Aux alentours de 22h40, la salle sous chapiteau se remplit. Vient
alors sur scène le directeur du Festival qui donne la parole aux intermittents
du spectacle. Dans un court message le porte parole de la douzaine d'hommes et de femmes qui
travaillent ce soir à la technique explique en quelques mots les raisons pour lesquelles ils
sont en colère le patronat et en particulier le Medef veut remettre en cause le
modèle français de protection des travailleurs du spectacle. Les mots sont
bien choisis, et dans leur combat ils
associent tous les métiers soumis à la précarité. C’est
sobre, bien dit. Les applaudissements crépitent, les intermittents reprennent
leur poste. Le spectacle continue.
Le présentateur annonce Kenny Garrett et son quintet. Arrivent
alors tour à tour chacun des membres de la section rythmique, tous des américains
en pleine force de l’âge et enfin arrive le saxophoniste, ancien
partenaire de Miles Davis avec son petit bonnet sur la tête dans un costume
gris d’une élégance raffinée.
La musique éclate soudain sous les coups de boutoir du
batteur, on découvre en quelques notes et en quelques postures la force créative de l’artiste.
J‘aurais aimé à chaque instant prendre des photos tant j’avais l’impression que
le saxo de Kenny Garrett faisait partie intégrante de son corps. Il se dégage
de ce musicien très vite une puissante énergie syncopée, scandée par des mouvements
de son corps créant en permanence des rifs obsédants. La section rythmique est
d’une extraordinaire qualité et d’une puissance qui pousse le soliste à aller
chercher jusqu’au fond de lui-même en grimpant avec lancinance dans le suraigu
et en allant fouiller dans les recoins de sa sensibilité profonde. Qu’il s’agisse
des onomatopées venues à travers les âges en ligne droite de l’Afrique ou d’arabesques
ciselées tourbillonnantes comme des papillons dans l'air bleuté sur des rythmes latino qui font monter ambiance et plaisir d'être là
dans le public.
Mais ce qui me marque le plus dans l’art de Kenny Garrett c’est
la pureté de son expression musicale, à l’alto comme au soprano. ll faut entendre
les notes qui se délient en s’échappant de l’instrument pour apprécier cette
pureté musicale, extraordinairement mise en valeur par le jeu des quatre autres
musiciens qui sont à l’évidence de grands professionnels. Le batteur en
particulier semble doté d’une énergie surhumaine. Par instant j’avais l’impression
d’avoir devant moi un extraterrestre ou un mutant.
Concert mémorable, soirée qui s’est conclue en étroite communion
avec le public debout, tapant des mains, se trémoussant et s’agglutinant à
proximité de la scène répondant avec enthousiasme aux « come on » de Kenny
Garrett et aux riffs de l’orchestre sur un dernier morceau où j’ai cru retrouver
quelques notes du thème de Matilda interprété jadis par Harry Belafonte.

pour nous le batteur McClenty Hunter a complètement ruiné le concert de Kenny Garrett - comme beaucoup d'autres on a quitté la salle au bout de 15 minutes tellement il était mauvais. Une technique violente sans aucun respect pour les autres joueurs - on ne pouvait pas entendre le super pianiste Brown ni la basse de Holt - tous les deux jouaient admirablement. Le batteur du groupe de Torchinsky (François Laizeau) qui a précédé Garrett était mille fois plus compétent ...
RépondreSupprimerOK sur votre remarque, les personnes qui étaient avec moi partagent votre point de vue sur le jeu du batteur. Cela étant, Kenny Garrett est assez grand pour moduler les ardeurs des musiciens de son orchestre. Et sur scène il n'avait pas nécessairement le même retour que dans la salle. L'ingénieur du son avait peut-être aussi à intervenir !
RépondreSupprimerPar ailleurs si McClenty Hunter était réellement incompétent ça se saurait et il ne serait pas demandé par d'autres grands du jazz, notamment à NYC.
En revanche tout à fait d'accord sur la grande qualité du pianiste et du saxophoniste.
Dans le domaine musical comme ailleurs, les différences de point de vue font la richesse des échanges, merci d'avoir pris le temps de réagir à mon article, j'ai apprécié !