L'ACACIA CHAPITRE 9 - 1914
- Vie et mort de la femme
Simon par un jeu de correspondances annonce ces mouvements de vie et la survenance de "la chose" qui détruira tout une première fois : c'était la période où l'été commence à se retirer, basculer, s'affaler pour ainsi dire sous son propre poids... l'été finissant, - métaphore de la femme - l'été porteur de " quelque chose de monstrueux dont il était enflé..." (p. 263)
Correspondance aussi entre un lieu de villégiature, symbolique du temps perdu, celui des îles de l'exotisme.
" Il n'y avait même pas un mois que la chose avait commencé..." (p. 263). Nous nous situons dans une petite ville d'eau au pied des montagnes. Une enseigne (encore une) " HOTEL IBRAHIM PACHA". Description...
Puis, projection dans le futur, vingt-six ans plus tard, l'enfant est devenu " un organisme vivant exclusivement habité de préoccupations animal, le seul souci de manger et de boire..." (p. 265). Prisonnier, il apprend le désastre, la disparition de l'hôtel englouti par un torrent en furie.
Correspondance entre cet hôtel et le monde, celui de la France, frappés l'un comme l'autre à vingt-six ans d'intervalle par le même cataclysme, la même désolation : disparition du lieu, disparition d'un monde.
Retour en arrière - 1914. Epoque où la femme abandonnée par son mari, parti à la guerre, vient se réfugier dans cet hôtel, avec son fils. Une nouvelle fois, comme une obsession de l'arrachement, du basculement, Simon décrit la scène du départ à la guerre du capitaine, arrachement qui justifie la fuite de la femme et de son fils dans cette ville d'eau et dans cet hôtel.
Retours sur la vie de cette femme faites d'attentes successives :
- vingt-cinq premières années de vie dont "quatorze ou seize" pendant lesquelles elle attend un homme, une rencontre, comme toutes les jeunes filles,
- puis quatre années "d'interminables et secrètes fiançailles" pendant lesquelles elle reçoit des cartes postales de pays lointains, nouvelle obsession du temps figé, encarté, chère à Simon,
- enfin quatre années-lumière dans l'île tropicale : vol nuptial, libération, ravissement... révélation de la chair, la France des colonies...
- Les écarts inéluctables
Description de ces deux mondes qui s'opposent, celui des deux sœurs du capitaine qui se sont sacrifiées toute leur vie et qui n'entrent pas dans les églises, et celui de cette femme, oisive et croyante, issue d'une famille de propriétaires et de rentiers. Finalement mariage, victoire, transgression. Mais les écarts existeront toujours.
- Vient le temps du retour porteur de menaces, et sans transition, l'inéluctable, la rupture, l'arrachement à cette vie attendue, construite, le départ de l'homme qui ne reviendra jamais,... la station thermale avec l'enfant et la nourrice.
- Projection dans l'avenir enfin, à nouveau une longue attente, rétrospective : la femme déballant ses cartons du voyage de retour... " dix ans plus tard, à la veille de mourir elle-même " (p. 277). Attente de sa propre mort après la disparition de l'homme dont elle n'allait même pas " retrouver plus tard le moindre ossement, une vertèbre, une côte... de celui qui l'avait tenue embrassée." (p. 277)
Retour à l'hôtel Ibrahim Pacha, souvenir morbide de l'exotisme, description d'une morte en sursis errant dans les jardins et répétant sans cesse la même phrase. Et plus tard disparition du lieu lui-même dans le fracas de la montagne qui s'effondre.
Profonde amertume. Celle d'une vie subie, celle de la famille. La rencontre avec l'homme, l'ouverture enfin, autres mondes, autres mœurs, soleil et luxuriance... Puis la chose, des vies broyées, la mort brutale des uns, la mort lente de ceux qui sont restés. Et tout qui recommence.
Nouvel angle de perception offert par Simon. La guerre subie par la femme.
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