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vendredi 9 mars 2012

MUSEE D'ORSAY - REGARD SUR LES IMPRESSIONNISTES DANS LES NOUVELLES SALLES QUI LEUR SONT CONSACREES



Tous les jours je m'émerveille des possibilités qu'offre Paris en termes d'opportunités culturelles.

Ce matin j'ai décidé de me rendre au Musée d'Orsay, avec une objectif précis : découvrir le nouvel agencement des salles du 5ème étage consacrées aux peintres Impressionnistes.
Et je dois dire qu'une nouvelle fois j'ai été époustouflé par l'extraordinaire beauté des toiles exposées. L'agencement des salles respecte à la fois un certain ordre chronologique mais aussi une logique thématique. La première salle est consacrée à la "naissance de l'Impressionnisme". Elle présente les chefs6d'œuvre de la collection Moreau-Nelaton.
Bien évidemment la première toile à laquelle s'attache le regard du visiteur est " Le déjeuner sur l'herbe" d'Edouard Manet, qui date de 1863 et qui est aussi parfois dénommée "Le bain" ou d'une manière plus triviale " La partie carrée". A l'époque, c'est l'audace du sujet peint par Manet qui a d'abord choqué. Cette toile fut refusée au Salon des Indépendants de 1863. Mais, heureusement elle fut exposée au Salon des Refusés, créé pour la circonstance par Napoléon III.

Sur la toile, au premier plan, les restes du repas éparpillés à côté d'un panier à moitié renversé, ensuite deux hommes assis qui semblent converser avec une femme à leurs côtés,qui vient de sortir du bain et qui est complètement dénudée. Cette femme, assise de profil regarde de manière provocante le spectateur qui se sent un peu comme un intrus face à cette scène. Enfin, plus loin dans la profondeur de la clairière, une autre femme, le buste penché en avant, se baigne dans la rivière, elle est revêtue d'une chemise entièrement transparente. Le contraste entre la nudité des deux femmes et la tenue habillée des deux hommes génère un érotisme certain. Les quatre personnages, de par leur attitude semblent totalement accoutumés à ce genre de pique-nique libertin. C'est ce qui a principalement choqué une partie de l'opinion à l'époque.

Quant à la technique picturale utilisée par Manet, elle a été décrite par un grand ami du peintre, Emile Zola : " Ce qu'il faut voir dans le tableau, ce n’est pas un déjeuner sur l'herbe, c'est le paysage entier, avec ses vigueurs et ses finesses, avec ses premiers plans si larges, si solides, et ses fonds d'une délicatesse si légère ; c'est cette chair ferme modelée à grands pans de lumière, ces étoffes souples et fortes, et surtout cette délicieuse silhouette de femme en chemise qui fait dans le fond, une adorable tache blanche au milieu des feuilles vertes, c’est enfin cet ensemble vaste, plein d'air, ce coin de la nature rendu avec une simplicité si juste, toute cette page admirable dans laquelle un artiste a mis tous les éléments particuliers et rares qui étaient en lui."
Dans les commentaires rédigés par les experts on note que : " Le style et la facture choquèrent presque autant que le sujet. Manet abandonne les habituels dégradés pour livrer des contrastes brutaux entre ombre et lumière. Aussi, lui est-il reprochée sa "manie de voir par taches". Les personnages ne semblent pas parfaitement intégrés dans ce décor de sous-bois davantage esquissé que peint, où la perspective est ignorée et la profondeur absente. Avec Le déjeuner sur l'herbe, Manet ne respecte aucune des conventions admises, mais impose une liberté nouvelle par rapport au sujet et aux modes traditionnels de représentation."

Je reste un bon moment devant cette toile que j'ai déjà vu exposée plusieurs fois dans des lieux différents. A ce jour j'imagine que des centaines de milliers de personnes, voire même des millions, sont venues la contempler chaque jour depuis l'an 1863, et cela me fait réfléchir non pas sur la toile elle-même, mais sur les sensations qu'elle provoque aujourd'hui chez des admirateurs venant de toutes les régions du monde et qu'elle a provoquées dans le passé auprès d'autres générations. Pour moi, c'est là que se situe le grand mystère de l'art et de la vie de l'art, sans cesse en renaissance. L'art est une sorte de communion, au delà de l'espace et du temps entre un créateur (fixe, mais non pas figé), une oeuvre dotée de sa vie propre et un public en éternelle mouvance. Ce rapport entre l'artiste, son oeuvre et celui qui la regarde est renouvelé à chaque minute, à chaque seconde, c'est cette relation, cette communion d'un instant qui génère des flux d'émotions, qui libère un effet de plaisir (pas systématique). Qui y a-t-il de plus extraordinaire ?

Pour moi, " Le déjeuner sur l'herbe " d'Edouard Manet évoque une certaine continuité par rapport au passé dans le choix même du thème, mais aussi une rupture puissante en terme de peinture des couleurs et des formes, et de construction du tableau, enfin une ouverture vers des mondes nouveaux, vers la modernité.
Vous me direz qu'on peut dire la même chose de tout chef-d'œuvre qui se respecte. Et alors ? Cela ne retire rien à chacune de ces œuvres, bien au contraire. Les grandes œuvres, celles qui ont un caractère universel (attention à l'européocentrisme !) matérialisent des ruptures esthétiques qui sont en quelque sorte le pendant des ruptures épistémologiques qu'on observe dans le domaine des connaissances scientifiques.
Ainsi, chaque œuvre d'art symbolisant le manifeste d'une nouvelle école artistique exprime à l'évidence une "critique" des idées et des règles instaurées par les écoles précédentes. C'est l'aspect destructeur de l'oeuvre, et cette destruction est nécessaire. Chez Manet, la destruction des normes anciennes s'exprime par ces fameuses taches de couleurs qui permettent de produire des paysages, par ces oppositions entre les corps, par ces décalages dans l'espace entre les personnages et le décor, par la remise en question de la perspective... Les barrières sautent, les conventions sont bafouées, partout on crie au scandale comme lors de la première représentation d'Hernani ! C'est bien la preuve qu'on assiste à un phénomène de première importance.

Mais cette destruction des règles est aussi construction. Manet ne fait pas table rase pour faire table rase, il cherche à explorer de nouvelles pistes - de telle sorte que spectateur puisse remettre en question son propre regard sur les œuvres, que bien au delà des thèmes présentés, il change sa manière d'appréhender les couleurs et les formes -, à poser de nouveaux procédés picturaux, à utiliser de nouveaux matériaux (tubes, brosses etc.)

Enfin, mais Manet ne le sait pas encore, son tableau ouvre la voie à la modernité. Et c'est tout l'intérêt de le voir aujourd'hui dans un ensemble d'autres œuvres réalisées "après", par Manet lui-même, par les autres Impressionnistes, et par les peintres qui leur succéderont dans l'histoire de la peinture jusqu'à aujourd'hui.

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