. Il a été subjugué par son style avant de tomber amoureux de la personne. Il accompagnera Marguerite jusqu'à sa mort, dans des circonstances particulièrement difficiles.
Yann Andréa apparaît notamment dans " La pute de la côte normande ", dont nous reparlerons. Ilo écrira lui-même un livre sur Marguerite Duras, intitulé " M. D."

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire