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dimanche 25 mars 2012

CLAUDE SIMON - L'ACACIA - CHAPITRE 11 - MES IMPRESSIONS DE LECTURE

L'ACACIA CHAPITRE 11 - 1910 - 1914 - 1940...

D'emblée, en lisant l'intitulé de ce chapitre, le lecteur s'attend à des "va-et-vient"  dans la chronologie. Cela ne peut surprendre chez Simon. Je m'attacherai dans ces impressions de lecture concernant le chapitre 11 à partir d'un découpage identifié dans le temps des différents tableaux brossés par Simon, de façon à faciliter le repérage.
  • 1910 - Les deux sœurs et le mariage
La vie des deux sœurs du capitaine et leurs motivations, sont décrites par Simon en des termes extrêmement précis et particulièrement évocateurs (p. 309). J'apprécie tout particulièrement la description de l'institutrice jurassienne rejoignant son école le dimanche soir.
Les deux femmes sont de condition modeste et le mariage du capitaine fut pour elles, un véritable sacrifice. Simon nous fait découvrir cette intrusion des deux femmes dans un monde qui n'est pas le leur et où elles apparaissent pour ce qu'elles sont, des paysannes endimanchés. Elles assistent au pompeux mariage religieux dans la cathédrale, alors qu'elles n'ont jamais mis les pieds à l'église, elles assistent à la pompeuse réception dans la maison de famille de la femme, celle d'un ex-général d'empire. Elles sont extraordinairement mal à l'aise dans ce monde qui n'est pas le leur, composés de noceurs, d'oisifs et de rentiers jeunes et vieux, et cette gêne des deux femmes transparait sur la traditionnelle photo de mariage. Elle est figée dans le temps.
L'auteur situe l'époque du mariage en relatant les inondations de 1910, événement naturel tragique qui devait s'annoncer prémonitoire d'un autre désastre qui allait engloutir dans quatre ans une bonne partie de hommes présents ce jour-là dont le marié.
Simon opère un subtil glissement dans le temps et établit un nouveau lien entre un autre événement dramatique, la catastrophe de Vernet-les-Bains, ville d'eau des Pyrénées Orientales, où se situe l'hôtel Ibrahim Pacha, submergée par les eaux d'un torrent en furie à la suite de pluies diluviennes (840 mm en une journée) : l'Aiguat en catalan, et la survenance inéluctable de la guerre de 1939-1940.
Entendons-nous bien, il ne s'agit pas d'établir des liens de causalité entre catastrophes naturelles et guerre, mais il y a dans ces évocations presque symétriques à vingt-six années d'intervalle, comme un présage, une prémonition, mots d'ailleurs employés plusieurs fois dans le récit. Les présages, les prémonitions sont en effet du domaine du vécu, du ressenti, ils ne relèvent pas du rationnel.
Dans les deux situations Simon évoque la destruction opérée par un cataclysme qui emporte tout sur son passage, les inondations engloutissent les villes, les villages, les campagnes d'une région, les eaux des torrents balaient en quelques heures toute une ville d'eau et en particulier l'hôtel Ibrahim Pacha, lieu de villégiature, havre de paix, symbolisant une autre époque, lieu où sont venus jadis la femme et l'enfant.



















L'hôtel Ibrahim Pacha à Vernet les Bains avant la catastrophe.
Le paragraphe se termine sur une photo, la photo du mariage, figeant l'instant, éphémère s'il en est, où les deux familles se côtoient à contre-coeur, s'ignorant l'une l'autre, car elles n'appartiennent pas au même monde.
Oserais-je à nouveau faire un parallèle avec le bateau qui accoste ou le train qui arrive en gare et cet angle qui se rétrécie peu à peu entre le bateau, le train en mouvement et le quai résolument figé, mais qui ne provoquera jamais que des frottements, sans jamais qu'il y ait union, confusion.
  • 1914 - Les actualités cinématographiques
Une salle de cinéma, un film, les actualités. Encore une " reproduction " figeant le passé.
De qui s'agit-il ? De Guillaume II, l'empereur d'Allemagne et de son état-major. Bien entendu le nom n'est pas écrit par Simon, mais la " devinette " est facile à résoudre. Ce qui est extraordinaire dans ce passage, c'est le style de l'auteur qui nous plonge dans cette salle de cinéma, aux côtés des autres spectateurs. On voit les personnages sur l'écran passer " d'une attitude fixe à une autre attitude fixe décomposant le mouvement...". Avec humour, l'auteur décrit le départ de l'empereur en automobile : " Tenant toujours son petit bras contre lui comme il aurait serré une poupée emmaillotée, l'homme aux moustaches en crocs s'avance en sautillant vers la voiture et y monte. Un moment (pendant que l'officier referme la portière (c'est-à-dire s'immobilise une fraction de seconde dans la pose d'un homme refermant une portière), puis reprend sa place à côté du chauffeur, c'est-à-dire apparaît successivement au milieu d'un demi-tour, puis à demi penché, puis assis), un moment donc on voit l'homme aux crocs debout sur le plancher de la voiture, son bras de poupée étroitement collé au corps, puis, brusquement, assis sur le siège arrière, et l'automobile démarre." (p. 315) Quant à l'état-major qui s'engouffre dans d'autres voitures, Simon les décrit comme " des hérons ou des grues, les pans de leurs longues capotes voletant autour de leurs ergots étincelants, leurs plumets ou les pointes de cuivre de leurs casques s'inclinant et se redressant... " (p. 315)

  • 1940 - Le train de prisonniers
Le train de prisonniers, rempli d'hommes au teint terreux. Arrêt du train en pleine nature. Les hommes descendent sur le ballast. Dans le lointain un petite fille joue avec un chien. Mondes juxtaposés, mondes qui s'ignorent.
  • 1940 - Scène de guerre
Nouvelle scène toujours en 1940, une colonne de camionnettes dans lesquelles sont entassés des hommes, fusil à la main, " des Nord-Africains ou des Français ", très jeunes.
Le lendemain, la troupe de cavaliers qui couvre la retraite tombe sur des camionnettes renversées, en train de brûler, " à l'intérieur on distingue vaguement des tas confus." (p. 320) Mais on ne sait pas s'il s'agit de celles de la veille.
  • 1919 - Les balles et l'enfant
Les deux sœurs et l'enfant recherchent des balles dans la campagne. L'enfant les collectionne et joue avec, le soir, sous le regard de sa mère et des deux sœurs .
  • 1940 - Le colonel
Homme doublement conditionné, par son titre de baron d'abord, par son grade dans la cavalerie ensuite. Résultat : un pantin en tenue de parade, convaincu de son invulnérabilité qui conduit ses troupes à une mort certaine. Etait-il fou ?

  • 1914 - Le capitaine
La première balle... la seconde... Analyse quasi-chirurgicale de l'impact des balles dans le corps, dans la tête du capitaine. Gros plan, comme au cinéma. Conclusion : la mort fut certainement instantanée. Cela se situait au moment de la retraite, après la bataille de Charleroi. Le corps est laissé là. On récupère " la plaque de zinc couleur grisâtre attachée à son poignée attachée à son poignet et portant son nom ainsi que son numéro matricule." (p. 325)
Restent, des récits vagues, probablement de seconde main. Simon évoque encore une fois la mécanique du souvenir. Ceux qui se souviennent des faits de guerre obéissent " à ce besoin de transcender les événements auxquels ils avaient plus ou moins directement participé : on a vu ainsi des auteurs d'actions d'éclat déformer les faits pourtant à leur avantage dans le seul but inconscient de les rendre conformes à des modèles préétablis. "
Simon reprend l'un de ses thèmes favoris, celui du caractère totalement fugace de la réalité, et des souvenir des uns ou des autres, acteurs ou spectateurs, composés d'impressions reconstruites.

  • 1940 - Le cavalier juif
Monter à cheval en refusant les critères imposées. Une forme de résistance au système militaro-social.

  • 1940 - Rommel à la tête de la 7ème Panzerdivision
En mai, les cavaliers errants de l'escadron déjà décrit ne savent pas qu'ils ont été dépassés par la colonne blindée de Rommel : " ils erraient maintenant derrière l'ennemi auquel ils croyaient tourner le dos, dérisoires, laissés pour compte, tout juste bons pour attirer la rafale indolente de quelque avion en vadrouille ou de quelque tireur embusqué dans haie. " (p. 329)
Simon dresse un rapide portrait physique du chef militaire allemand et évoque son suicide. Parallèle entre l'empereur et son état-major et le futur maréchal encore tout auréolé de gloire lorsqu'il pénètre en France à la tête de sa division de blindés.
Impassible, calme, dangereux, frappant encore, le menton haut, rasé de près, droit comme un mannequin, avec son oeil d'oiseau de proie, son visage de cuir, et en place du traditionnel monocle, ses lunettes de motocycliste relevées sur le front ou par dessus la visière de sa casquette de maréchal..." (p.329)

  • 1914 - La casserole entartrée et le papier peint
Autre habitude littéraire de Simon, la description d'objets du quotidien, en gros plan. Ici il s'agit d'une casserole, comme celles utilisées dans mon enfance et que j'ai conservées d'ailleurs, et des motifs reproduits dur un  papier peint, j'ai passé des heures pendant la sieste obligatoire à démêler les motifs du papier peint de ma chambre dans la maison de campagne de mes parents. La description de Simon me renvoie non pas à cette réalité du quotidien, mais à des souvenirs. Souvenirs de l'enfant, souvenirs qui nous sont propres, confusion.
Mais la casserole en question contient une seringue destinée à une injection de morphine dont on sait qu'elle est destinée à la mère de l'enfant. Cela n'est pas dit par Simon, mais seulement suggéré par la présence dans la chambre de la photo du capitaine à la barbe carrée. Nouveau symbole de destruction et de mort.
  • 1940 - Les deux soldats cyclistes
Retour sur la débandade des deux cavaliers après l'attaque ayant donné lieu à la mort du colonel. Deux soldats cyclistes qu'ils avaient croisés ont été mortellement blessés. On le sait. Dans ce paragraphe Simon décrit leur posture d'hommes mourants. Il brosse un tableau de l'agonie des deux soldats. A peine soutenable.
  • 1914 - Retour au cinéma
Suite de la cérémonie présidée par Guillaume II. Les troupes allemandes en marche, encouragées par la foule.
  • 1940 - Le stalag
Dans un camp de prisonniers (KG), description d'un orchestre utilisant des accessoires de bric et de broc pour faire un semblant de musique. Les musiciens : des morts en sursis. Partout des couleurs terreuses. Puis un coucher de soleil, orange, rouge et enfin rose. Opposition.
  • Mes impressions
Visions fugitives, surgissement des images et des impressions générées par une technique pointilliste qui met en évidence  cette sorte d'errance des personnages dans des milieux qui leur sont étrangers. Autant d'images, parcellaires, distendues, de" la chose ". Toujours pas de jugement de valeur chez Simon, mais des impressions provoquées qui montrent différences faces de la guerre à des époques différentes, incarnées dans des situations. Le point commun à tout cela, les souvenirs de l'auteur et l'art de l'agencement de l'auteur.

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