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samedi 21 juillet 2012

INSTRUMENTS DES TENEBRES, DE NANCY HOUSTON



Je ne sais pas si le titre de ce roman est bien choisi, mais le terme "Ténèbres" témoigne parfaitement de son atmosphère : ténèbres de l'avant-naissance, ténèbres de l'obscurantisme au Moyen Age, ténèbres de la nuit, des sorcières, de la mort, ténèbres enfin de la mémoire.

Le procédé littéraire utilisé par Nancy Houston dans son roman est intéressant. Il consiste à juxtaposer, par alternance, le présent de l'écrivain en train d'écrire, plongé dans son passé, ses souvenirs, ses traumatismes personnels, englué dans ses rapports familiaux au quotidien et l'imaginaire de son roman dont l'histoire se situe au Moyen Age en France.

L'élément essentiel pour moi est que " très vite l'imaginaire impose son autorité au réel et les événements du passé investissent la vie de Nada, au point de la bouleverser."

Le thème commun à la vie réelle et à la vie imaginaire du roman est celui de l'avortement d'une jeune femme.

Constat de départ de Nada (l'écrivaine) : " Le monde m'est égal. C'est une cause perdue, dépourvue de sens. Le sens, c'est moi qui le fabrique." p. 15

" Je dis toujours oui à ma muse, mon beau daïmon invisible, la voix désincarnée qui me donne accès à l'au-delà, à l'autre monde, aux régions infernales."

Grâce à son daïmon, Nada Nadia, vole jusqu'à ce que  l'ailleurs devienne ici et l'alors le maintenant. Voyage spatio-temporel avec un atterrissage dans le centre de la France en 1986, juste après la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV.

Le daïmon : " Regarde, regarde."

" Je regarde et, du néant, surgit une image parfaitement claire."

Quant à la forme de l'histoire, ce passé qui devient présent, Nada pour la composer se réfère à une technique musicale très particulière "la scordatura". Elle fut utilisée essentiellement par un musicien de l'époque baroque, Van Biber, pour composer sa "Sonate de la Résurrection". Les cordes et le violon lui-même sont accordés d'une manière inhabituelle, de telle sorte que le son qui sort de l'instrument n'a rien à voir avec ce qui est inscrit sur la partition. La manière de jouer peut déboucher sur "un pur moment d'extase". " Elle avait l'impression par ce décalage inouï entre les notes écrites et les sons produits, de toucher à l'essence même du divin." p. 30

Cette sensation évoque chez Nada celle ressentie par sa mère à l'occasion d'une fausse couche et dont elle a été le témoin " elle me dit qu'elle s'était sentie partir, qu'elle avait vu son âme s'en aller en flottant doucement au dessus d'elle et que ça avait été une sensation divine parce que la douleur s'était arrêtée, que tout était terminé, enfin." p. 32

Dans ce roman qui se construit sous nos yeux, tout se passe comme si l'imaginaire de Nada lui permettait de remettre à jour des épisodes de sa vie générant une absence totale de sensations, de les remodeler, de les réinventer et de les maîtriser enfin à travers l'écriture d'un récit imaginaire.

La démarche est passionnante. Le parallèle établi entre la vie au présent de l'écrivain écrivant, et vivant en même temps, et le roman en train de s'écrire permet de saisir les interactions qui constituent l'essence de la création littéraire et dans certains cas d'un processus thérapeutique.

Très beau livre, je recommande sa lecture.
( Prix Goncourt des Lycéens en  1996 et prix Inter en 1997)

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