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jeudi 8 novembre 2012

PRIX GONCOURT 2012 "LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME" DE JEROME FERRARI

 
 
 
Je n'ai pas totalement adhéré à ce livre. Je lui trouve un côté à la fois fabriqué trop visible, et un côté brumeux, évanescent, insaisissable.
Difficile d'écrire un livre illustrant une thèse philosophique, car la veine romanesque semble semble en pâtir.
 
Notre monde est fait de multiples mondes qui s'édifient, puis s'effritent et meurent, exactement comme Rome jadis, qui s'effondre à l'époque d'Augustin, et exactement comme le bar du village corse que deux des personnages du roman, Matthieu et Libero. Revenant au village natal après l'avoir quitté pour faire leurs études à Paris, ils créent une sorte de "nouveau monde" en reprenant l'ancien bistrot des Chasseurs. Ils réussissent, l'espace d'un temps, à créer dans ce bar un monde harmonieux où chacun trouve ses plaisirs, dans l'alcool, dans la chair, dans le sexe, dans la convivialité... Une sorte de monde épicurien, dans lequel chacun a l'impression de vivre enfin une vraie vie. Et puis un jour, tout commence à se déliter, l'harmonie disparaît, la violence s'empare des hommes. Ce petit monde créé par les deux apprentis démiurges au coeur de la Corse, s'effondre, comme tous les autres mondes humains, qu'ils soient immenses comme des empires ou microcosmiques comme un bistrot de village. Et l'un des démiurges (Libero) découvre soudain l'inanité de sa création. Il cherche à éclairer son ami Matthieu :
 
" - Tu te vois passer des années ici ? Les filles qui défilent, toujours les mêmes pauvres filles. Les petits enculés du genre de Colonna. Les ivrognes. Les cuites. C'est un boulot de merde. Un boulot qui rend con. Tu ne peux pas vivre de la connerie humaine, c'est ce que je croyais, mais tu ne peux pas, parce que tu deviens toi-même encore plus con que la moyenne. Vraiment Matthieu tu t'y vois ? Dans cinq ans ? Dans dix ans ?" p. 182
 
Mais à côté de ce bar de village, d'autres mondes existent ou ont existé. En remontant dans le temps, l'auteur nous fait découvrir d'autres mondes, ceux dans lesquels on n'arrive pas à pénétrer, des mondes où l'on est absent, où l'on passe en permanence à côté des événements, de ses projets, de ses rêves, de ses envies.
Il y a aussi les mondes que l'on fuit. Cette absence et cette fuite ont été le destin de Marcel, le grand-père de Matthieu. L'homme quittera le village corse où il est né, ce monde de paysans, dans lequel il ne se reconnait pas. Mais il ne trouvera jamais ce qu'il cherchait, il vivra sa vie comme une absence, comme un manque permanent. Jamais il ne trouvera la réussite et la gloire auxquelles il aspire, il fuira jusqu'au fin fond de l'empire colonial français, empire en pleine décomposition. A la naissance de son fils, il perdra sa femme, dont le corps malade se décompose sous ses yeux. Il passera à côté de ce monde là également, n'arrivant même pas de construire la moindre relation avec son fils Jacques, le père de Matthieu, qu'il envoie tout petit dans la famille en Corse.
Ferrari décrit aussi la fin du monde de Jacques, lorsque juste avant sa mort il s'agrippe au bras de sa fille Aurélie, la soeur de Mathieu : " ... comme on est seul quand on meurt, et en face de cette solitude, elle avait eu envie de fuir, rien d'autre, elle aurait voulu que son père lâche son poignet pour la laisser s'enfuir et qu'il cesse de la contraindre à affronter cette solitude que les vivants ne pouvaient pas comprendre, et pendant un long moment, elle n'avait plus ressenti ni compassion ni douleur, mais seulement une peur panique dont le souvenir lui faisait maintenant horreur..." p. 119
Les mondes coexistent, ils se succèdent, tout change et rien ne change, c'est toujours le même mouvement, celui qui va de la naissance à la mort, de la création à l'anéantissement. C'est la destinée des hommes. C'est ce qu'Augustin tente d'expliquer aux hommes dans son sermon sur la chute de Rome.
"Ce qui naît dans la chair meurt dans la chair. Le mondes passent des ténèbres aux ténèbres, l'un après l'autre, et si glorieuse que soit Rome, c'est encore au monde qu'elle appartient et elle doit passer avec lui."
Augustin explique ensuite à ceux qui l'écoutent que le monde divin n'est pas de même nature. Mais juste avant de mourir, alors que les Vandales pénètrent dans la cité d'Hippone, Augustin se met à douter : "il se demande avec angoisse si tous les fidèles en pleurs que le sermon sur la chute de Rome n'a pu consoler n'avaient pas compris sesparoles bien mieux qu'il ne les comprenait lui-même. Les mondes passent, en vérité, l'un après l'autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien." p. 201
 
En définitive, la seule certitude est pour nous la lecture des signes, signe de l'origine et signe de la fin, qui ne sont d'ailleurs qu'un seul et même signe : " Nous ne savons pas en vérité ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin. Le déclenchement d'un obturateur dans la lumière de l'été, la main fine d'une jeune femme fatiguée, posée sur celle de son grand-père, où la voile carrée d'un navire qui entre dans le port d'Hippone, portant avec lui depuis l'Italie, la nouvelle inconcevable que Rome est tombée." p. 196

Chacun fuit un monde au moins et en cherche un autre où il espère s'épanouir, c'est le cas de Marcel, de Jacques, d'Aurélie et aussi de Mathieu. Trois générations de la famille Antonetti.
Mathieu reviendra à son origine, espérant créer un monde où chacun se sentira vivre, où chacun se sentira bien, qu'il soit paysan corse, musicien, touriste, étudiante ou ex patron de bistrot.
Mais dans sa naissance même chaque monde porte le signe de sa fin.

J'ai apprécié la fin lucide du roman.
 
Même si j'ai des réserves sur le fond et sur l'architecture du livre, je trouve le style  remarquable. Dans certains passages, il est vrai que les phrases n'en finissent plus de finir, par nécessité, sans doute, image des mondes qui s'étirent avant de vaciller et de s'effondrer dans le néant de l'univers !

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