J’ai donc éprouvé le besoin de reprendre depuis le début pour clarifier les situations et les personnages.
Cette « opération retour à zéro » m’a permis ensuite en reprenant ma lecture
depuis la première page, d’entrer réellement dans le roman.
Ma première observation est qu’il s’agit d’un roman "de surface". Attention
je n’ai pas dit superficiel, mais bien de surface. On n’entre pas dans la
profondeur des personnages, on en reste à la description de leurs relations ou
plutôt de leur absence de communication.
C’est peut être d’ailleurs le sentiment que veut donner Toni Morrison.
Cette impression est peut- être générée par sa technique narrative. Au fil du texte, on passe d’un
personnage à l’autre, d’un point de vue à l’autre, ce qui confine le lecteur
dans une sorte de relativisme permanent. La vérité de chaque personnage, sa vérité
profonde ne jaillit pas dans les rapports qu’il a avec les autres. Il faut
attendre presque la fin du roman pour que la vérité profonde de l’un soit entrevue
par l’autre. Je dis bien entrevue. Cette connexion laborieuse, comparable à un accouchement difficile, génère alors une sorte de
délivrance. Il n’y a plus à retenir sa vérité, à la garder secrète. Lorsque l’autre
y accède, cela signifie aussi qu’il est capable de sortir de son propre
isolement. C’est en portant effectivement son regard sur l’autre et dans l'autre, peut-être
grâce à un personnage médiateur (comme Queen), qu’il arrive à se délivrer de lui-même et du
carcan qu’il s’est lui-même construit. Carcan ayant pour origine, le
mutisme, la honte ou le mépris émis par d'autres personnages.
Il y a donc dans ce récit un apprentissage de la vie, un apprentissage du rapport à l’autre
qui se traduit par une sorte de délivrance lorsqu’enfin on arrive à échapper à
soi-même, au monde clos qu’on s’est fabriqué pour résister à l’intolérance ou à
la barbarie des autres.
Derrière tout cela, je ressens une certaine Amérique trempant dans le
racisme et la superficialité avec des hommes et des femmes construits à son
image. Un horrible monde !
Heureusement, il existe des rescapés qui vivent souvent dans la pauvreté, mais qui eux vivent leur vérité l'assument sans artifice.
Heureusement, il existe des rescapés qui vivent souvent dans la pauvreté, mais qui eux vivent leur vérité l'assument sans artifice.

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