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mercredi 28 novembre 2012

"LES DESARCONNES" DE PASCAL QUIGNARD



Difficile de parler de ce livre. Il ne s'agit pas d'un roman, il ne s'agit pas d'un livre de philosophie, bref c'est du Quignard !
- Les désarçonnés
L'auteur choisit un thème, celui du désarçonnement et à partir de ce thème il nous emmène nous promener dans l'histoire, dans la littérature, dans la philosophie. Nous rencontrons ceux qui ont été désarçonnés à un moment ou à un autre de leur vie. Quignard nous fait mettre le doigt sur le sens caché des choses.
" Les désarçonnés" pourrait être un livre de chevet que l'on lit par bribes chaque soir avant de s'endormir. Une méthode pour nous aider à penser, à aller au delà des apparences, comme disait Platon.

- Pas de transfert, mais la solitude
 
1er thème ayant retenu mon attention : "Tous les enfants trouvent dans le modèle de ceux qui les ont conçus le modèle de leur malheur."
"Il n'est pas judicieux de poursuivre les souhaits de ses parents. Il est malencontreux de suivre les voeux du groupe. Que rien ne transfère sur ta tête. Evade-toi du transfert. Cesse de servir " Partout la solitude est préférable." On connait le goût de Quignard pour la solitude et pour ce qu'elle apporte. La solitude semble être l'état de celui qui crée.

- Comment naître ou renaître : créer
" Il faut savoir répondre dans le vide. Ce sont les livres. Il faut savoir se perdre dans le vide. C'est la lumière dans laquelle on les lit. Il ne faut répondre aux autres qu'en créant. Il faut laisser tomber toutes les autres formes de répliques..."
"Créer c'est assaillir sur un front sans rival, où la communauté n'existe pas.
Créer est le seul bon terrain qui soit au monde.
Car cette terre qui soudain surgit sous les yeux de celui qui la crée n'existe pas avant sa création.
Cet espace où le livre trouve à s'engendrer est introuvable dans le réel. Il est l'inimaginable au sein du symbolique. Il est vide. Cette occasion est inanticipable pour ceux qui envient le bonheur qu'ils n'ont pas, pour ceux qui ont soif du sang des autres, pour ceux qui s'efforcent sans trêve de dévorer les proies qui leur échappent sous les yeux. Car ils n'inventent pas leur espace dans l'espace et ils n'u retrouvent pas le sang qu'ils aiment." p. 24 et 25
Ce qui m'intéresse dans ce texte c'est l'absence de rapport entre un existant préalable, fusse l'espace même du réel, et la création. Il y a le vide... puis la création qui se réalise. La création surgit brusquement. Elle n'est pas et ne peut pas être re-création d'un préexistant. La création se réalise  à partir du vide et dans le vide.
Quignard poursuit son thème du désarçonnement, il fait alors une lecture historique des récits des principaux désarçonnés qu'il a pu rencontrer dans les textes : Agrippa d'Aubigné et surtout Saul qui une fois désarçonné de son cheval, naît (je ne dis pas renaît, à dessein). Il passe ainsi des ténèbres à la lumière. Le désarçonnement comme naissance !
Quignard d'en déduire : "des re-naissances peuvent avoir lieu au cours de la vie, en renversant le cours, métamorphosant l'expérience qu'on avait d'elle, dévoyant le chemin qu'on avait jusque là emprunté, déroutant le voyage.
De renaissance en renaissance, le commencement s'accumule.
L'expérience se fait de plus en plus native." p. 49 et 50

Quignard poursuit sa réflexion, à la lumière des grands textes des grands auteurs. Avec Montaigne, on apprend qu'écrire n'est pas vivre, c'est survivre. C'est se créer une vie en quelque sorte au delà de la mort. L'écriture des Essais sont un cycle de renaissances après l'expérience que fit Montaigne de la mort, suite à un désarçonnement accidentel, chaque chapitre est une nouvelle naissance. Il s'agit de survivre !

- Les tours de silence
Un autre extrait du livre a retenu toute mon attention. Il concerne les Tours de silence. Pour qui lit mon blog de temps en temps, mon intérêt pour les Tours de silence n'est pas une surprise. Les Tours de silence sont des lieux où certains peuples déposaient les cadavres des défunts pour que les oiseaux viennent les dépecer et les emporter dans les cieux là où vivent les dieux.
Je ne résiste pas à citer intégralement le passage du livre de Quignard sur les Tours de silence, il est maginique de clairvoyance, d'intelligence et de poésie.
" Kipling appartenait à une famille de fondeurs de cloches qui vivait à Bombay. Il naquit dans l'ombre d'une tour de silence. Les tours de Bombay étaient des hautes tours à terrasses où on plaçait les cadavres des hommes de degrés en degrés afin que les oiseaux les nettoient. Ils transportaient les âmes dévorées au plus loin de la terre (où vivent les hommes) et au plus près du ciel (où s'imaginent les dieux qui sont des oiseaux plus grands et plus invisibles au milieu des oiseaux). Ils arrachaient le sort des hommes à la souillure eschatologique du pourrissement. Ils les soustrayaient à la prédation des grands mammifères. Seuls les êtres du ciel transféraient les "âmes" dans le bleu où le ciel s'infinit. Ils recyclaient les souffles de la respiration dans les vents qui poussaient les nuages au-dessus des vallées et des monts de la terre. Ils projetaient des étincelles de vie dans le feu du soleil." p. 184 et 185

- De la prédation à la guerre
Dernier thème que je retiens : la guerre
" La guerre adore le sang. La destruction violente d'autres hommes plongea les hommes qui s'y livraient dans une excitation qui n'était pas comparable à celle qu'ils éprouvaient lors des prédations antérieures. La délectation du sang renforce le groupe ensanglanté, provoque une contagion immédiate, induit une réplique encore plus sanglante. C'est la pulsion sexuelle de mort. C'est pourquoi dans les sociétés humaines, il ne se trouve pas d'au-delà à la cruauté."
Bon, c'est une vision des choses et d'ailleurs Quignard n'est ni un psychanalyste, ni un sociologue. Mais il est vrai que maintes fois je me suis posé la question devant les pires atrocités commises dans les guerres, dans les génocides. Pourquoi tout cela ? Que sont les hommes ? Que vaut la civilisation et la démocratie devant de telles pulsions de mort ?
- Conclusion
Bref, ce livre de Pascal Quignard, difficile, est d'une intelligence rare. L'auteur a une culture phénoménale, il nage dans les époques, entre les textes anciens, les textes d'auteurs modernes, les livres sacrés... Suivons le guide.
Même si nous n'adhérons pas à ces thèses, Quignard a le mérite de nous interroger, de nous inquiéter que nos sociétés humaines. Cela fait du bien d'ouvrir la fenêtre de sortir de notre monde fermé qui n'a d'yeux que pour le divertissement au sens pascalien du terme. Prendre un peu de hauteur avec un guide de grande qualité cela fait un bien fou !
 
Une question : faut-il avoir été désarçonné pour créer ou écrire des livres, j'attends votre réponse.

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