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vendredi 3 février 2012

ROMAN : LE GUEPARD DE GIUSEPPE TOMASI DI LAMPEDUSA






Qui n'a pas vu le film de Visconti tourné en 1963 et qui a obtenu la palme d'or au festival de Cannes de la même année ?
Le livre, publié en 1958, à mon humble avis, a une autre dimension que le film qui fait la part belle à un certain esthétisme (la scène du bal dure 45 minutes) et qui fait abstraction de plusieurs chapitres notamment ceux de la fin. Ce n'est pas une critique, c'est un constat.


Les thèmes du livre sont à la fois simples et clairs : la Sicile et les caractéristiques de son insularité, l'Italie en construction, le déclin de l'aristocratie au profit de la bourgeoisie symbolisé par le mariage d'un aristocrate sans fortune et de la fille d'un nouveau riche ambitieux, le rôle très ambigu de la religion catholique et en définitive le changement social et politique de la seconde partie du 19ème.


Face à l'histoire en marche, ici et ailleurs, chaque personnage du roman se positionne, sous le regard distant de Fabrizio, prince de Salina, et c'est là que réside tout le talent de l'auteur. Comment mettre en scène l'histoire et ses tumultes en décrivant les postures individuelles d'une poignée de siciliens, aristocrates, militaires, politiciens, nouveaux riches, membres du clergé, paysans ?
Fabrizio, aristocrate lucide et solitaire, grand amateur de chasses et de jolies femmes, assiste à la décadence des valeurs monarchiques et aristocratiques avec un certain fatalisme. Il avoue lui-même : "J'appartiens à une génération malheureuse, à cheval entre les temps anciens et les nouveaux et qui se trouve mal à l'aise dans les deux." p. 190. Il comprend ce qui se passe, décrypte les comportements de ceux qui l'entourent, il encourage son neveu Tancrède à se marier avec la belle et riche Angelica, il écoute le père Pirrone, un jésuite issu de la campagne sicilienne, prophétiser les catastrophes et en particulier la vente des biens de l'Eglise, il prête une oreille attentive au fidèle serviteur de sa famille installé dans un féodalisme protecteur, enfin il se compromet avec Segara le politicien ambitieux pour que sa famille survive.


Toutefois lorsque Chevalley, l'envoyé des Piémontais lui propose un poste de sénateur dans la nouvelle monarchie constitutionnelle, il refuse et recommande la candidature de Sedara. Il se réfugie dans un certain fatalisme, fatalisme de classe, fatalisme des siciliens : "En Sicile, peu importe faire bien ou mal : le péché que nous Siciliens, nous ne pardonnons jamais est simplement celui de "faire". Nous sommes vieux Chevalley, très vieux. Cela fait au moins vingt cinq siècles que nous portons sur nos épaules le poids de magnifiques civilisations hétérogènes, toutes venues de l'extérieur, il n'y en a aucune qui ait germé chez nous, aucune à laquelle nous avons donné le la; nous sommes des Blancs autant que vous Chevalley, et autant que la reine d'Angleterre; et pourtant depuis deux mille cinq cents ans nous sommes une colonie. Je ne le dis pas pour me plaindre : en grande partie c'est de notre faute; mais nous sommes quand même fatigués et vidés." p. 186

Sans aucune illusion sur le monde qui l'entoure, Fabrizio se réfugie dans l'observation scientifique des étoiles et dans l'utopie; il préfère se situer hors du temps : "L'âme de Don Fabrizio s'élança vers elles, vers les intangibles, les inatteignables, celles qui offrent la joie sans rien vouloir prétendre en échange, celles qui ne troquent pas; comme tant d'autres fois il imagina pouvoir bientôt se trouver dans ces étendues glacées, pur intellect armé d'un carnet pour des calculs; pour des calculs très difficiles, mais qui tomberaient toujours justes. " Elles sont pures, elles seules sont comme il faut" pensa-t-il avec ses formules mondaines. " Qui songe à se faire du souci pour la dot des Pléiades, pour la carrière politique de Sirius, les dispositions dans l'alcôve de Véga ?"

L'autre personnage clé du livre est Tancrède, le neveu du prince. C'est un jeune homme fougueux et ambitieux qui franchit avec allégresse le pas que Fabrizio ne peut franchir, il se marie avec Angelica une très jolie femme, roturière mais disposant d'une confortable dot, il se bat du côté de Garibaldi et de Victor Emmanuel contre les Bourbons, il croque la vie à pleines dents sous le regard protecteur de son oncle. Le comportement de Tancrède est dicté par son analyse : " Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change." (p. 32) Fabrizio considère Tancrède comme son fils alors que Paolo, le vrai, apparaît comme un dégénéré. Tancrède a l'intelligence des situations, c'est un jeune homme brillant et fougueux qui emporte tout sur son passage et notamment l'affection et l'admiration de son oncle.
Ce roman décrit la fin d'un monde et les soubresauts d'une classe en voie d'extinction. L'habileté de l'auteur est de décrire avec talent et minutie cette période de transition dans le contexte très particulier de l'Italie en train de se construire à l'époque de Mazzini, de Cavour et de Garibaldi, et dans celui encore plus spécifique de la Sicile que nul tyran ou démocrate n'a jamais réussi à dompter, parce qu'elle se situe ailleurs, dans un monde où la politique n'a pas prise, dans le monde des dieux figés et inaccessibles.

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